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17 avril 2019 3 17 /04 /avril /2019 22:54

Nous en étions donc restés là : vaut-il mieux oublier ou se souvenir ? Et cette question prend encore plus d'acuité dans le deuxième volume de Miriam Katin dont je voudrais vous parler.

ça commence comme ça : belle parano, pas vrai ?

Nous retrouvons donc Miriam beaucoup plus tard : elle vit à New York avec son mari, ils sont assez vieux tous les deux, lui passe ses journées à écouter ou jouer de la musique classique, elle ... essaie de dessiner. Cela commence incidemment avec une invasion de blattes dites "germaniques", qu'on appelle "svábbogár" en hongrois.

Et puis survient un appel Skype : c'est le fiston qui leur annonce sa visite prochaine en compagnie de sa copine. Le lendemain de leur arrivée, au petit déjeuner, le fils annonce à sa mère qu'il veut s'installer ... à Berlin. Bien plus, grâce à sa mère, il peut devenir un citoyen hongrois c'est-à-dire un "membre de l'Union Européenne" ... Pour Miriam évidemment c'est un drame que son fils veuille vivre "sur la terre imbibée du sang des Juifs" (page 32). Et puis comment annoncer cela à sa mère, celle avec qui elle a fui la déportation en 1944 ?

Il n'y a pourtant que Miriam que cela semble perturber : ni son mari, ni sa mère, ni même une amie rencontrée dans la rue (cette scène en rappelle une autre située au début de "Seules contre tous") ne paraissent particulièrement troublés par ce projet berlinois. Après beaucoup d'hésitation Miriam accompagne son fils au consulat de Hongrie pour lui faire obtenir la nationalité du pays d'où elle a dû fuir. Pas si facile ...

Et puis c'est l'heure pour Miriam et son mari de se rendre à Berlin ... en passant par Vilnius et son musée juif. Cela donne l'occasion à la dessinatrice de nous raconter l'histoire de Chiune Sugihara, consul du Japon en Lituanie. Un de ceux qui, pendant la guerre, a fait des milliers de visas de complaisance pour sauver des Juifs de la déportation, tout comme le Suisse Carl Lutz et le Suédois Raoul Wallenberg le firent à Budapest.

Puis c'est Berlin, et tant de traces de la mémoire : le mémorial au champ de stèles innombrables

le souvenir : une industrie parmi d'autres ?

les noms des Juifs sur les façades des (demi) maisons où ils vivaient, les "pavés de mémoire" qui constellent certains trottoirs et puis et puis à la sortie de la nouvelle synagogue le mari de Miriam s'aperçoit qu'il n'a plus son alliance, qu'il avait dû mettre dans une boîte à l'entrée ... Mauvais souvenir, c'est sûr ...

Et puis et puis un peu plus tard Miriam est sollicitée  par le Musée juif de Berlin qui veut exposer son travail. Ok elle y va mais : 1) il lui faut perdre du poids pour pouvoir mettre son tailleur 2) il lui faut se blanchir les dents 3) il lui faut surveiller la situation du volcan islandais, le Eyjafjallajökull, qui vomit des cendres sur tout l'espace aérien européen ... Et une fois arrivée à Berlin elle apprend un mot allemand ultra-compliqué : "Vergangenheitsbewältigung", qui signifie la confrontation avec le passé ... pour pouvoir le maîtriser ?

Au vernissage, et la nuit suivante à l'hôtel, elle se gratte, elle se gratte jusqu'au sang. Une démangeaison psychologique ? Les deux dernières pages nous montrent deux puces "germaniques" qui sortent de l'hôtel, avec leurs petits chapeaux et leurs attachés-cases, et repues d'avoir trop mangé ...

et ça finit comme ça : autre parano ...

J'ai bien aimé cette BD, qui nous fait partager les doutes et les questions de son auteure. J'ai bien aimé sa détermination à affronter le passé, et son humilité devant les petits tracas de la vie. J'ai bien aimé son dessin, la plupart du temps un crayonné de couleurs sauf pour quelques pages en noir et blanc qui se réfèrent au passé. J'ai surtout aimé ce chemin si humain, si laborieux, vers le pardon qui est, comme chacun sait, tout le contraire de l'oubli ...

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