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27 juillet 2020 1 27 /07 /juillet /2020 18:54

En cette année du centenaire de Trianon, j'ai exhumé de ma bibliothèque un ouvrage tout à fait curieux et intéressant, qui contient les actes d'un colloque international tenu à Strasbourg du 24 au 26 mai 1984. Le livre lui-même est paru dans la ville en 1987.

Un livre "savant" donc, et d'une lecture pas toujours facile pour un commun mortel. Il n'empêche, cela vaut le coup de s'accrocher si on s'intéresse à la Hongrie, et donc au traité de Trianon. On peut en juger par la table des matières, divisée en cinq parties :

I) La délimitation des frontières

II) Sur les ruines de l'Autriche-Hongrie. Nostalgies, projets, désillusions.

III) Identités nationales et minorités, qui est la seule partie à être divisée selon la nationalité des intervenant(e)s : Autriche / Hongrie / Pologne / Tchécoslovaquie / Roumanie / Pays balkaniques / Trieste et Trentin

IV) Questions militaires, où on ne semble pas beaucoup parler de la Hongrie

V) Comparaisons internationales, où on en parle davantage ...

Ha ha, ça fait envie, hein ? Et j'en vois déjà certains qui se pourlèchent les babines ... intellectuelles, bien sûr !

Et qui commencent à chercher fiévreusement sur internet, allez-y, allez-y, vous trouverez ça :

http://www.bibliomonde.com/livre/cons%C3%A9quences-des-trait%C3%A9s-paix-1919-1920-europe-centrale-et-sud-orientale-2487.html

ce qui vous conduira assez rapidement à comprendre que le livre est épuisé, et qu'il vaut aujourd'hui dans les 200 euros ... Je ne vous dirai pas le prix que je l'ai payé dans mon "antikvárium" préféré de Budapest ( dont je ne vous donnerai pas l'adresse non plus ) mais soyez assuré que c'était un grand coup de chance !

Mais après ces taquineries, revenons à des choses plus sérieuses ... Comme je ne vais pas vous infliger une recension de chaque intervention (il y en a quand même 36 pour un total de 400 pages), je vais me concentrer sur celles qui concernent plus particulièrement la Hongrie dans les 3ème et 5ème parties.

Commençons par le texte de Magda ORMOS, de Budapest (pp 135-145). Il s'intitule : Le traité de paix de Trianon et l'assemblée nationale hongroise 1920-1926. Idées et réalité. Eh bien, tout ce que je peux vous dire c'est que c'est bien compliqué ! Je lis des noms d'hommes politiques mais je connais très peu d'entre eux : Teleki, Károlyi (qui semble jouer le rôle de bouc-émissaire), Bethlen, mais pour tous les autres j'avoue mon ignorance. Ce qui paraît clair en revanche c'est qu'il s'agissait de trouver des coupables à la "trahison" de Trianon, Károlyi donc et les sociaux-démocrates mais aussi les Juifs (on agita même en 1921 le vieil épouvantail de la trinité "bolchevik-ploutocrate-juif") à qui on imposa un numerus clausus qui d'ailleurs fut aboli en 1928. Un passage a retenu mon attention : " C'était un parlement mis en place grâce à des artifices électoraux, à des processus réglés par des pactes et manipulés par l'administration. Les députés faisaient des déclarations en sachant que la tribune parlementaire n'était, dans le sens strict du mot, qu'une scène théâtrale, et que ni le parlement même, ni les partis y siégeant n'étaient aptes à influencer les décisions" (p.144). Certes, je ne m'y connais pas suffisamment pour oser quelque parallèle que ce soit mais tout de même ...

Si je ne me suis pas trompé, les "idées" du titre sont en fait des illusions qui se sont heurtées à la dure réalité géopolitique de l'époque. L'auteure conclut ainsi : "Bethlen attribua à la Hongrie vu ses traditions, son état relativement développé, sa situation géographique et ce qu'on appelait sa "supériorité intellectuelle", "une importance qui dépassait sa grandeur" [...] Mais vu qu'aucune des Grandes Puissances n'était d'accord avec l'importance qu'il attribuait à la Hongrie, Bethlen agissait dans des situations où le partenaire manquait pour le marchandage" (p. 145)

Le texte suivant, de Adalbert TOTH, de Munich (?), a pour titre : Le traité de paix de Trianon et les partis politiques hongrois. On pourrait donc penser que ce texte va être assez proche du précédent mais il est, en fait, assez différent. Tout d'abord il traite longuement de la situation en 1918-1919, c'est à dire avant la signature de Trianon. Ce qui ressort clairement des différentes positions exprimées c'est un consensus autour du maintien de l'intégrité territoriale de la Hongrie avec, à l'intérieur des ses frontières "intangibles", le droit accordé aux différents peuples d'une autonomie plus ou moins totale, selon le parti considéré.

L'avènement de la République des Conseils en mars 1919 proclama la dictature du prolétariat ... Et du coup la question des frontières prend une autre tournure. "le monde entier s'ouvre devant nous ..., la révolution rouge fera disparaître les lignes de démarcation" voila ce qui est écrit avec enthousiasme le 11 mars dans le Vörös Újság (Gazette Rouge) organe du Parti des Communistes de Hongrie. En effet, comme l'écrit Béla Kun un peu plus tard : " Nous avons la ferme conviction que les frontières des nouveaux États seront décidées non pas par les éventualités momentanées des conquêtes militaires, mais par les grands intérêts de l'humanité, par les intérêts communs et solidaires des travailleurs, jusqu’à ce que s'écroulent les murs qui séparent les peuples." Qu'est ce que vous voulez répondre à cela ?

Comme on le sait, cette vision n'a eu qu'un temps et la contre-révolution n'a pas tardé à se mettre en marche. Les partis traditionnels se sont réorganisés sur des bases "chrétienne" et "nationale" (tiens, tiens ...) et "l'irrédentisme", c'est à dire le refus de céder un seul pouce du territoire historique de la "Grande Hongrie" s'est exprimé avec de plus en plus de virulence ... D'ailleurs aucun des partis politiques ne semblait croire que ce traité, tellement injuste et "anti-naturel", allait réellement s'imposer  et perdurer dans les faits. Toutes les déclarations vont dans ce même sens, citons-en une parmi d'autres : " la paix qui nous a été imposée sera changée par une révision ou grâce à une autre constellation en politique internationale. Peut-être aussi parce qu'elle est impossible à exécuter." Voilà ce que déclarait le baron Lajos Kürthy, président du Parti National du Centre en mai 1920, juste avant la signature définitive du traité.

Pour conclure sur ce texte, je reprends les mots de l'auteur : " La connaissance lacunaire de la Hongrie et du peuple hongrois par les politiciens occidentaux, les promesses territoriales faites pendant la guerre aux Tchèques, Roumains et Serbes, et surtout l'étroitesse de vues des politiciens et de l'opinion publique hongroise, sont également responsables de tout ce qui s'est passé."

Etant donné la longueur et la (relative) difficulté de cet article, je pense préférable de le "couper" en deux et donne rendez-vous, pour celles et ceux que cela intéresse, dans l'article suivant ...

 

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