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25 mars 2009 3 25 /03 /mars /2009 11:00
Hongrie Protestation antigouvernementale
Une manifestation antigouvernementale de plusieurs milliers de personnes s'est terminée par quelque 35 arrestations, dimanche 15 mars, à Budapest. Parmi les personnes interpellées figure [sic] György Budaházy et Laszló Torockai, chefs de groupes d'extrême droite. -(AP.)

Voilà les quelques lignes qu'on pouvait lire en page 10 (section Europe) du journal "Le Monde" du 17 mars 2009, un (tout) petit article placé entre deux autres :
- au-dessus : Autriche L'extrême droite enlève la mairie de Klagenfurt
- en-dessous : Slovaquie Manifestation de l'extrême droite
Autrement dit, et  si vous n'avez pas encore compris : les néo-nazis se (re)massent à vos portes, et attendez-vous pour bientôt à leur déferlement ! Attila : le retour !!!

Mais trêve de plaisanteries ... Ce que le très-sérieux et très-national "Le Monde" oublie de préciser, c'est que ce 15 mars, présenté de façon aussi anodine, est tout simplement la date de la fête nationale hongroise !!! Incroyable, non ? En effet c'est le 15 mars 1848 que la Révolution hongroise contre la domination autrichienne a éclaté, menée par un groupe d'intellectuels dans lequel figurait ... Petőfi. Même que le président Obama himself s'est fendu d'un message de félicitations, rendant hommage au combat du peuple hongrois pour la liberté et la démocratie ! Je ne sais pas ce qu'il a, Obama, avec la Hongrie ... déjà, l'autre jour ...

Fête nationale donc ! et en effet nous eûmes d'abord droit à des réjouissances populaires ...                                                                                                      
Bon ... c'est pas le débordement non plus, hein, faut pas croire ! D'abord il y a assez peu de monde. C'est vrai qu'il pleut (comme le 15 mars 1848, et ça semble plutôt être bon signe, vu qu'on m'a raconté l'histoire 3 fois de suite !) et qu'il fait froid, mais ceci n'est certainement pas suffisant pour décourager un-e Hongrois-e de bonne souche ...
Ensuite, comme le spectacle se déroule sur les marches du Musée National (un grand bravo pour les danseuses et les danseurs !), et qu'une grille clôt le parc dudit Musée, les spectateurs sont coupés en deux parts :Enfin, et c'est le plus important, il fallait quand même y pénétrer, dans cet espace "public". C'est drôle, hein, quand on pense "espace public", on pense liberté de circulation, en respectant certaines règles bien sûr, et en plus liberté d'y entrer et d'en sortir, de cet espace, à sa convenance. Quoi ? De quel droit est-ce qu'on m'interdirait de me réunir avec mes semblables, si nous ne sommes pas évidemment animés de mauvaises intentions ? Surtout si un spectacle "public" est donné un peu plus loin, sur les marches du Musée National ...
Ben oui ... c'est par là qu'il fallait passer pour aller au spectacle, et ce que vous voyez à peu près au centre de l'image, juste derrière la fliquette (?) avec une queue de cheval, c'est un portique, du genre de ceux qu'on voit dans les aéroports. Autres détails amusants :
- à droite du portail, posées par terre, un tas de bouteilles en plastique confisquées avant de laisser entrer
- derrière les barrières, quelques drapeaux nationalistes, il y avait là quelques dizaines de personnes qui essayaient, mais vainement, de s'échauffer
- au premier plan à gauche, le petit garçon porte un chapeau de hussard en carton mince, comme on en verra d'autres plus loin ...

Je vais en profiter pour dire quelques mots de "l'extrême droite en Hongrie". Voilà sept mois que je suis ici, et même si je ne lis pas les journaux, si je comprends très peu la télé, j'essaie de me tenir informé sur un sujet auquel je suis particulièrement sensible ...
La Garde Nationale, tout d'abord, dont vous avez peut-être aperçu les crânes rasés. C'est un groupe ultranationaliste et clairement paramilitaire, même dans ses objectifs. Ils considèrent qu'actuellement la Hongrie n'est pas en état de se défendre (mais contre qui ?), et qu'elle a besoin d'un "bras armé", qu'ils s'efforcent d'incarner. Bien sûr, ils rêvent très fort de la "Grande Hongrie", celle d'avant le traité de Trianon. Et des fois, quand on pense à l'éclatement des nations et des peuples dans ce territoire d'Europe Centrale, on se dit que la frontière pourrait s'avérer bien mince entre "se défendre" et "attaquer" ! Ils ont fait leur parade sur Hősök tere, la place des Héros ..., bien encadrés de barrières métalliques et d'uniformes bleus ...
Ensuite, il y a le mouvement "Jobbik", ce qui veut dire "ceux de droite" et aussi, en même temps, "ceux qui sont meilleurs" : habile jeu de mots, n'est-il pas ? Leur composition, de même que leur "politique" (qui consiste la plupart du temps à combattre "l'ennemi" : ce peut être par moments le Juif (d'ailleurs quelques policiers montaient la garde devant la grande synagogue, à côté de Deák tér, où barrières et voitures de police encadraient un quadrilatère où les gens de Jobbik étaient censés s'exprimer), le Tsigane, bien sûr, mais surtout surtout "le" communiste) me paraissent assez troubles. Sont-ils en dehors du "jeu politique" ? y participent-ils ? Leur rapport avec le FIDESZ, le grand groupe de droite, semble assez ... élastique. Parfois le Fidesz emprunte leurs thèmes et leurs discours, parfois c'est le "Jobbik" qui se rapproche d'une certaine "légalité" ...
Voilà ce que j'ai compris du sujet. J'ajouterai pour finir qu'il y a probablement une certaine frange de "gens de droite" (et peut-être aussi "de gauche" ?) qui sont plutôt perdus et désabusés par rapport aux grands partis traditionnels (le FIDESZ, à droite, et le MSZP, à gauche) : pourraient-ils l'être assez pour céder aux sirènes extrémistes ? Franchement, je n'y crois pas.

Les gens d'ici me paraissent, avant tout, sérieux :


et peu susceptibles de se laisser "embarquer" par le premier excité venu ! Alors, pourquoi toute cette sécurité ? Pourquoi toutes ces précautions ? et des portiques destinés à détecter quoi ? des armes ? Il y avait 30 000 ou 40 000 policiers, soldats, vigiles déployés dans la ville ce jour-là ! Et je ne sais pas si quelqu'un a eu l'idée de compter le nombre de barrières métalliques : il devait y en avoir quelques kilomètres ! Comme cela s'est passé en France il n'y a pas si longtemps, je pense qu'il y a une sorte d'instrumentalisation de l'extrême droite de la part des "gros" partis, qui trouvent là un dérivatif facile aux véritables problèmes. Sans compter que cela permet aussi de prendre quelques précautions ...

au fond, après les dernières barrières, c'est le Danube, et de l'autre côté c'est Buda ...

Quand le spectacledu Musée National a été terminé, il pleuvait toujours et on s'est tranquillement dirigés vers l'endroit où, d'après le programme, le maire de Budapest devait prononcer un discours. Et la photo du dessus montre ce qu'on a trouvé en arrivant après être passé par un contrôle où il fallait ouvrir sacs et blousons ...


et on a eu beau s'approcher au plus près, on était encore à deux cents mètres de l'estrade où devait se tenir le discours ! Remarquez, là, il y avait une raison : l'an dernier, pour la même occasion, le maire s'était fait "décorer" de toute une flopée d'oeufs plus ou moins frais ! mais c'étaient des oeufs, bon sang, pas des kalachnikovs ! Remarquez aussi, sur la photo, que ce sont des employés d'une agence de sécurité privée qui sont chargés du contrôle du public. Les forces publiques semblaient plutôt réservées à une intervention éventuelle ; on a croisé des types harnachés comme des joueurs de hockey, il ne leur manquait plus que les patins ! N'empêche ... j'avais déjà constaté ça le 23 octobre (autre fête nationale qui commémore le début de la révolution contre les Soviétiques en 56 : la place du Parlement où les cérémonies avaient lieu était complètement barricadée et ... déserte), il y a un fossé physique et une fracture morale indéniables entre les "politiciens" et la population hongroise. Le soir, j'ai vu le discours du maire à la télé : il faisait comme s'il y avait des gens qui l'écoutaient ...

Mais comme tout cela n'était pas franchement gai, nous avons pris le chemin du retour. Dans un passage souterrain du métro, on a écouté un moment un petit orchestre de djeunes qui chantaient :

On n'est pas là pour se faire engueuler
on est venus pour voir le défilé
On n'est pas là pour se faire piétiner
on est venus pour voir le défilé
si tout le monde était resté chez soi
ça ferait du tort à la République
Laissez-nous donc qu'on le regaarde
sinon plus tard quand Gyurcsány reviendra
ma parole, nous on reviendra pas !


Szia !

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commentaires

auspitz 29/03/2009 19:06

jo napot kivànok,
je reviens sur un sujet évoqué précédemment, qui était la façon dont les hongrois se moquaient de la manière dont les français parlaient le hongrois;la phrase en question , telle que je la connais, doit être lue en français, mais est parfaitement bien comprise par un hongrois :
la papul la padone ; les copeaux fasan soeur des ma neu ;
ce qui donne en hongrois :
a pap ül a padon; lekopott faszàn ször, de màr nö ;

auspitz georges 26/03/2009 18:16

jo napot kivànok;
j'aime bien ce que tu écris, et je t'encourage à continuer; je serai à budapest entre le 10 et le 20 avril; j'ai la double nationalité; j'habite à bourgoin-jallieu, et dès les beaux jours, je vais à budapest tous les deux mois;on peut se rencontrer, si on veut;
a viszont làtàsra;
györgy

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