Nous avons mangé le soir, dans le terrain attenant, de saucisses roumaines un poil carbonisées, assis autour d'un grand feu de débris de planches. Sur la
bâtisse, ils ont mis à jour des peintures baroques du 18ème, même que Réka (qui est historienne de l'art, rappelons-le) s'est sauvée avant de s'évanouir ce jour-là ! Et puis ce petit ruisseau
qui borde le terrain, quel cachet ! Surtout qu'un petit pont l'enjambe à l'entrée du "domaine" !!!
Réka, qui a le permis mais pas de voiture, "profitait" donc de la nôtre pour faire quelques visites dans son secteur de travail, et nous "profitions" de ses connaissances de la région.
Nous avons commencé par LE musée de la culture sicule à Cernat / Csernáton, avec un accueil très sympa du directeur : il m'a regardé trois secondes et puis il a dit quelque chose comme : "VoilÃ
un homme honnête !" Evidemment, après ça, on ne peut qu'être bien disposé ...
Le musée, réparti entre plusieurs maisons, est organisé de manière très systématique : il y a des rangées d'assiettes, des regroupements de poêles, des files de machines agricoles, des
empilements de postes de radio
des tonnes de gravures encadrées et de tableaux, des tas d'outils,des monceaux de vêtements traditionnels ... tout ceci très intéressant et fort instructif !
Le midi, nous avons pique-niqué dans le parc du musée, et le directeur est venu nous offrir un coup de pálinka. C'est alors que j'ai compris qu'ils étaient deux directeurs en fait, deux jumeaux
vraiment identiques, car pendant que le premier blaguait avec nous (enfin ... surtout avec les filles, en fait ...), le second n'est pas passé loin, accompagnant un groupe de visiteurs. Au
dessert un chien sympa est venu nous mendier quelques miettes de rétes ...
Il était temps de nous rendre au château de Turia / Torja : Réka avait pris rendez-vous avec le comte ...Celui-ci, un monsieur de 80 ans qui avait été déporté dans le delta du Danube après la
2ème guerre, nous reçut très gentiment. Visiblement il aimait la France et les Français, et il semblait très content de pouvoir échanger quelques mots dans "la langue de Molière" ! Des
peintures incroyables sur les murs intérieurs du château :
Un véritable trésor de la
Renaissance tardive, datant du 17ème siècle !
Quand les communistes ont pris le pouvoir en 1948, le domaine a été nationalisé et les bâtiments d'une coopérative implantés non loin du château. La salle ci-dessus, dont les murs avaient
été soigneusement repeints pour dissimuler tout vestige de beauté "élitiste", servait de dortoir aux vrais travailleurs socialistes ... Il reste encore quelques traces de cette époque-lÃ
...
Puis le comte a dû nous quitter, et il s'est éloigné au volant de sa vieille Dacia pourrie ...
On n'avait pas encore visité d'église ce jour-là ! Ce fut chose faite avec celle de Ghelnita / Gelence, où nous sommes arrivés à l'heure du rosaire ...
Plafond peint, murs peints (surtout celui du nord, à gauche), autel baroque complètement délirant : elle avait tout pour plaire, cette petite église. Et puis c'était quand même assez
émouvant d'entendre ces femmes (pas toutes vieilles et laides d'ailleurs...) prier à l'unisson, de manière monocorde et un peu envoûtante ...
Nous avons continué cette journée en allant jusqu'à Papouti / Papolc, ce qui est vraiment le bout du bout de la Siculie : il y avait là une maison à vendre ! On l'a trouvée tout au bout et
en haut du village, après avoir traversé en voiture un petit ruisseau. La Ford Escort étant une voiture très basse (pas la Dacia ...) on n'en menait pas large du tout ! La maison, prolongée
d'un grand terrain en pente qui rejoignait presque la forêt (il paraît que les rencontres d'ours dans le coin ne sont pas rares), était petite et charmante dans la lumière du soir :
Ah ! couler là une paisible retraite ! cultiver son jardin, biologique évidemment ! partir pour de longues randonnées en espérant ne pas croiser de plantigrades ! blaguer en sicule avec le
voisin, et en roumain avec le facteur ! contempler Ma Douce qui, assise près du poële, me tricote amoureusement une longue écharpe tricolore ! tout ça ...oui, sauf que le temps n'est pas
encore venu de nous mettre une maison, aussi charmante soit-elle, sur les bras, surtout s'il faut 2 jours de voyage depuis Budapest pour y arriver ! C'est que le monde est vaste et
attirant, et nous appelle toujours un peu plus loin, n'est-il pas vrai, chers lecteurs ?