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28 juin 2014 6 28 /06 /juin /2014 13:15

Szia szia !

 

J'espère que vous allez toutes et tous bien, depuis le temps ? Cette fois je voudrais juste écrire un petit article à propos d'un livre que je viens de finir et qui s'appelle : " Ce jour-là : 23 octobre 1956        Budapest "

Il a été écrit par Tibor Méray, et a paru chez Robert Laffont en 1966, soit seulement dix ans après les "événements" ...

 

Bon normalement le rapprochement Hongrie-1956 devrait vous dire quelque chose ... non ? C'est vrai que cela fait près de soixante ans et que les programmes d'Histoire sont traités si rapidement ... Alors un petit rappel pour celles et ceux qui ont beau chercher dans leur mémoire défaillante : le 23 octobre 1956 le peuple hongrois est entré en révolte contre l'occupation soviétique et le régime du parti unique et 13 jours plus tard, le 4 novembre, ce qui était devenu une révolution a été écrasé par les tanks de l'armée occupante .... ça y est ? 

 

Tout commence le 22 octobre par une réunion estudiantine qui regroupe 5000 personnes à l'Université : de revendications purement universitaires (tarif des transports, prix des manuels, ...) on passe assez vite à des demandes plus profondes, comme la longueur excessive des cours de marxisme, ou le désir d'étudier dans une langue autre que le russe. Puis, le soir, on parle de ce qui vient de se passer en Pologne : Gomulka, malgré l'encerclement de Varsovie par l'armée soviétique, a tenu bon et vient d'être élu premier secrétaire du Parti en affichant sa volonté de faire évoluer le pays vers une véritable démocratie. On parle aussi, bien sûr, du XXème congrès, qui a eu lieu huit mois plus tôt et au cours duquel Krouchtchev a révélé les crimes de Staline. Mais en Hongrie ? Malgré la récente éviction de Rákosi, rien ou si peu ... Alors il faut suivre l'exemple polonais, il faut faire revenir Imre Nagy, le Gomulka hongrois ! Il faut se souvenir de la révolution de 1848, et rédiger à nouveau "LES REVENDICATIONS DE LA NATION HONGROISE" !!!

 

Mais soudain je réalise que j'avais parlé d'un "petit article", et que je n'en suis même pas arrivé au commencement du début des "événements" ! Excusez-moi mais c'est si dur de résumer, d'aller vite quand chaque mot, chaque action, chaque minute de ces quelques journées comptent pour essayer de comprendre ! Il n'empêche, je vais faire un gros effort de (relative) brièveté, et pour les vraiment curieux, ils pourront toujours se reporter au livre de Méray ...qui est très bon !

 

Or donc, nous n'en sommes qu'au matin du 23 ... Toute la journée, "les Revendications" vont pleuvoir dru sur Budapest ! Elles tiennent en 14 points, et parmi eux : 4) "retrait de toutes les troupes soviétiques" (stationnées en Hongrie depuis 1947 pour "venir en aide à un pays ami") 9) "amnistie pour les condamnés politiques innocents" 12) "liberté totale d'opinion et de la presse" 14) "solidarité totale des uns envers les autres" (pp 55-56 du livre). Une analyse serrée des 14 points se trouve dans le livre de Méray aux pages 55 à 100. Le titre du chapitre ? "Anatomie d'une dictature" ...

 

Interdiction de manifester, mais manifestation, alors levée de l'interdiction ... la valse-hésitation commence ... elle durera jusqu'à la fin, hésitant sans cesse entre tolérance et répression, pour finir le 4 novembre par un brusque arrêt sur ce deuxième pas ...

 

Un 1er rendez-vous a lieu place Petöfi, poète national et âme de la révolution de 1848. Il est trois heures de l'après-midi et près de dix mille personnes sont là.

Le deuxième un peu plus tard devant la statue du général Bem, héros polonais venu prêter main forte aux Hongrois dans leur lutte contre les Habsbourg et le Tsar en 1848-1849.

Il est 17 heures et ils sont plusieurs dizaines de milliers. On découpe l'emblème soviétique qui figure au milieu du drapeau hongrois, on chante l'Internationale et la Marseillaise ...

buda231008-003.jpg

oh oh ... on dirait bien qu'il y avait quelque chose, là, au milieu ...


Comme on est devenu trop nombreux, on retraverse le Danube pour la grande place Kossuth Lajos, juste devant le Parlement. La foule réclame le retour de Nagy Imre et attend, en grossissant : il y a bientôt plus de deux cent mille personnes rassemblées. Et après diverses tergiversations (toujours la valse-hésitation des dirigeants qui savent de moins en moins sur quel pied danser, allant jusqu'à éteindre puis rallumer les lumières de la place !)) Nagy Imre peut enfin parler au balcon du Parlement ! Et là grosse déception : il commence son discours par Elvtársak ! c'est à dire "Camarades", appellation certes prudente (bien des oreilles sont à l'écoute) mais ô combien mal perçue en ce soir du 23 octobre ! Et puis il appelle au calme, à la discipline, à l'ordre, au retour chez soi, tranquille, il est encore temps de dîner ... Heureusement à la fin il entonne l'hymne national au lieu de l'Internationale, ce qui réchauffe un peu les coeurs. Et puis les gens quittent lentement la place, commencent à se regrouper autour des stations de tramways ... quand d'autres arrivent, criant des mots qu'on finit par comprendre : "on se bat à la Radio !!!"

Et c'est effectivement à la maison de la Radio que les premiers morts tombent, en ce soir du 23 octobre. Des gens y sont venus pour que les "14 points" soient diffusés sur les ondes nationales, d'autres y ont massé des troupes, et en particulier des AVO (abréviation de Államvédelmi Osztály, Section de la Défense d'État, la police politique), pour défendre cet endroit stratégique ; à 20 h, Gerö a prononcé un discours (retransmis à la radio, bien sûr !) dans lequel il assimile les manifestants à "des ennemis du peuple, des menteurs calomniant honteusement la glorieuse Union soviétique, des nationalistes essayant de semer le poison du chauvinisme", mais rien n'y fera, rien ne changera, notre parti continuera sa route vers une démocratie socialiste, circulez, y a rien à voir ! C'est évidemment ressenti comme une vraie provocation par tous ceux qui attendent depuis des années que les chefs du parti prennent un peu en compte la dureté de la vie quotidienne. Beaucoup d'ailleurs, et même une très grande majorité selon Méray, ne remettent pas en cause le socialisme en tant que tel mais ils veulent désormais, ici et maintenant, se libérer de "l'amitié" soviétique et reprendre en mains les rênes de leur propre pays.

Qui a tiré le premier ? D'où viennent les armes des assaillants ? Qui étaient-ils, ceux qui ont donné l'assaut de minuit jusqu'au matin ? S'agit-il d'une révolution populaire spontanée ou bien d'une contre-révolution "fascisante" minutieusement préparée, comme s'acharneront à le démontrer les responsables au pouvoir dans les années qui suivront ? Questions capitales auxquelles Méray consacre de longues analyses minutieuses (pp 148-164) que je ne reprendrai pas ici. A neuf heures du matin, les défenseurs, lâchés par le pouvoir, capitulent. Gerö a-t-il espéré un bain de sang justifiant l'intervention de l'armée soviétique ? "Messieurs, vous êtes libres !", voilà comment le chef des insurgés s'adresse à ceux qu'il vient de combattre ...

Mais pendant ce temps ... d'autres ne restent pas inactifs non plus ! Parmi les "14 points" l'un d'entre eux peut être réalisé sans tarder, c'est le numéro 13 : "Symbole de la tyrannie et du despotisme, la statue de Staline doit être ôtée sans délai." A 22 heures environ, il ne reste plus du colosse de bronze que ses deux bottes, posées sur un socle où on peut lire : "AU GRAND STALINE, LE PEUPLE HONGROIS RECONNAISSANT".

 

bottesstaline02.jpg

mais l'inscription sur le socle semble avoir disparu !

 

Et Kassák Lajos, un des plus grands poètes vivants, écrit Le Dictateur, premier poème de ce 23 octobre qui se termine ainsi :              

                          Voici que se fend en deux le ciel noir

                          Voici que perce le germe

                          Du grain nouveau.

 

Et à deux heures du matin, un grand bruit de ferraille se fait entendre dans les rues de Budapest : les tanks russes commencent leur première intervention ...D'où viennent-ils ? Pas seulement de Hongrie où ils étaient stationnés, s'il faut en croire les enquêtes qui eurent lieu ensuite. Qui les a appelés ? Probablement personne en particulier, même si leur intervention a été envisagée avant même le début de la révolution. Après la Pologne, l'URSS ne pouvait sans doute pas (se) permettre de laisser un autre pays "ami" glisser vers un socialisme de moins en moins orthodoxe ... Mais du coup, la question hongroise devient internationale et va bientôt représenter un sujet important pour les médias occidentaux, comme pour l'Assemblée générale des Nations Unies.

Du 24 au 29 octobre, c'est la période des "six jours de Vide" où plus personne ne dirige vraiment, où la grève générale se poursuit, où le face à face entre insurgés et troupes soviétiques tourne quelquefois à l'affrontement, d'autres fois, plus rares, à la fraternisation. Au soir du 29 on annonce le début du retrait des troupes, qui ne saurait tarder, et à minuit le Conseil de Sécurité de l'ONU écarte la question hongroise pour donner la priorité au canal de Suez ...

Les 30 et 31 octobre, c'est presque l'euphorie : Nagy Imre proclame l'abolition du système du parti unique, le gouvernement soviétique admet le retrait éventuel de ses troupes ... pour bientôt ... Mais dans la nuit du 31 au 1er novembre, c'est un revirement complet qui s'opère, pour différentes raisons dont la moindre, selon Méray, n'est pas l'intervention du gouvernement chinois ! Et à nouveau des bruits circulent sur des mouvements de troupes à partir des frontières vers l'intérieur du pays. Pourtant la vie semble vouloir encore retrouver son cours normal, le travail ne va pas tarder à reprendre, des comités sont désignés, des lois nouvelles sont élaborées ... Le 1er novembre à midi, le président Eisenhower déclare "Un jour nouveau se lève en Europe orientale ..." A 18h Nagy Imre fait savoir à l'ambassadeur soviétique que la Hongrie dénonce le pacte de Varsovie, et proclame la neutralité du pays, en s'adressant aux Nations Unies pour la sauvegarder. Pourtant les bruits continuent de circuler ... et les négociations sur le retrait de se poursuivre ... Le 3 novembre à 21h45 les plus hauts responsables militaires hongrois sont reçus avec tous les honneurs par les généraux soviétiques du GQG, l'ambiance est presque chaleureuse ... Á la même heure, en raison de l'incertitude sur la situation réelle, le Conseil de Sécurité décide de remettre au lundi matin, 10h30, l'examen du problème hongrois ...

C'est donc le dimanche 4 novembre, un peu avant 3 heures du matin, que la population de Budapest est réveillée par "un pilonnement d'artillerie intense et ininterrompu" (page 311). Nagy Imre demande aux responsables militaires de rejoindre leurs postes mais l'appel reste sans réponse pour la simple et bonne raison que ceux-ci ont été enfermés dans la cave du GQG, avant leur transfert en territoire soviétique ! Des combats acharnés ont lieu partout, contre les chars T-X 34, les plus modernes de l'époque, dont les occupants sont le plus souvent des Kirghiz, ignorant même où ils se trouvent ! L'Occident proteste, des milliers de politiques, de savants, d'artistes, d'intellectuels ... Mon meilleur ami se souvient que son père écoutait la radio en pleurant ... Récemment encore, une voisine, rencontrée par hasard dans une fête de quartier, m'affirmait que, quoi qu'elle fût très jeune à l'époque (un zeste de coquetterie, sans doute !), elle avait toujours dans l'oreille le bruit du canon retransmis par les ondes ...

Le 14 novembre Eisenhower fait une nouvelle déclaration selon laquelle " les États-Unis n'ont jamais encouragé et n'encourageront pas les révoltes ouvertes de populations sans défense contre des forces supérieures " ! Pourtant, malgré le silence forcé de Nagy Imre et ses amis, réfugiés à l'ambassade yougoslave, malgré le couvre-feu, malgré les bombardements et les déportations en masse vers l'Ukraine, la résistance se poursuit et s'organise, en particulier au sein des Conseils Ouvriers. Ceux-ci seront dissous le 9 décembre et la plupart de leurs chefs arrêtés et condamnés à de lourdes peines.

Le nouveau chef de gouvernement, et pour longtemps, se nomme Kádár János (à qui Méray consacre plusieurs pages, 307-311, et qui, en effet, les "mérite" !) et il semble d'abord vouloir temporiser, s'affirmant (à l'oral puis par écrit) prêt à s'entendre avec Nagy Imre. Celui-ci n'a donc plus de véritable raison de rester dans son asile. Le 23 novembre, à 18h30, il quitte l'ambassade yougoslave accompagné de sa famille et de ses amis. Tous montent dans un autocar qui est déjà en marche pour les ramener chez eux lorsqu'un officier du M.V.D. saute à l'intérieur et le détourne vers le GQG soviétique où il disparaît. Ailleurs les arrestations se multiplient et les Pobiéda noires de la police politique sillonnent la ville, de nuit, pour ramasser de nouvelles victimes. Les premières pendaisons sont annoncées. Alors commence un exode massif : le 30 novembre le nombre de réfugiés dépasse les 100 000 en Autriche ; au mois de février ils sont encore 70 000, et encore autant dispersés un peu dans tous les pays, le nombre de 8 000 en France est avancé par Méray. Mais dès janvier 1957 les Soviétiques rétablissent un véritable "rideau de fer" rendant toute évasion impossible. Le 15 du mois, visite à Budapest de M. Tchou En-Laï, premier ministre chinois ; 4 jours plus tard, des milliers de personnes sont arrêtées au cours de la même nuit, la terreur s'installe ...

Dans la nuit du 16 au 17 juin la radio annonce la nouvelle de l'exécution de Nagy Imre et de quelques compagnons ...

L'Occident proteste ... Le silence et la peur sont rétablis ... La restauration est accomplie ...et pour longtemps !

 

statuesoc10.jpg

ROMPEZ !!!

 

Alors ? Pourquoi le besoin d'écrire cet article ? et de vous l'écrire à vous ? Je sais bien qu'a priori on ne lit pas un "blog de voyage" pour encaisser une leçon d'histoire ! Mais je sais aussi à quel point la Hongrie est mal connue et, peut-être, mal aimée. Moi-même, qui me considère la plupart du temps comme un "véritable" homme de gauche (pour les "non-véritables", suivez mon regard), j'ai parfois du mal à supporter l'anticommunisme presque viscéral qui s'exprime dans certains témoignages. Et j'essaie de le comprendre ... comme on cherche à comprendre une ombre sur un visage aimé ?

 

Sziasztok !!!

 

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