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1 mai 2018 2 01 /05 /mai /2018 19:26

Hello Mindenkinek, Sziasztok !!!

Aujourd'hui je vais vous parler d'un Grand Poète Hongrois, Ady Endre. Voilà un moment que j'ai envie d'en savoir un peu plus sur lui et,devinez quoi ? Dimanche dernier des bouquinistes se sont installés autour du kiosque, comme ils le font chaque année. Et comme chaque année il pleuvait ! Décidément ils n'ont pas de chance quand ils viennent chez nous, les bouquinistes ! Nonobstant la mauvaise météo et une fatigue intense (qui serait trop longue à expliquer), Ma Douce et moi sommes allés y faire un tour parce quand même, une fois par an, mince, cela ne se refuse pas !

Et c'est là que nous sommes tombés sur un volume de la fameuse collection "Poètes d'aujourd'hui" paru en 1967 chez Seghers, et consacré au G.P.H. Ady Endre ... J'ouvre donc avec vous ce petit livre et, classiquement, nous découvrons d'abord des éléments biographiques. Qu'en retenir ?

- qu'Ady Endre vient d'une famille qui fut très riche au XVème siècle, et qui s'est peu à peu appauvrie dans sa fidélité au calvinisme, et dans son absence de compromission ;

- qu'une légende familiale veut que la grand-mère paternelle fût apparentée au fameux Dózsa György, chef d'une grande jacquerie hongroise, brulé vif en 1514 ;

- qu'Endre semble s'ennuyer beaucoup, et se sent assez tôt "prédestiné à la perdition" (page 19). Il fait paraître ses premiers poèmes en 1899, à l'âge de 22 ans. Mais pour l'instant c'est dans le journalisme qu'il donne sa pleine mesure. Après Debrecen, la "Rome calviniste" où il s'est inscrit en droit pour complaire à son père, il arrive à Nagyvárad le "petit Paris hongrois" en 1900. Beaucoup de travail à la rédaction de son journal, beaucoup de beuveries dans les tavernes, beaucoup de poésie qui couve sous les braises ...

- que comme bien des poètes hongrois avant lui (Vörösmarty et Petőfi étant les plus connus) Ady Endre se sent investi d'une mission autant politique que littéraire, et c'est vrai qu'il y avait de quoi faire ;

- qu'il a participé à la grande aventure du Nyugat (Occident), revue littéraire qui défend le progressisme et l'innovation dans tous les domaines ;

- qu'Endre aime les femmes, toutes les femmes, même si bien sûr il eut des histoires d'amour particulières : avec la Rienzi, chanteuse de music-hall, de laquelle il contracte un mal qui peut-être le fera mourir à Budapest en janvier 1919, avec Léda surtout (qui s'appelait en réalité Adèle) avec qui il mènera une lutte amoureuse pleine de péripéties de 1903 à 1912, avec Csinszka, qu'il épousera sans grande conviction en 1915.

Ajoutons pour conclure cette modeste notice que les poèmes d'Ady sont particulièrement difficiles à traduire en français puisqu'il s'est efforcé, dans son écriture, de faire éclater les règles poétiques qui avaient cours à son époque, de manière aussi savante qu'instinctive. Et maintenant place à quelques poèmes glanés ici et là dans le recueil :

ÂMES AU PIQUET

Ils ont attaché mon âme au piquet,

Car en elle le feu d'un poulain caracolait,

Car en vain je la cravachais,

En vain je la chassais, la pourchassais.

Si sur le Champ hongrois vous voyez attachée

Une pouliche sanglante, écumeuse,

A l'instant tranchez-lui sa longe,

Car c'est une âme, une âme hongroise, sauvage.

Adaptation d'Armand Robin

LE PETIT GARÇON QUE JE FUS

Le petit garçon que je fus

Me hante tous ces derniers temps,

Mort et riant.

 

Enfant gentil, rêveur, malade,

Il s'approche et tendrement touche

Ma pauvre couche.

 

Il me fixe étonné, me fixe.

Les pleurs sur ma face vieillie

Viennent de lui.

 

Tel un enfant je me réveille

Tout en larmes cent fois par nuit

Comme jadis.

Adaptation de Guillevic

Quelquefois on peut trouver deux versions d'un même poème, l'une dans la préface et l'autre dans le corps du recueil. Ainsi par exemple :

Des rivages du Gange venu,

Des mirages du rêve à midi,

Je suis fort de très doux frissons nus,

En mon cœur une cloche fleurit.

 

Taverne, désert et masse d'arme,

Baisers fous, rêves qu'on massacra,

Mains brutales, fontaine, vacarme,

Qu'ai-je à faire au bord de la Tisza ?

Adaptation de Lucien Feuillade

Ou bien :

Venu du Gange où mon rêve module

Midi, mirage au soleil qui rutile,

Mon cœur s'entrouvre en grande campanule,

Ma force tient en des frissons subtils.

 

Puits à bascule, auberges et gourdins

Pusztas, vacarme, ivrognes qui titubent ;

Baisers grossiers, tueurs de rêves vains,

Que fais-je ici sur les bords du Danube ?

Adaptation d'Anne-Marie de Backer

Laquelle préférez-vous ?

Et enfin l'un des poèmes les plus connus d'Ady, témoignant d'un de ses sept séjours dans notre capitale :

L'AUTOMNE SE GLISSA DANS PARIS

Par le chemin de Saint Michel Archange

Hier à Paris l'automne s'est glissé,

Dans l'air torride, et sous les douces branches

Où je l'ai rencontré.

 

Je cheminais justement vers la Seine.

Brûlaient en moi, petits fagots fumants

Des chants pourprés qui, rougeoyant à peine,

Disaient : "La mort t'attend".

 

Il m'a soufflé certains secrets, l'automne,

Et le chemin de l'Archange a tremblé.

"Zim-Zim", disaient, faisant des cabrioles,

Les feuilles, les futées.

 

Ce fut très bref, l'été n'en vit pas trace

Riant, l'automne a disparu, furtif.

Moi seul ai su sa présence fugace

Sous les arbres plaintifs.

Version de synthèse !

Et la version originale, quand même !

Párisban járt az Ősz

Párisba tegnap beszökött az Ősz.
Szent Mihály útján suhant nesztelen,
Kánikulában, halk lombok alatt
S találkozott velem.

Ballagtam éppen a Szajna felé
S égtek lelkemben kis rőzse-dalok:
Füstösek, furcsák, búsak, bíborak,
Arról, hogy meghalok.

Elért az Ősz és súgott valamit,
Szent Mihály útja beleremegett,
Züm, züm: röpködtek végig az uton
Tréfás falevelek.

Egy perc: a Nyár meg sem hőkölt belé
S Párisból az Ősz kacagva szaladt.
Itt járt s hogy itt járt, én tudom csupán
Nyögő lombok alatt.

A la prochaine !

Szia !

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