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15 janvier 2009 4 15 /01 /janvier /2009 17:51
Sziasztok ! Salut à tou-te-s !

Aujourd'hui ça va être du lourd ...

Figurez-vous qu'un jour Ma Douce m'a dit : "Habille-toi, mets ton manteau, je vais te montrer quelque chose !" avec un grand sourire. Et quand elle me sourit ...

On a marché jusqu'à Moszkva tér, et là on a pris le tram n°6 (l'un des deux, avec la ligne n°4, à faire le tour de Pest par les grands boulevards, je vous en ai déjà parlé, alors soyez un peu attentifs s'il vous plaît) jusqu'à Blaha Lujza tér. Là on avait d'abord rendez-vous avec un homme assez surprenant, responsable d'une école de langue. Il n'a pas pu nous recevoir longtemps parce qu'il attendait 20 personnes à manger le soir même. Et dans la pièce voisine sa secrétaire (?) épluchait des pommes de terre à côté de son ordinateur ! Avec un grand sourire ...
A juste titre il était très fier de la fenêtre de sa salle à manger :
On s'est donc quittés assez vite, en promettant de se revoir. Il paraissait plutôt content que je fume moi aussi.

Dehors Ma Mie a repris son air mystérieux ... On a contourné la petite place, éventrée par les travaux du creusement de la 4ème ligne de métro et complètement cernée de palissade ou de grillage (ndlr : il faudra bien qu'un jour je vous dise quelque chose de ces travaux ...), et on a pris la direction du 8ème arrondissement. Au passage Mon Amie me montrait des petites choses : 

    

























                         














  


                            C'est vrai que dans l'ensemble c'était un peu en mauvais état ...













Et puis on est arrivés dans le 8ème ...


Ah non ! pardon, ça c'était le 8ème arrondissement il y a quelques années, au moment où des photos ont été prises pour sa conservation. C'était un quartier de gens simples, "bosseurs", avec aussi des Tsiganes et des retraité-é-s. Un quartier où les gens se connaissaient, comme cela arrive encore dans certains coins de Paris. Un peu le 19ème, peut-être ?
Aujourd'hui le 8ème ça ressemble plutôt à ça :

Et encore, là c'est propre ! (à part la décharge, évidemment).

On lamine, dans le 8ème, on excise, on expurge, on démolit ! (et on dépose ses ordures, accessoirement).
On cisaille, on pilonne, on convoie et on jette !

Parfois, à force de d'entailler, de creuser, de purger, on fait apparaître des murailles, des ksars, qui prennent des allures de forteresse des Templiers.

Des forteresses plantées en plein désert ...


Oui mais vous allez me dire : c'est nécessaire, ça, c'est le progrès ! le développement ! la croâssance ! Il le faut bien, hélas, parce qu'il faut travailler pour pouvoir gagner de l'argent pour pouvoir consommer pour pouvoir faire tourner la machine et donc pour pouvoir travailler, pas vrai ? Et il en faut de plus en plus, évidemment, pour pouvoir élever le niveau de vie : travailler plus pour gagner plus pour faire tourner la machine plus vite et donc pouvoir travailler davantage, c'est pas compliqué, quand même ! Oui mais pourquoi il faudrait gagner plus ? Alors là soit vous pouvez consommer davantage (donc faire tourner la machine plus vite, etc..), soit vous consommez pareil parce que les choses sont plus chères. Alors pour pouvoir consommer ne serait-ce qu'un petit plus, ou au moins autant, les "travailleurs" sont trop contents de pouvoir taper 8 heures par jour dans la pierre historique, et les investisseurs de se remplir les poches.
Et là, on rentre dans le lourd ...
Figurez-vous que récemment un gros scandale a éclaté dans le 7ème arrondissement, qu'on appelle aussi "l'ancien quartier juif" (classé au patrimoine mondial de l'Unesco, soit dit en passant). Deux politiciens de la municipalité auraient "monté" des sociétés fictives (au nom de l'épouse, par exemple) auxquelles ils auraient vendu, à des prix défiant toute concurrence, des dizaines de maisons du 7ème. De manière à éviter tout appel d'offres (obligatoire au-dessus d'une certaine somme) les maisons auraient été systématiquement sous-évaluées, avec la complicité d'experts, évidemment. Ensuite, il ne restait plus qu'à les vendre, beaucoup plus cher, à de véritables entrepreneurs. Et le pire, c'est que tout ça s'est fait sans même que les occupants des maisons en soient informés ! Et tenez-vous bien, quelque temps plus tard, c'est-à-dire il y a quelques jours, un autre scandale du même tonneau a éclaté dans le 6ème, concernant des maisons situées des deux côtés de l'avenue Andrassy (classée elle aussi), les Champs-Elysées de Budapest  : là encore des politiciens véreux les auraient vendues à des gens de paille avec qui ils se seraient partagé ensuite les bénéfices de la revente.
Bon, il n'est pas question ici d'affirmer : "tous pourris", ce serait trop facile, et probablement inexact. Pas question non plus de suspecter qui que ce soit dans les opérations du 8ème, et de toutes façons, ce n'est pas mon boulot !
Mais ce qui est certain, c'est que toutes ces opérations se font dans une atmosphère de violence, au prix de combats gagnés, perdus, suspendus, oubliés parfois ...
Violence contre les gens, d'abord, qui se voient expulsés et, au mieux, relogés dans des quartiers périphériques. Certains tentent bravement de résister :
la plupart, déjà bien fatigués, ne veulent pas d'ennuis supplémentaires et préfèrent renoncer ...
Quelquefois on comprend que, pour une raison ou une autre, un lieu a été épargné, et donc habité, un peu plus longtemps. Des affaires traînent encore, qu'on n'a pas encore jetées. Un arbre continue de pousser au milieu d'une cour jonchée de débris.


Certaines habitations ressemblent à des Forts Chabrol, aux fenêtres mitraillées, au toit crevé, à moitié carbonisé ...


D'autres sont miraculeusement épargnées, généralement parce qu'un poète a vécu dedans (ndlr : sur l'importance accordée aux poètes en Hongrie, le lecteur est prié de se reporter à l'article "Un peu de poésie hongroise"). Cela peut donner des voisinages étonnants :

Mais presque toujours la "logique économique" est la plus forte : il faut donner du travail aux électeurs si 'lon veut être réélu, il faut donner dans le modernisme pour soigner son image d'homme (ou de femme) de progrès, il faut donner dans le pragmatisme pour tenir à flot les caisses de l'arrondissement.
Et un bon gros centre commercial, doublé de bureaux et d'immeubles résidentiels, quoi de mieux pour jouer sur les trois tableaux à la fois ?



Curieux comme cette photo, après coup, fait penser à celle de la maison abandonnée un peu plus haut : l'arbre a été remplacé par une grue, voilà tout ! Et ceux-ci ? Ces orgueilleux piliers de béton flambards et flambant neufs, dans combien de temps seront-ils laissés à leur sort de ruines, avant d'être remplacés à leur tour ? Peut-être pas si longtemps après tout quand on voit que dans une autre opération immobilière importante dans le 6eme arrondissement, on a tellement lésiné sur les matériaux qu'à peine finies, les constructions commencent déjà à se lézarder ! Et devinez quoi ? Les gens qui ont payé (cher) pour y acheter un appartement n'ont pas le droit d'y habiter ... pour des raisons de sécurité !

Et celle-ci ? combien de temps avant de tourner à la muraille de forteresse ? 50, 20, 10 ans ?

Un peu dégoûtés, on ne disait plus grand-chose ... Pour nous changer un peu les idées, Ma Douce nous a guidés vers Pál utca (la rue Paul) où les garçons du fameux roman de Molnár Ferenc jouent aux billes sur le trottoir devant l'école :
Mais ils avaient beau être en bronze, ou dans je ne sais quel autre matériau, on ne pouvait pas s'empêcher de se demander combien de temps ils seraient encore là. Ils semblaient si fragiles, tout à coup, dans leurs poses de forfanterie !
Décidément, pour chasser ces mauvaises pensées, il nous fallait mieux et plus fort que cela ! C'est pourquoi, bien que la nuit commençât à tomber, on a dirigé nos pas vers l'Iparművészeti Múzeum, ou Musée des Arts Appliqués ...

ce qui avait tout de suite une autre gueule, je vous prie de me croire !

Allez ... que tout ceci ne vous empêche surtout pas de "marcher dans la beauté", comme disent les Navajos !

Salut !


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commentaires

Okros fabienne 20/03/2009 16:29

C'est vrai qu'on vit dans un monde dont nous ne sommes que le petit hamster dans sa cage qui coure sans cesse, à l'intérieur d'une roue qui n'arrète pas de tourner...
J'étais en recherche d'actualité hongroise...et je m'attendais si peu à trouver cette référence aux indiens Navajos, un chant magnifique :
"Dans la beauté je marche
Avec la beauté devant moi,je marche
Avec la beauté derrière moi,je marche
Avec la beauté au-dessus de moi,je marche
Avec la beauté autour de moi,je marche
La beauté est revenue..."
Merci pour la qualité de vos photos, et la pertinence de vos articles !
Szia !

Léo 30/03/2009 08:45



Merci de votre message, et d'avoir donné une plus grande partie de ce magnifique poème ! si seulement on pouvait être un tout petit peu plus Navajo, de temps en temps !
Szia !



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