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3 novembre 2008 1 03 /11 /novembre /2008 15:33
Jó napot kívánok !

Je sais qu'il est rarement considéré comme "de bon goût" de parler de la mort à des Français. A fortiori, peut-être, sur un "blog" comme celui-ci, faisant partie de la catégorie "voyages", censé adopter un ton léger, et enjoué ? Vous aurez sûrement déjà compris que je m'efforce d'avoir un regard autre que "touristique" dans le pays où je vis. Ce qui m'importe, en vivant au Maroc, à Madagascar, et maintenant en Hongrie (tiens ! c'est bizarre : Al Maghrib, Repoblika Malagasy, Magyarország. Que des pays commençant par Ma- ! Ce sera quoi, le prochain : Malte ou Madère ? Le Mali, ou le Malawi ? Il reste encore plein de possibilités ...) c'est observer, et essayer de comprendre, comment des gens vivant dans d'autres pays, d'autres cultures, s'occupent des grandes questions de la vie : l'amour, les enfants, et bien sûr, la mort.
Chez nous, en France, c'est l'oubli qui prévaut : on fait comme si la mort n'existait pas, comme si on devait "vivre immortels". Bien sûr, il vient un temps où même celui qui ne veut plus quitter plus ses Adidas sent que ça vient ... Le corps se met à rechigner, l'envie et le désir s'affaiblissent. Que faire alors ? D'abord et surtout, ne pas en parler ! Garder ça comme un secret honteux, en espérant jusqu'à l'ultime seconde que quelqu'un LA découvrira bien, cette fichue formule ! Et puis ... est-ce vraiment la peine d'en faire tout un plat ?
Je me souviens de mon premier enterrement à Madagascar. On était toute une équipe de coopérants et de collègues malgaches, entassés dans le Toyota 4x4, et on "faisait une descente" à Ambanja, petite ville de la côte Nord Ouest. On roulait dans une large avenue bordée de grands arbres quand on a vu, au loin, une foule qui occupait toute la route. On a donc été obligés de rouler au pas pendant un long moment, juste derrière ceux du dernier rang, et on a pu observer. Les gens chantaient, rigolaient, bref, avaient l'air carrément joyeux ! Et puis on a remarqué le manège d'un homme qui poussait un vélo sur lequel était juché un gros bidon en plastique. De temps en temps, il s'arrêtait près d'un-e participant-e, calait son vélo contre lui, et plongeait un verre dans le bidon, qu'il tendait ensuite à l'assoiffé-e. Nos collègues nous expliquèrent qu'il s'agissait bien là d'une fête parce que le mort avait eu une longue vie, et qu'il l'avait bien remplie. Les gens se saoulaient donc (avec le contenu du gros bidon), chantaient, dansaient. Il y avait même une tradition qui voulait qu'on se moque du mort, en lui adressant de grossières plaisanteries. En revanche, j'appris un peu plus tard qu'un des fils du responsable de l'éducation dans la province s'était tué dans un accident de voiture. Ses parents n'assistèrent pas à son enterrement parce qu'il n'était pas "naturel" que des parents enterrent leur enfant.
Et en Hongrie, alors ? Pour observer, et essayer de comprendre, je me suis rendu dans 2 cimetières : celui d'Óbuda dans l'après-midi du samedi 1er novembre, et dans celui de Farkasrét en fin de matinée du dimanche 2.
1ère évidence : il y a un monde fou dans les cimetières hongrois au jour dit de la Toussaint, et à son lendemain !


Que ce soit le samedi à Óbudai temetö


ou le dimanche à Farkasréti temetö !

La coutume semble vouloir que l'on amène des fleurs (des chrysanthèmes mais pas seulement) et des petites bougies. Symbolisme de ces dernières : vigilance du souvenir ? vie qui continue quand même ? On y vient en famille pour se remémorer des scènes communes, ou se les raconter, si on n'avait pas été là. Cela fait partie du lien entre les vivants, et avec les morts. Cela fait partie de l'éducation.

Je me souviens d'un tour que j'ai fait dans les cimetières de Grenoble, à la recherche d'une hypothétique grand-mère. C'était le jour de la Toussaint justement, et je me rappelle ces alignements de tombes déserts et silencieux, avec par ci par là une petite vieille habillée de noir. C'est à mon avis une grand erreur que de vouloir oublier la mort, et je suis persuadé que notre vie serait plus riche, plus intéressante, plus "vivante" si nous parvenions à y intégrer la réalité de la mort ... d'une façon qui reste encore à déterminer !

Ici, le recueillement semble général et "naturel", si l'on peut dire. L'ambiance n'est pas à la tristesse, mais semble plutôt teintée de sérieux et de méditation.


Aucune tombe, ou presque, n'est oubliée ...



Bien sûr, certaines sont plus choyées que d'autres ...


Mais ce que j'ai trouvé particulièrement intéressant, et touchant, c'est que dans chaque cimetière il y a un endroit central, commun, et destiné à recueillir le souvenir destiné à ceux dont la tombe est ailleurs ...

Que ce soit à Farkasrét le dimanche midi


ou le samedi, en fin d'après-midi, à Óbuda


Ainsi, puisque la même chose devait se produire dans tous les cimetières de Hongrie, l'on pouvait être presque certain que sûrement quelque part quelqu'un devait penser à chacune des tombes autour de nous qui n'avaient pas eu la chance de recevoir une visite !

Viszontlátásra !

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commentaires

Nono 08/06/2010 20:02


hihi je te raconte pas la tete qu'ils ont fait la première fois que j'ai fêté Halloween chez moi!


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