Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
1 avril 2020 3 01 /04 /avril /2020 11:05

Suite à la redécouverte du premier roman d'Osztojkán Béla traduit en français ("Jóska Átyin n'aura personne pour le lui rendre", voir l'article paru il y a peu sur ce blog) j'ai enchaîné immédiatement sur "Le bon Dieu n'est pas chez lui", un recueil de quatre nouvelles paru chez Fayard toujours, et la même année en 2008, qui est aussi l'année de la mort de l'auteur à Budapest.

Le premier récit du recueil s'intitule "A la lueur des chandelles"et il est assez long, environ 80 pages. Il met en scène deux hommes vivant en marge du village, Tóni parce qu'il est simplet, Jokim parce qu'il est inquiétant. J'ai pensé plusieurs fois à "En attendant Godot" en lisant cette nouvelle. En effet Tóni espère se marier bientôt avec Rozika, la petite nièce chérie de Kaluca le bouvier et Jokim espère que ... tout ceci finira d'une manière ou d'une autre ...

Jokim n'avait pas toujours été fou. Les gens soupçonnaient plutôt que c'était dans les camps de la mort, puis en prison, où il avait été envoyé pour meurtre, que ce "fils de personne" sans feu ni lieu, qui avait été pris pour un Juif à l'époque des déportations, avait perdu la raison [...] Son cou, son ventre et ses poignets étaient barrés de cicatrices. Qui les voyait ne doutait pas un instant qu'il avait plus d'une fois attenté à ses jours en prison. Après sa libération, le village l'exclut définitivement.

Jokim ne serait donc pas juif, tout comme Tóni ne serait pas Tzigane, c'est du moins ce qu'il affirme plusieurs fois en protestant. Il est pourtant tout aussi exclu, en particulier parce qu'il vidange les fosses d'aisance du village (en tant qu'"employé sanitaire" comme il aime à le dire) et que l'odeur lui en colle à la peau. Nous sommes donc en présence de deux "intouchables" qu'une relation complexe unit, faite de tendresse et de cruauté, de méchanceté et d'amour. D'ailleurs Jokim est plus lucide que Tóni, ce qui le rend aussi plus amer. Il essaie de mettre en garde son ami contre ce mariage avec Rozika, en lui expliquant qu'elle et son oncle ne veulent que profiter de lui et de son salaire.

Son vieil ami lui apparut en pensée, et il ne ressentit en cet instant qu'indifférence à son égard. "Tu es jaloux, poursuivit-il en lui-même. Tu n'es qu'un vieillard aigri, qui s'en prend même à son meilleur ami. Tu inventes des mensonges pour semer le trouble dans l'âme de celui qui t'aimait le plus au monde. Seulement maintenant il ne t'aime plus. [...] Ma vie est ailleurs. J'aurai une femme pour mes vieux jours. Un foyer, plein de gorets, et, qui sait, peut-être même des enfants.

Jokim, de son côté :

Il était libre, mais le cœur serré. Depuis des années, il ouvrait et refermait seul les portes. Il allait où bon lui semblait, faisait ce qui lui plaisait. Et néanmoins : il avait l'impression d'avoir été enfermé vivant dans un cercueil puis jeté au fond d'un étang, d'une vaste étendue d'eau entourée de barbelés. [...] Les profondeurs, naturellement, lui apportaient un peu de paix : les planches du cercueil se détachaient une à une, libérant son corps claquemuré. [...] Certes ce n'était pas désagréable. Mais cette situation lui faisait l'effet de perdre la vie juste au moment où il la retrouvait.

Sur le conseil de Tóni, et parce qu'il faut bien, tout de même, faire avec les autres, Jokim fabrique une machine à faire peur : une citrouille évidée à l'intérieur de laquelle il insère une lumière et qu'il promène la nuit en poussant des gémissements épouvantables. Après un premier essai sans beaucoup de résultat, si ce n'est des coups de râteau sur le dos, il a l'idée de la perfectionner en remplaçant la bougie par de l'essence et de placer le tout sur une brouette agrémentée d'une crécelle. Las, sur la place principale au sol inégal, l'essence déborde et explose, lui brûlant les yeux.

"Tu me plains ?" Jokim s'arrêta un instant de renifler. Il tourna son visage immobile, calciné, vers son compagnon. "Oui, je te plains, murmura Tóni. Tu as sans doute raison, je n'ai pas mal, puisque ce n'est pas moi qui suis aveugle. Et pourtant je pleure. Parce qu'en moi-même je te plains. Je comprends maintenant qu'on puisse pleurer sans douleur.

- Tu m'as dit une fois que tu n'avais plus de larmes.

- Je découvre avec toi qu'il m'en reste quand même un peu. A croire que si la douleur est vraiment forte ... si je plains vraiment quelqu'un, alors il s'en trouve toujours dans mes yeux.

Et puis Tóni perd son travail parce qu'il avait laissé une fosse ouverte quand on l'a appelé pour l'accident de Jokim et qu'un enfant a failli se noyer dedans. Alors bien sûr le mariage avec Rozika est annulé. Il retourne voir Jokim avec un second costume de cérémonie qu'il lui demande d'enfiler. Et, au soir de la Toussaint, les deux amis, bien habillés, partent sur la grand-route. Jokim est assis sur la charrette et Tóni marche à ses côtés, lui racontant tout ce qu'il voit. Ils passent auprès d'un cimetière illuminé.

"Il fait sombre dans le ciel ?" Jokim bascula sa tête en arrière.

"Oui, dit Tóni.

- Il n'y a pas de lune ?

- Non, elle est sans cesse cachée par les nuages.

- J'aimerais tellement être mort ! s'exclama brusquement Jokim. On viendrait me voir. Il y aurait des tas de bougies sur ma tombe. Et le jour des morts, la lumière éternelle brillerait aussi pour moi ." Il tendit la main devant lui, ramena la couverture sur ses épaules. "Partons", dit-il enfin.

Tóni resta longuement sans bouger. Puis, en silence, il s'éloigna de la charrette. Il revint bientôt les poches pleines de bougies encore chaudes, à moitié consumées. Quelques minutes plus tard, la charrette s'ébranlait à la lueur des chandelles. Tel un convoi mortuaire, illuminée, elle s'éloignait lentement avec ses deux morts. Laissant la route sombre derrière elle.

 

La deuxième nouvelle, "Le pont du diable", est encore plus dure. Bien sûr, tous les ingrédients du mélo y sont : une femme seule, dont le mari est en prison, essaie de s'en sortir avec les quatre petits enfants qu'elle a sur les bras. En plus, elle aussi est Tzigane, ce qui n'arrange pas vraiment les choses. On pourrait donc être tenté de sourire, mais non on ne l'est pas.

Le récit commence et finit un même soir de Saint-Sylvestre. Il s'agit donc d'une espèce de "boucle temporelle" à l'intérieur de laquelle les événements sont racontés, peut-être y a-t-il un rapport avec le titre ?

C'était le soir de la Saint-Sylvestre. Le dernier jour de l'année. Viktória Regős était assise au pied du lit,elle écoutait tristement la respiration de ses enfants, qui se faisait plus régulière. Julika avait été la première à s'endormir. Avec le cahier de Jusztika, l'aînée de ses filles, Viktória avait confectionné quatre cornets de papier identiques. "Venez, leur avait-elle dit, Maman vous a préparé du thé."

Avec un couteau elle avait fendu la capsule couronnée du pavot. Les graines s'étaient rapidement infusées. Pendant que les enfants, le cornet à la main, attendaient que le liquide brun rouge ait bouilli, elle avait préparé le lit. Jusztika avait été servie la première et en avait reçu le plus. Puis était venu le tour de Vince et d'Amália, enfin quand la plus jeune, qui était aussi la plus sensible à la décoction, avait terminé son petit verre, elle les avait envoyés se coucher.

Et on n'en saura pas plus jusqu'à la fin ... Entretemps Viktória se prostitue avec un infirme aux yeux jaunes et à la bourse bien garnie, Vince, le mari prisonnier, accumule les rallonges de peine, l'hiver arrive, précoce et froid, Viktória essaie de se faire un peu d'argent en engageant chez Mme Lótman les bottes d'officier et la canadienne de Vince mais c'est en vain, elle s'aperçoit qu'elle est enceinte, ce qui remplit l'infirme de joie ...

"Seigneur tout-puissant, songea-t-elle un soir, tu ne manques pas de culot ! Tu crées un monde à ton image, mais après tu te gardes bien d'en faire un autre pour ceux qui n'en pourraient plus du tien !"

Viktória essaie tout pour ne pas retourner chez l'infirme, y compris nettoyer les latrines de Mme Lótman ou s'occuper de sa tante Johanna qui est moribonde. Le vingt-quatre décembre elle apprend par une lettre que Vince en a repris pour six mois, comme c'est Noël elle chante avec ses enfants, longtemps, et puis c'est la Saint-Sylvestre qui est là, alors elle s'emmitoufle pour sortir faire le tour des villages avec son violon, mais on a annoncé des loups dans la région, des loups descendus des Carpates, chassés par le froid, et c'est au retour qu'elle les rencontre, sur le pont du Diable, mais ...

... c'est alors que le miracle qui devait l'aider et dont elle avait tant rêvé se produisit : elle cala sous son menton l'instrument, qui s'était libéré de sa protection. D'étranges sonorités s'élevèrent, comme si des fantômes ouvraient et refermaient des portes invisibles, les cordes gémissaient, grinçaient sous son archet, relayées par le mugissement du vent ; hululant, comme l'âme des morts à travers la plaine.

Quand elle rouvrit les yeux, les loups avaient disparu. Elle arriva chez elle à la pointe du jour. [...] Elle s'assit auprès des enfants, qui dormaient amassés les uns contre les autres sous l'édredon. Julika, la plus jeune, reposait à l'écart : elle avait été rejetée par les autres. Des taches bleues et gris cendre déparaient son petit visage immobile. Sur le drap, à côté d'elle, traînait le gobelet avec lequel, la veille, elle avait bu la tisane.

Julika est morte, donc. Mais les autres ? Le sont-ils également, ou vont-ils l'être bientôt, quand la tisane d'opium soigneusement dosée aura fait son effet ? A force de misère et de solitude, de désespoir, Viktória est-elle devenue folle au point d'assassiner ses quatre enfants ?

J'ai parlé de mélo au début, et là c'en serait le point culminant. Et pourtant il y a autre chose dans ce texte, qui tient aux personnages dont aucun, même pas l'infirme aux yeux jaunes, n'est ni complètement blanc ni complètement noir, à cette rencontre fantasmagorique avec les loups, à cette chronologie savamment orchestrée. Aux dernières lignes également :

elle voyait ce monde que Dieu avait créé et contre lequel elle n'éprouvait plus de colère. Elle entrouvrit la bouche pour lui souhaiter la bonne année, mais s'arrêta dans son élan : son attention fut brusquement détournée par une sensation de chaleur le long de sa jambe. Il n'y a probablement qu'en rêve qu'on peut uriner sur soi avec autant de béatitude.

Désolé, mais on descend encore d'un cran dans la noirceur et le désespoir avec la nouvelle suivante intitulée "Vivre avec la mort" ... Le héros en est cette fois Béla Gereben, un jeune homme dont le moins qu'on puisse dire est qu'il n'est pas gâté par le destin. Chez lui, il vit avec Náni, sa vieille mère un peu folle et avec Seréna, son épouse, qui ne la supporte guère. Est-ce à cause de la mort de leur premier enfant, dont des restes de couronne mortuaire sont accrochés au mur ? Seréna enrage à cause de la vieille mère malade, Gereben enrage à cause de Seréna et de la vie qu'il mène en général ...

De nouveau étendu sur le lit, il déroula en lui-même des souvenirs lointains, pareil au condamné à mort sur le point de prendre congé du monde [...] Qu'avait-il vécu ? Il comptait en tout et pour tout vingt-trois années derrière lui. Pouvait-on parler d'une vie ? Il survivait aux années, cherchant désespérément refuge dans les suivantes, il fuyait toujours plus avant, emportant avec lui le maigre souvenir de son père, et s'il en tirait le bilan intérieurement, ce n'était que pour davantage s'incriminer.

Ce père, un "beau brin de Tzigane", a disparu un beau jour et Gereben n'a eu d'autre choix que de s'en inventer un autre, petit, bossu, mais toujours gai. Une nuit, pour ramener deux oies égarées, il disparaît à son tour dans l'étang gelé. Est-ce cela qui a rendu Náni folle ? Non, Gereben apprend la vérité de la bouche de la vieille Teréz, une amie d'enfance de Náni. Elles travaillaient toutes les deux chez les Juifs, et c'était la belle vie. Mais un beau jour, tout à coup, cela n'a plus été possible : les Juifs ont été envoyés au loin, on ne savait où, et leurs boutiques ont été fermées. Et maintenant il fallait travailler dur pour les Hongrois, sous la surveillance des gendarmes. Un beau jour, voilà qu'on leur demande de trier trois charrettes de linge. Soudain Náni a poussé un cri : elle venait de reconnaître un joli petit gilet brodé, celui de Madame Bumi, qui les traitait si bien. Et voilà que ces deux jeunes filles de quinze ans décident de faire évader Bumi et son fils, qui attendent le train qui doit les emmener. N'ont-elles pas été assez discrètes ? Les a-t-on dénoncées ? Le lendemain matin gendarmes, militaires, chemises noires, avec ou sans croix sur la manche, entourent leur cachette. Le petit garçon est tué en premier, d'un coup de crosse dans la tête, puis Bumi d'une balle dans la nuque, devant la fosse qu'elles ont dû l'aider à creuser. Náni ne s'en est jamais remise. Dans l'espoir de gagner assez d'argent pour l'amener chez un médecin, Gereben se décide à partir travailler à Budapest. Il est embauché dans une briqueterie et c'est là qu'il rencontre Seréna. Les choses se font facilement, naturellement, et bientôt ils partagent ensemble une sous-location. Trois années passent ainsi jusqu'à ce qu'un jour le lourd chariot de briques que Gereben est chargé de convoyer se renverse sur lui et qu'il en perde l'usage d'un bras.

Au fond de lui-même il espérait que la mort dénouerait la situation. Depuis qu'elle s'était installée chez eux, qu'elle avait emporté leur enfant et attaqué sa femme enceinte, il escomptait secrètement, non sans crainte, que son tour viendrait.[...]

Il laissa sa mère le saisir à la gorge. Elle monta sur sa poitrine, et ce ne fut que longtemps après, quand il rouvrit les yeux, qu'il découvrit sur le lit, à l'endroit où il reposait auparavant, le corps de la vieille femme inerte, ses mains à lui étaient couvertes de sang, et des fragments de couronne mortuaire, également tachés de sang, traînaient par terre, éparpillés au milieu des éclats de verre. A cet instant il entendit un bruit de porte. Il demanda doucement : "Seréna, c'est toi ?"

La quatrième et dernière nouvelle a donné son nom au recueil : "Le bon Dieu n'est pas chez lui". Nous faisons cette fois la connaissance de Tibondieu (du moins c'est ainsi que le surnomme sa femme) et de son épouse Viloja. Hormis l'amour et un nombre incalculable d'enfants, beaucoup de choses les séparent, quoiqu'ils soient Tziganes tous les deux. Ils vivent dans une ancienne morgue au milieu du cimetière, qui leur a été allouée en mille neuf cent cinquante car Tibondieu était devenu le nouveau vacher communal. Ils avaient retroussé leurs manches et en avaient fait un foyer tout à fait acceptable. Seulement voilà quand on est Tzigane rien n'est jamais acquis et un jour une pelleteuse arrive au cimetière et commence à labourer consciencieusement les tombes en se rapprochant de la maison ... Tibondieu, malgré toute sa foi naïve, en fait des cauchemars et même des crises d'épilepsie. Et l'auteur nous invite à nouveau à un véritable jeu de piste où rêves, souvenirs, moments présents s'entremêlent, jalonné de repères que le lecteur a tout intérêt à ne pas négliger s'il veut y comprendre quelque chose. Un exemple ?

Tibondieu détourna la tête. Il se perdit dans ses pensées : comment expliquer à Viloja que son rêve ne venait pas de nulle part, qu'il y avait quelques jours, pendant qu'elle était au village avec leur fille Virág, un homme en bleu de travail empestant le mazout s'était pointé sans prévenir chez eux, celui-là même qui était arrivé une semaine plus tôt au cimetière [...] comment expliquer à la femme que de jour en jour, au fur et à mesure que l'engin se rapprochait de leur maison, de l'ancien funérarium, le doute et l'inquiétude commençaient à l'envahir. L'homme était entré, les poings sur les hanches ...

Vous avez donc dans ces quelques lignes : les pensées de Tibondieu, le récit de la visite de "l'homme en bleu", le souvenir de la démolition du cimetière qui s'entremêlent d'une phrase à l'autre. Dit comme cela peut-être que ça n'a l'air de rien, mais quand cela se répète ... Les personnages eux-mêmes s'y perdent quelquefois :

(c'est Viloja qui tente de retracer l'histoire de la famille de Tibondieu) ce petit nourrisson que la femme à pipe avait retrouvé dans la maison dévastée par le Tzigane pris de démence avait lui aussi à l'âge adulte été brusquement emporté par la mort avec sa flopée de rejetons, et si Tibondieu, le septième né de la famille, en avait réchappé ce soir-là c'était uniquement c'était parce que ... parce que quoi déjà ? Viloja joignit ses deux mains comme si elle allait prier, mais soudain un bruit insupportable, le vrombissement assourdissant d'un avion retentit dans ses oreilles. Elle s'arrêta. Elle vacilla, s'effondra sur le bord du trottoir, tout lui sembla noir [...] Elle avait sept ans, Tibondieu neuf.

Hé oui, vous avez intérêt à suivre quand vous lisez du Osztojkan ! Et pourtant Viloja est beaucoup plus réaliste que Tibondieu, tout comme Virág, leur dernière née qui n'en peut plus de rester à la maison et qui ne rêve que d'une chose : rejoindre sa sœur Véra à Budapest. A force d'impudeur et de mensonge, elle réussit à extorquer deux cents forints au conducteur de la niveleuse. Et encore deux cents autres ...

Et pendant tout ce temps les souvenirs affluent : ceux du rêve fait par Tibondieu, ceux de l'automne mille neuf cent cinquante-six quand les Tziganes avaient été obligés de défiler et de hurler avec les Hongrois à cocardes, ceux de l'assassinat du secrétaire du parti et ceux de la première crise d'épilepsie qui s'en était suivie, ceux du soir d'hiver où Tibondieu s'était approché d'un char soviétique pour faire le salut militaire mais comme il rapportait aussi deux bouteilles de pétrole à la maison, deux bouteilles éminemment suspectes donc, il avait pris une raclée mémorable qui lui avait coûté trois côtes ... Mais curieusement tout est bien qui finit bien, ou presque ...

Tibondieu tendit encore un moment l'oreille [...] Bientôt sa tête commença à bourdonner. Des cygnes apparurent, trois cygnes blancs comme neige,qui en une fraction de seconde se transformèrent en éperviers, puis tandis qu'ils volaient, prenaient toujours plus de hauteur, devinrent à nouveau des cygnes. Tibondieu sourit. Puis soudain il s'aperçoit que le jour se lève. Le soleil monte à l'horizon ; des camions arrivent de la grand-route, des hommes descendent des véhicules et marchent sur la terre labourée du cimetière, en quelques instants, comme si on les talonnait, ils dressent une clôture devant la maison, protégeant ainsi la cour et le jardin de Viloja. "Eh bien, tu vois, ma femme - Tibondieu ouvre les yeux -, j'avais quand même raison !"

Peu de temps après, Viloja apparut à la porte dans l'éclat de la lumière électrique. D'une voix âpre et rauque, elle lança derrière elle à Virág qui s'agitait à l'intérieur : "Amène-toi, fillette ! Ton père fait de nouveau une crise!"

Voilà, je me rends bien compte que tout ceci est un peu long, mais comment résumer ces nouvelles sans les mutiler et les assécher ? J'espère que vous aurez compris que, tout comme le roman cité en introduction, elles m'ont donné un beau plaisir de lecture, et que ces quelques lignes vous auront donné envie de partager ce plaisir. Une dernière chose pour conclure : pour me changer un peu les idées, j'ai entrepris, à la suite de ce recueil, la lecture de "L'héritage d'Esther", un roman de Sándor Márai, auteur reconnu s'il en est. J'aime aussi ce qu'il écrit mais si vous saviez comme ce roman de la bourgeoisie "fin de siècle" paraît désuet et presque fade à côté des écrits d'Osztojkan ...

Szia everybody, szia !

Partager cet article
Repost0

commentaires