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7 décembre 2018 5 07 /12 /décembre /2018 17:55

Eh bien moi non plus je ne le connaissais pas tant que ça, il n'y a pas si longtemps. Oh, de nom, bien sûr, et puis je l'avais un peu lu, comme ça, mais sans vraiment accrocher, en fait, je le trouvais un peu "old style", un peu "dépassé", et beaucoup moins drôle en tout cas que Karinthy, par exemple ...

Et puis ... la vie est bizarre quelquefois. Des amis m'ont demandé de préparer une conférence sur lui et son œuvre, parce qu'ils avaient participé à un voyage au cours duquel ils avaient visité à Obuda la maison où il est mort dans une grande misère ... Et comme je suis un gentil garçon, que j'ai du temps et que j'aime les défis intellectuels, je me suis attelé à la tâche du mieux que j'ai pu. Et, croyez-moi, je ne l'ai pas regretté !

Voici une biographie que j'ai trouvée assez bonne, et que j'ai recopiée sur le site "Babelio" :

Né en 1878 d'un père avocat issu de la petite noblesse, dont il tient le nom et le prénom, et d'une mère issue du monde rural, Julianna Csákányi, La différence sociale forcera le couple à ne régulariser son union qu'en 1895, après la naissance de leur septième enfant. Gyula Krúdy est le premier-né parmi les 7 enfants que compte sa famille. Il étudie au lycée de Szatmárnémeti (auj. Satu Mare) (1887-1888), puis à Podolin (auj. Podolínec) (1888-1891), puis de nouveau à Nyíregyháza (1891-1895), où il passe son baccalauréat en juin 1895. Il devient ensuite journaliste, travaillant d'abord à Debrecen, puis à Nagyvárad (auj. Oradea). Krúdy publie sa première nouvelle, "Pourquoi Caïn a-t-il tué Abel ?" à l’âge de quinze ans. En 1896, quand il s'installe à Budapest, il a déjà une centaine de publications à son actif. Il connaît rapidement le succès et devient très populaire grâce à "Sindbad". Il gagne l’estime des milieux littéraires qui le saluent pour ses innovations littéraires. Il écrit dans la plupart des grands journaux et des revues de son époque comme le célèbre Nyugat (Occident) dont il est l’un des principaux rédacteurs dans les années 1920. En 1899, il se marie avec une institutrice nommée Bella Spiegler (de son nom d'écrivain Satanella). Plus tard, il la quitte pour Zsuzsa Rózsa. Son apparence seule a suscité une foison de légendes : « Prince de la Nuit », joueur, coureur de jupons invétéré… Amateur de vin et fin gourmet, il aimait passer son temps dans les restaurants et les cafés, mais aussi dans les tavernes des quartiers populaires. Il a néanmoins écrit près de 90 romans, plus de 2500 nouvelles et plusieurs milliers d’articles de journaux. La situation politique trouble après la Première guerre mondiale et les conséquences du Traité de Trianon (1920) ont causé de graves problèmes existentiels à beaucoup de Hongrois. Krúdy a passé les dernières années de sa vie dans une pauvreté extrême, aggravée par des problèmes de santé, parce qu’il ne pouvait plus travailler suffisamment. Le prix Baumgarten (1930) et le prix Rothermere (1932), reçu grâce à Kosztolányi, alors Président du Pen club hongrois, l’ont un peu aidé, mais il était déjà trop endetté. Il s'est éteint seul en 1933 dans sa maison du Vieux-Buda où l’électricité avait été coupée. Il avait 55 ans. Les journaux ont publié la nouvelle de sa mort sur leurs unes. À son enterrement où l'orchestre tzigane de sa ville natale a joué sa chanson préférée, une foule s’est rendue composée d’écrivains, d’éditeurs, de jockeys, d’anciennes maîtresses, de garçons de café, de filles de rue… La Hongrie officielle n’a pas souhaité de s'y faire représenter.

J'enchaîne sur la dernière phrase du texte pour vous parler un peu du rapport entre Krúdy et le pouvoir, quel qu'il soit ... Et pourquoi pas celui de l'amiral Horthy, puisque c'était lui qui était aux commandes de la Hongrie au moment de la mort de Krúdy ? Lui également qui régentait le pays quand est paru, de mars à juillet 1931, le "feuilleton" de "L'affaire Eszter Silymosi", sorte d'affaire Dreyfus à la hongroise ... En effet, de quoi s'agissait-il ? De la disparition subite, le 1er avril 1882, d'une petite bonne prénommée Eszter dans le village de Tiszaeszlár (donc au bord de la Tisza) puis, très vite, de la suspicion jetée sur un groupe de Juifs qui l'auraient assassinée pour recueillir son sang au moment de la Pâque juive. On était donc, ni plus ni moins, en présence d'une accusation pour crime rituel ! Ceci fit grand bruit, et plus encore le verdict d'acquittement des accusés, qui entraîna de grands troubles à divers endroits, et le succès (relatif) d'une liste antisémite aux élections législatives de 1884. Et c'est cette affaire, et plus encore ce procès, que Krúdy choisit de chroniquer sous le "règne" de l'amiral Horthy dont l'attitude envers les Juifs est pour le moins controversée ...

Krúdy aurait-il donc voulu envoyer par cette chronique un message de libéralisme et de tolérance ? Probablement mais pas seulement ... N'oublions pas qu'en 1931 il était pratiquement aux abois et qu'i lui fallait bien trouver un moyen de nourrir sa petite famille ... 101 articles sur 5 mois, c'était quand même bon à prendre ! Mais pas seulement ... N'oublions pas non plus que l'affaire se passe non loin de Nyíregyháza, la ville natale de Krúdy, et que c'est pour lui l'occasion, une fois encore, une fois de plus, de faire revivre le pays de son enfance, non seulement "sa" province, le Nyírség, mais aussi "son" pays, la Hongrie d'avant Trianon ...

Je pourrais vous dire encore beaucoup de choses sur Krúdy, que j'ai appris à connaître et à apprécier, grâces en soient rendues à ceux qui m'ont demandé de le faire ! Mais je m'aperçois que le temps défile, que je ne sais toujours pas par quel bout le prendre, ce Krúdy, et que si ça continue, je risque fort de m'enliser à tout jamais !

Alors je vais arrêter là cet article qui n'en est pas vraiment un ... Mais avant de vous quitter je vous donne quand même la liste de ses oeuvres traduites en français, au cas où ces quelques lignes vous auraient donné envie de le lire :

 

Œuvres de Krúdy Gyula parues en français

Nouvelles et chroniques

  • Vieux Romans et La Chevauchée d’hiver d’Amédée. Nouvelle Revue de Hongrie, octobre 1941
  • Le Journaliste et la Mort, trad. Aurélien Sauvageot In : Nouvelles hongroises, Paris Seghers, 1961
  • La Demoiselle Oie sauvage et Le Château endormi, trad. François Gachot In : Arion, Budapest, 1977 n°10
  • Le Flûtiste de Pest, trad. Ibolya Virag, Le Monde, 1982
  • La Maison à la tête de dragon, trad. Ibolya Virag, Les Nouvelles Littéraires, 1986
  • La Balle du violoncelliste, trad. Ibolya Virag, La Main de Singe, 1988
  • Dernier cigare à la taverne du Cheval gris, trad. Sophie Képès In : Cure d’ennui… Paris, Gallimard, 1992
  • Le dernier cigare au Coursier arabe, trad. Péter Komoly In : Amour … Budapest, Corvina, 1996
  • Le Maître des nuits, Trad. Jean Duffeuilly et al. In : Les Cafés littéraires de Budapest, Nantes, Le Passeur, 1998

Romans

  • N.N., (N.N.), trad. Ibolya Virag, Éditions La Baconnière , Collection Ibolya Virag, poche, 2013 (ISBN 978-2-940-43118-2)
  • Pirouette, (Bukfenc), trad. François Gachot, Coll. Europe centrale, Souffles, 1989
  • Le Compagnon de voyage, (Az útitárs), trad. François Gachot, Coll. Europe centrale, Albin Michel, 1991
  • Le Prix des dames, (Asszonyságok díja), trad. Ibolya Virag et Jean-Pierre Thibaudat, Coll. Europe centrale, Albin Michel, 1992
  • Courses d'automne, (Őszi versenyek), trad. Ibolya Virag et Jean-Pierre Thibaudat, Ombres, 1993
  • Les Beaux Jours de la rue de la Main d'Or, (Aranykézutcai szép napok), trad. Natália et Charles Zaremba, In fine, 1997, Cambourakis, 2008
  • Héliotrope, (Napraforgó), trad. Anne-Christine Folinais, L'Harmattan, 2004
  • L'Affaire Eszter Solymosi, (A tiszaeszlári Solymosi Eszter), trad. Catherine Fay, Albin Michel, 2013 (ISBN 978-2-226-24826-8)
  • Le Coq de Madame Cléophas, trad. Guillaume Métayer et Paul-Victor Desarbres. Préface d'András Kányádi, Circé, 2013 (ISBN 978-2842423490)
  • La Diligence rouge (A vörös postakocsi), trad. Joëlle Dufeuilly, Circé, 2014
  • Les sept hiboux, trad. Gabrielle Watrin, Editions des Syrtes, 2015 (ISBN 978-2940523276)
  • Sindbad ou la nostalgie, (Szindbád-történetek), trad. J. Clancier, I. Virag, F. Gachot Éditions La Baconnière , Collection Ibolya Virag, 2015 (ISBN 978-2940431397)

Sans oublier

  • L’univers de Gyula Krúdy, sous la direction de András Kányádi, éditions des Syrtes, 2015
  • Dernier jour à Budapest, de Sándor Márai, trad. Catherine Fay, éd. Albin Michel, 2017
  • Un très bon site : litteraturehongroise.fr

Voilà ... une petite photo pour finir :

c'était MONSIEUR Krúdy !

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