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18 juin 2009 4 18 /06 /juin /2009 11:13
Après un petit déjeuner frugal, balade dans Medias / Medgyes : comme presque partout, de beaux bâtiments ayant connu des jours meilleurs, une belle église (gâchée par une "gardienne" qui nous parla la bouche pleine...) et, à la sortie de la ville, soudain le flash ! soudain tout, la route et ses trous, les véhicules, de la Dacia hors d'âge à la motobylette pourrie en passant par les charrettes hippomobiles, la poussière, les gens de poussière, bruns, basanés, cuivrés qui attendent (cf J3) un véhicule, tout est semblable ... au Maroc ! Et nous sommes en Europe, ne l'oublions pas ! Ben oui, c'est ça l'Europe, aussi ...
Puis la route est belle jusqu'à Biertan / Berethalom. A nouveau la visite d'une très imposante (et parfaitement entretenue) église fortifiée

combien de murailles ? 3 ? 4 ? plus ? allez savoir !

à l'issue de laquelle nous rencontrons, en explorant le village, une charmante vieille dame qui se met à nous entretenir. Elle nous explique qu'elle est née là, et qu'elle est bien seule depuis que ses six enfants sont partis ailleurs pour gagner un peu d'argent. Mais elle ne se plaint pas, et ses yeux rient toujours :

Elle nous accompagne tout au long de la muraille et nous comprenons tout à coup qu'elle nous ramène à la porte d'entrée, croyant sans doute que nous n'avions pas encore visité ! Et en effet, parvenus devant la porte, nous dûmes essayer de lui expliquer que ce n'était pas le cas. Cela se passait plutôt bien, gentiment, quand une voix sèche est intervenue en roumain : "Fous-leur la paix, grand-mère ! Laisse-les tranquilles !" Cela parvenait d'une espèce de transatlantique sur lequel une femme déjà mûrissante était étalée, la bouche et les yeux durs. Elle vendait  des souvenirs. Apparemment elle en vendait très peu. D'ailleurs qui voudrait en acheter un à une femme comme celle-là ? Nous remerciâmes grandement la mère-grand, qui s'en fut son bonhomme de chemin. Après son départ, la marchande nous expliqua que "la vielle était un peu zinzin", ce qu'en notre for intérieur nous contestâmes absolument et sans recours, et nous ne pipâmes mot.
Puis encore une église à Malancrav / Almakerék. Pour visiter il faut aller chercher une dame en bas, dans le village, ce qui n'a pas l'air de l'enchanter. Elle monte toute la côte sans dire un mot, sa petite fille silencieuse sur les talons. A l'entrée nous retrouvons un groupe déjà côtoyé lors de la visite précédente. Nous suivons donc un même parcours. Il s'agit d'un couple, vraisemblablement des Allemands à la retraite, conduit par un de ces personnages comme on en découvre régulièrement quand on vit à l'étranger. D'une certaine manière ce sont des guides "locaux", encore que souvent ils viennent d'ailleurs. Métisses dans l'âme (et quelquefois dans la chair) leur principal souci semble être d'établir un pont entre les visiteurs et leur pays, un pont dont ils ont besoin pour être en paix. Quand on est touriste, on les voit autrement, peut-être comme des gens sympas, à qui un "coup de main" ne ferait pas de mal ? Quant à moi je m'interroge : sont-ils des petits malins qui s'en sortent plutôt bien, ou des losers qui peinent pour survivre ? Peut-être bien les deux, suivant le moment ...
Tout en roulant, nous cherchons vainement un endroit adéquat pour pique-niquer. La faim commence à monter ... Autant je trouve agréable de se réveiller en ayant faim, autant au-delà d'un certain seuil, on devient hargneux et bougon, et on se déteste ... La faim au ventre donc, nous arrivons brutalement à Sighisoara / Segesvár. Et là c'est le sketch du parking, bien connu de tous les voyageurs du "tiers-monde". Nous nous garons, chance, à l'ombre. Nous avisons un homme assez jeune, vêtu d'une tenue d'un jaune éclatant, qui court à tout véhicule arrivant. Nous nous disons que c'est le gardien, et nous attendons qu'il coure à nous également. Mais, même désoeuvré un court instant, il néglige ostensiblement notre présence. Je m'avance un peu, jusqu'à la hauteur du coffre arrière à peu près, comme pour lui signifier notre attente. Aucune réaction, il semble même s'éloigner un peu. Nous décidons alors de chercher quelque chose à manger, et nous partons. Quand nous sommes arrivés au bout du parking le gars me hèle dans le dos. Il me montre son carnet de tickets. Je reviens vers lui en mettant la main à la poche. Ses explications sont confuses, incompréhensibles, tellement il serre les dents. Pourquoi est-il aussi hargneux ? Aurait-il faim, lui aussi ? Et sera-ce si diffcile de trouver à se nourrir dans cette satanée ville ? Ou bien maudit-il ses parents de l'avoir enlevé de l'école à douze ans, ce qui l'a empêché d'apprendre l'anglais ? Devient-il fou en voyant tout le fric qu'il encaisse, comparé à la misère qu'il gagne ? Quoi qu'il en soit je raque, car quand il s'agit de payer on finit toujours par se comprendre.
D'ailleurs à Segesvár, il faut payer partout, pour visiter et pour prendre des photos. Je ne suis pas bien certain d'être d'accord avec cette politique : quel "droit d'image" peut-on avoir sur un monument ? De toutes façons, on n'était pas de bonne humeur, du coup on a pas payé et on a pas de photos, na ! ou alors pas beaucoup ...
une des seules : celle de la sortie !

Puis c'est l'entrée au pays sicule, ou des Sicules, du nom de ces fiers guerriers chargés de défendre les marches du royaume de Hongrie contre toutes les tentatives d'invasion, et il y en eut ! Du coup les puissants du pays ne payaient pas d'impôt mais ils devaient lever et entretenir une armée. Leur grand héros est le roi Ladislas qui, lui-même, ne faisait pas dans la dentelle ...


Or doncques, tel que vous pouvez le comprendre par la Très Véridique histoire qui vous est contée ci-dessus, il advint qu'au royaume de Ladislas un barbare, un malpoli, un rustre enlevât une jeune vierge qui n'était pas d'accord. N'écoutant que son devoir sacré (ou ses testostérones, les versions ici varient) Ladislas enfourcha sa monture et s'en fut à la poursuite de l'ignoble, qu'il rattrapa bientôt près d'un château en train de s'écrouler, à moins que ce ne fût symboliquement celui de l'ignoble ? Ladislas l'escagassa, l'épastrouilla, bien aidé en cela par la jeune vierge qui maniait fort bien la hachette, ma foi. A l'arrière-plan les deux chevaux, même celui de son maître, riaient beaucoup. Pour la remercier, Ladislas lui offrit la gorge de l'ennemi, qu'elle trancha d'un coup ferme et sans arrière-pensée.
Edifiant, n'est-ce pas ? D'autant que c'est sur le mur d'une église, celle de Mugeni / Bögöz, qu'on trouve cela, sur le mur nord pour être précis, celui qui restait toujours aveugle car dédié au diable. Hardi les petits ! Sus à l'infidèle ! Dieu reconnaîtra les siens ! Saint Ladislas aussi ! toujours la même vieille ritournelle ... the same old story ...
Le curé est très gentil et un peu coquin. Il n'arrête pas de sortir des blagues un peu salées (je veille à ce que Ma Douce me les traduise toutes) et je crois qu'émoustillé par cette belle présence féminine, il en rajoute un peu. C'est un homme simple, que nous avons trouvé en train de tirer une charrette pleine d'herbe en arrivant, un homme qui aime la vie, ça se voit, et qui veille débonnairement sur un petit trésor :
balcons peints du 18ème siècle
et un plafond entièrement peint, de la même époque  ...
heureusement, il n'est pas seul pour veiller sur tout ça !

Pour la nuit, et sur le conseil du malicieux curé, nous nous sommes arrêtés un peu plus loin, à Taureni / Bikafalva, dans une panzió "agroturistica" toute rose, et un peu chère ...
Allongé sur le lit, j'ai jeté quelques notes sur le papier, j'ai fait le compte deux fois et j'ai dit à Ma Douce : "Ecoute, Bébé, si je ne me trompe pas, on a visité pas moins de 6 églises aujourd'hui, je ne suis pas sûr de tenir longtemps à ce rythme-là !" Elle m'a promis de faire un effort et c'est pourquoi  vous verrez (un peu) moins d'églises dans les pages suivantes ...


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17 juin 2009 3 17 /06 /juin /2009 13:53
Le matin, on a fait une longue promenade dans Cluj-Napoca / Kolozsvár : des églises, des Dacia, des statues, des Dacia ... Des portails Renaissance aussi, cachés dans des arrière-cours :


Puisque c'est dimanche, et que c'est plein d'églises, Ma Douce va à la messe. J'en profite pour boire un café tout en sondant la météo, qui me paraît bizarre et incertaine. D'ailleurs il y a une drôle d'ambiance dans cette ville, où beaucoup de gens d'origines, d'histoires et de religions diverses se côtoient mais où chacun semble rester sur son quant-à-soi.
Après la messe, petit tour dans un marché de brocante sympa, installé dans la cour de l'ancien palais Bánffy ...

Puis la route devient de plus en plus spectaculaire, de plus en plus "dramatique", avec des failles, des gorges et des défilés, et la chaussée de moins en moins bonne. Nous pique-niquons (quand enfin nous trouvons un espace libre !) au bord d'un mignon petit ruisseau qui court entre ce qu'on ne peut plus appeler des collines mais pas encore tout à fait des montagnes. Bien qu'il y ait beaucoup de monde, et beaucoup de familles, pas une radio ne hurle le dernier tube du moment, pas de cris non plus, l'ambiance générale est calme, détendue ...
Un peu plus loin, nous nous arrêtons à Rimatea / Torockó, village saxon classé au patrimoine mondial de l'Unesco ... sans que cela soit indiqué quelque part ! (Je dirais que, d'une manière générale, les Roumains semblent plutôt embêtés avec ce "patrimoine" non-roumain qu'il faudrait protéger, certes, et quelques travaux sont là pour montrer que c'est bien le cas, mais qu'il serait tellement plus commode d'oublier, voire de faire disparaître ...)

une maison saxonne typique, avec la "jupe" qui borde le toit, et la cave au rez-de-chaussée

Puis nous prenons une stoppeuse au milieu de nulle part. Il faut savoir qu'en Roumanie, l'auto-stop est une pratique courante : à chaque sortie de chaque ville, des gens de tous les âges sont là, qui attendent que quelqu'un s'arrête pour les emmener plus loin. C'est d'ailleurs plutôt une forme de taxi "au noir" puisqu'il est courant, et même attendu, que les gens paient quelques leis pour ce service.
Après avoir déposé notre passagère à Aiud / Nagyenyed, nous poursuivons jusqu'à Valea Viilor / Nagybaromlak. C'est toujours dimanche, et c'est la fête au village. Au moment où nous arrivons près de l'église fortifiée, une foule est rassemblée, applaudissant à une remise de coupes ; au moment où nous constatons que la porte de ladite église est close, un escogriffe surgit, dont le regard trouble et brillant montre assez qu'il n'en est pas à sa première pálinka! Avec un air exagérément responsable, et un peu faraud, il montre une grosse clé et nous comprenons que nous avons affaire au gardien de l'édifice ...Il est bientôt rejoint par un acolyte à peu près dans le même état : ce qui nous rassure un peu, c'est que celui-ci tient un petit enfant dans les bras ! Finalement ils se révèlent très gentils, très contents de parler de "leur" histoire, le tout dans un allemand un peu hésitant auquel Ma Douce s'efforce de répondre. Il s'avère en effet que nous sommes en présence de 2 authentiques descendants des anciens Saxons, sur les 6 que le village compte désormais ! Ils furent jusqu'à 2 000 ...


Le principe de l'église fortifiée (la fondation de celle-ci remonte au XIII ème siècle) est simple : quand il y avait du grabuge, tout le monde se mettait à l'intérieur ! On a en vu d'autres, une en particulier du côté de Brasov / Brassó (voir J7) où tout était prévu pour vivre !


En partant, on a découvert qu'un tournoi de ping-pong se déroulait le long de l'enceinte de l'église, et sur le chemin de la voiture on a croisé une dame qui portait un nouveau plateau de coupes ! Ma parole, mais c'est qu'il s'en passait des choses, dans ce petit village perdu au bout de la route ! Et quel contraste avec la "ville" située à 20 kms de là : coupée en deux par une route rapide, d'un côté un énorme agglomérat d'usines, qui semblaient toutes plus mortelle l'une que l'autre, et de l'autre des habitations presque neuves, et peintes aux couleurs les plus pimpantes !!! Complètement mortifère ...

Le soir, on a mangé (assez mal) et dormi (assez bien) à une adresse qu'on nous avait conseillée. Son grand atout : située au sommet d'une côte, juste au-dessus de Medias / Medgyes, elle offre un point de vue magnifique sur le pays environnant, au fond duquel on peut deviner le pays sicule ... où l'on devait aller le lendemain ...
vous les voyez, les Carpathes enneigé-e-s ?
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15 juin 2009 1 15 /06 /juin /2009 19:59
Avant de repartir de Debrecen, on s'est un peu promenés au soleil.
On a revu la Grrrande Eglise, d'un beau crémeux. On a vu des architectures curieuses. On a recherché une "pâtisserie française" qu'on nous avait conseillée, et qui s'est révélée n'avoir du "français" que dans son nom. On a parcouru un très joli marché aux fleurs ... On a vu le musée Déri (que son fondateur, malgré sa volonté, n'avait pas pu construire à Baja, sa ville natale), en assez mauvais état, et aussi un musée moderne qui avait l'air très beau, et sur le parvis duquel se déroulait un concours de majorettes.
Pendant un moment j'ai tenu compagnie à une statue dont la figure me disait quelque chose ...


Avant de franchir la frontière vers 13 h, on a fait quelques achats au Lidl installé au bord du dernier rond-point avant la Roumanie. Le parking était plein de "Dacia" qui sont, comme je l'appris, "les" voitures roumaines ; d'ailleurs c'était pratiquement l'unique modèle fabriqué pendant l'ère Ceaucescu.
Juste après être passés (Ma Douce était un peu tendue, elle se souvient encore des longues files d'attente provoquées par des douaniers méticuleux et moqueurs) il nous faut acheter une "vignette routière" qui donne droit à rouler sur tout le territoire. 3 euros pour 7 jours ! Et on s'étonne après ça que certaines routes soient en si mauvais état !

Maintenant que l'on va parler de lieux, j'aimerais être clair : personnellement je ne suis nationaliste d'aucun bord et surtout pas dans une affaire qui ne me concerne en rien ! Je ne veux pas dire par là que je m'en fiche mais que, comme le dit si bien JPL, "tout ceci ne me regarde pas". Ainsi, ne pouvant travailler sur deux lignes superposées, j'indiquerai d'abord le nom roumain, qui est "officiel", suivi du nom hongrois que certains, je le sais, jugent plus "authentique". Qu'ils n'y voient donc là aucune marque de préséance ...
Nous sommes arrivés assez vite à Oradea / Nagyvárad et là, à l'entrée de la ville, tout de suite un choc qui allait se renouveler à l'entrée d'autres villes : nous longeons un IMMENSE complexe industriel COMPLETEMENT désaffecté, avec des centaines de fenêtres explosées. Et quelquefois leurs cheminées pointent carrément à l'intérieur de la ville, collées aux habitations !
Nous commençons une longue balade à pied à partir du centre, en direction du fleuve. Je retrouve assez vite l'impression qui m'a bien des fois saisi à Budapest mais aussi en Slovaquie : celle d'un "beau passé", d'une civilisation se situant à la charnière entre noblesse et bourgeoisie (une des figures marquantes en est le comte Széchenyi) et qui devait sombrer dans la 1ère guerre mondiale.

est-ce bien la peine que je vous parle de la météo ?

Arrivés au bord du Körös (rivière, et non pas fleuve, qui prend sa source en Transylvanie) nous remarquons aussitôt la synagogue, une grande bâtisse imposante, et apparemment en assez mauvais état :
Nous nous en approchons, pour faire quelques photos qui ne soient pas traversées de fils électriques, suffisamment près pour être hélés de l'intérieur par un vieux bonhomme qui se présente comme le gardien. Il nous fait pénétrer dans le bâtiment, accompagnés de son chat. Manifestement il est très fier de "sa" synagogue qu'il nous présente tout simplement comme "la plus grande du monde", excusez du peu ! Il nous raconte longuement les dégradations et les pillages dont elle a fait l'objet, principalement du fait de Tsiganes installés dans le terrain vague qui la borde. Et c'est vrai que certains plafonds sont crevés, que des choses indéfinissables pendouillent ici et là ... Il n'empêche, elle a encore de beaux restes, la synagogue de Nagyvárad :
Les plaques qui bordent tout le pourtour du balcon portent les noms de celles et ceux qui sont parti-e-s et ne sont jamais revenu-e-s : sur les 20 000 juifs "néologues" d'Oradea/Nagyvád, 5 000 seulement ont survécu ... Et nous avons pensé que le vieux gardien, qui se fait bien du souci pour sa succession, était l'un d'eux ...
Sur ses indications, nous avons ensuite poussé jusqu'à la synagogue "orthodoxe", qui paraissait toute neuve et en plein état de fonctionnement. D'après ce qu'on a compris, les "orthodoxes" paraissent aujourd'hui beaucoup plus florissants que les "néologues", qui étaient plus ouverts et plus enclins à l'assimilation. Y a-t-il une moralité là-dedans ? Je ne saurais le dire ...

Puis, après avoir traversé un parc où de multiples couples de jeunes mariés se faisaient prendre sous toutes les coutures, nous avons continué notre chemin en direction de Cluj-Napoca / Kolozsvár. Sur le bord de la route, quelques "palais" gitans :

ça fait un peu "château en Espagne", non ?


On a ensuite longuement cherché l'église de Monasteri / Magyargyerőmonostor, au splendide plafond peint (dixit Ma Douce, qui en connaît un rayon, en plafonds peints) : on avait beau regarder la carte, et puis le paysage, et encore la carte, on aurait dit que la route indiquée avait disparu, qu'elle s'était tout bonnement volatilisée ! Finalement, après plusieurs essais et de multiples détours, nous y sommes enfin arrivés, à cette fameuse église ... pour constater qu'elle était fermée, et que donc on n'y verrait aucun plafond, peint ou pas ! Elle était pourtant bien jolie de l'extérieur, avec quelques bas-reliefs tout à fait intrigants :
vous voyez cette femme, à droite, qui semble allaiter deux serpents ?
L'arrivée à Cluj-Napoca / Kolozsvár fut assez sportive, à cause de travaux de réfection de la route qui interdisaient l'accès à l'hôtel, quel que soit l'itinéraire emprunté ! Après une courte phase d'énervement, on s'est calmés en faisant un tour dans la ville, et en allant dîner de saucisses dans un restaurant ... viennois !
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15 juin 2009 1 15 /06 /juin /2009 16:34
Dans un jardin de Debrecen, j'ai rencontré il y a peu un arbre qui faisait vraiment bien son travail d'arbre :
- il était beau, mais sans ostentation
- il prodiguait de l'ombre, mais pas trop épaisse pour qu'on n'ait pas froid
- il inclinait à la méditation


Avez-vous vu qu'à ses pieds une statue reprise ses chaussettes ? C'est toujours très bon signe pour un arbre, quand les statues recherchent sa compagnie ...
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8 juin 2009 1 08 /06 /juin /2009 16:02
Voilà une semaine que Ma Douce empile consciencieusement ses petites affaires sur le canapé du bureau ... Elle ne pense plus qu'à ça, elle ne parle plus que de ça : la Transylvanie ! On pourrait même en faire un remake de la chanson de Julien Clerc ...
Il faut dire que pour Elle comme pour bon nombre de Hongrois-e-s, la Transylvanie, c'est à la fois si loin, dans l'espace (de 400 à 800 kms à partir de Budapest) et dans le temps (enlevée puis redonnée puis ôtée à nouveau au fil des défaites et des "traités" qui s'ensuivaient), et si proche dans l'usage de la langue, le respect des traditions et les histoires familiales, que forcément partir "là-bas" a quelque chose d'un retour aux sources et d'un renouvellement !
Pour moi, nourri de l'imaginaire occidental, c'est beaucoup plus simple : Transylvanie + Carpathes = ours + Dracula.
Puis il a bien fallu que le vendredi 22 mai arrive, jour fixé pour notre départ. Vers 18h, nous chargeons donc nos sacs dans le coffre de la déjà bien rôdée Ford Escort obligeamment prêtée par Norbert, et roulez jeunesse, plein Est vers Debrecen où nous avons prévu de passer la nuit !
Voyage sans grande histoire, agrémenté d'une petite halte à Hatvan où, chez la grand-mère de Norbi, nous récupérons la plage arrière du véhicule, histoire de pouvoir dissimuler nos maigres bagages aux regards pleins de convoitise de tous les rôdeurs de Roumanie ... Sympa, la grand-mère, et à peine étonnée de nous voir au volant de la voiture de son petit-fils chéri ...
On trouve l'appartement réservé sans difficulté, juste derrière l'Hôtel de Ville. Un grand truc d'au moins 70 m avec cuisine et 2 salles de bains, le tout pour 6500 forints la nuit, soit moins de 25 € !
Et le tout dans un immeuble ancien et assez beau : je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais je trouve que la beauté du quotidien, ça compte aussi, non ?
Le soir, on va faire un tour jusqu'à la Grrrande Eglise Calviniste de Debrecen, où vient justement de se dérouler un grrrand synode de toutes les congrégations hongroises. On y reste (bien qu'on y soit fichtrement mal assis !) pour écouter un concert d'orgue pas mal improvisé, et assez impressionnant. Ensuite on fait un tour sur les boulevards, où on croise pas mal de gens passablement bourrés ... Avant d'aller se coucher, on rencontre une gitane avec un drôle de chapeau mexicain : je lui donne quelques forints en espérant, non, en sachant que ça nous portera chance dans notre voyage ...
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8 juin 2009 1 08 /06 /juin /2009 11:44
En Hongrois, la Transylvanie s'appelle "Erdély", et c'est une terre qui a une histoire très-longue et très-particulière. Je ne vous en résumerai que le dernier épisode : "le traité de paix de Versailles [dit aussi du Trianon] rattacha [à la Roumanie] non seulement les départements majoritairement peuplés de Roumains, mais aussi la Terre des Sicules ( → Székelyföld ) qui reste à ce jour presque exclusivement de langue hongroise ... ainsi, même après que des centaines milliers de personnes eurent quitté la Transylvanie, deux millions de Hongrois furent transformés en citoyens roumains et la Transylvanie devint une sorte d'Atlantide mythique pour les Hongrois." Ne voulant pas dire de bêtises, et étant assez d'accord avec les lignes qui précèdent, je me suis permis de les reprendre du bon petit livre : "La Hongrie et les Hongrois", de Bart István, paru aux éditions Corvina (1086 Budapest, Dankó utca 4-8) que deux gentilles étudiantes viennent de m'offrir.
Et en effet, voilà belle lurette que Ma Douce me parle de la Transylvanie, avec des étoiles dans les yeux et des sanglots dans la voix qui en disent long sur l'attachement qu'elle lui porte ! Nous avons donc fait nos sacs, avons emprunté une voiture à de bons copains, et sommes partis pour un périple de 11 jours (du vendredi 22 mai au lundi 1er juin) au "pays des origines" ...
Chaque soir, ou le matin suivant, ou le soir d'après, nous récapitulions la journée, en nous attachant surtout à fixer des points de repère : lieux visités, gens rencontrés, ... Le reste, ce seront les souvenirs, le résultat du travail polissant de la mémoire ...
Je vous propose pour la suite un article plus ou moins long pour chaque journée, un genre de "journal", donc. Je me fixe comme contrainte de ne pas y intégrer plus de 3 photos à chaque fois (ça va être dur !) mais comme en même temps nous en avons pris presque 500, je me (et vous) propose de faire un nouvel album avec une sélection de clichés un peu plus large
Je crois avoir tout dit ...
Alors, bienvenue en Transylvanie !!!

ça, c'est le château de Dracula : ça fout les jetons, hein ?
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11 mai 2009 1 11 /05 /mai /2009 18:18
Sziasztok !

L'autre jour, nous sommes allés voir Bálint. 40 minutes de trajet depuis l'église jaune de Buda ! Je comprends que Ma Douce ait attendu qu'on dispose d'une voiture ...
Bálint habite vraiment au bout du bout du bout de Pest, au bord d'une route de terre (creusée de cratères comme il se doit) et de l'autre côté ... c'est la Puszta !

Il habite là depuis dix ans, depuis qu'il a quitté le domicile familial.

Ceci dit, ce n'était pas la première fois que je voyais Bálint ...



Ce soir-là se tenait, au Sport Aréna, l'une des plus grandes salles de Budapest, un méga-concert de solidarité, les méchantes langues diraient "de bienfaisance", au profit d'une bonne oeuvre, genre soutenir un orphelinat de Transylvanie. Et c'était plein, je vous le garantis !


Bálint, qui joue des percussions de son bras valide, fait partie d'un orchestre "spécial" dont le nom est "Nemadomfel", ce qui veut dire "je n'abandonne pas, je ne lâche rien!". Et en effet, Bálint, comme les autres, ne lâche rien ...


Il vit dans sa petite piaule, dans une maison faisant partie d'un lotissement construit par une fondation. L'ensemble comprend aussi un atelier, dans lequel les handicapé-e-s font toutes sortes de travaux (et gagnent un peu d'argent), et plusieurs salles communes.
Il vit avec d'autres handicapé-e-s, et il a une histoire d'amour avec Erna, une jeune fille qui ne peut que rester tout le temps couchée sur le dos. Je lui ai été présenté un soir et je dois dire qu'en lui serrant la main j'avais comme une drôle de boule dans la gorge.
Il vit avec la "présence" d'une femme qui n'est pas toujours la même, mais que je n'ai jamais vue vraiment motivée par le boulot qu'elle faisait ! Une fois, elle passait un long coup de fil personnel ; une autre elle regardait la télé ...

Il vit parce que c'est bon de vivre ...


parce que c'est bon de retrouver les copains et de chanter avec eux, parce que c'est bon d'avoir des copains, parce que c'est bon de faire du bruit, c'est bon de jouer les stars avec une paire de lunettes noires, c'est bon de ne pas se laisser aller, c'est bon de ne rien lâcher ...



Et Bálint ne lâche rien, et surtout pas le bras de Ma Douce quand il s'agit d'entrer dans un restaurant !


Bálint est notre ami, et c'est si bon d'avoir des amis, pas vrai ?

Alors ... vous non plus, ne lâchez rien !

Sziasztok !!!




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3 mai 2009 7 03 /05 /mai /2009 18:15

Szia !

Je viens de faire quelques recherches sur internet et voilà ce que j'ai trouvé à propos de Győr : ville de 130 000 habitants, 3ème centre industriel après Budapest et Miskolc, située au confluent de la Rába et du Danube, tire son nom de l'Avar "gyürü", ce qui voulait dire "forteresse circulaire", a toujours eu beaucoup d'importance étant située à mi-chemin entre Budapest et Vienne, a été conquise par les Turcs puis reconquise par les Autrichiens, dans la cathédrale une chapelle abrite le buste du roi Ladislas le Saint, chef d'oeuvre de l'orfévrerie médiévale (vers 1405)
                                                                                                                                                     

kukucs, justement le voilà !!!

 

Mais ces quelques informations, comme d'habitude, je ne les ai cherchées qu'après notre escapade à Győr. Nous, là-bas, on a eu droit à quelques bonnes surprises.

En sortant de la gare, tout d'abord :

 

 

MessieursDames, votre attention, s'il vous plaît ! Vous êtes en présence d'une ode véritable au socialisme triomphant ! En effet, en haut vous avez le travail, agricole sur la grande partie gauche, industriel à droite, sur fond de soleil rayonnant, en bas les arts (danse, théâtre), les sciences (médecine, radiotechnie, puis une femme avec on ne sait pas trop quoi) ; dans le coin inférieur gauche, la Maternité (mais pas la famille, attention, il ne faut surtout pas confondre !). Ceci dit, il semble bien qu'il manque "un bout" à droite de l'arbre : était-ce un papa ? est-il tombé tout seul, ou bien l'a-t-on aidé un peu à l'occasion d'une campagne maternisante ?

 

Puis, comme cela arrive quelquefois dans une ville hongroise, quand on sort de la gare de Győr, on se retrouve bientôt à devoir traverser une grande avenue. Ainsi qu'à Baja, par exemple, la ville est coupée en deux par un axe routier important, ici la route de Budapest à Vienne, beaucoup plus fréquentée bien sûr avant la construction de l'autoroute. C'est tout droit, assez moche, il y a des feux interminables, on dirait que c'est toujours dimanche, bref, je vous le déconseillerais bien si vous pouviez faire autrement.

Heureusement que cela vaut le coup de patienter un peu ...

 

En effet, de l'autre côté, on arrive assez vite dans la "vieille ville", avec des rues pavées et piétonnes. Pas de doute, ici, dans ce quartier, Győr "fait riche". Cela a dû être une cité florissante, bien établie au bord du fleuve, et disposant de nombreux droits de passage ...

 

 

Mais il soufflait un vent terrible à Győr, et on acherché l'abri des petites ruelles. Au coin de l'une d'entre elles, on a découvert un "truc" surprenant :

Surprenant, non ?
 
Il s'agit ni plus ni moins d'un bâton infiniment clouté ! Comme me l'a expliqué Mon Doux Guide, les "mesters", équivalents de nos "compagnons", qui accomplissaient leur parcours d'apprentissage dans la Hongrie et même dans les pays voisins, passaient tous par Győr et y laissaient ainsi la trace de leur venue.
Vraiment beaucoup de jolies choses, à Győr ...
un atlante, façon baroque du 18ème

un vitrail de la cathédrale, pas loin du bon Ladislas (voir plus haut) : il est chou, non ?, avec ses grosses marguerites, ses poissons rouges et ses petits lapins ... ça change des saints et des martyrs ...

 

et ça, une mosaïque un peu étrange et très belle, dans la même cathédrale ...

 

On commençait à avoir un peu faim, alors on s'est mis à chercher un restau. Dans la vieille ville, ce n'est pas ce qui manque ! Mais wouahou, bonjour les prix ! Ou bien Győr est une ville hyper-touristique, ou bien c'est parce qu'elle est frontalière (de l'autre côté du Danube, c'est la Slovaquie, l'Autriche n'est pas loin, et toutes deux marchent à l'euro ...), ou plus vraisemblablement c'est une combinaison des deux ...  Au cours de nos recherches on est tombés sur ça :

Je vous avouerai que ces monuments baroques et lourdement dorés, comme on en voit dans pratiquement chaque ville, érigés en remerciement de tous ceux ayant échappé à la peste, ce n'est pas vraiment ma tasse de thé ! Mais celui-ci a une histoire particulière : une procession se déroulait là il y a quelques décades. Or, au même moment, pas très loin, un criminel prenait la poudre d'escampette. Il eut l'idée de se cacher à l'intérieur de la procession ... où les gendarmes le poursuivirent ! S'ensuivit une certaine confusion bien compréhensible au cours de laquelle le ciboire tomba sur le pavé !!! Ni une ni deux, pour se faire pardonner et ne pas s'aliéner les faveurs célestes, il fut bientôt décidé de paf ! mettre un beau monument à l'endroit précis où fut commis l'involontaire sacrilège ...

 

On finit par trouver un restau correct et pas hors de prix (l'équivalent de 10 euros, soit 3000 forints doivent suffire pour se payer un bon repas, après c'est cher), et dont l'intérieur n'était pas dénué de recherche esthétique :

 

Nous y mangeâmes correctement, en remarquant que la carte des desserts était nettement plus étoffée que d'ordinaire. Mais le plus étonnant fut le nombre d'enfants qui se mirent à remplir la salle. Chaque famille qui arrivait comprenait un, et même deux lardons, tout petits pour la plupart. Et bientôt la salle résonna de couinements, piaillements et gloussements, sans parler des rires cristallins ! Croyez-moi, après quelques mois à Budapest, où les enfants se font aussi rares que les trèfles à 4 feuilles dans le désert de Gobi, c'était plutôt rafraîchissant !

 

En sortant, nous constatâmes que le vent était toujours aussi froid. Aussi ne nous fîmes-nous pas prier pour entrer dans un petit musée (incroyable, le nombre de petits musées qu'il y a en Hongrie !) abritant les oeuvres de Kovács Margit. Comment définir ce qu'elle fait ? de la poterie ? de la sculpture ? de la céramique ? un peu tout cela à la fois, avec un résultat souvent très "parlant" :

 

vous aurez reconnu, bien sûr, la danse de Salomé devant Hérode : 69, année érotique ?

 

Les oeuvres de cette gentille dame au visage toujours souriant (c'est du moins ce que montrent les photos) sont également exposées dans un musée de Szentendre, petite ville "artistique" au nord de Budapest, régulièrement inscrite au programme des circuits proposés aux touristes. Mais Győr peut s'enorgueillir d'être sa ville natale, ce qui n'est pas rien ...

 

Il faisait bon dans le musée, il y faisait même chaud, mais on ne pouvait pas y rester éternellement non plus, n'est-ce pas ? Alors nous avons repris notre bâton de touriste, et nous avons continué notre route vers le fleuve. Au moment de traverser le pont sur la Rába, passage obligé pour rejoindre le Danube, le vent soufflait si fort que nous avons renoncé à poursuivre et que nous avons préféré marcher un peu le long de la petite rivière avant qu'elle ne rejoigne le grand fleuve. Bien nous en a pris car nous étions plus ou moins à l'abri et que l'endroit était d'une paix toute dominicale ...

 

Etrange statue, probablement "szocreál", mais dont le symbolisme (cheval/sirène/femme ou déesse portant une torche) nous échappe totalement ...

 

Enfin, le vent tomba un peu et le soleil perça à travers les nuages ... Rassérénés, nous reprîmes notre route, glanant les images de beauté

 

parfois presque comiques ...

 

parfois presque inquiétantes ...

 

Enfin, j'eus le plaisir d'apprendre que la synagogue de Győr était toujours une "vraie" synagogue, avec culte, fidèles, et tout ! En effet, j'en avais déjà vu quelques-unes, des synagogues, mais dans le meilleur des cas elles avaient été transformées en musée, ou en bibliothèque, comme à Baja. Dans le pire, elles tombaient en ruines, comme dans cette petite ville de Slovaquie ou bien elles avaient tout bonnement disparu, comme à Sopron ...

Celle de Győr était là, et bien là :

 

mazette, le gros gâteau à la crème que voilà, avec sa belle étoile de David toute dorée !

 

Je ne sais pas pourquoi, peut-être à cause de l'antisémitisme rampant dans lequel mon enfance prolétarienne a baigné, j'ai toujours eu une attirance pour les Juifs, la culture, l'humour, la danse juifs, j'ai toujours été fasciné par la somme de souffrances que ce peuple a accumulées et, malgré le comportement actuel de certains, cet intérêt et cet attrait ne se sont pas encore démentis. J'étais donc tout content d'entrer, pour la première fois de ma vie, dans une "vraie" synagogue, avec des "vrais" Juifs et tout ! Il nous a d'abord fallu faire tout le tour de ce gros bâtiment pour trouver l'entrée, qui était presque dissimulée. Et là, surprise, on apprit que se tenait une fête juive, le Pourhim, ce qui expliquait le grand nombre d'allées et venues devant la porte ! On était prêts à repartir mais une petite dame boulotte et excitée nous assura que non, il n'y avait pas de problème, on pouvait visiter l'exposition quand même. Car j'ai oublié de vous dire : la synagogue abritait également une grande exposition d'artistes hongrois du XXème siècle, en fait la collection de Vasilescu, avec quelques oeuvres qui se révélèrent vraiment intéressantes.

Comme d'habitude, on demanda à la petite dame si on pouvait prendre des photos du bâtiment, à l'exclusion des oeuvres d'art et comme souvent on nous répondit que oui, moyennant un supplément. Des fois on est d'accord, comme au musée de Margit Kovács par exemple, et des fois non. Là ce fut non, mais ne me demandez pas pourquoi !Comme vous le voyez, au rez-de-chaussée se déroulait la fête, avec un orchestre, des chanteurs et un public, et tout autour, sur les 3 niveaux, étaient exposées les oeuvres de la collection, et ça en faisait vraiment beaucoup. Tout en passant d'une oeuvre à l'autre, on écoutait le discours qui se tenait en bas, devant l'assemblée. Et là Ma Douce comprit (et me traduisit) qu'en fait le statut de la synagogue de Győr était un peu plus compliqué que cela : le bâtiment appartient à la ville, qui l'a fait rénover, et est en quelque sorte prêté à une association juive qui peut ainsi y tenir certaines réunions et fêtes. Cependant il n'est pas consacré et ne peut donc abriter des prières. Encore raté donc pour voir une "vraie" synagogue !

Mais puisque vous aviez refusé de payer, comment se fait-il que vous ayez pris cette photo, me direz-vous ? Avez-vous truandé la synagogue de Győr, par exemple ? Que nenni ! Je vous explique : la petite boulotte du début, suant et soufflant, nous suivait partout en prenant grand soin de chuchoter, because la fête. Nous réussîmes à lui extorquer la permission de prendre gratuitement UNE photo, une seule, mais on la rata. Comme elle était partie, toujours aussi affairée, je ne pus résister au plaisir d'en prendre une autre, juste UNE ... Nous retrouvâmes notre guide grassouillet dans l'escalier où je ne tardai pas à lui avouer ma "faute", espérant déclencher tout au plus un sourire. Grave erreur ! La petite dame se mit à rouler des yeux d'un air exaspéré, à se tordre les mains d'un air désespéré ... Avant qu'elle ne se mette à maudire mes descendants jusqu'à la 7ème génération, et parce qu'elle me portait vraiment sur les nerfs, je lui tendis rageusement un billet de 500 forints, montant de la surprime pour photos ... D'où les quelques images (la plupart floues d'ailleurs ...) que nous avons pu conserver.

 

Voilà, ce furent quelques heures à Győr ...

Szia !
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22 avril 2009 3 22 /04 /avril /2009 15:21
Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais c'est de plus en plus difficile d'écrire sur ce blog ... Ce n'est pas que ça me passionne moins, la preuve, une des premières choses que je fais CHAQUE matin, c'est regarder le nombre de visiteurs venus la veille, et leur provenance (merci aux "fidèles", ils/elles se reconnaîtront !) et le nombre de pages lues, et lesquelles, et je surveille ce satané "Blog Rank", dont je n'ai toujours pas compris la logique ...
Alors ? La première raison, c'est que ça prend du temps, BEAUCOUP de temps, et du temps compact, si je peux dire, c'est-à-dire la possibilité d'y consacrer 2 à 3 heures d'affilée. Rajouter un petit bout par ci par là, quand on a le temps, j'ai essayé, ça ne marche pas trop. Du coup, j'ai toujours 8 articles inachevés ! Sans compter celui-ci ...
Mais peut-on pour autant parler de lassitude, voire de découragement ? Franchement je ne sais pas ce que c'est qu'un blog "qui marche", et ce que cela veut dire en termes de visiteurs. Les chiffres du mien sont en progrès chaque mois (merci encore !) et je n'ai jamais visé le millier (et encore moins "le million !"), s'il faut pour cela verser dans la facilité et la vulgarité, merci bien. J'ai donc essayé, autant que possible de faire un blog intelligent, c'est-à-dire qui ne prenne pas les autres pour des andouilles. Tiens, ça pourrait être une bonne définition de l'intelligence : "Être intelligent, c'est s'efforcer de ne pas prendre les autres pour des imbéciles". Qu'est-ce que vous en dites ?
Bref, je ne vais pas vous ennuyer plus longtemps avec mes états d'âme d'auteur ... Et, une fois de plus, je vous emmène ailleurs ...

Suite à la découverte dans le magazine Exit d'un article qui attira mon regard, j'ai dit à Ma Douce : " Et si on allait à Dunaújváros ?" Peut-être l'avez-vous déjà remarqué mais mon intérêt est grand pour la "vraie" période communiste, celle où les grands idéaux se traduisaient en tableaux, sculptures, architecture, etc ... Or, la ville de Dunaújváros a été construite de toutes pièces à partir du 2 mai 1950 et s'est même appelée "Sztálinváros" de1951 à 1961 ... vous voyez où je veux en venir ... On ne peut pas dire que Ma Douce était enchantée ... Pour elle, comme pour beaucoup de Hongrois, tout ce qui rappelle le communisme de près ou de loin ... Alors, Dunaújváros, vous pensez bien ! Mais après avoir vu les photos, elle se laissa convaincre, tout en prenant soin de réserver une chambre dans une "tanya" pour le soir, et de prévoir le dimanche à Kecskemét !
Dunaújváros, c'est donc une ville (mot à mot, le nom signifie : Ville neuve du Danube) et un complexe sidérurgique, répondant au doux nom de Dunaferr. Les deux vont ensemble : on a construit une ville de 25 000 habitant-e-s parce que l'usine avait besoin de 25 000 ouvrier-e-s, un point c'est tout ! Ceci dit, on est au début des années cinquante, et on a encore le gout du détail :

une entrée d'immeuble comme il y en a tant d'autres ...

On s'est longuement baladés parmi les immeubles, agréablement surpris par tout ce vert : arbres, pelouses, parcs, et puis, bien sûr, une statue de temps à autre :

On a compris au bout d'un moment qu'il n'y avait pas de centre à Dunaújváros, non plus que de maison particulière. Comme il n'y a pas non plus d'indication susceptible d'aider un quelconque touriste (dont on se demande probablement ce qu'il pourrait venir faire ici), on a suivi notre inspiration pour aboutir enfin au théâtre municipal.

Le monsieur que vous voyez à gauche de l'entrée, c'est le gardien, qui portait un blouson avec quelque chose comme "Top Cop" dans le dos. En fait, il était très gentil. Il nous a laissés entrer dans le théâtre (on a même pu voir la salle et la scène où un spectacle se préparait), il nous a mis de la lumière pour qu'on puisse prendre des photos, il nous a donné quelques explications, et même un plan de la ville. C'est ainsi qu'on a appris qu'on était dans la partie de la ville qui avait été construite en premier, probablement pour l'édification des masses laborieuses.

on voit bien qu'il n'y a pas encore grand-chose autour du théâtre !

Et à l'intérieur, cela faisait furieusement penser quelquefois à de "beaux" bâtiments bien bourgeois de Budapest :

Et si on s'approchait un peu de ce trou dans le plafond, juste au-dessus de l'étoile rouge, pour voir, mmmh ?

Alors, ça ne vous rappelle rien ? souvenez-vous, le Musée des Arts Appliqués, à la fin de l"article "Grands travaux dans le 8ème ..." Non ? Eh bien figurez-vous que vous voyez ici, raconté "en vitrail", le récit légendaire des aventures de
János Vitéz, héros d'un conte rimé de ... Petőfi Sándor ! Vachement édifiant pour les masses populaires : János ( à peu près à 8 heures sur le cadran ) est un petit berger qui joue du pipeau parce qu'ils s'aiment avec sa copine du village. Celle-ci, employée par une méchante femme, travaille dur. Vous la voyez laver du linge qui n'est pas à elle. De son côté János gémit sous le joug d'un méchant patron, une espèce de koulak. Vous pouvez le reconnaître à son bonnet rouge et à son gros bâton. Alors János en a marre, et il part se faire hussard. Du coup il a un bel habit rouge, mais d'un rouge encore plus rouge que le bonnet du koulak ! Un jour il rencontre la fille du roi de France, celle qui se la pète un peu avec son habit à fleurs de lys. Elle tombe raide dingue amoureuse de János, forcément, mais lui, pffuit, il ne s'arrête pas à ça, d'autant qu'il y a sa belle Hongroise qui attend patiemment au village qu'il vienne la délivrer, et qu'il doit vivre avant ça des tas d'activités fantastiques : chevaucher un oiseau merveilleux, comme Sindbad ou Nils Holgersson, ou se battre avec des monstres, comme Hercule ou Harry Potter. Mais sa fiancée, victime de ses mauvais traitements, se meurt et ça y est, elle est morte, alors. Heureusement János entend parler d'une fleur miraculeuse gardée par un dragon tout vert. János le zigouille, il n'a pas le choix, et il court vite porter la fleur sur la tombe de sa belle qui ressuscite et lui fait de beaux enfants.
Chais pas ... la fin, avec la fleur miraculeuse, ça ne fait pas trop socialiste (et encore moins réaliste !) quand même. A mon avis ils avaient dû réécrire la fin ...
En ressortant du théâtre sur la place, "l'agora" pourrait-on presque dire, on ne pouvait pas le rater :


A l'origine, c'était un grand magasin d'Etat, dans lequel on pouvait trouver à peu près de tout, sauf de l'alimentation. L'entrée située à gauche était celle d'un restaurant, d'Etat lui aussi. Plus de cinquante ans après, le bâtiment a gardé ces 2 mêmes fonctions : au rez-de-chaussée, on voit les vitrines d'un magasin de meubles et à gauche la pastille Coca Cola signale l'entrée du bistrot.
le même au début des années cinquante : "Béke étterem" signifie "Auberge de la Paix"

Les mosaiques qui s'étendent entre les deux rangées d'ouvertures de la façade plus visibles sur la photo du haut) sont superbes, je vous les recopie ci-dessous dans leur ordre de la
droite vers la gauche :
Songez que chaque mosaïque mesure au moins 4 mètres de long sur 1m5 de haut, ce qui représente un total d'au moins 30 m² de tout petits carreaux ! Ce qui est frappant dans cette représentation d'une société idéalement égalitaire, c'est qu'il y en a toujours un qui a l'air de mieux savoir que les autres, un "guide" qui leur explique comment faire. Probablement des porte-parole du grand Joseph himself ?
Remarquez, sur l'avant-dernière image, en haut à gauche, le château d'eau frappé de l'étoile rouge. On l'a retrouvé quelques années plus tard, débarrassé de son étoile :

Après, on voulait quand même voir "en vrai" la statue dont la photo dans le magazine nous avait amenés jusqu'ici. On s'est donc dirigés vers le Danube. Et là on a découvert que la ville était posée sur un plateau surplombant le fleuve, et que c'était bien joli.
Il y avait là, dans le soir qui tombait, toute une promenade avec des gens, des chiens, des ados, des couples, quelques enfants et beaucoup, beaucoup de statues, en particulier dans le grand parc qui descendait vers l'eau par paliers. On a enfin trouvé celle qu'on cherchait :


Est-ce que vous avez déjà vu des femmes moins "sexy" ? Vous avez vu leurs corps ? On dirait des troncs de platanes, ou quelque chose comme ça ! C'est curieux, quand même, cet acharnement au cadrage horizontal ... J'ai déjà vu une technique similaire sur une sculpture "oubliée" à Tapolca, une petite ville pas loin du Balaton. Et vous avez vu les hommes, avec leurs petits chapeaux ronds ? Ils ne vous rappellent rien ? Plus à l'Est, et même carrément à l'extrême-orient ? une guerre de libération qui faisait rage contre l'impérialisme colonial ? Du coup, on a cherché une date, un nom (on cherchait plus ou moins celui de Farkas, dont on a vu une rétrospective il y a quelques semaines : Ho Chi Minh en personne lui avait exprimé ses remerciements !) , mais rien ... encore un Glorieux Anonyme au service du Peuple !

Le soir tombait, je crois vous l'avoir déjà dit, et on voulait, si possible, arriver à la tanya avant la nuit. Mais il nous restait encore à voir Dunaferr au sud de la ville. Les cheminées, on les voit bien de certains endroits de la ville, et l'odeur on la sent bien partout ! D'ailleurs, il m'est aussi arrivé de travailler dans une fonderie et je peux vous affirmer qu'on ne traite pas que du métal, à Dunaferr ! Probablement y a-t-il aussi une raffinerie de pétrole, et une usine chimique qui sent l'oeuf pourri ! Mais, comme on l'a vu : sans usine pas de ville, et vice-versa !
On a garé la petite voiture rouge sur un parking immense, qui devait être plutôt fait pour des bus que pour des véhicules particuliers ! On s'est approchés de l'entrée et là, il faut bien dire qu'une fois de plus je suis resté bouche bée !

"Dunai Vasmű", ça veut dire fonderie du Danube

au moment de l'inauguration : cherchez la différence !

Mais bon, même le sublime lasse, au bout d'un moment, n'est-ce pas ? Alors, comme le soir ..., on a décidé de quitter les splendeurs de Dunaújváros. Avant de remonter en voiture, Ma Douce me demanda de pouvoir s'isoler quelques minutes dans un bois qui bordait l'usine et effectivement elle réapparut au bout de ce temps en me faisant signe de la suivre, d'un air amusé et mystérieux. Et il y avait de quoi ! Parsemant le bois, le long de sentiers bordés de réverbères globuleux, étaient posés des bouts d'usine, comme autant de grosses sculptures post-modernes :
Il y en avait un peu partout, aussi loin qu'on pouvait voir, mais comme le soir ... on ne s'est pas trop aventurés dans le bois, où il faisait de plus en plus sombre ... Il n'empêche : cette usine que certains disent en pleine déconfiture, même à l'agonie, même à son dernier souffle, elle se soucie encore de produire de l'Art, et avec ses tripes, avec ses propres entrailles !!! Qu'est-ce que vous voulez, les bras m'en tombent ...

NB . les images en noir et blanc viennent du site http://sztalinvaros.uw.hu qui en contient beaucoup d'autres.

Sziasztok !
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5 avril 2009 7 05 /04 /avril /2009 16:01
Sziasztok !

En ce moment je lis deux livres : le premier, d'István Bibó, s'intitule "Misère des petits Etats d'Europe de l'Est", paru chez L'Harmattan en 1986. C'est un gros livre de plus de 400 pages rassemblant plusieurs essais. "Les raisons et l'histoire de l'hystérie allemande" a été écrit en 1942, et je ne l'ai pas encore lu. Le second, datant de 1946, donne son titre au livre : il est très éclairant sur la question des litiges territoriaux et sur ce que Bibó appelle "l'irrédentisme" et le "nationalisme linguistique", notions qui sont encore vivaces aujourd'hui, comme en témoignent nombre de discours de droite et d'extrême droite. Le suivant m'a particulièrement intéressé, il s'agit de "La question juive en Hongrie après 1944" écrit en 1948, et Bibó n'y est pas vraiment tendre, ni avec lui ni avec ses compatriotes ! Je n'ai pas encore lu non plus le dernier, "La déformation du caractère hongrois et les impasses de l'histoire de la Hongrie", écrit en 1948 également. Mais rien que le titre me met l'eau aux neurones !!!
Mais j'en vois qui s'impatientent déjà : et le poème coquin, alors ? C'est pour ça qu'on est venu-e-s ! J'y arrive, car c'est le deuxième livre que je suis en train de lire, pour alléger de temps à autre le poids des mots de Bibó. Il s'agit d'une magnifique "Anthologie de la Poésie hongroise", que les Editions du Seuil ont fait paraître en 1962 et que Ma Douce m'a offerte pour mon dernier anniversaire. La préface, écrite par László Szabó, est vraiment passionnante : plusieurs siècles de poésie et de poètes y sont passés en revue en l'espace de 20 pages, avec des aperçus sur l'histoire hongroise qui me font réaliser à quel point j'en sais encore peu sur l'histoire de ce peuple, si riche, et si tourmentée.
MAIS LE POÈME COQUIN ???
Ok, ok, le voilà :

LE VOILE

Ma mie se déshabille
Elle s'apprête au bain.
Muse, vois sous la charmille
Le bijou sortir de l'écrin.
Quoi ! la perfide dissimule
A mes yeux son plus cher trésor !
Un mince tulle 1
Me cache l'objet que j'adore !
Croirait-on pas l'astre du jour
Quand d'un sombre nuage il surgit brusquement ?
Et le voile éthéré 2 dont alors il s'entoure
Le fait aimer plus tendrement.
Tels sont les charmes de ma belle.
Ses tristes atours 3 sont jetés
Et voilà qu'elle étincelle
Dans tout l'éclat de sa beauté.
De rayons qui surgissent
D'un cercle de lumière,
Ses charmes resplendissent,
Majestueux et clairs.

Ombre douce, nuage soyeux et rebelle,
Ne dissimule plus le soleil que j'adore,
Bien que dans l'Orient t'ait tissé la plus belle,
Si savamment, à si grand prix 4, de ses doigts d'or.

Notes : 1) sorte de petite culotte
             2) toujours la petite culotte !
             3) autres fringues, moches apparemment
             4) le poète, mesquin, ne peut s'empêcher de rappeler, au dernier vers, qu'elle lui a quand même coûté bonbon, cette
             petite culotte ...

Ce poème si coquin, traduit par Lucien Feuillade, a été écrit par Mihály Csokonai aux alentours de 1800.
Euh ... pas trop déçu-e-s, j'espère ?

Sziasztok !
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