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2 mars 2009 1 02 /03 /mars /2009 11:19

Il y a une jolie croyance en Hongrie : on y dit que le 2 février tous les ours se réveillent et sortent de leurs grottes pour voir le temps qu'il fait. S'il y a du soleil, leur ombre les effraie et ils rentrent vite se coucher : l'hiver sera long. S'il ne fait pas beau, ils restent dehors en attendant des jours meilleurs : l'hiver sera bref.
 

et c'est sûr que les Busos tiennent un peu de l'ours ...
 
Mohács est une ville de 20 000 habitants, située au sud de la Hongrie, au bord du Danube. Je pense que d'ordinaire ce  doit être une petite ville assez tranquille, avec son large fleuve coulant paisiblement entre de hautes digues, ses pêcheurs du dimanche, et un temps qui n'arrive pas toujours à bien passer depuis ce jour d'août 1526 où les troupes de Soliman le Magnifique y ont défait les Hongrois de Louis II (qui périt d'ailleurs en se noyant dans les marais environnants), s'ouvrant ainsi la porte d'une occupation de 150 ans !
On parle beaucoup moins de "l'autre" bataille de Mohács, celle qui eut lieu en 1687, et qui eut le résultat exactement inverse, c'est-à-dire la défaite des Turcs.  Mais en fait ce fut davantage une bataille de libération "locale", la bataille décisive ayant eu plus tôt à Buda.

Cependant une légende rattache les Busos à cette deuxième bataille-là. On raconte qu'aux temps de l'occupation turque, les habitants de Mohács s'étaient réfugiés dans les îles du Danube et les forêts. Un jour ils virent apparaître un vieillard aux cheveux blancs qui leur dit d'une voix sépulcrale : "Il faut vous libérer de l'envahisseur ! Vêtez-vous de peaux de bêtes ! Portez des masques grimaçants ! Poussez des cris perçants ! Et vous verrez comment les Turcs vont détaler !" Et c'est ce qu'ils firent ...

 





Mais ce n'est pas tout, parce qu'on leur vola aussi des femmes, à ces infâmes ! Et c'est sans doute pourquoi de mystérieuses ottomanes figurent dans la parade des Busos :

 

 

 

Furent-elles captives ? amoureuses ? subjuguées par tant de poil ?


Les Busos existaient-ils avant 1687 ? Bien que la 1ère trace écrite qui les concerne date de 1783, c'est quand même fort probable étant donné que les Busos, qui se réunissent tous les ans à l'époque du Carnaval, sont aussi (et surtout) là pour chasser l'hiver. En fait, comme dans d'autres régions du monde, il s'agit d'un rite de fertilité destiné à favoriser le passage de l'hiver au printemps. On peut d'ailleurs remarquer quelques détails ... curieux, dans ce défilé :

Et nombre de Busos brandissent un bâton, de forme plus ou moins suggestive, avec lequel ils vont fouiller sous les jupes des femmes ! J'en ai même vu qui ont réussi à encercler une jeune dame isolée, et qui tressautaient autour d'elle en faisant sonner les cloches accrochées à leurs ceintures ! Que de confusion pour l'heureuse élue ! D'autant que cette simulation se fait en pleine  rue, au vu et au su de tout le monde !

 

 

2 Busos s'apprêtent à fondre sur leur innocente proie !

Mais je vous rassure, comme pour tous les rassemblements auxquels j'ai pu participer jusqu'ici en Hongrie, tout se passe dans la joie et la bonne humeur. Les Busos ne sont jamais agressifs, et leur comportement n'a rien de vraiment gênant, même s'il génère parfois une petite émotion, et que du rouge monte à certaines joues. Leur "folie" est admise par toutes et tous (n'oubliez pas que c'est Carnaval) et beaucoup semblent même y voir quelque chose de salutaire, de vivifiant, pour ainsi dire :




Et si on leur donne pour origine la communauté catholique Croate, aujourd'hui les Busos (plusieurs centaines au total !), et les musiciens qui les accompagnent, viennent d'un peu partout alentour : Serbie, Bosnie, Croatie, Slovénie ...

 

 

je crois que ceux-ci sont des Sokác, sans en être tout à fait certain ...

quant à ceux-là, des Serbes ? des Bosniaques ? une Trabant, en tout cas !

Il paraît même que, quelque part, il y avait 2 Busos français, d'origine hongroise et vivant à Wattreloos, la ville jumelée à Mohács ! En tout cas c'est ce qu'on a entendu dire en sortant des toilettes du Centre Culturel pour la Jeunesse ...

Et là, chère lectrice, cher lecteur, je me pose une question : ai-je le DROIT de vous imposer une photo de la queue pour aller aux toilettes du C.C.J.M. ? Une photo pas tout à fait nette, en plus, étant donné le peu de lumière ambiante (ce n'est qu'au bout d'un long moment passé dans le clair-obscur qu'une employée compatissante du C.C.J.M. consentit à abaisser deux ou trois manettes du tableau électrique, allumant ainsi une lampe sur quatre). Une photo sans autre intérêt que celui de vous faire partager un moment de vie universel, parce que quel est le pays au monde où on ne fait JAMAIS la queue pour faire pipi ?


Les spécialistes de la "proxémie" auront sûrement remarqué que dans la photo ci-dessus les gens sont assez proches les uns des autres pendant qu'ils attendent. Et en effet je crois avoir découvert quelque chose pendant cette journée à Mohács : les Hongrois ne craignent pas le contact physique, en tout cas pas autant que nous autres, les Français ! Personnellement j'ai été éduqué à m'excuser dès que je j'effleure quelqu'un et à attendre des excuses dès que quelqu'un me frôle, et vous aussi sûrement, rassurez-moi ! Dans la rue française, un parcours est une suite ininterrompue de calculs stratégiques (et finalement "instinctifs") pour ne croiser le chemin de personne. Ici, en Hongrie, ce n'est pas le cas, et je commence à me poser des questions sur les "bombes humaines" dont j'avais parlé dans un article précédent ...



20 000 habitant-e-s + 30 000 touristes : 50 000 personnes ont déambulé sur les quais, les places et dans les rues de Mohács, ce dimanche-là, et tout ça dans la bonne humeur générale, sans heurts, sans tensions et sans drames ... Pourtant il y avait du vin chaud à gogo, et de la bière et de la palinka ... En rejoignant la grand-place pour le bûcher final, on a dépassé un Buso qui n'avait pas l'air très bien, mais bon, il s'était assis dans un coin tranquille en attendant que ça passe :


Un grand tas de fagots, comme pour une sorcière, avait été dressé sur la place de la Mairie. Deux Busos y sont montés à l'aide d'une échelle plate, et ils sont restés un moment au sommet du tas en se cramponnant à une effigie de paille, qui devait représenter l'hiver


Et là, je n'ai pas tout compris parce que juste avant cela, le cercueil de l'hiver avait été confié au Danube pour qu'il l'emmène bien loin ... jusqu'en Turquie si besoin !


Le cercueil, le fleuve, le bûcher, on ne lésinait pas sur les moyens face au Bonhomme Hiver ! Ne manquait plus que la montgolfière ... Fallait-il y voir à nouveau un effet de la tendance magyare qui semble consister à empiler les choses plutôt qu'à les transformer radicalement ?
Bien loin de cette interrogation existentielle, les Busos ont mis le feu aux fagots, ce qui, comme on pouvait s'y attendre, a mis la foule en joie


et l'a rendue fort aise, parce qu'elle commençait à avoir froid !

Au terme de ce modeste exposé, j'espère que vous aurez compris que la Busojárás c'est à la fois :
- un rite païen "vieux comme le monde", et destiné à lui redonner de la verdeur !
- un rappel de la VICTOIRE de Mohács, où on les a bien eus, ces Turcs, nom d'un chien !
- une sacrée aubaine pour les tenant-e-s des toilettes du CCJM, pour lesquelles il fallait payer 100 forints par personne !
- une grande foire commerciale et touristique !
- un souvenir de la glorieuse époque des hussards !

c'est vrai que j'avais oublié de vous en parler, de ceux-là !

- un grand moment d'émotion pour les jeunes filles !

Sziasztok !
 

 

 

 

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commentaires

O

et oui si vous avez entendu que 2 busos venait de france c'est mon oncle et moi je suis le Président de l'Association Franco Hongoise KOSSUTH qui se trouve à WATTRELOS dans le nord de France.
Le carnaval des Buso depuis Septembre inscit au Patrimoine mondial de l'UNESCO.


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