Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
7 août 2013 3 07 /08 /août /2013 17:48

Comme d'habitude désormais nous allons passer une bonne partie de nos vacances en Hongrie, mais une fois n'est pas coutume nous décidons d'y aller par la route ...

 

1ère étape : domicile - Belfort


Comme c'est encore la France et que nous avons au minimum 1600 kms à faire, nous ne prévoyons guère de nous arrêter avant de passer la frontière. Mais nous avons offert notre véhicule à une possibilité de covoiturage, alors nous passons par Bourges où nous rencontrons Aurélien, un jeune homme fort sympathique qui doit commencer dès le lendemain à diriger un camp de vacances près de Belfort. La route qui traverse le Morvan en passant par Autun est bien agréable et pas trop fréquentée. Néanmoins, pour arriver un peu plus vite à Belfort, nous choisissons de finir cette première étape par l'autoroute qui passe sous Dijon, ce qui nous amène au "Territoire" vers 18h. Après avoir un peu avancé Aurélien sur la route de son camp, nous retournons vers la ville où nous commençons par nous perdre en cherchant l'adresse du B&B que nous avons réservé par internet : ce n'est pourtant pas très grand, Belfort ! Mais, on ne sait pas pourquoi, on se retrouve complètement désorientés ! Finalement, après avoir un peu tourné ici et là, nous trouvons le grand portail vert que l'on nous a indiqué ... Nous sommes très gentiment accueillis par notre hôtesse, une petite femme un peu ronde, et d'origine marocaine. Son appartement est très vaste, fait de grands espaces situés dans les combles de l'immeuble. Elle s'est inscrite il y a peu sur le site de locations entre particuliers, et nous sommes seulement ses deuxièmes invités. Manifestement elle est ravie de nous recevoir, et de discuter un peu avec nous ; son mari, quoique gentil également, se montre beaucoup plus discret ...

Après une douche ô combien nécessaire, nous sortons pour visiter la vieille ville et manger un morceau.

Belfort est un lieu assez étonnant, pas de doute ! D'abord le centre ancien n'est qu'un immense chantier, comme dans tant d'autres villes aujourd'hui. Encore un tramway à l'horizon ? Que nenni, d'ailleurs ce serait peut-être disproportionné par rapport à la taille de l'agglomération ... Notre hôte nous expliquera plus tard qu'il s'agit d'un projet un peu "mégalo" des édiles locaux avec couloirs de bus et de taxis, voies piétonnières et tout le saint-frusquin et qu'en attendant que tout cela soit fini ( à la saint-glinglin ? ) il ne nous disait pas le binz pour circuler ! Et en effet, partout des barrières, clôtures et palissades sont à longer et à contourner ... Il n'empêche que Belfort conserve un charme particulier, avec ses places vides et ses nombreuses terrasses bondées, ses rues en pente et ses bâtisses de grès rose. Parmi elles, nous découvrons une maison d'arrêt d'oú s'échappe un flot de rap, à deux pas de l'Hôtel de Ville et de la cathédrale, ça devient plutôt rare, je crois ! Après ce petit tour apéritif, nous dégottons une auberge traditionnelle (quelque chose comme "le panier de la cigogne") à la terrasse de laquelle nous nous régalons d'une Flammekuche, mexicaine pour Ma Douce, qui aime les poivrons, vosgienne pour moi, qu'un munster n'a jamais fait reculer ... Puis un autre petit tour, digestif celui-là, nous amène sur les fameuses fortifications vaubanesques qui dominent et enserrent, protègent et écrasent le vieux Belfort. Quel vaste délire architectural !!! Quelle incroyable somme d'imagination et de travail pour en arriver là ! Et, bêtement peut-être, on ne peut s'empêcher d'imaginer la tête du troufion qu'on a amené là, au gré des époques et des conflits, et à qui l'on a dit : "Allez, mon p'tit gars, y a plus qu'à ... !" Et puis bien sûr, il y a "LE Lion", symbole banal de puissance et de gloire, et qui nous paraît tout de même relativement petit au milieu de cet empilement de glacis et de remparts ...

 

MG 3931 Belfort

Un petit avant-goût de tout le Baroque qui nous attend ...

 

 

2ème étape : Belfort-Kemten

 

C 'est dimanche matin, nous sommes à Belfort, il nous reste environ 1000 kms à faire en 3 jours. Même en comptant les inévitables détours, ça devrait le faire aisément … Oui mais voilà, Belfort a la chance ( ou le malheur ?) de n'être situé qu'à 30 kms de Ronchamp ! Et pour Ma Douce, historienne d'art et, pour des raisons qui seraient trop longues à expliquer ici, fan de Le Corbusier, PAS question de continuer la route sans me faire découvrir auparavant un chef-d'oeuvre de l'architecture contemporaine !!! Pour moi … même si je piaffe d'impatience à l'idée de chevaucher les grandes steppes de l'Allemagne centrale, je suis néanmoins curieux de connaître cette église improbable, et puis bien sûr ( les hommes mariés me comprendront … ) je ne voudrais pas que cette journée démarre sur une grosse frustration … Alors j'opine, j'exprime mon accord, voire mon enthousiasme, et nous y allons donc, une joie au coeur  partagée!

Jolie petite route d'ailleurs, qui sent bon la campagne vosgienne ( ou alsacienne ? ) Chemin faisant, nous parlons un peu de la Hongrie, et de cette nouvelle loi qui voudrait que quiconque hébergeant des amis, ne serait-ce que le temps d'une « buli » ( nom local de la « boum » ), leur fasse payer une espèce de taxe de séjour au bénéfice de la commune où est situé son accueillant domicile … Loi stupide et dangereuse, à mon humble avis : stupide car elle ne rapportera que des clopinettes par rapport à la dépense d'énergie nécessaire, mais surtout dangereuse car qui pourra réellement contrôler qu'il y a bien eu des invités et combien ? Des agents municipaux qui n'auront même pas de mandat pour pénétrer dans les maisons suspectes ? Beaucoup plus probablement cela se fera sur dénonciation de voisins n'ayant rien de mieux à faire que de surveiller les allées et venues derrière leurs rideaux … Espérons qu'on n'en arrivera pas là ...car nous serions d'un coup revenus à des années bien sombres, durant lesquelles chacun devait se méfier de son ombre ...

Mais bientôt nous repérons LA merveille, juchée sur une colline au milieu de vertes frondaisons … Comme il est encore tôt nous trouvons à nous garer sans problème et après avoir payé ( un peu cher, si je me souviens bien …) nous commençons l'ascension du monticule sur lequel l'église est perchée. Et très vite je m'aperçois qu'encore une fois Ma Douce a eu raison d'insister, et qu'encore une fois j'ai eu raison d'opiner ! Pourtant, personnellement … Corbu, j'ai parfois un peu de mal … certes il a eu des idées géniales, comme la Cité Radieuse de Marseille par exemple mais bon il y a d'autres fois où ces grandes surfaces de béton brut ont quelque chose de rebutant, presque hostile, comme au couvent de La Tourette à côté de Lyon … Eh bien ici, pas du tout ! A Ronchamp il y a  un soin du détail, un usage des proportions qui en font quelque chose de très humain ! Bien sûr on y retrouve de grands volumes de béton mais grâce à une quasi-pénombre, renforcée par quelques entrées de lumière indirecte, l'intérieur dégage une impression de « mystère familier », comme si l'on était à la fois chez soi ET chez Quelqu'un d'Autre …

 

Quand on sait que Corbu n'était pas croyant, cela pose quelques questions et cela me rappelle un livre que je suis en train de lire, « L'esprit de l'athéisme » de Comte-Sponville, où l'on retrouve cette interrogation essentielle : « l'âme » est-elle réservée à ceux qui croient ? L'extérieur également est tout à fait particulier : on y voit une sophistication des volumes, une recherche presque organique dans les courbes qui tranchent avec les bons vieux parallépipèdes habituels … D'ailleurs certains puristes se sont empressés de dire que ce n'était pas du « vrai Corbu » !

MG 3986 Ronchamp

l'image la plus connue de Ronchamp : je l'avais même en timbre quand j'étais petit !


Un dernier détail avant de reprendre vraiment la route : non loin de l'église se trouve un monument pyramidal érigé en souvenir de ceux qui sont « morts pour la paix », ce qui est une jolie formule, je trouve. Eh bien devant ce monument, ou bien carrément assis dessus, se trouvait un groupe d'Allemands assez vieux pour avoir peut-être pas participé, mais au moins avoir vécu lors de la dernière guerre. Et ils discutaient, ils rigolaient sans se soucier de l'endroit où ils étaient (enfin, j'espère !). Eh bien, moi qui suis né seulement sept ans après la fin de ladite guerre, ça m'a gêné …. c'est con, hein ?

 

 

Après avoir retraversé Belfort et ses fortifications, nous passons la frontière à côté de Bâle, et c'est comme un saut dans l'inconnu ! En tant que copilote, ma position préférée, je suis un peu angoissé par le fait que nous n'avons à notre disposition qu'un guide des routes européennes assez général, loin de la précision du guide français que nous utilisons pour nos trajets hexagonaux. En fait cela se passe très bien, grâce aux nombreuses indications qui jalonnent le chemin. Nous avons fait le choix de ne pas passer par les autoroutes, même si elles sont gratuites : comme elles suivent principalement des axes nord-sud et que nous allons plein est, cela nous ferait de trop grands détours et puis nous sommes bien là pour nous balader, n'est-il pas ? Et en effet nous nous baladons … on pourrait même dire que nous avons l'impression de nous traîner quelquefois, tellement se multiplient les limitations de vitesse ! Ce n'est pas difficile : avant chaque intersection la vitesse autorisée n'excède pas 70 kms/h … et après aussi ! Ajoutez à cela les nombreux villages qu'il nous faut traverser, à 50, comme il se doit, les tracteurs qui semblent s'ingénier à former derrière eux la file de voitures la plus longue possible ( peut-être qu'il existe une espèce de palmarès local ?) et vous aurez une idée du rythme de notre progression … D'ailleurs je surprends Ma Douce à froncer ses jolis sourcils : regrette-t-elle le temps passé à Ronchamp ? Telle que je la connais, cela m'étonnerait beaucoup ! Enfin … cela nous laisse largement de quoi apprécier la campagne environnante, qui est fort douce, fort propre et fort jolie, et de nous étonner de deux choses : la profusion des panneaux solaires sur les toits des maisons ( on se dit que s'il y avait encore des toilettes au fond du jardin, ils auraient eux aussi droit à leur couverture écolo !) ainsi que le nombre impressionnant de pistes cyclables sur lesquelles, en plus, il y a des vélos ! Des petits, des gros, des costauds, des familles et des solitaires, tout un monde juché sur deux roues, dûment équipé et casqué, ach ! on peut dire qu'on a de la graine à prendre du côté de nos amis teutons !

Et puis …. et puis …. voilà que de l'eau pointe le bout de son nez à travers les arbres …. beaucoup d'eau … de plus en plus d'eau …. jusqu'à former un grand lac, qui est celui de Constance ! Ah, le lac de Constance ! Ce joli nom ne vous a-t-il jamais fait rêver ? Moi j'imaginais une belle dame à la longue tresse blonde, à l'air un peu sévère, qui attendait au bord du lac le retour de son preux chevalier parti guerroyer au delà de l'horizon … On espère une route qui longe vraiment le lac mais c'est rarement le cas, ce qui n'est pas idiot, on va voir pourquoi. En effet, attirés par une grande église colorée, nous décidons de nous arrêter pour la voir de plus près. Son entrée principale donne au sud, sur une grande terrasse qui offre un panorama superbe sur le lac. Nous y entrons et là, waah! Bienvenue au pays du Baroque !!!

MG 4003 Birnau

Dorures, volutes, trompe-l'oeil, tout y est, et en quantité !!! J'essaie alors de me rappeler une leçon de Ma Douce : on ne peut rien comprendre au baroque si on fait abstraction du contexte dans lequel il est apparu, le protestantisme est né depuis un moment déjà et il attire de plus en plus de fidèles dans les temples, qui sont des lieux dépouillés et un peu rugueux, en adéquation avec une foi qui se veut plus simple et plus authentique. Il s'agit donc de montrer que le catholicisme est plus riche, plus puissant, plus séducteur aussi, d'où la débauche d'ors, de couleurs, de statues dansantes qui signent le baroque. Franchement, je préfère le style roman ! Mais on ne peut s'empêcher d'être stupéfait par cet étalage de luxe et de savoir-faire destinés, au fond, à attirer le « client » … ou à le conforter dans son choix de la « bonne » religion ! Quant à Ma Douce, élevée dans un pays d'Europe Centrale où ce style est beaucoup plus présent qu'en France, elle y paraît bien plus sensible que moi … C'est pourquoi elle s'attarde tandis que je sors, un peu étouffant, pour jouir de la vue sur le lac. C'est alors que je réalise l'intelligence avec laquelle les différents éléments du paysage sont disposés. Derrière moi, au delà de l'église, la grand-route par laquelle nous sommes venus et sa file ininterrompue de véhicules ; devant moi, à l'aplomb de la terrasse, une petite voie de chemin de fer puis quelques vignobles eux-mêmes longés par une toute petite route, autant dire un chemin, qui dessert les maisons situées juste au bord du lac. Cela vous paraît banal ? Eh bien allez faire un tour au bord du Balaton, vous verrez la différence ! Là l'organisation est presque inverse : le lac, quelques marais ou terrains arborés, le chemin de fer, la grand-route et les maisons, croyez-moi, ça change tout pour ceux qui habitent dedans ! Auprès de moi, un couple très âgé discute très gentiment, il lui remet son collier avec des gestes tendres, c'est fondant ! Ma Douce réapparait, avec une bougie où est inscrit le nom de l'église : Birnau, mais elle n'a pas trouvé d'endroit où la faire brûler ! On n'est pas loin de l'arnaque, là !

Nous reprenons notre route plus ou moins le long du lac ( cf explications précédentes) : Fridrichshafen par exemple qui a dû être un port important … pour finalement nous engager, presque au bout, dans la presqu'île de Lindau dont on dit le plus grand bien. Nous préférons nous garer à l'extérieur des remparts qui encerclent la ville, dont le passé a été riche et tumultueux si l'on en juge par certains bâtiments :

                                                                                                       MG 4008 Lindau

MG 4005 Lindau

à gauche l'ancien, à droite le nouvel hôtel de ville                                 la façade de l'ancien, côté port


Nous poursuivons notre promenade jusqu'au port dont l'entrée sur le lac est assez sévèrement gardée : lion pensif d'un côté, tour de l'autre. Montagnes au loin, lac scintillant, mignonne petite ville aux airs médiévaux, touristes : la ressemblance avec Annecy est frappante ! Nous finissons la journée à la terrasse d'un des nombreux bistrots : café glacé pour Ma Douce qui conduit ( que voulez-vous ? Elle aime ça !), bonne grosse bière bien fraîche pour moi, qui ne conduis pas …

Et nous reprenons la route vers l'est, avec le soleil dans le dos : une lumière magnifique inonde le paysage tout entier … Ici et là nous repérons des Gasthauses, plus charmantes les unes que les autres, et nous continuons à rouler, en nous disant que nous n'aurons pas de mal à trouver un abri pour la nuit. Erreur ! Nous n'avons pas pris garde au fait que nous quittons une région touristique riche en offres d'hébergement, et que cette possibilité va aller décroissant au fur et à mesure que nous nous en éloignons … Résultat : nous arrivons à Kempten à la nuit tombante et nous nous cassons le nez sur deux hôtels sympas mais complets avant d'échouer dans un 3ème, « moderne », moche et relativement cher ! Le soir, un peu avant 23h, nous dînons de plats typiques dans une typique auberge (bavaroise?), servis par une dame plantureuse, bien typique elle aussi !

 

3ème étape : Kempten-Melk

 

Bien sûr, le « gros morceau » de ce 3ème jour, ce sera Salzburg ! Ma Douce, qui connaît déjà ( comme tant d'autres lieux ), veut absolument me faire découvrir la patrie de Mozart ! Mais avant cela elle veut faire un détour par Murnau, où elle espère trouver la tombe de Kandinski. Pourquoi pas ? Il est encore tôt, rien ne nous presse et la route qui va vers le sud est assez plaisante dans la relative fraîcheur du matin. Murau également est une jolie petite ville, très bien entretenue. Pendant que Ma Douce va se renseigner à l'office du tourisme, je bois un café à une terrasse. Cela me donne l'occasion de côtoyer un vieux monsieur très digne et très bien habillé qui est sorti pour fumer une cigarette. Je sens que nous aimerions bien nous parler mais ce n'est ni le lieu ni le moment, nous sommes bien d'accord là-dessus. Nous nous contentons donc de nous regarder franchement et avec bienveillance. Je rejoins Ma Douce qui est un peu dépitée : nous sommes lundi et tous les musées sont fermés ! De plus la tombe de Kandinski ne s'est jamais trouvée à Murnau, contrairement à celle de sa femme, qui y est née ! Pas grave, Ma Douce, pas grave ; de mon côté je me souviendrai de ce vieux monsieur …

L'arrivée dans Salzburg est assez décevante : nous traversons une longue banlieue grise, presque poussiéreuse qui, allez savoir pourquoi, me rappelle certaines rues délaissées du downtown de Los Angeles ! Et puis nous arrivons à la Altstadt (vieille ville) et là c'est bien différent : un vrai petit bijou dans son écrin …

 MG 4016 Salzburg Mirabell


Après quelques difficultés à comprendre le système de stationnement, nous nous garons près de la gare parce que c'est moins cher et que ce n'est pas si loin du centre. Au premier coin de rue nous croisons les lunettes noires d'un shériff de parking, assez obèse et parfaitement inexpressif : sûr qu'on n'a pas intérêt à dépasser la durée autorisée !

Nous marchons donc alertement dans de grandes avenues surchauffées et plus nous avançons plus les touristes se font nombreux. Nous atteignons un grand jardin public aux arbres vénérables, le Mirabell, et de là un autre parc, plus ouvragé, dans lequel nous découvrons un labyrinthe végétal entourant un théâtre de verdure … Puis nous empruntons une tonnelle ( de l'ombre, par pitié !) qui nous amène non loin d'une belle maison où le grand Wolfgang a vécu. D'ailleurs Mozart est à peu près partout, lui qui, si je me souviens bien, ne portait pas spécialement les Salzbourgeois dans son coeur ! Pour dire il sert de marque de fabrique à une spécialité fameuse : des boules de pâte d'amande enrobées de chocolat. Pauvre Amadeus ! J'espère que sa tombe est assez grande pour qu'il s'y retourne à son aise … Après avoir traversé la rivière, nous atteignons SA maison natale, qui dégorge de touristes comme il se doit. Il y a également pas mal de mendiants dans les rues, assez basanés, et nous nous interrogeons sur leur provenance et leur multiplicité : « simple » attrait pour des portefeuilles étrangers supposément bien garnis ? signe d'une population marginalisée, dans une société autrichienne à deux (ou plus) vitesses ? Bien entendu nous n'aurons pas de réponse …

Nous poursuivons notre visite en pénétrant dans un énorme bâtiment religieux (mon royaume pour un peu d'ombre !) où nous découvrons un nouveau style de baroque, tout blanc celui-là, mais tout aussi ouvragé : des plafonds et des parois d'un stuc à couper le souffle qui fourmille de groupes ailés, de volutes nuageuses, et de visions d'un paradis onctueusement crémeux … Plus près de nous, certaines statues sont presque comiques à force de vouloir toucher les coeurs, tel ce Saint Sébastien parfaitement éphébique qui semble se réjouir plus que souffrir des jolies flèches perçant son joli corps, tels ces saints grandeur nature qui paraissent participer de concert à une rave échevelée … Le baroque c'est quelque chose quand même !!!

MG 4032 Salzburg


De retour dans la fournaise nous arpentons quelques rues pavées, quelques places aveuglantes : sur l'une d'elles, un peu excentrée, une statue du grand W.A., en lourd bronze vert-de-grisant, nous paraît bien incongrue et bien peu en rapport avec la légèreté ironique de ce fameux musicien … Il a sûrement fallu lui rendre hommage, à un moment ou à un autre ...

Et nous quittons Salzbourg au bout de deux heures, délai de stationnement oblige !

Le projet suivant de Ma Douce est de me faire découvrir la Wachau, région particulière et éminemment baroque, qui s'étend le long d'une courbe du Danube un peu au nord-ouest de Vienne. Après un trajet ouest-est parfaitement horizontal, nous obliquons donc vers le nord en direction de Melk, que nous atteignons en début de soirée. Comme chat échaudé craint l'eau froide et qu'un homme averti en vaut au moins deux, nous commençons par faire la tournée des hôtels, qui sont nombreux. Mais devant les « kein frei zimmer » qui se succèdent, une inquiétude nous gagne … Heureusement nous finissons par dégotter, en plein centre du quartier ancien de surcroît, une chambrette coquette et proprette qui nous semble tout à fait convenable. Après un dîner un peu moyen, mais on avait un peu la flemme de chercher ailleurs, nous nous octroyons une petite balade dans les rues de Melk … Pas de doute, on est toujours au pays du baroque ! Non seulement l'immense monastère qui domine la ville en témoigne, mais aussi une multitude de détails architecturaux ou décoratifs : portes et fenêtres, forme des toits, ornements des façades, etc …

 

MG 4060 Melk

 

4ème étape : Melk-Budapest

   

Nous voici arrivés déjà au dernier jour de notre voyage … Nous avons décidé de longer le Danube par sa rive nord, ou gauche si vous préférez, et nous le traversons donc à la sortie de Melk. Ah ! Le Danube ! on vous parle de sa couleur ( d'ailleurs je ne l'ai jamais vu bleu ) mais c'est de son odeur qu'il faudrait parler ! Douce et un peu amère, presque salée parfois, ce qui est bien curieux pour un fleuve qui a encore quelques milliers de kms à parcourir avant de voir la mer ! Odeur qui émeut Ma Douce comme le ferait celle d'un sein maternel … ou d'une petite main d'enfant …

C'est avec enthousiasme que nous suivons ses flots tranquilles, incessamment parcourus par de longs bateaux de croisière, autrichiens pour la plupart mais aussi un roumain et un français ! Cela me fait bien plaisir que le fleuve soit autant utilisé, même si ce n'est qu'à des fins de tourisme. Peut-être réaliserons-nous un jour enfin qu'il s'agit là d'un moyen de transport particulièrement écologique ? Bien plus en tout cas que ces files de poids lourds qui encombrent les autoroutes …

Nous nous arrêtons de temps à autre, histoire de humer le fleuve, puis sur le coup d'une inspiration subite nous décidons de partir à la découverte de l'église Maria Laach, et de sa Vierge Aux Six Doigts : hyper baroque, non ? La matinée est encore fraîche sous les ombrages de la forêt que nous traversons par une petite route sinueuse et solitaire. A l'arrivée il faut avouer que l'église n'a rien d'impressionnant : toute simple, toute nue, bref une comme il en existe tant … Heureusement c'est tout autre chose quand on pénètre à l'intérieur : tombeau monumental, décorations éminemment colorées, avec une nette tendance au macabre, et enfin le rétable de l'autel, carrément magnifique !!! A force d'explications, je comprends qu'il y a plusieurs baroques se différenciant par quelques nuances : plus ou moins de rococo, touche ou louche de classicisme, je me rends compte que je suis encore loin de posséder le genre ! Et il y a effectivement de quoi se fourvoyer, surtout quand les différentes époques sont présentes dans un même lieu, voire sur une même oeuvre. Ainsi de cette Vierge Aux Six Doigts, dont la peinture est nettement gothique alors que le cadre est farouchement baroque ...

MG 4095 Maria Laach


Le départ de Maria Laach est un peu plus difficile que l'arrivée. Nous réalisons qu'en fait ce village est comme un carrefour dans la montagne et que les cinq ou six directions qui en repartent ne sont identifiées que par des panneaux jaunes destinés aux randonneurs ! Il nous faut donc les déchiffrer assez longuement pour trouver la route qui nous ramène enfin au bord du Danube …

Willendorf, ça doit vous dire quelque chose ? Willendorf, et sa Vénus aux gros seins et aux grosses fesses, comme une espèce de bibendum préhistorique ? Et en effet Elle, ou plutôt sa reproduction, nous attend au bout d'un petit chemin à l'écart du village, pointant vers la vallée ses mamelles de pierre. Elle a quelque chose de touchant, cette statue, avec ses mains posées sur ses formes généreuses : comme un mélange de séduction bien féminine et de sérénité quasi intemporelle … Avant de quitter le village nous achetons un kilog de tout petits abricots, des « marillen », à une gentille grand-mère et son petit-fils qui est tout content de parler un peu français, ils sont moins gros que des balles de ping-pong mais ils sont excellents !

Un bel ensemble de bâtiments anciens attire à nouveau notre attention un peu plus loin : une porte est ouverte dans ce qui ressemble à un donjon tronqué et le passage débouche sur un ancien cimetière entouré d'une église et d'un édifice bizarrement couronné. L'accès à l'intérieur de l'église est fermé par une grille mais un système vidéo permet, moyennant deux euros, de regarder sur écran un des deux films explicatifs sur les bâtiments et leur histoire, ce que nous faisons donc … Avant de quitter Sankt Michael, puisque tel est le nom du lieu, nous jetons un coup d'oeil par le trou ménagé dans la porte en bois de l'autre édifice et là, surprise ! Il pourrait s'agir d'un ossuaire où crânes et fémurs sont soigneusement rangés … sur un autel ? Un des crânes, en bas et à gauche, est particulièrement remarquable car il porte au sommet un trou tout à fait rond : trace d'une trépanation ancienne ? d'une exécution raffinée ? Ici encore le mystère reste entier …

MG 4118 Sankt Michael


Un peu plus loin nous nous arrêtons pour un pique-nique au bord du fleuve : les longs bateaux vont et viennent, se croisant parfois de si près qu'on ne peut s'empêcher de penser à un drame fluvial. D'ailleurs Ma Douce garde son appareil photo à portée de la main …

Heureusement, en lieu et place de catastrophe, nous suivons l'avancée paisible d'un bac qui fait traverser le fleuve, avec une lenteur quasi helvétique, à un groupe de cyclistes en randonnée …

Notre voyage touche à sa fin, et une certaine langueur nous étreint … mais peut-on ne jamais s'arrêter ? Peut-on n'être de nulle part, c'est à dire de partout ? Dans quelques heures nous serons à Budapest, et ce seront les retrouvailles avec la famille, les amis … et ce sera bien tout de même de les revoir !!!

En attendant il nous reste quelques hauts lieux du Baroque à découvrir, et d'abord Dürnstein, petite ville fortifiée au bord du Danube. Après avoir pénétré dans l'enceinte par un escalier presque dérobé, nous suivons une longue et chaude rue bordée de boutiques qui proposent aux nombreux touristes les spécialités régionales : confitures, liqueurs, eaux de vie, tout ici est à base d'abricot ! En dehors de cela l'artisanat habituel, sans véritable originalité … Nous trouvons refuge, et un peu de fraîcheur, dans l'église pour laquelle nous nous sommes arrêtés : profusion d'angelots et de dorures, statues dansantes, stuc savamment travaillé, pas de doute, nous nageons en plein dedans ! Mais le plus surprenant est que nous sommes complètement SEULS dans ce joyau du baroque, alors que les boutiques sont pleines !

MG 4139 Dürnstein

 

Et en tant qu'enseignant cela me fait grandement réfléchir à ma responsabilité quant à la nécessaire éducation à l'art, et surtout aux moyens d'éveiller la curiosité des enfants envers les chefs d'oeuvre des différentes époques, en espérant que celle-ci ne s'évaporera pas complètement avec le temps qui passe … Seuls encore sur la magnifique terrasse toute bleue qui surplombe le fleuve, et même dans le musée installé dans une aile du bâtiment et qui est pourtant complètement gratuit ! Misère de misère …

MG 4150 Dürnstein


Krems sera notre dernière halte avant de rejoindre l'autoroute que nous suivrons, après avoir contourné Vienne, jusqu'à Budapest. Là encore, jolie petite ville fortifiée, aux rues pavées et surchauffées, terrasses bondées, et belle église baroque déserte où les statues ne dansent plus que pour elles-mêmes … Conclusion : il y a du boulot, et pas seulement en Autriche ! Est-ce la chaleur ? la fatigue ? la proximité de la terre natale ? Ma Douce semble un peu nerveuse et déçue par Krems, et elle ne prend que très peu de photos. Mais pour moi qui aime beaucoup les chevaux, elle pense pourtant à prendre celle-ci, très baroque également !

 

MG 4162 Krems

 

Quatre jours et deux mille kilomètres plus tard, je m'aperçois que beaucoup de mes préjugés contre le Baroque sont tombés. Pas de doute, il faut savoir dépasser cette sensation d'étouffement qui vous saisit à l'entrée, surmonter ce choc scandalisé devant tant de luxe étalé, comprendre les raisons de ce déferlement ornemental,  prendre le temps d'en admirer chaque détail et chaque recoin, vous laisser toucher par cette naive ( mais rusée ) volonté de séduire … voilà tout le prix à payer si vous voulez qu'enfin le Baroque entre dans votre vie !!!

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Léo
  • Le blog de Léo
  • : Choses vues, ressenties, rencontres, photos prises pendant mon séjour à Budapest, en Hongrie.
  • Contact

Recherche