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16 mars 2009 1 16 /03 /mars /2009 14:01
Sziasztok !

Ce jour-là, comme j'en avais un peu assez du Master et qu'il faisait beau, j'ai pris mon appareil et je suis sorti. J'avais plutôt envie de marcher que d'aller loin, alors je me suis dit : "Pourquoi pas Margit körút ?"
A Margit körút, il n'y a rien "à voir" ... mais tout à regarder ! L'espace public de la rue, où l'on "montre" les choses, en particulier dans les vitrines, m'a semblé très intéressant ...

Il est vrai que quelquefois on hésite entre montrer et dissimuler :Il existe un grand nombre de ces endroits à demi enfouis à Budapest, qui peuvent servir à : une boutique, un restaurant, un bar (les fameux "söröző" !) ou encore, comme ici, à une salle de musculation. Ils font partie de tous ces lieux de vie souterrains comme il y en a tant : passages, stations, escaliers, places, habitants... L'autre fois, je suis sorti du métro à Nyugati pályaudvar par le mauvais chemin, et je me suis aperçu des dimensions de l'endroit : gigantesque ! Il y aurait facilement de quoi faire tout un article !

Une autre constante de la rue Budapestoise et pas des plus plaisantes, hélas ! Certaines façades comme celle-ci sont entièrement recouvertes de ce qu'on peine à appeler des "tags". C'est plutôt un amoncellement de signatures sans grande recherche ni originalité. Pourtant (on est toujours surpris à Budapest, souvenez-vous en !) si je m'approche du grand machin blanc au-dessus, je lis ça :

ce qui signifie :
- à gauche : en haut "Vörös csillag", ce qui veut dire "étoile rouge", "Kapitalizmus" , "Kannibalismus", ce qui se passe de traduction ;
- au centre : en haut, une faucille et un marteau puis une suite de dates assez incompréhensibles : 1241 (invasion mongole de la Hongrie), 1526 (la bataille perdue de Mohács), 1944 (occupation nazie), 1956 (échec de la Révolution), 1989 (l'année du Changement, mais que fait-elle là ?)
- à droite : en haut "Bitangok 89-ért fizetni fogtok", soit "Vous allez payer pour ce que vous avez fait en 89", en bas "Fletó, te varangy !" Fletó, c'est le surnom pas très affectueux donné au P.M., et "varangy" ça veut dire "crapaud" ...
- tout à fait à droite : "éljen Lenin", à votre avis "éljen", ça signifie "vive" ou "à bas" ?

ça laisse songeur, non ?

Arrivé dans Margit körút, j'avisai ma première vitrine :


C'était une petite boutique sans prétention, dans laquelle une dame faisait du rangement. Je lui demandai si je pouvais photographier sa vitrine, ce qu'elle répercuta auprès de son mari qui faisait les cent pas sur le trottoir, accroché à son portable. Sa communication terminée, celui-ci éprouva le besoin de faire un peu la conversation... en italien, me montra qu'il connaissait Grenoble en faisant mine de skier, puis me laissa photographier sa vitrine en se demandant ce que je pouvais lui trouver.  Eh bien moi je lui trouve au moins 4 caractéristiques, à cette vitrine : 1) les produits "cheap" 2) leur accumulation 3) leur rangement en couches horizontales parallèles au sol 4) la mention "Akció" qui équivaut à nos promotions, et qu'on voit fleurir toute l'année !

Un peu plus loin une petite boutique d'encadreur retint (évidemment) mon attention ...

à noter, le jeu amusant avec le reflet ...

Outre qu'elle permettait un jeu amusant avec le reflet, on y retrouvait peu ou prou les éléments déjà mentionnés, hormis que là il n'y avait pas d'Akció ... Cette fois je ne demandai pas la permission mais je me mis bien en évidence et pris mon temps pour prendre quelques photos, au cas où. Mais personne ne sortit pour me demander ce que je faisais, et au nom de quoi ...

Ah, voilà ce qui ressemble fort à une institution hongroise ...


Songez qu'il y a plus de 10 lotos différents en Hongrie ! J'ai assisté samedi dernier au tirage télévisé du plus classique, pour lequel il faut trouver 5 bons chiffres sur 90 : une gageure ! Ce n'était pas tellement différent de chez nous, avec musique dramatique et paillettes, voix définitive et sépulcrale de celui qui annonce les numéros de la chance ... Une particularité tout de même : il y avait une fille qui était là, juste pour pouvoir dire après que oui, tout s'était bien passé comme il fallait ! Donc ... apparemment ... les Hongrois jouent beaucoup ... mmmh ... mais est-ce qu'ils jouent pour jouer ou pour gagner de l'argent, parce que la vie est dure ? j'ai vu à Pest un bon nombre de "casinos" ... peut-être aussi qu'ils jouent "sérieusement", comme tout ce qu'ils font ...

Un autre leitmotiv de la rue budapestoise : ces annonces "Eladó" (à vendre) et "Kiadó" (à louer), complétées par un numéro de portable. On en voit un peu partout, sur des immeubles tout neufs, sur des grandes maisons restaurées, sur des palissades de chantiers ... Je ne sais pas : est-ce que c'est le marché immobilier qui est particulièrement dynamique ? est-ce que c'est plutôt le signe d'une décadence , d'un "quittage de navire", généralisés ? Ce que je sais, c'est que les appartements sont chers, que ce soit à la vente ou à la location. Pensez qu'il faut compter au moins 80 000 forints de loyer mensuel pour quelque chose de juste correct, alors que le salaire moyen se situe aux alentours de 120 000 ! Il y a comme un malaise, non ?



Et ça, y croyez-vous ?

C'est en fait une boutique où on lave le linge, une espèce de pressing ! En effet, "Ruha", ça signifie vêtement et "Tisztítás", "nettoyage", mais bon, apparemment on y vend des choses aussi, sûrement pour mettre un peu de paprika dans le goulash ! ... ça me rappelle la première fois où je suis allé en Angleterre pour voir ma petite soeur qui vit là-bas. J'avais beau regarder les vitrines de tous mes yeux, je n'arrivais jamais à savoir de quoi il retournait !

En arrivant presque au bord du Danube, là où le "boulevard Marguerite" fait un coude vers l'est, se trouve le cinéma "Bem", d'art et essai :


Il y a encore pas mal de cinémas à Budapest, dont certains sont beaucoup plus luxueux, le "Puskin" par exemple ! Mais j'aime bien le Bem, qui ne paie pas de mine, où les gens sont sympas, et qui fait tous ses efforts pour présenter des programmes de qualité. On y est allés plusieurs fois, en particulier pour voir "La Môme" (hé oui ! bon nombre de films français sortent ici, même avec un peu de retard) et aussi "Delta", le film hongrois qui a remporté une distinction au dernier festival de Cannes, un film très dur et très beau tourné dans le delta du Danube (donc en Roumanie) et qui dénonce le rejet de la différence.

Un peu plus loin, une vitrine comme on n'en voit presque plus en France :

avec son bonhomme d'automate qui cloue des souliers à longueur de journée ... je ne sais pas exactement quoi, mais ça me rappelle un truc de mon enfance, sur le chemin qui menait chez ma grand-mère, je crois ...

Puisque j'étais arrivé au pont Marguerite (Margit híd), enjambant le Danube en traversant l'île Marguerite (Margit sziget), il ne me restait plus qu'à faire demi-tour sur le boulevard ... Marguerite (Margit körút, donc).
Une grande boutique de mode féminine attira mon regard :


Evidemment, vu comme ça, avec le tag et tout, ça n'est pas très brillant ... Je tiens quand même à dire que nombre de femmes hongroises, malgré la cherté de la vie, arrivent à s'habiller avec élégance et quelquefois avec recherche. D'ailleurs on voit beaucoup de jolies femmes dans les rues ; en revanche, cela ne m'étonnerait pas que ceux qui, trompés par je ne sais quelle réputation des "filles de l'Est", viendraient faire ici du "tourisme sexuel" ne repartent assez vite, la queue entre les jambes ! C'est que ces filles de l'Est, habituées dès leur naissance à être traitées sur un pied d'égalité avec les garçons, ne sont vraiment pas du genre à se laisser berner par le premier beau parleur venu ! Ce qui ne les empêche pas d'être très féminines, avec un soin tout particulier accordé à leur corps, si l'on en croit le nombre de "salons de beauté" ... sans parler des bains, évidemment !

Comme je le disais plus haut, beaucoup d'endroits souterrains à Budapest :


C'est souvent le cas, comme ici, quand il y a un grand carrefour : plutôt que de s'encombrer avec des feux pour piétons, des passages cloutés, bref, tout ce qui pourrait faire de l'ombre au règne de la sacro-sainte bagnole, on fait régulièrement passer les gens sous les avenues. C'est là que pour l'instant j'ai trouvé les plus beaux tags :


Bien entendu, vous remarquez sur le sol, à droite contre les murs, les affaires que quelqu'un a laissées. Ces passages sont une aubaine pour les SDF qui s'y font des nids. Une poignée d'entre eux s'étaient installés de la sorte dans un passage près de Déli : ils vaient mis quelques matelas sur une estrade et ça leur faisait comme une chambre à coucher, avec table de chevet et tout. De temps en temps, quand je passais par là, la femme me demandait de l'argent. Et puis on ne les a plus revus ...


La Poste, ah, la Poste ! tout un poème, la Poste !
On est obligés de toutes façons d'y aller chaque mois parce que beaucoup de factures type gaz, électricité sont à régler par mandat postal. Il faut donc aller faire la queue au guichet, en espérant avoir choisi la bonne file. En effet,  régulièrement au moins deux files se font concurrence et là aussi il y a une forme de pari à faire ! La dernière fois, j'ai eu un coup de chance inouï : au moment où j'arrivais pour me mettre tout au bout de l'unique queue existante, un autre guichet s'ouvre et voilà que la préposée me dit quelque chose en hongrois ! Je n'ai fait ni une ni deux et je suis allé me coller au guichet pour payer mes factures ! La tête de certains autres !


Ah, une vitrine de bouquiniste ! Attention, le "bouquinisme" c'est du sérieux à Budapest ! Je serais curieux de connaître le chiffre d'affaires du secteur du livre, mais vu le nombre de librairies, de neuf et/ou d'occasion, le nombre de publcités dans le métro, et le nombre de lecteurs (plus qu'à Paris, il me semble) dans le dit métro, il ne doit pas être moribond, le bougre ! Ces grandes et luxueuses boutiques d'Antikvárium sont aussi impressionnantes que des salons d'antiquaires, et je n'ai pas encore osé y entrer !


Beaucoup de fleuristes aussi, nettement plus qu'en France. Rien qu'à Déli, j'ai le choix entre 3 boutiques, sans compter les vendeuses des rues et des couloirs du métro! La première est celle où je vais le plus souvent parce que c'est là qu'il y a le plus grand choix. J'ai des rapports pas simples avec une des vendeuses : une fois, tout au début, j'ai eu le malheur de hausser les sourcils d'étonnement quand elle m'a annoncé le prix du bouquet, et depuis la pente est dure à remonter ! Enfin, il me semble que la dernière fois on s'est à peu près entendu ... La deuxième est juste à côté du tabac, à la sortie de la longue rampe qui permet de rejoindre le niveau du trottoir. C'est  une petite dame "très comme il faut" qui la tient. Mais je trouve qu'elle en fait un peu trop sur la qualité de ses fleurs, et j'ai du mal à lui faire tout à fait confiance ... La troisième ... je n'y vais jamais, parce qu'elle se trouve trop loin !


Encore une librairie, dont j'ai photographié la vitrine exprès pour vous donner un petit aperçu du hongrois.
Alors "könyv" c'est "livre", vous le retrouvez dans :
- "Mesekönyvek", sachant que le "ek" de la fin est un pluriel, ça veut dire "livres de conte"
- "Könyvesbolt" : "bolt", c'est "boutique", et "könyves" c'est une sorte d'adjectif formé sur "könyv", qu'on pourrait traduire par "ayant des livres" mais, et ceci est ultra-important, le verbe "avoir" n'existe pas en hongrois, il faudrait inventer des mots comme "livraire" ou "livrante" ...
- "Szakkönyv" (en rouge sur la porte) : tiens, là, il n'y a pas de pluriel ? "Szak", cela signifie "spécialité".
Vous voyez ! Ce n'est pas si dur, le hongrois ! C'est un peu comme un meccano, en fait ...


Et là ? Qu'est-ce qui prouve que cette image n'a pas été prise au Nouveau-Mexique ? La mention "Mini Abc", pardi ! Alors, est-ce qu'elle nous met en présence d'un nouvel avatar du magasin d'Etat déjà rencontré dans les collines de Buda ? (ndlr : tiens ! ce serait une bonne idée d'article, ça : les Abc de Buda !) Eh bien non ! En fait la "marque" Abc, même si ses magasins ont pratiquement disparu, est passé dans le langage courant comme nom commun : on dit "je vais à l'Abc" pour dire qu'on va à l'épicerie, c'est tout. (ndlr : donc l'idée d'article n'est pas si bonne ...)


Pas loin de cette débauche de Coca cola, une plaque porte encore "Mártirok útja", c'est l'ancien nom de "Margit körút" ... Le boulevard des Martyres ... du socialisme, probablement ...
Attention ! ne pas confondre "útja" ("le boulevard de", le suffixe possessif "ja" se mettant sur le possesseur "út") avec "utca", qui veut dire "rue". Ah mais ... c'est que ce n'est pas donné non plus, hein ?

Voilà ... ça c'est complètement Budapest, je trouve. A un moment, je me suis échappé du boulevard dans une ruelle de traverse, et j'ai monté quelques marches entre des maisons ... au bout d'un moment je suis arrivé dans un drôle de parc, disposé un peu comme un amphithéâtre, avec sa piste ronde dans le bas. Un bel homme aux cheveux blancs, genre "artiste", était assis sur un banc au soleil, accompagné de deux femmes et d'un chien. A mi-pente, j'ai rencontré cette statue dont le déhanchement m'a touché ...


Il faisait beau, disais-je, et l'air était pur comme pour une fin d'hiver ...


Sziasztok !

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