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1 octobre 2018 1 01 /10 /octobre /2018 23:25

Bon ... vous ne commencez pas à en avoir assez, que je vous trimballe deci-delà, cahin caha, en Hongrie, au gré de nos besoins et de nos fantaisies ? Non ? Alors c'est parti pour un dernier séjour à Budapest ...

Comme je vous l'ai dit précédemment, Ma Douce avait des choses à faire et des gens à voir ... Il ne faut pas oublier qu'elle est Hongroise, elle, et qu'avant de me connaître elle a vécu une bonne vingtaine d'années dans cette belle capitale. Les choses à faire, c'était surtout des rendez-vous pour son boulot, elle organise des expositions de photos, elle participe à des colloques, enfin vous voyez, elle n'avait pas vraiment besoin de moi pour ça ... Les gens à voir, c'était surtout des anciens copains et d'anciennes copines, et là quelquefois je l'accompagnais et d'autres fois non, surtout quand il s'agissait de se retrouver dans un salon de thé pour échanger des confidences de filles en grignotant des petits gâteaux ...

J'en ai donc profité pour prendre le large avec l'appareil photo, avec l'intention d'explorer des endroits que je ne connaissais pas encore.

Comme il faisait encore très chaud j'ai commencé par une église où je n'étais jamais rentré, bien qu'elle soit vraiment centrale, puisque posée juste à côté du pont Elisabeth. C'est l'église paroissiale de la Cité, le plus vieil édifice religieux de la ville. Il faut dire qu'elle est longtemps restée fermée pour cause de travaux. A l'entrée une gentille dame m'a demandé si je venais pour visiter ou pour prier ! Comme je suis un garçon honnête je lui avoué mon intention touristique, ce qui m'a valu de payer un droit d'entrée... L'église elle-même n'est pas super-intéressante (un avis que Ma Douce conteste vivement !) mais elle contient tout de même quelques éléments de valeur :

dont cet autel archi-baroque, et ô combien expressif !!!

Comme il faisait encore un peu chaud, même dans la nef, je suis descendu dans la crypte où probablement l'essentiel des travaux a été fait. L'endroit est en effet aménagé de façon à faire apparaître les vestiges d'une forteresse romaine, preuve que le choix du lieu ne doit rien au hasard !

Plusieurs personnes priaient face à un autel assez somptueux mais comme je ne voulais pas les déranger je suis remonté assez vite sans prendre de photos ... En reprenant mon tour de l'église là où je l'avais laissé, j'ai découvert :

autre morceau de choix baroque, où ça grouille, ça se trémousse, ça s'entremêle  ça tend les mains, ça roule des yeux, ça crie, ça supplie, ça s'extasie pour les siècles des siècles, amen. Fantastique tout de même, non ?

Poursuivant mon chemin, j'ai rencontré autre chose de beaucoup plus doux, mais tout aussi intense :

une fresque du XIVème siècle redécouverte sur un mur de l'église, et représentant une scène de crucifixion (on aperçoit le flanc sanguinolent du Christ dans la partie droite de l'image). Moi qui ne suis pourtant pas croyant (du moins je ne crois pas !) j'a été touché par ces trois figures féminines alliant la délicatesse à la naîveté, et exprimant des sentiments que l'on a du mal à définir, même s'ils sont très présents. De la tristesse, certes, mais aussi de la colère, de l'amour et même, dirait-on, de l'espoir ......

Un autre jour j'ai découvert, grâce au frère de Ma Douce qui m'a indiqué cette piste, un endroit complètement différent. Pour cela il fallait prendre le tram direction Hűvösvölgy ... souvenirs, souvenirs : dix ans plus tôt combien de fois avais-je fait de même, l'appareil photo en bandoulière, et sillonnant Buda et Pest par les transports en commun ...Cette fois il s'agissait donc du quartier de Pasarét ... J'y ai d'abord visité une église Art Déco, dont la grande cohérence ornementale m'a frappé :

Malgré les travaux en cours (cf l'échafaudage à droite de l'image) je suis resté un bon moment dans cette église, et pas seulement à cause de la chaleur à l'extérieur. Il y avait là une fraîcheur, une simplicité tout à fait agréables, et bien loin des tourments infernaux ou des martyres sanglants qui décorent bon nombre d'églises anciennes ...

J'ai ensuite suivi Pasaréti utca, une rue plutôt résidentielle, j'ai dépassé un stade de foot, une équipe de terrassiers qui s'échinaient en plein soleil, les pauvres, et je suis arrivé dans le quartier indiqué par mon beau-frère. En fait, si j'ai bien compris, il s'agit d'un lieu expérimental où des architectes modernistes ont été conviés à bâtir une maison dans un style qui leur convenait. Une stèle en porte témoignage :

Vous comprenez donc qu'en 1931, 18 architectes ont cherché à concrétiser leur idée de LA maison, ce qui, peu à peu, a formé un quartier entier et assez surprenant. Bien sûr les styles des bâtiments sont parfois assez différents mais on ressent en même temps une certaine cohérence due à l'époque et aux réflexions architecturales en cours :

Celle-ci, par exemple, est toute en briques, savamment utilisées pour former des créneaux, bandeaux, reliefs en tous genres. Et que dire de cette inclusion, quasi anachronique ? On remarquera que le motif du mouton figurait également sur la tribune de l'église visitée plus tôt, comme on le voit sur l'avant-dernière photo.

Mais plusieurs autres font farouchement penser à Le Corbusier, que ce soit dans les formes ou les couleurs :

celle-ci pour les formes

ou encore cette autre

et cette dernière plutôt pour les couleurs puisque, comme vous le savez sûrement, "Corbu" était un grand amateur des couleurs primaires : rouge, jaune et bleu ...

Ce qui est dingue, et je viens seulement de l'apprendre maintenant, c'est que ce programme a été conçu à partir du modèle de Stuttgart, que nous avons visité lors de notre voyage aller !!! (voir l'article correspondant: http://budablog.over-blog.com/2018/08/on-ze-road-eugene-2eme-partie-speyer-maulbronn-et-stuttgart.html)

Finalement cette escapade dans les années 30, aussi bien à l'église que dans ce surprenant quartier, m'a permis de ressentir l'ambiance particulière de cette époque, faite de soulagement bien sûr (plus jamais ça !) mais aussi d'espoir et de recherche d'une beauté nouvelle, complètement détachée de l'ordre ancien. Pendant ce temps d'autres pensaient à établir un ordre nouveau qui devait, hélas, conduire "l'homme nouveau" sur le chemin de la barbarie ...

Mais nous, plus modestement, nous nous acheminons vers notre retour en France, ce qui fera l'objet des prochains articles.

Sziasztok !

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