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10 avril 2012 2 10 /04 /avril /2012 16:39

Ma Douce est très croyante, je crois vous l'avoir déjà dit. Et comme l'Amour ne recule devant aucun sacrifice, devant aucune expérience nouvelle, j'ai accepté de l'accompagner pour deux jours de retraite dans un monastère bénédictin.

Nous sommes arrivés là le vendredi soir vers 18h30, après avoir emprunté une route très étroite et toute en lacets. En effet le monastère a été bâti au bord d'un plateau rocheux qui surplombe la vallée d'un fleuve dont je tairai le nom. Bien sûr, l'endroit est magnifique ...

 

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Nous avons été accueillis par le Père Hôtelier qui nous a montré les chambres. En effet, Pauline, une amie qui est prof dans le privé, devait arriver plus tard avec une collègue et trois élèves. Pour notre part, nous nous sommes vu attribuer la chambre appelée "L'annonciation", ce qui, bien sûr, a ravi Ma Douce ! Le P.H. nous explique un peu les règles : pour les hommes repas au réfectoire avec les moines, pour les femmes dans une pièce spéciale, en dehors de la clôture monastique. Quand je lui dis que je n'assisterai pas à la prière de Laudes, à 7 h  du matin, et que j'aimerais bien prendre le petit déjeuner avec les femmes, il tique un peu et il y a comme un moment de flottement. Finalement il me dit que je suis libre, et qu'il espère seulement qu'il n'y aura pas trop d'hommes pour faire comme moi.

Et puis très vite, à 18h55, je quitte Ma Douce pour franchir le portail du monastère (j'ai un peu le sentiment du petit garçon qui part en colonie de vacances !) et c'est mon premier repas avec les moines. Avant d'entrer dans le réfectoire, comme nous sommes nouveaux, l'Abbé vient nous laver les mains. Je dis "nous" parce qu'il y a un autre nouveau, le pauvre, il a la moitié de la figure toute tordue, un AVC ? un accident de la route ? un incendie ? Il devait pourtant avoir une belle tête avant cela ...

 

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Le P.H. m'assigne une place au milieu d'une table de huit hôtes, placée au centre de la salle : il y a des moines devant, derrière, et ,du côté opposé à l'entrée, l'Abbé qui mange tout seul en surveillant tout le monde. Je suis placé face à un type que je crois reconnaître : un ancien marginal d'Uzès, peut-être ? Mais bien sûr je me garde bien de lui poser la moindre question, d'autant que nous sommes astreints à un silence total. Tout au long du repas, un moine fait la lecture en prenant grand soin de rester complètement inexpressif : une première partie est consacrée à quelques martyres (du jour ?) puis ce sont des pages sur l'amour et l'amitié. De temps en temps il s'arrête, l'air étonné, et semble guetter les réactions de l'assistance. Mais chacun est concentré sur ce qu'il fait, manger ou servir. En observant tout un chacun je ne peux pas m'empêcher de penser au "Nom de la rose" : il y a là un très vieux moine presque aveugle et qui semble guetter tout le monde de ses petits yeux méchants, des moines jeunes et Noirs pétant de santé et de vigueur, et les défauts et qualités de chaque moine semblent visiblement inscrits sur son visage. En comparaison combien nous, les hôtes, paraissons fermés, voire énigmatiques ! A part moi, que des hommes seuls d'ailleurs : pourquoi sont-ils là ? qu'y cherchent-ils ? l'homme à la figure abimée, par exemple : est-ce la consolation ? une nouvelle raison de vivre ?monastere2012-9988.jpg

Après le repas, nous nous baladons jusqu'au muret qui surplombe la vallée : rumeur de l'autoroute en contrebas, du monde qui s'agite en tous sens sans avancer d'un pouce. Plus tard, dans la salle commune, on discute un peu avec un type à tête de Breton qui nous assène trois certitudes à la seconde, les yeux écarquillés de foi ... Plus tard encore, vers 23 heures, arrivée de Pauline et de son groupe à qui on montre leurs chambres.

Réveillé à 5 h par les cloches de Vigiles, puis à 6h 45 par la sonnette intérieure qui appelle pour Laudes. C'est drôle, c'est exactement la même que dans certains ferries, ou dans certains avions quand le pilote veut parler à l'équipage !

Comme demandé et accordé je prends le petit déjeuner avec les femmes ; que le P.H. soit rassuré, je suis bien le seul homme ! Après nous partons pour une grande marche sur le plateau. Nous longeons des à pics vertigineux, il y a beaucoup de grands arbres morts : incendie ? vieillesse ? maladie ? insectes ? Nous découvrons le vieux village qui a donné son nom au monastère, à moins que ce ne soit le contraire : c'est un ensemble de ruines perchées, et dûment fortifiées. Elles semblent restaurées par endroits : dans quel but ? En bas le "jeune" village qui a conservé le même nom semble un lotissement construit en haut d'une colline.

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  J'assiste à la courte prière de Sexte, un peu avant midi. Un peu comme au réfectoire, les moines sont alignés en deux rangées parallèles qui se font face, de chaque côté de l'église. Ils chantent un psaume où quelqu'un demande à Dieu de châtier (et pas qu'un peu !) ses ennemis, et cela ne me paraît pas très chrétien ... Ma Douce m'expliquera plus tard qu'il s'agit d'un texte de l'Ancien Testament, d'avant Jésus Christ, où le Dieu était aussi un Dieu vengeur ...

Pendant le déjeuner, nous écoutons cette fois'un texte de Charles Péguy, dans lequel il oppose "modernisme" et lâcheté d'une part, et liberté et courage de l'autre, ce qui ne me paraît pas complètement idiot. Je surprends plusieurs regards significatifs entre moines (qui lit, qui servent, qui mangent) et même avec l'Abbé. Nous avons droit également à une très bonne paella, mais toujours pas une once de picrate pour l'arroser !

En prenant le café dehors, le P.H. nous informe qu'il y a au monastère un "postulant" hongrois qui est arrivé là après un parcours assez ... compliqué. Ma Douce, qui ne s'attendait pas à la possibilité de parler sa douce langue natale, saute sur l'occasion et demande si elle pourrait le rencontrer. Avec toutes ces prières, cela paraît assez compliqué mais un rendez-vous est plus ou moins pris pour le lendemain et nous nous échappons pour une grande promenade dans la région. Il fait très chaud, presque 30°, et les résineux nous envoient par moments des bouffées bien méditerranéennes ! Nous visitons un très joli village, perché sur la colline voisine, et dont les rues sont mystérieusement parsemées de lettres. Une belle librairie également, dont la vitrine regorge de livres bien intéressants ! Nous roulons dans la lumière, dans le bleu du ciel, dans la douceur de l'air, dans la beauté du monde ...

 

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Pour ne pas avoir l'air de simples touristes, nous décidons néanmoins de rentrer au monastère pour le repas de19h ... qui s'avère de plus en plus frugal ! L'assiette de soupe, UNE pomme de terre cuite à l'eau, et de la compote de fruits !!! Probable que le temps du carême n'est pas la meilleure période pour tenter ce genre d'expérience ... Mais vous savez quoi ? La veille je m'étais couché en ayant un peu faim, et j'avais trouvé que ce n'était pas si désagréable !

Avant de dormir je suis sorti pour fumer une dernière cigarette. Je rêvassais dans le silence, les yeux perdus dans l'horizon ... quand une lumière verte a traversé le ciel, assez bas, et s'est éteinte au bout de son trajet !!! Le lendemain on a fait une recherche sur Smartphone avec un ingénieur de La Défense (le quartier, pas le ministère !) qui était venu faire un break : eh bien les étoiles filantes vertes ça existe, et ça contient du cuivre ! En plus j'ai eu le réflexe de faire un voeu, je ne vous dis pas comme j'étais content !

 

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Le lendemain, c'était dimanche et pas n'importe lequel, celui des Rameaux. Pour les mécréants, je rappellerai que ce jour-là commémore l'entrée triomphale de Jésus dans Jérusalem, au milieu de palmes agitées par une foule en délire. Jésus super-star ce jour là ! Le pauvre, s'il avait su ce qui l'attendait moins d'une semaine plus tard ... Enfin, il y en a qui disent qu'il le savait ... Bref, une petite foule est montée au monastère pour l'occasion, et les moines ont revêtu leurs plus beaux habits pour la procession. Chaque fidèle a pris une ou deux branches d'olivier, et nous sommes tous entrés dans l'église qui s'est retrouvée presque pleine. Ce fut long car il a fallu écouter, debout, le récit entier de la Passion du Christ lu à trois voix ... la Passion ... la souffrance, quoi ...

Après la messe, juste le temps de fumer une cigarette avant la prière de Sexte et le repas, car si les prières n'étaient pas obligatoires, elles étaient quand même fortement conseillées dans la mesure où le trajet se fait directement de l'église au réfectoire ! Le déjeuner du dimanche fut enfin "monastique" : charcuterie, volaille aux morilles et gratin dauphinois, gâteau aux pommes, et même du vin rouge sur les tables, un peu lourd et bien parfumé ! J'ai remarqué que ma place à table avait été changée. En effet, pour s'asseoir il faut d'abord chercher son rond de serviette dans lequel est coincé, entre rond et serviette, un papier où on a marqué son nom. Et depuis deux repas j'avais été mis en bout de table, côté Abbé. Peut-être était-ce un honneur, un signe d'intérêt ? En tout cas, à chaque fois que je me tournais vers lui, je me rendais compte qu'il m'observait ... La lecture cette fois ne fut pas donnée par le même moine, que j'avais trouvé sympathique et rigolo, avec son air étonné. Pour ce dernier repas, ce fut le moine "serveur" qui changea de rôle, et qui commença par s'avaler un bon demi-verre de picrate, histoire de s'éclaircir la gorge peut-être ? J'ai enfin compris le titre du livre qui servait régulièrement de support pour ces lectures : "Vous êtes comme des dieux" de Mgr Michel Dubost. Certains passages ont l'air bien intéressants, mais je dois bien avouer que d'autres m'ont paru assez indigestes, surtout quand ils sont alliés avec une volaille aux morilles !

Au moment du café, c'est enfin la rencontre avec le "postulant" hongrois, qui vit là depuis trois ans. Crâne rasé, yeux d'acier, c'est vrai qu'il a davantage l'air d'un mercenaire que d'un religieux mais enfin il a l'air bien poli et je m'éloigne pour le laisser discuter à son aise avec Ma Douce ... D'ailleurs cela ne dure pas si longtemps car il y a l'office de 14h qu'il ne peut pas se permettre de rater ! J'ai remarqué également qu'un autre jeune rencontré sur place, canadien celui-là, semble désireux lui aussi de se faire admettre dans la communauté : il aide à servir au réfectoire, il donne le bras au vieux moine aveugle. Quand je lui ai demandé s'il vivait là, il m'a répondu que le fait d'aider lui permettait de payer son séjour moins cher, et donc de rester plus longtemps ... Qui sait ? Peut-être qu'en ces temps de crise économique, le repli monastique peut sembler une solution pour certains ? A moins qu'il ne s'agisse d'une vraie crise spirituelle ?

Et puis voici venu le temps des adieux, après le chèque remis au P.H. : on donne ce qu'on peut, mais un prix est précisé à titre indicatif : 35 euros par jour et par personne. Franchement, malgré le confort assez sommaire et malgré La patate bouillie du deuxième soir, ça vaut vraiment le coup ! Je ne le referais pas chaque mois, mais pourquoi pas de temps en temps, pour souffler un peu, prendre le temps d'une croisière "au grand large", d'un voyage "hors du monde" ...

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un moine super-gentil sort les branches d'olivier devant le monastère ...

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