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27 juillet 2020 1 27 /07 /juillet /2020 18:55

Suite et fin, donc, de l'article précédent : c'est facile de le retrouver, il a le même titre mais avec le n°1 derrière !

Le texte suivant, de Jean BERENGER de Strasbourg, s'intitule tout simplement "Le révisionnisme hongrois". Il commence par ces mots : "Il s'agit de l'idéologie dominante de la contre-révolution hongroise qui inspira le régime Horthy tant qu'il fut au pouvoir à Budapest (1920-1944)" Il s'agit ici, bien sur, de "contrer" la révolution de Bela Kun puis de réviser le traité de Trianon afin de récupérer les territoires perdus. L'article examine les origines du révisionnisme, ses bases doctrinales et ses manifestations jusqu'en 1925.

Le premier point tient de l'évidence : c'est le diktat de Trianon qui a provoqué le révisionnisme, qui s'exprime dans le slogan bien connu "Nem, nem, soha", "Non, non, jamais" (nous n'accepterons ce traité). Pour l'auteur ses fondements doctrinaux peuvent être trouvés dans le mémorandum que l'amiral Horthy fit rédiger et adopter en octobre 1919. Le troisième point est le plus développé : le révisionnisme s'est largement servi de la propagande, mais des efforts diplomatiques importants ont été accomplis, non seulement en vue de son admission à la Société des Nations mais aussi pour se rapprocher de la Yougoslavie et de l'Italie. L'idée principale était de briser un isolement diplomatique contre-productif pour la révision du traité. Mais ce ne fut pas tout. En dénégation des clauses du traité un souci constant fut aussi celui du réarmement : "camouflage" des anciens officiers de la Monarchie et de dépôts d'armes, militarisation de la jeunesse, aucun effort ne fut épargné en vue du rétablissement de la conscription et de la remobilisation d'effectifs importants.

A côté de tout cela, d'autres agissements apparaissent plus pittoresques, comme la fameuse "affaire des faux-billets de 1000 francs" qui éclata en 1925. Apparemment de hauts responsables hongrois étaient au courant de la manœuvre, mais s'agissait-il de ruiner le franc français en guise de revanche ? s'agissait-il plus simplement de financer à bon compte l'action irrédentiste ? Toujours est-il que le stratagème fut assez vite découvert, ce qui provoqua un beau scandale international, qui faillit entraîner la chute du cabinet Bethlen.

"L'affaire de Sopron" fut un autre exemple d'un révisionnisme "modéré" cette fois. Après des débuts violents, au mois d'août 1921, elle se conclut pacifiquement par un plébiscite qui ramena cette partie du Burgenland dans le giron hongrois ...

Venons-en maintenant au texte de Istvan HUNYADI (de Strasbourg ?), au titre bien alléchant : "L'image de la Hongrie en Europe occidentale à l'issue de la Première Guerre mondiale".

Soyons clairs dès le départ : pour l'Européen occidental "moyen", l'image de la Hongrie est bien floue et incertaine et se résume à "quelques clichés romantiques, exotiques ou d'opérette" (page 173). Même aujourd'hui je ne suis pas certain que, pour beaucoup de gens, Hongrois n'égale pas "hussard", avec la toque en fourrure, le sabre d'apparat et tout ce qui s'ensuit ... En revanche pour les gens un peu plus cultivés, ou plus intéressés par les problèmes de politique internationale, l'image de la Hongrie était loin d'être positive. "On accusait les Hongrois de méthodes de gouvernement autoritaires et brutales et de chercher, par des moyens directs ou indirects, l'assimilation complète des minorités nationales". (idem)

Ces informations, souvent exagérées d'après l'auteur, émanaient de milieux bien précis : les intellectuels des minorités concernées, des cercles slavophiles et roumanophiles proches des loges maçonniques ainsi que les ligues des droits de l'homme qui leur faisaient écho par le canal de journaux puissants : Le Temps, le Figaro, le Times en Grande-Bretagne, pour ne citer que ceux-là. L'auteur avance l'hypothèse que les subventions du gouvernement russe (les "roubles roulants") ne furent pas étrangers à cette belle unanimité (pages 174-175). 

Un autre canal de ces informations se trouve dans un groupe d'historiens dont le plus éminent est Ernest Denis, professeur à la Sorbonne, et dont un buste se trouve sur une place de ... Prague. Et l'auteur de citer un passage de l'ouvrage "Les Slovaques", publié en 1917 : "Depuis le début de la guerre (1914-1918), les Magyars ont poursuivi dans les pays croates, serbes ou roumains une politique d'extermination : ils ont déporté les habitants par dizaines de mille, ils les ont remplacés partout où il leur aura été possible par des colons magyars ..." Hunyadi précise en note (page 176) que "le nombre de déportés et d'internés politiques était d'environ 10000 personnes. Aucune colonisation hongroise n'eut lieu durant la guerre" Et il ne s'agit pas seulement d'une querelle d'historiens puisque de tels propos ont dû avoir leur effet sur les politiciens responsables du traité de Trianon. Et c'est ainsi que la Hongrie fut "punie" au-delà de toute mesure ...

Ne voulant pas développer exagérément cet article (que j'ai déjà dû couper en deux en raison de sa longueur) je me contenterai de signaler deux autres textes ayant un lien avec la Hongrie :

- "Les conséquences du Traité de Trianon pour la minorité hongroise en Tchécoslovaquie jusqu'à 1930" de Charles WOJATSEK, dans lequel on s'aperçoit une fois de plus que rien n'est simple décidément, et que ce que l'on a violemment reproché aux Hongrois quant au traitement de leurs minorités nationales, eux-mêmes ont dû le subir, et avec intérêt, quand ils se trouvèrent à leur tour en position de "minorité" ;

- "La naissance du fascisme en Hongrie et en Roumanie, inséparable de l'antisémitisme" de Nicholas NAGY-TALAVERA, qui brosse à grands traits l'évolution de la situation en Hongrie de 1918 à 1926. J'y ai appris l'existence des "hommes de Szeged" , et même de la "pensée de Szeged" cette "idéologie mal définie, nébuleuse, variante conservatrice du fascisme en Hongrie" (page 394). Il n'empêche, d'après l'auteur, qu'elle "offrit aux jeunes, aux étudiants et aux petits-bourgeois un espoir pour le progrès, pour sortir de l'immobilité" (page 396). Comme on dit dans ces cas-là : on connaît la suite ...

Voilà qu'est venu le temps de conclure ... Je ne sais pas si ce texte sera beaucoup lu, d'ailleurs je ne sais pas s'il a véritablement sa place dans ce blog, malgré son lien permanent avec la Hongrie. J'ai essayé, modestement mais honnêtement, de rendre compte de quelques textes qui me paraissaient importants, surtout pour celles et ceux qui aiment la Hongrie et qui voudraient mieux la comprendre telle qu'elle est aujourd'hui ... Une dernière chose : mes connaissances personnelles ne me permettent pas de juger du degré de vérité de ces différents textes, dont certains me paraissent nettement "engagés". J'ai relevé plusieurs contradictions entre eux : qui a tort ? qui a raison ? Je laisse à d'autres, plus érudit(e)s, le soin de démêler l'affaire ...

Sziasztok !

 

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