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10 novembre 2008 1 10 /11 /novembre /2008 14:43
D'abord il avait fallu prendre le tram, pendant je ne sais combien d'arrêts, jusqu'à traverser des banlieues un peu glauques ...
Puis il avait fallu marcher, longtemps, d'abord en longeant des immeubles sinistres puis en suivant une grande rue sombre et plantée d'arbres. Franchement, cela aurait été en France, je n'aurais pas été rassuré, surtout avec une belle fille comme Ma Douce à mes côtés ! Mais elle allait vaillamment, sans l'ombre d'une crainte. Elle n'avait pas voulu me dire où elle m'emmenait. Alors j'avais suivi, évidemment ...
Finalement, au bout de la rue, on est arrivés à un portail éclairé d'une lumière vive qui conduisait à ça :


(Est-ce que vous voyez le rétroviseur d'automobile fixé en bas de la dernière fenêtre ? c'est un truc courant employé par les gardiens d'ici.)
J'ai appris qu'"Artus" était le nom d'une compagnie de théâtre, fondée par un lointain cousin de Ma Mie et installée dans un local industriel désaffecté. On peut en apercevoir l'entrée sur la photo, en haut et à gauche. Au fond de la cour s'ouvrait un passage fort obscur, tout juste indiqué par des bougies. Il était temps de commencer à s'imprégner de l'atmosphère des lieux ...


Bon, ça faisait un peu "train-fantôme", tout de même ...

  Mais ... dans ce théâtre d'avant-garde-là, on ne s'assoit pas tout de suite, non, Monsieur ! Il ne manquerait plus que ça ! Il s'agit de garder le corps, et donc l'esprit, en mouvement et donc en éveil. Aussi les spectateurs sont-ils d'abord invités à déambuler parmi des scènes éclatées ...

Ce pauvre homme se prenait-il pour l'homme invisible ? rêvait-il simplement de le devenir ? cela aurait été assez cocasse de le faire en public ...
Ma Douce me traduisait les choses du mieux qu'elle pouvait mais ce n'était pas évident : il y avait beaucoup de mots dont un certain nombre s'avéraient "grands". Certains personnages parlaient vraiment beaucoup ...
Celui-ci, par exemple, avec ses bouts de bois dans la main, a expliqué un truc vachement long et vachement compliqué sur les rayons du soleil pour lesquels il semblait avoir une affection particulière, et effectivement il avait l'air un peu illuminé. La pièce dans laquelle il jouait s'appelait "Hermèsz 13", ce qui avait peut-être à voir avec notre Hermès Trismégiste. En effet, revenait en leitmotiv quelque chose comme "tout est dans tout, et inversement"...
Dans la deuxième pièce que nous sommes allés voir, intitulée "Don Quichotte Mausoleum" celle-là, il y avait également une espèce de prédicateur qui tentait à toute force de convaincre les gens de je ne sais quelle vérité universelle, tellement universelle qu'un pauvre visiteur comme moi n'y comprenait rien ... Il se tenait là :


et pendant qu'il parlait, une force mystérieuse actionnait le mécanisme qui ouvrait le livre et l'éclairait. Parfois l'Inspiré hurlait dans un mégaphone, parfois il alpaguait quelqu'un pour lui chuchoter à l'oreille ...
Vous voyez la flamme blonde à l'arrière-plan ? Il s'agit d'une "vamp" ! Le plus souvent, elle est assise sur un haut tabouret perché au coin d'un gramophone géant, sur le sillon duquel elle laisse promener négligemment l'éperon qui orne sa cheville droite ! Moi-même qui vous parle, j'ai eu l'honneur de tourner la manivelle de la gentille dame !
Elle fait également semblant de chanter dans le pavillon (genre "voix de son maître") que vous voyez posé, à l'envers, au centre du plateau. On est, en fait, dans une espèce de musée, un mausolée, comme l'indiquent le titre de la pièce, et des étiquettes soigneusement disposées au coin des "stands".
L'étiquette suivante devait indiquer un "homo astronicus" ou quelque chose comme ça, puisqu'il s'agissait bien d'un cosmonaute qui se mouvait dans l'apesanteur, relié à quelques objets qui bougeaient lentement avec lui. Son travail semblait constituer à faire apparaître de nouvelles étoiles dans le ciel, en faisant sauter les petites pièces de feutre qui les recouvraient. Voici une image de son ciel après la représentation :


Enfin venait un cycliste, coiffé et dûment maillotté, qui faisait du sur-place sur un vélo d'appartement. Mais pour lui ce ne semblait pas le plus important. En effet, le mouvement de ses pédales faisait défiler un film qui se déroulait sur un écran devant lui. Mais voilà ladite machine ...


Etonnant, non ? Et tout cela était animé, dans une joyeuse cacophonie, par un olibrius à costume rayé qui  jouait aussi, pas mal du tout, de la guitare !
Dans une autre phase, ce théâtre d'avant-garde-là scotche le spectateur. Pour "Hermès" ce fut une (très) longue séance de tir à l'arc à laquelle nous dûmes assister : 13, hé oui, flèches tirées une par une, bien sûr, par un archer planté de dos et qui tirait dans le mur de l'autre côté de la scène. Après chaque tir, la cible lumineuse se positionnait de manière à lui faire indiquer le mille. Pour "Don Quichotte" ce fut la performance physique, plusieurs fois répétée, d'un grand escogriffe se donnant en spectacle devant un mur de spectateurs virtuels, disposés en motifs cloniques. Je ne tardai pas à comprendre qu'il s'agissait de Don Q lui-même.
Au sortir de cette phase où le spectateur est un peu "sonné", anesthésié en sorte par l'étirement ou la répétition du temps, ça bouge à nouveau. Nous avons eu droit à des combats (à la badine qui siffle, ou à l'épée), ou à des "figures martiales" pour le moins, superbes de précision et d'inventivité. Une séquence d'une infinie douceur aussi avec la cosmonaute (il s'agissait d'une fille en fait) jouant à la balle avec elle-même, au ralenti, d'un bord à l'autre de la scène.
D'une manière générale, ce qui m'a vraiment plu, c'est la richesse et la liberté créatives. J'ai envie de faire un truc ? Hop, je le fais ! Par exemple, comme Don Quichotte était mort, il est venu présenter ses condoléances aux spectateurs :
Mais, me direz-vous, quel est le sens de tout cela ? En tout cas, c'est ce que Ma Douce m'a demandé sur le chemin du retour, comme on arrivait à la station de tramway. Je dois avouer que je ne m'étais pas posé la question jusque là ; dans "Hermesz" comme dans "Don Quichotte" j'avais préféré me laisser emporter par la poésie et la magie des scènes, sans trop réfléchir. Dans la première, par exemple, je me souviens d'une scène qui était un salon : un homme assis taillait inlassablement dans un morceau de bois pour y sculpter une chaise. Autour de lui, deux plantes en pots. L'une d'elle était formée d'avant-bras et de jambes qui dépassaient de la terre. Dans l'autre, un homme et une femme nus, enterrés jusqu'à la taille, se faisaient face. Imperceptiblement ils se déliaient de leurs tuteurs pour venir s'enlacer comme un homme et une femme. Invariablement l'homme se levait juste comme ils allaient enfin se toucher, et leur faisait reprendre leurs positions de départ.
C'est vrai que le 1er spectacle était plus clairement "écologique", au sens très large du terme. Témoin cette femme de la dernière scène, complètement enterrée elle aussi dans un espace entouré de centaines de petits objets suspendus, tout blancs. Et on s'arrête autour de cet espace, et on commence à percevoir sa respiration qui fait bouger le sol, puis ses frémissements, puis ses mouvements, et enfin elle sort tout entière, et se dresse.


Autant là le sens me paraissait clair, voire limpide (ah bon ? pas vous ?) autant j'avoue que pour Don Quichotte je sèche un peu. Chacun dans sa bulle ? Chacun à la poursuite de son rêve, comme Don Quichotte ? Mouais, un peu "bateau" à mon avis ...Et pourquoi cette insistance mécaniste (le livre, le phono, le vélo) ? D'accord on était dans un mausolée du futur, et alors ?
Mais peut-être en saurons-nous plus lors du 3ème spectacle que nous devrions voir bientôt, si je ne m'abuse !

Viszontlátásra !



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commentaires

Lucas 10/11/2008 20:55

Ah ben bien, après la mafia tu fréquentes des gens qui prennent du LSD, en plus...

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