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5 décembre 2017 2 05 /12 /décembre /2017 19:31

Sziasztok !

Ah quel plaisir de lire à nouveau un livre de Szabó Magda !

Celui-là, je l'ai trouvé par hasard chez Emmaüs où nous étions allés porter quelques affaires ... Comme quoi une bonne action n'est jamais perdue ! Et je ne vous dis pas la richesse du rayon "livres" d'Emmaüs : une quantité de romans, dont certains tout juste parus, à des prix défiant toute concurrence, 3-4 euros ... Je sais, ce n'est pas très sympa ni pour les libraires ni pour les éditeurs mais un livre c'est fait avant tout pour être lu, non ?

Un nouveau roman de Magda donc, et celui-ci s'intitule "La Ballade d'Iza", paru aux éditions Viviane Hamy (comme souvent pour la littérature traduite du hongrois) en  2005. Le roman original, lui, avait pour titre Pilátus, publié en 1963 ...

On peut d'abord s'interroger sur le titre français : qu'est-ce au juste qu'une ballade, avec deux "l" ? Non pas une simple promenade, qui n'en prend qu'un, mais une forme littéraire qui nous vient de bien loin, pensez à la "Ballade des pendus" de Villon, et qui a survécu jusqu'à nos jours, comme en témoigne la "Ballade de Jim" d'Alain Souchon. On pourrait donc penser que l'on va se trouver en présence d'une histoire un peu triste et musicale, voire romantique, dont Iza sera l'héroïne ... Eh bien ce n'est pas tout à fait cela ... D'ailleurs on pourrait également s'interroger sur le titre hongrois "Pilátus", mais là je ne suis pas loin de donner ma langue au chat ! Pilate, pourquoi Pilate, "celui qui s'en lave les mains" ? Je vois d'autant moins que chaque personnage me paraît "à fond" dans son histoire ... Mais peut-être que Pilate l'était aussi ?

Alors le plus simple c'est peut-être de nous occuper d'Iza ? Ce personnage m'a rappelé fortement celui d'Irén, de "La rue Katalin" (voir l'article correspondant) : la même droiture, la même détermination, la même exigence, la même quête de perfection, bref quelqu'un(e) d'exemplaire à tous points de vue ... Mais justement c'est là ce qui cloche avec Iza, elle est "trop" comme on dirait aujourd'hui, et elle semble se croire le droit de tout régenter, au nom de cette supposée perfection.

Et c'est ainsi qu'elle arrache sa mère à l'enterrement de son mari pour la mettre dans un car à destination d'une obscure station thermale, où elle devra rester ... le temps qu'Iza s'occupe de tout !

- Maintenant on prend un café et tu t'en vas.

Elle resta un moment sans comprendre.

- Tu vas prendre un café, tu es glacée jusqu'aux os, et après je te mets dans le car. Il part pour Dorozs dans dix minutes, voilà ta valise.

- Tout de suite ?

- Tout de suite. Assez pleuré. Si tu rentres à la maison, tu vas errer à travers les pièces et te faire du mal. Je vais tout régler ici et dès que j'aurai fini je viendrai te rejoindre. J'ai mis des livres et des médicaments dans la valise et j'ai téléphoné à l'hôtel pour que le portier t'aide à remplir ta fiche.

Elle la suivit, silencieuse et docile. Dans le bar il n'y avait que deux ou trois personnes. On leur servit aussitôt un café. Elle fixa la surface brune du liquide et le tourna avec sa cuillère. C'était un songe. La petite fille avançait, son panier au bras, et Iza la guidait ; Iza était sa mère, Iza livide dans sa robe noire. Le bras d'Iza était ferme, sa voix était ferme et elle disait : "Ne pleure pas !"

Etait-il possible qu'elle ne revoie plus cette ville ni cette maison où elle avait vécu avec Vince ?

Isa se leva et paya.

Ce passage se situe page 61, à la fin de la première partie intitulée "La terre", les autres étant "Le feu", "L'eau" et "L'air", les quatre éléments donc, et voilà donc une interrogation de plus ...

Comme vous le voyez dans le passage ci-dessus, nous partageons les pensées, les sentiments et même la rêverie de la maman, mais guère ceux d'Iza, qui ne nous est montrée qu'à travers ses gestes et ses paroles ... Alors pourquoi ce titre ? C'est une autre question ...

En fait, maintenant que j'y pense, vous avez vu le film hongrois "Corps et âme", qui est sorti il n'y a pas longtemps dans les cinémas français ? Vous savez bien, cette histoire d'amour entre une jeune femme presque autiste et un monsieur plus vieux et quasiment manchot ? Mais si, ça se passe dans un abattoir et ils se rencontrent dans leurs rêves ! Là, vous voyez bien ! Eh bien finalement, c'est peut-être d'une forme d'autisme dont elle souffre, Iza, tout entière concentrée sur son devoir de petit soldat ...

Et Pilate ? Il était autiste, lui aussi ?

 

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