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31 janvier 2009 6 31 /01 /janvier /2009 08:22
Sziasztok !

Je n'y peux rien : j'adore les chevaux et j'adore JOUER. Donc, quoi qu'il m'en coûte au niveau de mon image, j'adore les courses de chevaux,  et même ... le tiercé ! En plus j'aime tout particulièrement le "trot attelé", où de gros patapoufs (dont je connais tous les noms) assis dans des petites voitures se font tirer par des chevaux qui ont l'air de souffrir en courant ... Nobody's perfect ...

Il y a même eu une époque, longue de plusieurs mois, pendant laquelle j'ai acheté Paris Turf TOUS les jours et où, chaque jour, je jouais "fictivement" en inscrivant mes gains et mes pertes dans un fichier d'ordinateur. J'avais dans l'idée de me préparer ainsi une retraite ludique et, si possible, dorée. Finalement je me suis aperçu qu'au bout du compte gains et pertes s'équilibraient, ce qui me permettrait au moins de jouer sans liquider ma maigre pension ... Fort de cet enseignement, j'ai donc laissé tomber ... momentanément, cela va de soi !

Pendant les fêtes, j'ai mis les pieds à l'hippodrome de Vincennes pour la première fois. Pas facile d'y aller quand on n'a pas de voiture ! Il faut prendre le RER jusqu'à Joinville le Pont, et marcher un bon bout de temps en longeant le bois. On passe devant l'Ecole Nationale de Gendarmerie, avec un tas de chenils alignés. Pas de joggeurs de ce côté-là !
Le bâtiment lui-même fait un peu Parc des Princes, style années 70, mais à l'intérieur le grand hall d'accueil est assez moderne (verre et bois). J'ai tout de suite vu une queue immense, qui barrait le hall sur une bonne partie de sa longueur. Je me suis dit, ben mince si c'est comme ça pour parier je risque de ne pas jouer beaucoup ! Mais non, j'ai vu que la queue se dirigeait vers une estrade monumentale, sur laquelle une galette des rois GRATUITE était servie ! Et en effet, bien loin des falbalas du Prix d'Amérique que l'on nous sert chaque année à la télé, ce sont plutôt des "petites gens" qui fréquentent l'hippodrome ... et le font vivre. On ne les voit pas tout de suite en fait (sauf quand ils attendent pour un bout de galette), car c'est dans le "Petit Hall" qu'on parie, une espèce de large couloir, bordé de chaque côté par les guichets, et séparé de la piste par des doubles portes battantes. Ils sont là, les petits joueurs, plantés devant les écrans qui affichent les partants et les cotes, qui retransmettent les courses et puis qui affichent les gains. Les pertes, bien sûr, pas besoin de les afficher : chacun les connaît. C'est un jour ordinaire de Vincennes, un lundi je crois, sans grande course, rien que le quotidien. L'ambiance est plus besogneuse que fiévreuse, avec pas mal d'yeux éteints ...

A Budapest, ce dimanche-là, c'était l'ouverture de la saison de trot. Comme il faisait beau, on a pris le métro jusqu'à Pillangó utca (maintenant on a trouvé un moyen bien simple et instructif de faire passer le temps du trajet : j'essaie de déchiffrer les publicités et Ma Douce me corrige et m'explique) et on a marché un bon bout de temps jusqu'à l'hippodrome ... Le quartier lui-même est un peu glauque : trottoirs défoncés, rails abandonnés, usines vaguement affectées ... Et puis on arrive au parc Kincsem ("mon trésor"), du nom de la fameuse jument qui a couru 54 fois sans jamais arriver deuxième ! D'ailleurs la voilà :


Et là, vous vous dites tout de suite : ah quand même ! à Budapest c'est autre chose que les années 70 ! ce charme classiciste, voire néo-baroque, des pays de l'Est ! un peu vieillot, mais tellement "classe" ! Certes je ne peux qu'abonder ... dommage que tout le monde ne soit pas du même avis. Certains ont jugé, un beau jour, que l'ancien bâtiment de l'hippodrome ne convenait plus (peut-être était-il trop loin de la piste ?) et qu'il fallait en construire un autre. Oui mais voilà, comme souvent en Hongrie, d'autres n'étaient pas d'accord, mais alors là pas du tout. Et comme chacun se tient par la barbichette, voilà le résultat :
Non, non, il ne s'agit pas d'un trucage et vous ne rêvez pas : derrière l'ancien bâtiment et devant le nouveau, la piste étant sur la droite évidemment ! Vous avez sous les yeux la photo d'une situation qui me paraît caractéristique de la Hongrie, telle que je suis en train de l'apprendre. Et il faudra bien qu'un jour ou l'autre je tente un article sur "la Hongrie en couches" ou "de l'importance de la sédimentation dans le fonctionnement hongrois", quoique cela ne semble guère plaire à Ma Douce !
On assiste là, en quelque sorte, à une espèce de "phagocytose" immobilière, la nouvelle construction "digérant" l'ancienne, qui n'a plus aucune raison d'être et qui finira, un jour ou l'autre, par disparaître ... Même si elle est classée "monument historique"!

Mais foin de ces considérations, nous étions là pour JOUER ! Et là, croyez-moi, jouer pour la première fois dans un hippodrome inconnu, dans une langue inconnue, et qui fonctionne selon d'autres règles, c'est loin d'être évident ! Evidemment j'étais accompagné, mais comme Ma Douce n'était venue qu'une seule fois et qu'elle n'avait fait que suivre les consignes d'une amie pour jouer, nous étions bien avancés ! Il y avait bien des écrans, comme à Vincennes, et des guichets. Ne comprenant rien aux premiers, nous nous adressâmes aux seconds. Plusieurs fois ... Et là il faut dire que les dames guichetières furent d'une patience et d'une gentillesse infinies. En plus un petit monsieur avec de grosses lunettes entreprit de nous expliquer tout ça en s'aidant du programme vendu sur place. Bref, au bout d'un moment, il nous a semblé comprendre à peu près de quoi il retournait. On a donc commencé à JOUER dans la 3ème course, le handicap de Vincennes (je vous jure que c'est vrai !). J'ai joué 1000 forints sur Inspe, favori logique, et 1000 sur Juste de Guerre, un tocard dont le nom me plaisait. Tous les deux placés, c'est à dire qu'il fallait qu'ils arrivent dans les trois premiers pour me rapporter quelque chose. Inspe a gagné et Juste de Guerre, après un bon effort final, est arrivé 5ème. Hé, hé ... pas si mal pour un début ...


Après (était-ce pour ça que ce jour avait été choisi pour l'ouverture de la saison ?) c'était ... le Grand Prix d'Amérique à Vincennes ! Retransmis en direct, et sur lequel on pouvait parier. Je n'ai eu besoin que d'un coup d'oeil pour voir que Frank Nivard drivait Meaulnes du Corta et que si elle partait bien et que Nivard n'était pas obligé de "faire la course" pour Offshore Dream, l'autre pensionnaire de l'écurie Levesque, elle avait toutes les chances de l'emporter. J'ai donc misé sur le 15 les 1000 forints gagnés avec Inspe. Aux 1000 mètres Meaulnes du Corta était déjà en tête, bien calée à la corde. Dans le dernier tournant, elle s'envola alors même que les autres faisaient leurs efforts pour revenir, elle tint tout au long de la ligne droite (c'est ça qui est excitant avec le trot attelé, il arrive que des chevaux sur le point de gagner se mettent soudain au galop et soient éliminés) et elle remporta le Prix d'Amérique, le championnat du monde des trotteurs, les sabots dans les naseaux ! Ma Douce me regardait avec de grands yeux pleins d'un amour admiratif et respectueux ... Il me fallait donc continuer, et tenir !

Dans la 5ème, il m'a semblé qu'Hóvirág, le 4, avait une bonne chance. Ma Douce, émoustillée par le Prix d'Amérique peut-être, a décidé de jouer également mais sur Jópofi, le n°9. A l'arrivée, Hóvirág a gagné facilement ; quant au 9 ...


Il fallait quand même que je fasse un peu attention. C'est vrai, ça finit par être énervant, quelqu'un qui gagne tout le temps, surtout quand on ne gagne pas soi-même ! Pour calmer un peu nos esprits surchauffés, d'un commun accord on a décidé de se promener un peu avant que le soleil ne se couche. On a exploré l'ancien bâtiment, dont toutes les portes étaient soigneusement fermées.

oui, oui, c'est bien moi ! j'ai profité des soldes pour m'acheter un GRAND manteau noir !

Evidemment, elle était un peu triste, cette grande bâtisse vide, et condamnée à plus ou moins brève échéance. Ici, une foule fiévreuse s'était pressée, de belles dames en grande toilette avaient monté les escaliers, une ombrelle à la main, accompagnées de beaux messieurs en frac et haut-de-forme ... Ici, des fortunes s'étaient faites, et d'autres avaient été liquidées ... sur fond de sabots ...


Et dans cette tribune présidentielle, (ou royale, ou même impériale, pourquoi pas ?) là, en haut à droite, peut-être que Sissi avait posé ses mignonnes petites fesses ? ou l'amiral Horthy son auguste postérieur ?

Mais le jour tombait déjà, pour ajouter à la mélancolie des lieux.


On a donc retraversé la pelouse inutile et on a retrouvé les joueurs (presque pas de femmes, au fait, beaucoup moins qu'à Vincennes en tout cas, je me souviens, dans la navette du retour, j'étais assis à côté d'une vieille dame noire chaussée de grosses lunettes, qui n'arrêtait pas de décliner des chiffres à voix basse ...). L'alcool aidant, ça commençait à parler fort, là-dedans ! On avait envie d'un chocolat chaud, mais au comptoir c'était plutôt la bière qui coulait à flots ! En haut des tribunes (voir photo n°2) on avait remarqué une grande baie vitrée qui semblait abriter des salons un peu plus fréquentables. A Vincennes il faut payer pour accéder à ce genre d'endroits ; ici non, on a juste eu un peu de mal à trouver comment entrer mais personne ne nous a rien demandé.

C'était nettement plus chic, avec serveurs portant tablier et quelques nouveaux riches aux rires gras. Mais dans l'ensemble c'était plutôt feutré, et paisible. On s'est installés tout au bout, à la seule table libre. A cet étage aussi, bien sûr, on trouvait écrans et guichets. C'est même là qu'on a enfin compris comment fonctionnaient les cotes : le tableau indiquait, pour une mise de 10 forints, la somme remportée par un cheval "gagnant", c'est-à-dire qui arrive premier. Autrement dit, plus la somme était basse, et plus le cheval était favori. Le seul problème était qu'on ne donnait pas les gains pour des chevaux "placés", ce que, pour des raisons de haute stratégie qu'il serait vain de vouloir ici vous expliquer, je joue toujours. Par exemple, pour 1000 forints misés sur Inspe (voir plus haut) dans la 3ème, j'avais gagné ... 1000 forints ! Ce qui n'arrive quasiment jamais en France, même pour un hyper-favori ! Pour les 1000 forints sur Meaulnes du Corta, j'en avais gagné ... 2600 ! Pour Hóvirág ... 1000 à nouveau !!! Il n'y avait vraiment pas de quoi pavoiser, ni offrir le meilleur restau à qui vous savez ...

En attendant le chocolat (ou plutôt le serveur, qui ne se décidait pas à arriver) on a joué un peu, mais (avec la nuit ? le changement d'endroit ?) l'excitation n'était plus la même. Ma Douce a fait fort cependant : dans le Grand Prix d'Ouverture (de la saison, soyez un peu attentifs !) elle a joué un "boulet", le 2, qui lui a rapporté presque 4000 forints pour une mise de 200 ! Moi j'avais joué le 5, beaucoup plus crédible, mais qui s'est mis au galop et donc fut "distancé".


Il faut bien admettre que la photo n'est pas très nette !

Alors il fut temps de rentrer. On a refait le chemin dans la nuit, la pelouse, le vieux bâtiment, les allées du parc Kincsem, la grande avenue et ses dépôts vides, ses trottoirs troués de flaques, tiens ! un jeune gars regarde sa voiture hissée sur la remorque d'une dépanneuse, le pauvre, il n'a pas l'air très content, forcément ... la station de métro toute neuve de Pillangó utca, les panneaux publicitaires dans le wagon ...
Pas de doute, au printemps on y retournera !

Szia !


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