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25 août 2021 3 25 /08 /août /2021 15:03

Szia everybody !

Hé oui, une fois de plus nous avons repris le chemin de la Hongrie. Nous n'avions rien prévu de particulier, si ce n'est d'amener trois chaises paillées et notre bonne vieille amie Judith, qui a maintenant ses 95 ans bien sonnés ...

Peut-on pour autant parler d'une routine ? Ce serait mal nous connaître, même si nous avons déjà effectué ce trajet plusieurs fois. La preuve, nous nous sommes à nouveau arrêtés à Schwäbisch Hall, dans cette petite église transformée en musée, et nous y avons redécouvert des merveilles de la Renaissance allemande comme si c'était la première fois :

 

Et puis, à nouveau, une halte pour la nuit à l'hôtel de la Poste à Velburg, qui est décidément trop pratique, se situant juste à mi-chemin entre la France et la Hongrie.

C'est le lendemain qu'il y eut du vraiment nouveau ... Je ne sais pas si je vous l'ai déjà dit mais notre amie Judith fait partie de ceux qu'on appelle aujourd'hui les "rescapés des camps". Son père, hélas, est mort à Gusen, un camp dont je n'avais jamais entendu parler. Et comme c'était pratiquement sur notre route, non loin de Linz et de Mauthausen, et qu'elle n'y était encore jamais allée, nous avons fait le détour ... Nous sommes arrivés vers midi, il faisait déjà très chaud :

Gusen a été un des premiers camps à "fonctionner", dès 1938, et il a regroupé des prisonniers de 27 nationalités : des Républicains espagnols, des résistants italiens et français, mais surtout des membres de l'élite polonaise qu'il s'agissait d'éradiquer. Et bien sûr des Juifs ... Le travail, qui consistait essentiellement à exploiter une carrière de granit, y était très dur et les conditions de survie épouvantables : ceux qui, en raison de leur faiblesse, ne parvenaient pas à pourvoir à la tâche étaient battus à mort, comme le papa de Judith, ou bien ils avaient droit à un traitement spécial, les "Todebadeaktionen" ou "bains de la mort". Le principe en était assez simple : on mettait sous une douche glaciale ceux qui étaient considérés comme inaptes et la température du corps baissait, ce qui conduisait à une mort lente et douloureuse ...

Bien sûr, en accompagnant Judith dans cet endroit, on ne s'attendait pas à découvrir des choses particulièrement joyeuses ou exaltantes ... On ne s'attendait pas non plus à cet environnement des plus étranges :

Vous ne rêvez pas ! Il s'agit bien d'un gentil voisin autrichien qui est en train de se curer délicieusement le nez, en surveillant la bonne marche de son barbecue ... le tout à une centaine de mètres du Mémorial qui abrite, entre autres choses, un four crématoire ! Il faut bien que la vie continue, pas vrai ?

Il n'empêche ... ce Mémorial est en soi le résultat d'une longue bataille contre l'oubli, grâce à l'action d'amicales internationales de déportés. Mais aujourd'hui ? Aviez-vous entendu parler de Gusen, où pourtant plus de 35 000 personnes sont mortes ? Et demain ? Quand Judith et les autres auront disparu ? Quand le lotissement aura pris le pas sur la mémoire ?

 

 

Pour nous remettre un peu de toutes ces émotions, Judith nous a demandé de faire une petite halte sur une terrasse au bord du Danube et nous avons regardé couler le fleuve, puissant ...

 

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