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1 août 2009 6 01 /08 /août /2009 18:25
Puisque :
- l'on ne peut pas toujours être "en disponibilité" ...
- l'on ne peut pas non plus éternellement survivre grâce à quelques leçons particulières, aussi agréables soient-elles, et elles le furent
- les quelques portes auxquelles j'ai frappé pour travailler de manière plus "sérieuse" sont demeurées muettes et closes
- j'aime le métier de professeur de français en collège, que j'ai hâte de reprendre
- Ma Douce a besoin de temps de son côté pour continuer ses recherches en Histoire de l'Art
- elle n'est pas opposée au fait de prendre à son tour un an de "disponibilité"
- elle se verrait bien tenir un blog sur la France et les Français, mais en hongrois cette fois

les dés en sont jetés : nous irons vivre quelque part dans l'Hexagone à partir du 1er septembre prochain !
Si je vous dis ça, chère lectrice, cher lecteur, c'est bien sûr par rapport à ce blog qui risque fort, étant donné la charge de travail d'un professeur de nos jours (si, si, il ne faut pas croire ...), de se trouver en sommeil, voire en catalepsie, dans un délai d'un mois à peu près. D'ici là, j'essaierai encore de publier un ou deux articles. Je voudrais bien, en particulier, vous faire part de ce qui, après un an de séjour (je suis arrivé ici le 20 août 2008), me rattache désormais à la Hongrie. Mais pour cela j'ai besoin d'un tantinet de réflexion ...

En attendant, sziasztok, et merci encore de votre fidélité !!!


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27 juillet 2009 1 27 /07 /juillet /2009 17:42
- Les Hongrois ont une façon un peu particulière de se saluer : ils se serrent vigoureusement la main, se regardent droit dans les yeux, et se présentent par leur nom puis leur prénom. Exemple, moi je dirais : "Debuda Léo vagyok (je suis)" Mais je ne sais pas encore dans quel ordre ça doit se faire : est-ce à moi de commencer ? dois-je attendre que l'autre le fasse ? Et après on peut rajouter "nagyon örülök", ce qui veut dire "je suis bien content".
- comme la Hongrie est un petit pays, il arrive souvent que des personnes qui se voient pour la première fois aient au moins une connaissance commune. On s'aperçoit que les Hongrois vivent dans un réseau de relations beaucoup plus serré que le nôtre, en France ...
- en hongrois, expliquer se dit "magyaráz", c'est-à-dire parler en bon hongrois. C'est un peu comme si, au lieu du verbe expliquer, on employait, je sais pas moi, "franciquer" par exemple.
- l'autre jour, je me suis dit que la démocratie hongroise n'était pas si éloignée de la démocratie malgache, qu'il m'a été donné d'observer pendant 5 ans. Dans les deux cas, il s'agit d'un modèle imposé (d'ailleurs il n'en existe plus d'autre n'est-ce pas ?) à des populations qui n'étaient pas prêtes pour le vivre : Madagascar avec l'indépendance, la Hongrie avec le "changement".  Bien sûr les situations et les histoires sont complètement différentes mais dans les 2 cas, on assiste à des effets identiques : un fossé énorme entre les riches et les pauvres, une lutte féroce pour s'emparer du pouvoir et de la richesse, sans aucun souci du bien public, la démocratie étant perçue avant tout comme l'opportunité offerte à chacun, s'il est assez dur et assez malin, de marcher sur la tête des autres en s'en mettant plein les poches ! Et le pire, c'est que c'est clair et accepté par chacun !
- en hongrois, le verbe "avoir" n'existe pas ! (Plutôt sympathique, me direz-vous ...) Vérifiez dans votre dictionnaire français-magyar favori, et vous trouverez avoir : Il a van . Mais "Van" veut dire "il est", "il existe". Pour dire "j'ai une maison", le Hongrois dit : "Egy hazam van" soit "une maison à moi existe". Je me demande si cela change quelque chose au "sentiment de propriété" ... cela implique-t-il une distanciation, ou au contraire une fusion possessive ?
- un matin, comme nous sortions pour aller travailler, nous fûmes étonnés de trouver au coin de la rue tout un tas d'ambulances, voitures de police, etc ... Ma Douce me dit qu'il y avait un mort allongé sur le trottoir, mais je ne le vis pas. Quand, mon cours fini, je repassai par là une heure et demie plus tard, le mort était toujours là, bien enveloppé dans un plastique noir d'où ses chaussures dépassaient, bien rangé au bord du trottoir. Les voitures clignotantes avaient disparu mais dans une entrée d'immeuble, deux flics à chapka rigolaient doucement ...
- en hongrois, les genres "féminin" ou "masculin" n'existent pas ! Bien sût il y a des mots pour dire "femme" (nő) ou pour désigner tout autre élément du sexe féminin, mais pour dire "il" ou "elle", c'est le même mot : ő (à prononcer comme des "oeufs" mais un peu allongé). Et le soleil n'est ni masculin, ni féminin, il est, tout simplement !
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14 juillet 2009 2 14 /07 /juillet /2009 08:46
Eh bien, voilà, on l'a fait, notre voyage en Transylvanie : 11 jours, environ 2000 kilomètres, quarante-deux églises à peu près, et un Grand Pèlerinage, des rencontres, des paysages, des coutumes, des sourires, de la pluie et du soleil, des nuages, des regards, des rivières et des montagnes, des aubes et des crépuscules, des châteaux, des statues, des monuments, des villes et des campagnes, des gens, des gens, des gens ... et des arbres ...



Bon d'accord, la carte n'est pas très lisible mais au moins elle vous donne une idée générale de notre parcours ! Quelques points de repère : dans le coin supérieur gauche, la ligne verte figure la frontière entre la Hongrie et la Roumanie ; le gros pâté orange pas très loin de là c'est Oradea / Nagyvárad ; l'autre pâté avant que la ligne ne descende vers le sud-est, c'est Cluj Napoca / Kolozsvár ; après ... il vous faudra une loupe ! A noter que l'échappée de la boucle vers le sud-ouest correspond au château de Bran / Törcsvár, et que celle vers le nord nous a menés au défilé de Bicazului / Békás-szoros ... Quant à la chaîne des Carpates, elle borde notre périple à l'est et au sud ...
Que vous dire d'autre, si ce n'est que ceci n'est pas une conclusion ! Car nous y retournerons, en Transylvanie, c'est sûr : non seulement il reste tant de choses que nous n'avons pas vues, mais c'est aussi un pays très attachant, un peu hors du temps, et même hors de l'espace d'une certaine manière, un peu comme une "bulle" hongroise au beau milieu de la Roumanie. Que vous dire d'autre, sinon allez-y vous aussi, vous ne le regretterez pas !!!

Viszontlátásra !


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8 juillet 2009 3 08 /07 /juillet /2009 13:25
Et voilà ! Il est temps de songer au retour sur Budapest, retrouver la ville, la "civilisation", les sirènes, le métro ... On ne sait toujours pas si on le fera d'une seule traite, ou si cela nous prendra deux jours mais baste ! le tout est de s'y mettre, et nous nous y mettons.
Les adieux avec notre famille d'accueil se font sous la pluie et, une fois de plus, je bénis en mon for intérieur la dextérité mécanique de Ma Douce grâce à laquelle nous pouvons rouler en y voyant quelque chose. En effet, le temps est franchement maussade, gris, nuageux, et presque froid. Nous rencontrons même un peu de brouillard en traversant les Muntii Gurghiu / Görgényi-havasok par le col de Bucin / Bucsin à 1283 m :

Vraiment BEAUCOUP de monde sur la route, il est vrai que nous sommes le lundi de Pentecôte et que la reprise générale n'est que pour demain ... C'est drôle, il y a vraiment deux camps parmi les automobilistes : celui des Hongrois qui attendent sagement leur tour dans la queue-leu-leu, et celui des Roumains ... qui font à peu près n'importe quoi ! Je ne connais pas les statistiques roumaines en ce qui concerne les accidents de la route, mais j'ai rarement vu autant de gens doubler en plein virage, en pleine côte, sans aucune visibilité, et advienne que pourra ! Ou alors si, au Maroc peut-être, sur la route entre Rabat et Meknès, la fois où j'avais eu la (très) mauvaise idée de prendre un "grand taxi", comme on appelle les Mercedes là-bas, où peuvent s'entasser jusqu'à 8 passagers. Quand deux de ces véhicules lancés à fond se rencontrent au sommet d'une côte, je ne vous dis pas les dégâts, ça peut avoisiner les 18 morts (en comptant les chauffeurs, bien sûr) ! mais eux, au moins, ils ont l'excuse de la religion, le fameux "inch'allah" ! Pas les Roumains, euh, enfin, je ne crois pas ...


Comme je n'ai pas beaucoup de photos pour J11 (forcément on a passé 10 heures sur la route, dont la moitié dans des embouteillages) j'en profite pour vous mettre une belle image de Dacia ... Alors, vous la reconnaissez ? Ben oui, pardi, c'est ni plus ni moins la bonne vieille R12 de notre enfance (enfin, la vôtre en tout cas !) ... Si la production en Europe de l'ouest s'est arrêtée en 1980 (dixit Wikipedia), elle a été fabriquée en Roumanie jusqu'en ... 2004 ! Une caisse assez haute pour ne craindre ni trous ni bosses (pas comme la Ford Escort), une mécanique qui ne doit pas être bien compliquée et qu'un gars assez débrouillard doit pouvoir maîtriser assez rapidement : un véhicule parfaitement adapté à son environnement ! Tout comme la 4L à Madagascar, en quelque sorte, que j'ai eu la surprise de retrouver là-bas à des milliers d'exemplaires (en particulier sous forme de taxis) alors qu'elle avait pratiquement disparu de notre territoire national ...

Pendant que je bavarde, nous essayons de faire du chemin : la 13A, puis on oblique sur la 13 mais on décide de ne pas tenter la traversée de Targu Mures / Marosvásárhely qu'on verra à notre prochain voyage, tant pis ! On se retrouve donc bientôt sur la grand-route de Cluj / Kolozsvár, et là pas moyen d'éviter les traversées très laborieuses de Ludus / Marosludas et Turda / Torda. Je vous jure qu'il y a des jours où l'on regretterait presque d'être un voyageur ! Heureusement, certains s'arrangent pour nous distraire : un semi-remorque "jaune canari", pris d'une folle impatience, se met à griller toute la file en obligeant les voitures qui viennent en face à se jeter dans le bas-côté ! un Anglais, oublieux du flegme censé caractériser son peuple insulaire, se met à louvoyer dans tous les sens, à gauche, à droite, à grands coups rageurs d'accélérateur : réjouissant, n'est-il pas ? Quant à nous, nous arrêtons de temps à autre pour laisser passer une voiture venant d'une route adjacente, sur la droite ou sur la gauche : un capitaine de l'armée roumaine, au volant de sa Dacia Logan rouge flambant neuve, n'en est toujours pas revenu !

On retrouve la belle descente vers Cluj / Kolozsvár, qui formait une belle montée dans l'autre sens, il y a 10 jours ... puis c'est Oradea / Nagyvárad, à la sortie de laquelle nous revoyons le complexe industriel abandonné qui nous avait accueillis à notre arrivée ... et entre cette ville et la frontière s'étend à nouveau ce no man's land tout à fait louche, parsemé de minuscules boutiques surmontées de publicités tapageuses pour des assurances-maladie !!! Qu'est-ce qu'on peut bien y faire ? En tout cas, ce coin a l'air on ne peut plus propice à toutes sortes de trafics inavouables ...

Nous arrivons à la frontière vers 18h30, et pas moyen d'obtenir un tampon sur mon passeport, bordel ! Allons-nous continuer directement sur Budapest où nous pourrions arriver avant minuit ? Oui, mais cela voudrait dire reprendre le travail dès demain matin ... et puis je suis vraiment crevé après deux nuits où je n'ai pas très bien dormi ... alors Ma Douce, TRES gentiment, accepte de sacrifier une journée supplémentaire de congés, et on décide de passer la nuit à Debrecen, à l'endroit même d'où on est partis. Un coup de fil nous confirme que c'est libre, et on le prend ! La boucle de Transylvanie est bel et bien bouclée ...




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6 juillet 2009 1 06 /07 /juillet /2009 14:13
Nous étions donc le dimanche 31 mai ... Malgré la pluie, malgré la maladie et la fatigue, nous avions pu participer au pèlerinage de Simleu Ciuc / Csíksomlyó. Et maintenant, que faire ? Ma Douce avait prévu de reprendre le travail le mardi ... ou le mercredi ! Allions-nous nous précipiter sur la route, comme des milliers d'autres Hongrois contraints de retrouver la routine quotidienne dès le lundi matin ? En bons voyageurs que nous sommes, nous décidâmes de prendre une chose après l'autre, et de voir venir ...
C'est donc sans hâte que nous avons bu le café avec Géza, à qui nous avons fait des adieux pleins de reconnaissance pour sa gentillesse et son hospitalité. Sans précipitation aucune que nous avons changé les essuie-glaces de la Ford Escort, parce que la météo était pessimiste, et qu'il n'était pas question de rouler dans ces conditions-là. A cette occasion, j'eus une fois de plus la preuve de la suprématie de l'esprit pratique féminin puisque, passant outre les efforts désordonnés de deux représentants du sexe fort (en l'occurrence l'employé de la station-service et votre serviteur), Ma Douce, avec grâce, avec élégance, parvint à insérer les accessoires récalcitrants en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire ! En vérité je vous le dis, les mecs, ne voyagez jamais sans une nana ! Sans le moindre énervement que nous sommes parvenus enfin à quitter Miercurea Ciuc / Csíkszereda, dont plusieurs sorties étaient bouclées par la police sans qu'on comprenne bien pourquoi.

Pour reprendre le voyage là où on l'avait laissé, quoi de mieux que de visiter une mignonne petite église ? ce qui fut fait à Delnita / Csíkdelne ...


Comme le temps était plutôt beau et semblait vouloir se maintenir, on a décidé de poursuivre notre périple en Siculie en prenant la direction de Ghimes / Gyimes, au pays des Csángó. Le nom de ce peuple très particulier (dont le groupe le plus important vit en Moldavie, dans la province de Bucovine) viendrait du verbe hongrois "csángálni" qui signifie "errer, vagabonder". Ce ne sont pourtant pas des "cigány", loin de là, mais plus probablement une minorité magyarophone contrainte de se déplacer encore et encore au fil des siècles et des invasions ...
Sur la route nous avons dépassé des pèlerins qui rentraient chez eux :

la plupart à pied, mais certains à cheval, ou même en chariot !

La route s'élevait peu à peu dans les montagnes, et le paysage était superbe : petites vallées, rivières torrentueuses, villages ombragés de vieux conifères... Cependant nous ne pûmes aller bien loin : sans véritable explication des policiers nous arrêtèrent et nous ordonnèrent de nous garer sur le bas-côté. C'est en discutant avec d'autres que nous apprîmes la tenue d'un festival Csángó (un "opéra rock folklorique" si j'ai bien compris !) à  Ghimeş-Făget / Gyimesbükk qui s'honore par ailleurs d'être la dernière station de chemin de fer de la "Grande Hongrie". On a donc marché un peu "dans la beauté" ...

Les policiers nous avaient parlé d'un kilomètre à pied. Au bout de deux, on a commencé à se poser des questions. Renseignements pris auprès des passants, il fallait plutôt en compter quatre ou cinq ! Comme on n'avait pas envie d'y passer la journée on est retournés à la voiture et on a repris la route ... où on a croisé d'autres pèlerins !

l'homme sur la droite a mis son beau gilet "Csángo" ...

Nous sommes arrivés à Racu / Csíkrákos, où se trouve une église dont le clocher est couvert de peintures et de signes vraiment étranges, et qui donnent lieu à diverses théories et interprétations ...


Survivances d'un culte païen ? Croyances astrologiques, comme semblent l'indiquer les diverses roses des vents, lunes et même écrevisses ? En tout cas l'impression générale est de l'ordre du "primitif restauré", plutôt violent et au final assez laid, non ? Ben oui ... on n'est pas obligé de tout trouver joli non plus ...

Continuant notre passage en revue des différentes croyances et religions de Transylvanie, c'est par une église ... arménienne que nous avons continué à Gheorgeni / Gyergyószentmiklós. Je précise qu'il s'agit également de la ville natale de l'autre grand-père de Ma Douce, côté maternel, qui est lui aussi d'origine arménienne.


Après avoir revu l'endroit où se tenait la maison familiale (qui était toute en bois, et qui a brûlé dans les années 90), nous nous sommes à nouveau enfoncés dans les Carpathes, passant des cols, longeant des ravins et des vallées, pour arriver au Lacu Rosu / Gyilkostó au bord duquel, une fois de plus, nous avons pique-niqué. Un endroit très touristique, avec beaucoup de monde, des cars, des motos, des chiens, des enfants ... ce qui n'a pas empêché Ma Douce de s'essayer à la photo inspirée :

il y a des fois où je me demande si Elle n'est pas un peu mystique, cette Douce ...

Histoire de nous faire un vrai grand coup de Carpathes, nous avons même poussé un peu dans le défilé du Cheile Bicazului / Békás-szoros, dont le nom a un rapport avec les grenouilles, mais je me demande bien lequel ... Pics spectaculaires, gorges romantiques, vous l'avouerai-je ?, pour moi qui ai vécu huit ans à Grenoble et qui ai écumé les environs (Vercors, Chartreuse, Belledonne, j'en passe et des meilleurs ...) rien de vraiment nouveau, sauf qu'on était en plein coeur des Carpathes, évidemment ... Mais pour une Hongroise dont le sommet culminant avoisine les 1015 mètres ... alors j'ai consciencieusement pris des photos depuis la voiture ... dont très peu sont regardables, ne me demandez pas pourquoi !

Ensuite nous avons pris la route de Lazarea / Szárhegy pour y voir un joli château Renaissance dont une partie sert de résidence d'artistes.

c'est pourquoi on peut y voir dans le parc quelques sculptures ça et là ...

Un beau petit château, pas de doute, celui de Lazare qui donna son nom au village ... Malheureusement, nous y sommes arrivés juste au moment de la fermeture ... qui était aussi l'heure de chercher un logement. Ma Douce, en compagne prévoyante, avait quelques adresses de chambres d'hôtes : au premier coup de fil, l'affaire fut faite et dix minutes plus tard nous vîmes arriver une Dacia que nous n'eûmes plus qu'à suivre dans le dédale de rues boueuses et crevées de cratères remplis d'eau.
Nous avons été TRES bien accueillis par un couple de fermiers : jolie chambre à l'étage, bon repas précédé d'une pálinka "maison" que le propriétaire des lieux ne fut que trop heureux de partager avec nous. Il était tout fier d'ailleurs de parler quelques mots de français appris en recevant des compatriotes. Et très satisfait quand j'écrivis un petit paragraphe en "francia" dans le livre d'or de la maison ... A part nous la maison était pleine de familles hongroises ayant participé ensemble au Grand Pèlerinage, et leur repas du soir dut être bien arrosé si l'on en juge par les chansons braillées avec une justesse de plus en plus approximative au fur et à mesure que la soirée avançait ...
Pour nous (qui avions décliné l'invitation de nous joindre à ces agapes alcoolisées et nostalgiques), réfugiés sur le balcon tout en haut, nous regardions le soir tomber sur la vallée ... en pensant à la route du lendemain ...






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2 juillet 2009 4 02 /07 /juillet /2009 14:14
C'était tout de même curieux, d'être hébergés dans cet atelier d'artiste, au milieu des plaques de cuivre et du matériel de soudure. Sans compter les travaux en cours ...


Vous aurez peut-être reconnu Saint Augustin, avec son grand livre sous le bras ? A ses côtés, plus difficile à identifier, sa maman, Sainte Monique, qui n'est encore qu'à l'état d'ébauche ! Cette commande de Géza est destinée à une  église de Miercurea Ciuc / Csíkszereda, mais il travaille beaucoup pour l'Eglise en général, un artiste "religieux" en somme, et qui ne doit pas manquer d'ouvrage étant donné le nombre de bâtiments ecclésiastiques dans la ville, et plus largement en Transylvanie et même en Hongrie !
Après le petit déjeuner, je suis sorti fumer une cigarette sur le perron de l'immeuble, où était installé le "coin fumeurs". C'est là que j'ai fait connaissance avec la voisine qui, manifestement, avait "beaucoup vécu". Nous nous sommes suffisamment entendus pour procéder à un échange : poison américain (le mien) contre poison russe de contrebande (le sien) ... de marque Red ! Je l'ai revue plusieurs fois avec plaisir ...

Ce qu'il faut dire aussi, car comment faire autrement ?, c'est que chaque année, le samedi précédant le dimanche de Pentecôte, Miercurea Ciuc / Csíkszereda constitue le lieu de rassemblement de centaines de milliers de pèlerins, venus pour y prier la Vierge Marie. Pour Ma Douce, croyante-pratiquante, nul doute qu'il s'agissait de l'apogée de notre voyage en Transylvanie ...
Elle était pourtant bien faible, et la météo bien dissuasive : cela ne nous a pas empêchés de faire, sous la pluie, les quelques kilomètres à pied entre l'atelier de Géza et Simleu Ciuc / Csíksomlyó, où une foule immense (250 000 personnes ?) se rassemblait peu à peu. Cela ne nous a pas empêchés de grimper jusqu'au pré où un autel immense avait été installé, et pourtant quelle grimpette dans l'herbe mouillée !


Pour reprendre un peu notre souffle (enfin le mien surtout  !) et parce que Ma Douce semblait au bord de s'évanouir, nous nous sommes octroyés une petite halte dans la chapelle que vous voyez en haut à gauche de la photo. Pas mal de gens y étaient assis, certains se levant pour aller frotter des mouchoirs, des linges sur les statues. Sur la rangée devant la nôtre une femme essayait de convaincre son mari d'en faire autant mais celui-ci, la tête rentrée dans les épaules, se contentait de bougonner sans bouger d'un poil ...

Quand nous sommes arrivés en haut de cette petite colline, nous nous sommes trouvés en surplomb du lieu de rassemblement, et la vue générale était assez impressionnante, il faut l'avouer :


Ils étaient venus de partout, de toute la Transylvanie, bien sûr, mais aussi de Hongrie (la veille, la route vers Miercurea Ciuc / Csíkszereda s'était peuplée peu à peu de plaques hongroises ...) et même d'au-delà les frontières, les montagnes et les océans ... L'ambiance générale était calme, sereine mais un brin morose, soit en raison des difficultés actuelles soit à cause du ciel gris et bas ... Quelques drapeaux d'Árpád, quelques casquettes noires signalant des membres de la "Garde", mais pas tant que cela. Des Tsiganes passaient dans la foule en essayant de vendre des branches feuillues évoquant le souvenir de la bataille de "Tolvajos tető" (1567) où les catholiques résistants avaient triomphé des troupes du prince János Zsigmond, qui voulait leur imposer le protestantisme.

Comme un parfait gentleman que je suis, j'ai ôté mon vêtement de pluie et je l'ai étalé par terre pour que Ma Douce puisse s'allonger dessus. S'en sont suivis plusieurs discours, interminables et ennuyeux ... surtout quand on ne connaît pas suffisamment le hongrois ! J'ai réussi à pêcher quelques mots par-ci par-là, "Dostoïevski" par exemple ... Tout était très bien organisé : les secours, les toilettes, et même la communion qui fut donnée après la messe par une escouade de prêtres aisément repérables grâce aux oriflammes blancs qui les précédaient ...

Il y avait même des chiottes fortifiées !

J'observais les gens mais je ne trouvais pas la ferveur à laquelle je m'étais attendu ... Chacun-e écoutait les sermons, concentré-e certes, mais sans rien laisser transparaître de la supposée émotion qui devait l'étreindre. Après tout, peut-être était-ce suffisant d'avoir fait ce chemin, et d'être ici, avec tous les autres ? Il est vrai que nous ne sommes pas restés jusqu'à la fin, au moment où la foule chante l'hymne national hongrois ...
Un moment émouvant pourtant fut la courte visite que nous avons faite à la chapelle de l'ermite ... qui ne devait plus savoir où donner de la tête !


Les gens y entrent en file indienne, longent le mur de droite en touchant dévotement chaque statue, puis s'agenouillent pour passer derrière l'autel où ils progressent un moment à genoux avant de ressortir par une autre petite porte et de longer à nouveau le mur de gauche jusqu'à la porte de la chapelle ; le tout sans coups de coudes ni bousculade, ce qui est tout de même assez rare pour des Hongrois !
La pluie ne nous a pas empêchés de faire les kilomètres du retour à pied, car comment faire autrement ? On aurait bien bu quelque chose de chaud mais évidemment les terrasses couvertes étaient bondées. On a donc courageusement regagné "notre" atelier où nous nous sommes empressés de mettre des vêtements secs !
Nous nous sommes rattrapés le soir en mangeant dans un bon petit restau ... où toutes les tables étaient occupées !

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1 juillet 2009 3 01 /07 /juillet /2009 07:59
On aurait dû se méfier ... Une terrasse déserte, comme ça, en pleine ville, c'était bien pratique pour dîner en amoureux mais quand même ... Pourtant Ma Douce, qui n'était pas affamée, avait commandé une soupe simple, et tout ce qu'il y avait d'innocente ... Pour ma part je m'étais octroyé un solide ragoût à la Brasov / Brassó / Kronstadt arrosé d'une Ursus, la bière locale ... Le croiriez-vous ? C'est elle qui fut malade !
Après une nuit faite d'allers et de retours, elle parvint tout de même à se lever en souriant faiblement ... Dans un voyage un peu long, il est probable qu'il y ait inévitablement un jour comme celui-là, où le programme se fait modeste et doux en attendant de flamboyer à nouveau : eh bien, nous y étions, ce fut le huitième jour ...
On s'est traînés (enfin, elle surtout !) jusqu'à un salon de thé pour y prendre un solide petit déjeuner (enfin, moi surtout) et là, sur la place, je n'ai pas pu résister à l'appel du szocreál :

Quel peut bien être le sens de ce truc ? L'intrépide travailleur du futur s'opposant courageusement à l'affreux dinosaure du capitalisme préhistorique ? En tout cas, c'était vraiment très laid ...

Le temps lui-même était au diapason, et ce fut sous un ciel maussade que nous arrivâmes à Dalnic / Dálnok, village natal de Dózsa György, un de mes héros favoris. Mais peut-être ne le connaissez-vous pas ? En deux mots, ce fut lui qui prit la tête d'une grande révolte paysanne au début du16ème siècle. Pour prix de son échec, et pour narguer ses prétentions, il fut assis sur un trône en fer chauffé à blanc, avec une couronne chauffée à blanc sur la tête et un sceptre chauffé à blanc dans la main, jusqu'à ce que mort s'ensuive. Je me plais à imaginer qu'il ne desserra pas les dents ...


C'est drôle : les gens de Dalnic / Dálnok avaient tous l'air contents de nous voir, comme si ça leur faisait plaisir que "leur" héros ne soit pas complètement oublié. Pourtant il existe une station de métro (bien rétro, il est vrai) et deux places, quatre routes, et trois rues qui portent son nom à Budapest (sans parler de toutes celles qu'on trouve dans les villes et villages de Hongrie), et aussi une énorme statue de lui au pied du château mais peut-être en parla-t-on un peu trop dans les temps socialistes ? C'est sûr que comme exemple pour la jeunesse pionnière il devait se poser un peu là !
Nous avons même pénétré dans la petite église du village, en nous faufilant par l'entrée de derrière, celle qui donne sur la tribune où se tient l'orgue :

Emouvant de penser que le petit György a peut-être fait sa première communion dans cet endroit ...

A la sortie de Dalnic / Dálnok, nous avons à nouveau pris une passagère que nous avons déposée dans une petite ville. La route, qui s'enfonçait dans les montagnes, devenait de plus en plus pittoresque ("dramatique" me dit Ma Douce, qui n'est pas à un anglicisme près ...) et c'est dans un superbe décor alpestre que nous arrêtâmes quelques minutes à Băile Bálványos / Bálványosfürdő pour y remplir quelques bouteilles d'une eau presque aussi ferrugineuse qu'à Homoródfürdő...
Bien que la météo ne fît qu'empirer (et c'est à ce moment-là, je crois, que nous réalisâmes que nous ne pourrions guère rouler sous une pluie un peu forte avec des essuie-glaces aussi pourris !) un pique-nique était au programme. Que voulez-vous, quand on est en disponibilité on ne peut pas se permettre de manger au restaurant midi et soir ! Hé bien, malgré la météo, malgré l'état de Ma Douce, nous le fîmes, ce pique-nique au bord du lac Szent Anna, parce qu'on est comme ça, en Hongrie, ce qu'on dit on le fait !

franchement, je n'aurais pas aimé être à la place du gars qui s'occupait de la location des pédalos !

Rapidement tout de même, et en sautillant sur place pour nous réchauffer un peu ... Ce que je n'ai pas du tout apprécié dans cet épisode, c'est qu'avant de commencer la descente vers le lac (qui s'est formé au fond d'un cratère volcanique, comme la photo le laisse un peu deviner) il faut acquitter un péage, et pas des plus petits, pour emprunter une route complètement pourrie, avec des trous à faire pâlir d'envie la Plus Grosse Poule Faiseuse de Nids du Monde Entier ! Une escroquerie pure et simple, si vous voulez mon humble avis ...

Au retour du lac (virages ? froid ? fatigue ?) Ma Douce se sentait de plus en plus mal, alors on a abrégé ses souffrances en filant directement sur Miercurea Ciuc / Csíkszereda. Et là, comme un chaud rayon de soleil dans toute cette grisaille, l'accueil de Géza, un ami sculpteur-peintre qui accepte de nous héberger pour 2 nuits dans son atelier. On a dû se coucher vers 5 heures pour 14 heures de sommeil environ ...
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28 juin 2009 7 28 /06 /juin /2009 15:29
Après une deuxième nuit à la Diófa Panzió ... on s'est levés encore plus tard ! Est-ce que la fatigue commençait déjà à se faire sentir ? Heureusement il ne nous a pas fallu aller très loin pour découvrir ce qui restera pour moi comme un des clous de ce voyage : l'église fortifiée de Prejmer / Prázsmár / Tartlau (oui, en prime, vous avez droit aussi au nom allemand, cette fois) ... une véritable forteresse, celle-là !


C'est un endroit assez incroyable, posé au bord d'une route banale, et l'on a du mal à s'imaginer pourquoi les gens du lieu ont éprouvé le besoin, à une époque, de bâtir quelque chose d'aussi grand et d'aussi hermétique.
                                           l'entrée principale (et unique) vous donne une idée de l'épaisseur de la muraille !

Une fois arrivés dans la cour la plus intérieure, celle où se trouve l'église, on s'est aperçu que l'envers de la muraille était tapissé de dizaines de portes auxquelles on pouvait accéder par des coursives et des escaliers :


Nous avons pu vérifier que chaque porte donnait sur un local clos, plus ou moins grand, dont la plupart servait en fait de "garde-manger" en cas d'attaque et de siège. Ce n'était pas le cas pour tous cependant et certains ont pu avoir, à un moment ou à un autre, un usage différent :


Je ne sais pas si la salle de classe aux murs peints était prévue dans le schéma initial, mais je n'ose imaginer le sort de ces élèves de Prejmer / Prázsmár, obligés de passer des heures dans ce local sombre et glacial, cependant que le Turc frappait à la porte !
On a passé un grand moment dans ce labyrinthe d'escaliers, de couloirs, de passages montants et descendants, qui n'était pas sans rappeler parfois certaines gravures de Max Escher. Puis nous n'avons pas omis, bien sûr, de visiter l'église qui était très belle, et un peu étrange :

une partie de la voûte est faite en "nids d'abeille" de terre cuite, comme de la brique ...

Avant de partir, il faut noter que le tout était dans un très bon état de conservation. D'ailleurs, c'est sur le chemin de la sortie que nous nous sommes fait interpeller par une femme assez revêche qui nous a demandé si nous avions payé le billet d'entrée ... ce qui n'était indiqué nulle part, si ce n'est en haut d'un escalier qui semblait conduire à un petit musée. Alors nous avons payé, et de bon coeur, et nous en avons profité pour visiter le musée, qui s'est révélé assez pauvre en fin de compte.
Après avoir retraversé l'imposante muraille, nous nous sommes aperçus que le temps était devenu lourd et menaçant ... et qu'il y avait des cigognes un peu partout sur les cheminées de  Prejmer / Prázsmár / Tartlau :

cette cigogne-là, plus "branchée", a choisi un carrefour de communication ...

Après cette très impressionnante découverte, le plan de route de ce jour-là prévoyait celle du château de Dracula, direction plein sud. Ouiche, mais pour ça il fallait traverser Brasov / Brassó / Kronstadt (ça continue !) ... Et ce n'est pas une mince affaire, croyez-moi ! Il est vrai qu'on a dû le faire vers 13h30, ce qui n'est peut-être pas l'heure la plus tranquille, mais quand même ...  Imaginez des feux de circulation dont on ne sait, dont on ne peut savoir s'ils sont rouges, orange ou verts, ou quoi que ce soit d'autre, des files de circulation qui n'ont de files que le nom, des dizaines, des centaines de véhicules de tous genres et de tous acabits qui ne suivent qu'une seule loi "Pousse-toi de là que je m'y mette !" et vous aurez une idée du stress éprouvé par un étranger relativement respectueux des règles dans la traversée de Brasov / Brassó / Kronstadt ... Il n'empêche, on s'en est sortis sans une seule égratignure à la Ford Escort obligeamment prêtée ...
Le château de Dracula donc (rappelez-vous que j'étais quand même venu pour ça !) ... ouais ... il SERAIT situé à Bran / Törcsvár, là encore aux confins (sud cette fois) du royaume de Hongrie ... Et effectivement quand vous mettez pied à terre devant le château, vous êtes accueilli par une multitude de vendeurs qui "font" du Dracula : masques grotesques en plastique mou, panoplies et déguisements à deux balles, et même des bouteilles de vin portant la mention "cuvée Dracula" ! Mais il faut bien que le monde vive, n'est-ce pas ? C'est sûrement pour cette raison qu'outre le prix d'entrée il fallait payer un supplément pour faire des photos ...
Un joli petit château par ailleurs, tout en escaliers, cours intérieures et recoins :


Des détours et des tours, en veux-tu, en voilà, des enfilades verticales de pièces "cosy" dont les murs étaient parsemés de photos "début de siècle" où revenait sans cesse la physionomie de la reine Marie de Roumanie dont c'était une des demeures favorites ... comme Sissi avec le château de Gödöllő ? Rien de bien inquiétant donc, pas de portes grinçantes, ou de traces de sang vieilles de plusieurs siècles, rien que quelques andouilles qui s'efforçaient, avec un succès plus que mesuré, de faire frémir et couiner leurs petites amies en poussant de pitoyables hurlements.
Personnellement, après le choc de Prejmer / Prázsmár / Tartlau, j'ai trouvé ce "château de Dracula" un brin factice et décevant ...
Mais il était temps de regagner ... Brasov / Brassó / Kronstadt que, de toutes façons, nous devions retraverser pour ensuite aller dormir une 3ème nuit à la Diófa Panzió, bien pratique pour rayonner tout alentour. Etait-ce déjà l'habitude ? ou l'heure (moins frénétique) à laquelle nous sommes arrivés ? Il m'a semblé que ce deuxième parcours dans la ville était bien moins éprouvant que le premier. Après nous être garés un peu à l'écart (quand même !) nous avons commencé par longer les remparts en nous promenant le long d'une colline boisée. Brasov / Brassó / Kronstadt, c'est TRES fortifié, un peu comme Carcassonne ... en plus petit. On a fini par trouver une porte qui nous a permis d'entrer dans la ville : rues piétonnes, terrasses, pas de doute, la ville se veut aussi TRES touristique. Nous avons donc sagement joué les touristes, admirant "l'église noire" (ainsi nommée parce qu'elle a brûlé), de belles façades du 19ème, une superbe porte dans les remparts. Et puis nous avons continué un peu en dehors de la ville car nous voulions voir l'église orthodoxe et là, nous n'avons pas été déçus :

les églises orthodoxes sont facilement reconnaissables grâce à leurs multiples clochetons et à leurs "drôles de croix"

Là encore, quelle richesse dans les peintures murales ! quelle explosion de couleurs ! quelle débauche (si je puis me permettre) de scènes et de personnages, plus sacrés les uns que les autres ! N'étant pas, loin de là (je n'étais même pas tout à fait certain que les orthodoxes étaient AUSSI des chrétiens ... !) un spécialiste des religions, je me garderai bien d'entrer dans des détails et de subtiles distinctions. Ce que j'ai compris c'est que, comme leur nom l'indique, les "orthodoxes" sont restés fidèles aux rites et aux pratiques ancestrales qui sont strictement codifiés et scrupuleusement respectés. Cela se traduit aussi dans leurs peintures où chaque geste, chaque posture délivre un message symbolique clair et univoque :


Après ce petit tour en "orthodoxie", il ne nous restait plus qu'à nous restaurer un peu avant de reprendre la route. On a fini par trouver un endroit sympa dont la terrasse était complètement déserte ... On aurait dû se méfier ...
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24 juin 2009 3 24 /06 /juin /2009 15:35
La Diófa Panzió, où nous avons dormi deux nuits, est tenue par une femme toute en rondeurs, et très volubile. Nous nous sommes assez vite trouvé un point commun, l'Ardèche, que nous avons visitée il y a environ un an et où son mari s'est cassé la jambe, ce qui l'a coincée là pendant plusieurs semaines. Mais elle n'avait pas l'air de s'en plaindre, enchantée qu'elle était d'avoir découvert cette belle région. La glace était brisée ...
Réka et Alpár habitent à deux pas de là et c'est tout naturellement que nous sommes allés prendre le petit déjeuner. Ils sont jeunes, désordonnés et optimistes, comme le montre leur achat d'un ancien manoir qu'ils s'efforcent de retaper :

vous remarquerez le regard pensif de l'ancien maçon ...

Nous avons mangé le soir, dans le terrain attenant, de saucisses roumaines un poil carbonisées, assis autour d'un grand feu de débris de planches. Sur la bâtisse, ils ont mis à jour des peintures baroques du 18ème, même que Réka (qui est historienne de l'art, rappelons-le) s'est sauvée avant de s'évanouir ce jour-là ! Et puis ce petit ruisseau qui borde le terrain, quel cachet ! Surtout qu'un petit pont l'enjambe à l'entrée du "domaine" !!!

Réka, qui a le permis mais pas de voiture, "profitait" donc de la nôtre pour faire quelques visites dans son secteur de travail, et nous "profitions" de ses connaissances de la région.
Nous avons commencé par LE musée de la culture sicule à Cernat / Csernáton, avec un accueil très sympa du directeur : il m'a regardé trois secondes et puis il a dit quelque chose comme : "Voilà un homme honnête !" Evidemment, après ça, on ne peut qu'être bien disposé ...
Le musée, réparti entre plusieurs maisons, est organisé de manière très systématique : il y a des rangées d'assiettes, des regroupements de poêles, des files de machines agricoles, des empilements de postes de radio

des tonnes de gravures encadrées et de tableaux, des tas d'outils,des monceaux de vêtements traditionnels ... tout ceci très intéressant et fort instructif !
Le midi, nous avons pique-niqué dans le parc du musée, et le directeur est venu nous offrir un coup de pálinka. C'est alors que j'ai compris qu'ils étaient deux directeurs en fait, deux jumeaux vraiment identiques, car pendant que le premier blaguait avec nous (enfin ... surtout avec les filles, en fait ...), le second n'est pas passé loin, accompagnant un groupe de visiteurs. Au dessert un chien sympa est venu nous mendier quelques miettes de rétes ...
Il était temps de nous rendre au château de Turia / Torja : Réka avait pris rendez-vous avec le comte ...Celui-ci, un monsieur de 80 ans qui avait été déporté dans le delta du Danube après la 2ème guerre, nous reçut très gentiment. Visiblement il aimait la France et les Français, et il semblait très content de pouvoir échanger quelques mots dans "la langue de Molière" ! Des peintures incroyables sur les murs intérieurs du château :
Un véritable trésor de la Renaissance tardive, datant du 17ème siècle !

Quand les communistes ont pris le pouvoir en 1948, le domaine a été nationalisé et les bâtiments d'une coopérative implantés non loin du château. La salle ci-dessus, dont les murs avaient été soigneusement repeints pour dissimuler tout vestige de beauté "élitiste", servait de dortoir aux vrais travailleurs socialistes ... Il reste encore quelques traces de cette époque-là ...


Puis le comte a dû nous quitter, et il s'est éloigné au volant de sa vieille Dacia pourrie ...

On n'avait pas encore visité d'église ce jour-là ! Ce fut chose faite avec celle de Ghelnita / Gelence, où nous sommes arrivés à l'heure du rosaire ...


Plafond peint, murs peints (surtout celui du nord, à gauche), autel baroque complètement délirant : elle avait tout pour plaire, cette petite église. Et puis c'était quand même assez émouvant d'entendre ces femmes (pas toutes vieilles et laides d'ailleurs...) prier à l'unisson, de manière monocorde et un peu envoûtante ...

Nous avons continué cette journée en allant jusqu'à Papouti / Papolc, ce qui est vraiment le bout du bout de la Siculie : il y avait là une maison à vendre ! On l'a trouvée tout au bout et en haut du village, après avoir traversé en voiture un petit ruisseau. La Ford Escort étant une voiture très basse (pas la Dacia ...) on n'en menait pas large du tout ! La maison, prolongée d'un grand terrain en pente qui rejoignait presque la forêt (il paraît que les rencontres d'ours dans le coin ne sont pas rares), était petite et charmante dans la lumière du soir :

Ah ! couler là une paisible retraite ! cultiver son jardin, biologique évidemment ! partir pour de longues randonnées en espérant ne pas croiser de plantigrades ! blaguer en sicule avec le voisin, et en roumain avec le facteur ! contempler Ma Douce qui, assise près du poële, me tricote amoureusement une longue écharpe tricolore ! tout ça ...oui, sauf que le temps n'est pas encore venu de nous mettre une maison, aussi charmante soit-elle, sur les bras, surtout s'il faut 2 jours de voyage depuis Budapest pour y arriver ! C'est que le monde est vaste et attirant, et nous appelle toujours un peu plus loin, n'est-il pas vrai, chers lecteurs ?
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21 juin 2009 7 21 /06 /juin /2009 14:55
Peut-être parce que la pension était toute rose, nous nous sommes levés assez tard le lendemain. Nous sommes retournés à Odorheiu Seculiesc / Székelyudvarhely (le roumain, c'est quand même vachement plus facile !) où nous avions dîné la veille au soir d'un généreux kebab. Précisons qu'il s'agit du lieu de naissance du grand-père de Ma Douce, tout de même ! Nous y avons tiré un peu d'argent et sommes partis sur la route des portails ...


Ces portails sont une des spécialités du pays sicule qui, je l'appris par la suite, en comporte bien d'autres. Comme vous pouvez le constater à l'extrême droite de la photo, ils se fabriquent toujours, et toujours sur le même modèle général, bien que la partie supérieure, sous le petit toit, serve de moins en moins de pigeonnier :


D'un portail à l'autre tout est identique ou presque, et pourtant tout est divers. Cela est probablement dû en partie aux variations induites par le degré d'usure du bois employé, qui noircit assez vite avec le temps.
Ces portails et les barrières qui les réunissent semblent montrer qu'en pays sicule "charbonnier est maître chez lui". D'ailleurs certaines inscriptions "personnalisées" sur les portails le disent clairement "Ami, si tu ne viens pas avec de bonnes intentions, tu peux passer ton chemin!" Est-il besoin de préciser que toutes ces inscriptions sont écrites en hongrois ? Et dans un hongrois peut-être plus "pur", plus "authentique" que le hongrois moderne parlé à Budapest ? En effet, il semble y avoir entre le hongrois de Siculie et le français de Montréal quelques similtudes, notamment dans la conservation vivante de tournures et de mots anciens, apparaissant comme des archaïsmes dans la langue originelle. Mais la situation géopolitique ne fut-elle pas à chaque fois celle d'une minorité très attachée à la représentation identitaire de sa langue ? Ajoutez à cela la réputation qu'a le Sicule de parler peu, et de ne pas "user" les mots pour ne rien dire ...
Nous arrivons ensuite dans un endroit comme j'en ai connu au Maroc et, dans une moindre mesure, à Madagascar. Il s'agit d'une station thermale abandonnée répondant au doux nom de Homoródfürdő. Dans un sous bois ombreux et humide, où c'est l'automne toute l'année, s'étagent de beaux chalets désertés, qui tombent lentement en ruines. Auprès de la source qui se trouve en contrebas, c'est une autre affaire : des hommes vigoureux, au teint fleuri, remplissent à la chaîne des bouteilles en plastique d'un litre et demi, en quantités industrielles. A nous qui en tenons chacun-e une, ils consentent à laisser la place pour une minute, ce dont nous les remercions. Cette eau est vraiment spéciale, et pas du tout appétissante avec sa couleur de rouille pâle et sa forte odeur de soufre. Mais il faut surmonter sa légère répugnance et la boire car elle semble souveraine contre les foies un peu chargés.
A nouveau nous pique niquons au bord d'un ruisseau, juste avant Lueta / Lövéte, mais seuls cette fois puisque ce n'est plus dimanche. Nous jouons à imaginer ce que nous ferions si un ours sortait de la forêt pour se désaltérer en cette chaude journée de mai ...

Puis nouvelle visite d'une église, unitarienne cette fois, à Craciunel / Homoródkarácsonyfalva (no comment !). Et voilà encore une "spécialité" de Transylvanie, l'église unitarienne (qui réunit des chrétiens refusant d'adorer la sainte Trinité) y ayant vu le jour officiellement vers 1570, à la suite de différents schismes ... non-violents, il est bon de le préciser alors qu'à l'autre bout de l'Europe se déroulait le massacre de la Saint Barthélémy ... Là encore des trésors, petits ou plus grands, sans grande valeur marchande, certes, mais d'autant plus précieux qu'il faut se donner la peine de les découvrir ...
un "sondage" sur un banc fait apparaître les décorations du 18ème ...

La visite est conduite par une femme vive et très gentille, qui n'est autre que la ministre de cette église. Mais bientôt elle doit nous quitter car elle attend un groupe d'Américains ... chez qui la religion unitarienne est très présente !
Nous avons donc tout notre temps pour admirer encore une fois les fresques de Ladislas chevauchant, bataillant, épistrouillant et épastrouillant ...  (voir J4) Epatant !
Puis nous nous tournons vers des manoirs Renaissance, pour changer un peu : las ! le premier, Daniel-kastély, a été racheté par la ville d'Esztergom et il est fermé au public. Un vieux bonhomme, assez ravagé, passe par là et nous propose de nous mettre en contact avec le gars qui s'occupe du jardin de la propriété ... encore une espèce de "guide" ! Le second est moitié en travaux et moitié en location, et il n'est pas possible d'y entrer non plus. Tout le monde en effet n'est pas le prince Charles, qui y fut reçu la veille de notre passage ! Un grand moment de calme pourtant dans le parc ombragé et un peu frais, où deux forts chevaux noirs nous suivaient à quelques pas ...
Dans le soir naissant, ce fut une longue et magnifique route (avec un long arrêt à un passage à niveau perdu au milieu de nulle part, sans plus aucun des repères habituels, et c'est pour des moments comme ça que l'on voyage, évidemment !) jusqu'à Sfantu Gheorghe / Sepsiszentgyörgy (j'ai rien dit !) où Réka, une collègue "excentrée" de Ma Douce, et Alpár, son artiste de mari, nous avaient réservé une chambre dans une panzió et nous attendaient pour dîner.
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