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30 juillet 2020 4 30 /07 /juillet /2020 23:09

Hello mindenkinek ! Hogy vagytok ?

J'aurais pu tellement écrire pendant ce confinement ... mais rien, c'est la sidération qui l'a emporté, et le bien-être aussi, étant donné que Ma Douce télé-travaillait et que donc nous ne sommes guère quittés pendant plus de deux mois ... C'était bien ... Je crois qu'il est encore trop tôt, avec tous ces gens qui continuent de mourir, mais il faudra bien faire la liste de tout ce que ce virus nous a apporté de positif, et elle ne sera pas petite !

En attendant je me suis intéressé à un certain Dózsa György, et j'aimerais vous en parler un peu ...                     

Un héros national hongrois, ce Dózsa, dont une très grande et très longue rue de Budapest porte le nom. Pas que hongrois d'ailleurs puisque la Roumanie le revendique également sous le nom de Gheorghe Doja, sans parler de la Serbie où il est appelé Doza Dzerdza ... La Roumanie, c'est assez normal, puisqu'il était Sicule, né en Transylvanie, dans ce territoire tiraillé avec le voisin hongrois. Mais la Serbie ?

Pour en savoir un peu plus sur Dózsa György, je me suis procuré sur le site cairn-info (que je vous recommande si vous êtes curieux d'Histoire) un article intitulé "COURONNE ARDENTE ET DANSE ANTHROPOPHAGE : LE DÉCRYPTAGE DE LA SYMBOLIQUE DE L’EXÉCUTION DE GYÖRGY DÓZSA, CHEF
RÉVOLTÉ EN HONGRIE (1514)" de Dénes Harai. Le titre, certes, est un peu long mais il attire notre attention sur le fait que le moment essentiel de la vie de Dózsa György fut celui de son exécution, consécutive à sa révolte en 1514.

Mais avant d'en arriver là, tentons de résumer les faits, toujours avec l'aide de l'article précité. Le 9 avril 1514, à Buda, le pape Léon X appelle à une "expédition croisée" contre le Turc. A ce moment Dózsa servait vaillamment le roi de Hongrie sur la frontière avec l'empire ottoman. Il aurait d'ailleurs été anobli suite à un duel avec un officier turc dont il aurait tranché "la dextre". Le 24 avril Dózsa devint l'un des capitaines du principal corps d'armée croisé qui s'était assemblé à Pest. Mais les nobles commencèrent à s'inquiéter de cette trop grande mobilisation, d'autant plus que, le financement de la croisade n'ayant pas été suffisamment prévu, les troupes se mirent à "vivre sur l'habitant", en particulier celui qui s'opposait à la croisade. A tel point que le 15 mai une circulaire du cardinal Bakócz fut envoyé à tous les évêques pour arrêter le recrutement en vue de la croisade . On décréta même une trêve de trois ans avec les Ottomans !

Mais Dózsa était déjà loin, en route vers le sud. Et ce n'est que le 18 mai, après avoir tué un collecteur d'impôts pour subvenir aux frais de sa troupe, qu'il apprit les nouvelles de la capitale. Le 24 mai le cardinal Bakócz prononça une suspension qui équivalait à une annulation. Le lendemain les révoltés diffusèrent la "proclamation de Cegléd" pour appeler la population à continuer la croisade en combattant les nobles. Les choses continuèrent de se gâter : le 28 l'évêque de Csanád est empalé et plusieurs seigneurs prisonniers massacrés. Mais la spécificité de cette révolte fut qu'elle se fit au nom de la Croix et c'est ce qui la rendit si dangereuse aux yeux du pouvoir. Dózsa lui-même, dans les textes émanant des autorités royales, était présenté comme le chef d'un "État dans l’État", un "roi" élu par les paysans. Cela ne pouvait pas durer et en effet cela ne dura pas. Suite à différents revers militaires Dózsa est fait prisonnier à Temesvár le 15 juillet 1514. Quelques jours plus tard (pendant lesquels plusieurs de ses compagnons sont enfermés et affamés) il est exécuté.

Mais pas n'importe comment : au "roi des paysans" on pose une couronne de métal chauffé à blanc sur la tête, on lui met un sceptre en main et on le fait asseoir sur un trône, également brûlants. Ce n'est pas tout : on fait venir ses compagnons et on leur enjoint de le dévorer, comme des "bêtes" qu'ils sont. Ceux qui refusent sont exécutés sur-le-champ. Et ce n'est pas fini : on le leur fait faire en dansant au son d'instruments de musique, la fameuse "danse des haïdouks", tout cela sur fond de Te Deum chanté par des moines ... Ouf, quelle sophistication dans le châtiment ! Quel perfectionnisme dans l'humiliation ! En 1514, un an avant Marignan, douze avant la bataille de Mohács et l'invasion des Turcs ...

Pas très étonnant, après tout cela, que Dózsa ait été "récupéré" par le pouvoir communiste qui en a fait un pionnier de la lutte des classes, et il a longtemps figuré en bonne place dans le "roman national" de la Hongrie, celui qui était enseigné dans les écoles. Il figure également dans les noms de rue, de station de métro, et sous la forme d'un beau et grand groupe statuaire, réalisé par Kiss István en 1961, qui se trouve au pied du château de Buda. Beaucoup des statues de ce sculpteur se sont trouvées "mises au rebut" à Memento Park (voir l'article correspondant sur ce blog) mais curieusement pas celle-là ...                

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