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25 mars 2009 3 25 /03 /mars /2009 11:00

 

Hongrie Protestation antigouvernementaleUne manifestation antigouvernementale de plusieurs milliers de personnes s'est terminée par quelque 35 arrestations, dimanche 15 mars, à Budapest. Parmi les personnes interpellées figure [sic] György Budaházy et Laszló Torockai, chefs de groupes d'extrême droite. -(AP.)

Voilà les quelques lignes qu'on pouvait lire en page 10 (section Europe) du journal "Le Monde" du 17 mars 2009, un (tout) petit article placé entre deux autres :
- au-dessus : Autriche L'extrême droite enlève la mairie de Klagenfurt
- en-dessous : Slovaquie Manifestation de l'extrême droite
Autrement dit, et  si vous n'avez pas encore compris : les néo-nazis se (re)massent à vos portes, et attendez-vous pour bientôt à leur déferlement ! Attila : le retour !!!

Mais trêve de plaisanteries ... Ce que le très-sérieux et très-national "Le Monde" oublie de préciser, c'est que ce 15 mars, présenté de façon aussi anodine, est tout simplement la date de la fête nationale hongroise !!! Incroyable, non ? En effet c'est le 15 mars 1848 que la Révolution hongroise contre la domination autrichienne a éclaté, menée par un groupe d'intellectuels dans lequel figurait ... Petőfi. Même que le président Obama himself s'est fendu d'un message de félicitations, rendant hommage au combat du peuple hongrois pour la liberté et la démocratie ! Je ne sais pas ce qu'il a, Obama, avec la Hongrie ... déjà, l'autre jour ...

 

 

 

Fête nationale donc ! et en effet nous eûmes d'abord droit à des réjouissances populaires ...                                                                                                      
Bon ... c'est pas le débordement non plus, hein, faut pas croire ! D'abord il y a assez peu de monde. C'est vrai qu'il pleut (comme le 15 mars 1848, et ça semble plutôt être bon signe, vu qu'on m'a raconté l'histoire 3 fois de suite !) et qu'il fait froid, mais ceci n'est certainement pas suffisant pour décourager un-e Hongrois-e de bonne souche ...
Ensuite, comme le spectacle se déroule sur les marches du Musée National (un grand bravo pour les danseuses et les danseurs !), et qu'une grille clôt le parc dudit Musée, les spectateurs sont coupés en deux parts :Enfin, et c'est le plus important, il fallait quand même y pénétrer, dans cet espace "public". C'est drôle, hein, quand on pense "espace public", on pense liberté de circulation, en respectant certaines règles bien sûr, et en plus liberté d'y entrer et d'en sortir, de cet espace, à sa convenance. Quoi ? De quel droit est-ce qu'on m'interdirait de me réunir avec mes semblables, si nous ne sommes pas évidemment animés de mauvaises intentions ? Surtout si un spectacle "public" est donné un peu plus loin, sur les marches du Musée National ...
Ben oui ... c'est par là qu'il fallait passer pour aller au spectacle, et ce que vous voyez à peu près au centre de l'image, juste derrière la fliquette (?) avec une queue de cheval, c'est un portique, du genre de ceux qu'on voit dans les aéroports. Autres détails amusants :
- à droite du portail, posées par terre, un tas de bouteilles en plastique confisquées avant de laisser entrer
- derrière les barrières, quelques drapeaux nationalistes, il y avait là quelques dizaines de personnes qui essayaient, mais vainement, de s'échauffer
- au premier plan à gauche, le petit garçon porte un chapeau de hussard en carton mince, comme on en verra d'autres plus loin ...

Je vais en profiter pour dire quelques mots de "l'extrême droite en Hongrie". Voilà sept mois que je suis ici, et même si je ne lis pas les journaux, si je comprends très peu la télé, j'essaie de me tenir informé sur un sujet auquel je suis particulièrement sensible ...
La Garde Nationale, tout d'abord, dont vous avez peut-être aperçu les crânes rasés. C'est un groupe ultranationaliste et clairement paramilitaire, même dans ses objectifs. Ils considèrent qu'actuellement la Hongrie n'est pas en état de se défendre (mais contre qui ?), et qu'elle a besoin d'un "bras armé", qu'ils s'efforcent d'incarner. Bien sûr, ils rêvent très fort de la "Grande Hongrie", celle d'avant le traité de Trianon. Et des fois, quand on pense à l'éclatement des nations et des peuples dans ce territoire d'Europe Centrale, on se dit que la frontière pourrait s'avérer bien mince entre "se défendre" et "attaquer" ! Ils ont fait leur parade sur Hősök tere, la place des Héros ..., bien encadrés de barrières métalliques et d'uniformes bleus ...
Ensuite, il y a le mouvement "Jobbik", ce qui veut dire "ceux de droite" et aussi, en même temps, "ceux qui sont meilleurs" : habile jeu de mots, n'est-il pas ? Leur composition, de même que leur "politique" (qui consiste la plupart du temps à combattre "l'ennemi" : ce peut être par moments le Juif (d'ailleurs quelques policiers montaient la garde devant la grande synagogue, à côté de Deák tér, où barrières et voitures de police encadraient un quadrilatère où les gens de Jobbik étaient censés s'exprimer), le Tsigane, bien sûr, mais surtout surtout "le" communiste) me paraissent assez troubles. Sont-ils en dehors du "jeu politique" ? y participent-ils ? Leur rapport avec le FIDESZ, le grand groupe de droite, semble assez ... élastique. Parfois le Fidesz emprunte leurs thèmes et leurs discours, parfois c'est le "Jobbik" qui se rapproche d'une certaine "légalité" ...
Voilà ce que j'ai compris du sujet. J'ajouterai pour finir qu'il y a probablement une certaine frange de "gens de droite" (et peut-être aussi "de gauche" ?) qui sont plutôt perdus et désabusés par rapport aux grands partis traditionnels (le FIDESZ, à droite, et le MSZP, à gauche) : pourraient-ils l'être assez pour céder aux sirènes extrémistes ? Franchement, je n'y crois pas.

Les gens d'ici me paraissent, avant tout, sérieux :


et peu susceptibles de se laisser "embarquer" par le premier excité venu ! Alors, pourquoi toute cette sécurité ? Pourquoi toutes ces précautions ? et des portiques destinés à détecter quoi ? des armes ? Il y avait 30 000 ou 40 000 policiers, soldats, vigiles déployés dans la ville ce jour-là ! Et je ne sais pas si quelqu'un a eu l'idée de compter le nombre de barrières métalliques : il devait y en avoir quelques kilomètres ! Comme cela s'est passé en France il n'y a pas si longtemps, je pense qu'il y a une sorte d'instrumentalisation de l'extrême droite de la part des "gros" partis, qui trouvent là un dérivatif facile aux véritables problèmes. Sans compter que cela permet aussi de prendre quelques précautions ...

au fond, après les dernières barrières, c'est le Danube, et de l'autre côté c'est Buda ...
 
Quand le spectacle du Musée National a été terminé, il pleuvait toujours et on s'est tranquillement dirigés vers l'endroit où, d'après le programme, le maire de Budapest devait prononcer un discours. Et la photo du dessus montre ce qu'on a trouvé en arrivant après être passé par un contrôle où il fallait ouvrir sacs et blousons ...


et on a eu beau s'approcher au plus près, on était encore à deux cents mètres de l'estrade où devait se tenir le discours ! Remarquez, là, il y avait une raison : l'an dernier, pour la même occasion, le maire s'était fait "décorer" de toute une flopée d'œufs plus ou moins frais ! mais c'étaient des œufs, bon sang, pas des kalachnikovs ! Remarquez aussi, sur la photo, que ce sont des employés d'une agence de sécurité privée qui sont chargés du contrôle du public. Les forces publiques semblaient plutôt réservées à une intervention éventuelle ; on a croisé des types harnachés comme des joueurs de hockey, il ne leur manquait plus que les patins ! N'empêche ... j'avais déjà constaté ça le 23 octobre (autre fête nationale qui commémore le début de la révolution contre les Soviétiques en 56 : la place du Parlement où les cérémonies avaient lieu était complètement barricadée et ... déserte), il y a un fossé physique et une fracture morale indéniables entre les "politiciens" et la population hongroise. Le soir, j'ai vu le discours du maire à la télé : il faisait comme s'il y avait des gens qui l'écoutaient ...

Mais comme tout cela n'était pas franchement gai, nous avons pris le chemin du retour. Dans un passage souterrain du métro, on a écouté un moment un petit orchestre de djeunes qui chantaient :
 
On n'est pas là pour se faire engueuler
on est venus pour voir le défilé
On n'est pas là pour se faire piétiner
on est venus pour voir le défilé
si tout le monde était resté chez soi
ça ferait du tort à la République
Laissez-nous donc qu'on le regaarde
sinon plus tard quand Gyurcsány reviendra
ma parole, nous on reviendra pas !

Szia !
 

 

 

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16 mars 2009 1 16 /03 /mars /2009 14:01
Sziasztok !

Ce jour-là, comme j'en avais un peu assez du Master et qu'il faisait beau, j'ai pris mon appareil et je suis sorti. J'avais plutôt envie de marcher que d'aller loin, alors je me suis dit : "Pourquoi pas Margit körút ?"
A Margit körút, il n'y a rien "à voir" ... mais tout à regarder ! L'espace public de la rue, où l'on "montre" les choses, en particulier dans les vitrines, m'a semblé très intéressant ...

Il est vrai que quelquefois on hésite entre montrer et dissimuler :Il existe un grand nombre de ces endroits à demi enfouis à Budapest, qui peuvent servir à : une boutique, un restaurant, un bar (les fameux "söröző" !) ou encore, comme ici, à une salle de musculation. Ils font partie de tous ces lieux de vie souterrains comme il y en a tant : passages, stations, escaliers, places, habitants... L'autre fois, je suis sorti du métro à Nyugati pályaudvar par le mauvais chemin, et je me suis aperçu des dimensions de l'endroit : gigantesque ! Il y aurait facilement de quoi faire tout un article !

Une autre constante de la rue Budapestoise et pas des plus plaisantes, hélas ! Certaines façades comme celle-ci sont entièrement recouvertes de ce qu'on peine à appeler des "tags". C'est plutôt un amoncellement de signatures sans grande recherche ni originalité. Pourtant (on est toujours surpris à Budapest, souvenez-vous en !) si je m'approche du grand machin blanc au-dessus, je lis ça :

ce qui signifie :
- à gauche : en haut "Vörös csillag", ce qui veut dire "étoile rouge", "Kapitalizmus" , "Kannibalismus", ce qui se passe de traduction ;
- au centre : en haut, une faucille et un marteau puis une suite de dates assez incompréhensibles : 1241 (invasion mongole de la Hongrie), 1526 (la bataille perdue de Mohács), 1944 (occupation nazie), 1956 (échec de la Révolution), 1989 (l'année du Changement, mais que fait-elle là ?)
- à droite : en haut "Bitangok 89-ért fizetni fogtok", soit "Vous allez payer pour ce que vous avez fait en 89", en bas "Fletó, te varangy !" Fletó, c'est le surnom pas très affectueux donné au P.M., et "varangy" ça veut dire "crapaud" ...
- tout à fait à droite : "éljen Lenin", à votre avis "éljen", ça signifie "vive" ou "à bas" ?

ça laisse songeur, non ?

Arrivé dans Margit körút, j'avisai ma première vitrine :


C'était une petite boutique sans prétention, dans laquelle une dame faisait du rangement. Je lui demandai si je pouvais photographier sa vitrine, ce qu'elle répercuta auprès de son mari qui faisait les cent pas sur le trottoir, accroché à son portable. Sa communication terminée, celui-ci éprouva le besoin de faire un peu la conversation... en italien, me montra qu'il connaissait Grenoble en faisant mine de skier, puis me laissa photographier sa vitrine en se demandant ce que je pouvais lui trouver.  Eh bien moi je lui trouve au moins 4 caractéristiques, à cette vitrine : 1) les produits "cheap" 2) leur accumulation 3) leur rangement en couches horizontales parallèles au sol 4) la mention "Akció" qui équivaut à nos promotions, et qu'on voit fleurir toute l'année !

Un peu plus loin une petite boutique d'encadreur retint (évidemment) mon attention ...

à noter, le jeu amusant avec le reflet ...

Outre qu'elle permettait un jeu amusant avec le reflet, on y retrouvait peu ou prou les éléments déjà mentionnés, hormis que là il n'y avait pas d'Akció ... Cette fois je ne demandai pas la permission mais je me mis bien en évidence et pris mon temps pour prendre quelques photos, au cas où. Mais personne ne sortit pour me demander ce que je faisais, et au nom de quoi ...

Ah, voilà ce qui ressemble fort à une institution hongroise ...


Songez qu'il y a plus de 10 lotos différents en Hongrie ! J'ai assisté samedi dernier au tirage télévisé du plus classique, pour lequel il faut trouver 5 bons chiffres sur 90 : une gageure ! Ce n'était pas tellement différent de chez nous, avec musique dramatique et paillettes, voix définitive et sépulcrale de celui qui annonce les numéros de la chance ... Une particularité tout de même : il y avait une fille qui était là, juste pour pouvoir dire après que oui, tout s'était bien passé comme il fallait ! Donc ... apparemment ... les Hongrois jouent beaucoup ... mmmh ... mais est-ce qu'ils jouent pour jouer ou pour gagner de l'argent, parce que la vie est dure ? j'ai vu à Pest un bon nombre de "casinos" ... peut-être aussi qu'ils jouent "sérieusement", comme tout ce qu'ils font ...

Un autre leitmotiv de la rue budapestoise : ces annonces "Eladó" (à vendre) et "Kiadó" (à louer), complétées par un numéro de portable. On en voit un peu partout, sur des immeubles tout neufs, sur des grandes maisons restaurées, sur des palissades de chantiers ... Je ne sais pas : est-ce que c'est le marché immobilier qui est particulièrement dynamique ? est-ce que c'est plutôt le signe d'une décadence , d'un "quittage de navire", généralisés ? Ce que je sais, c'est que les appartements sont chers, que ce soit à la vente ou à la location. Pensez qu'il faut compter au moins 80 000 forints de loyer mensuel pour quelque chose de juste correct, alors que le salaire moyen se situe aux alentours de 120 000 ! Il y a comme un malaise, non ?



Et ça, y croyez-vous ?

C'est en fait une boutique où on lave le linge, une espèce de pressing ! En effet, "Ruha", ça signifie vêtement et "Tisztítás", "nettoyage", mais bon, apparemment on y vend des choses aussi, sûrement pour mettre un peu de paprika dans le goulash ! ... ça me rappelle la première fois où je suis allé en Angleterre pour voir ma petite soeur qui vit là-bas. J'avais beau regarder les vitrines de tous mes yeux, je n'arrivais jamais à savoir de quoi il retournait !

En arrivant presque au bord du Danube, là où le "boulevard Marguerite" fait un coude vers l'est, se trouve le cinéma "Bem", d'art et essai :


Il y a encore pas mal de cinémas à Budapest, dont certains sont beaucoup plus luxueux, le "Puskin" par exemple ! Mais j'aime bien le Bem, qui ne paie pas de mine, où les gens sont sympas, et qui fait tous ses efforts pour présenter des programmes de qualité. On y est allés plusieurs fois, en particulier pour voir "La Môme" (hé oui ! bon nombre de films français sortent ici, même avec un peu de retard) et aussi "Delta", le film hongrois qui a remporté une distinction au dernier festival de Cannes, un film très dur et très beau tourné dans le delta du Danube (donc en Roumanie) et qui dénonce le rejet de la différence.

Un peu plus loin, une vitrine comme on n'en voit presque plus en France :

avec son bonhomme d'automate qui cloue des souliers à longueur de journée ... je ne sais pas exactement quoi, mais ça me rappelle un truc de mon enfance, sur le chemin qui menait chez ma grand-mère, je crois ...

Puisque j'étais arrivé au pont Marguerite (Margit híd), enjambant le Danube en traversant l'île Marguerite (Margit sziget), il ne me restait plus qu'à faire demi-tour sur le boulevard ... Marguerite (Margit körút, donc).
Une grande boutique de mode féminine attira mon regard :


Evidemment, vu comme ça, avec le tag et tout, ça n'est pas très brillant ... Je tiens quand même à dire que nombre de femmes hongroises, malgré la cherté de la vie, arrivent à s'habiller avec élégance et quelquefois avec recherche. D'ailleurs on voit beaucoup de jolies femmes dans les rues ; en revanche, cela ne m'étonnerait pas que ceux qui, trompés par je ne sais quelle réputation des "filles de l'Est", viendraient faire ici du "tourisme sexuel" ne repartent assez vite, la queue entre les jambes ! C'est que ces filles de l'Est, habituées dès leur naissance à être traitées sur un pied d'égalité avec les garçons, ne sont vraiment pas du genre à se laisser berner par le premier beau parleur venu ! Ce qui ne les empêche pas d'être très féminines, avec un soin tout particulier accordé à leur corps, si l'on en croit le nombre de "salons de beauté" ... sans parler des bains, évidemment !

Comme je le disais plus haut, beaucoup d'endroits souterrains à Budapest :


C'est souvent le cas, comme ici, quand il y a un grand carrefour : plutôt que de s'encombrer avec des feux pour piétons, des passages cloutés, bref, tout ce qui pourrait faire de l'ombre au règne de la sacro-sainte bagnole, on fait régulièrement passer les gens sous les avenues. C'est là que pour l'instant j'ai trouvé les plus beaux tags :


Bien entendu, vous remarquez sur le sol, à droite contre les murs, les affaires que quelqu'un a laissées. Ces passages sont une aubaine pour les SDF qui s'y font des nids. Une poignée d'entre eux s'étaient installés de la sorte dans un passage près de Déli : ils vaient mis quelques matelas sur une estrade et ça leur faisait comme une chambre à coucher, avec table de chevet et tout. De temps en temps, quand je passais par là, la femme me demandait de l'argent. Et puis on ne les a plus revus ...


La Poste, ah, la Poste ! tout un poème, la Poste !
On est obligés de toutes façons d'y aller chaque mois parce que beaucoup de factures type gaz, électricité sont à régler par mandat postal. Il faut donc aller faire la queue au guichet, en espérant avoir choisi la bonne file. En effet,  régulièrement au moins deux files se font concurrence et là aussi il y a une forme de pari à faire ! La dernière fois, j'ai eu un coup de chance inouï : au moment où j'arrivais pour me mettre tout au bout de l'unique queue existante, un autre guichet s'ouvre et voilà que la préposée me dit quelque chose en hongrois ! Je n'ai fait ni une ni deux et je suis allé me coller au guichet pour payer mes factures ! La tête de certains autres !


Ah, une vitrine de bouquiniste ! Attention, le "bouquinisme" c'est du sérieux à Budapest ! Je serais curieux de connaître le chiffre d'affaires du secteur du livre, mais vu le nombre de librairies, de neuf et/ou d'occasion, le nombre de publcités dans le métro, et le nombre de lecteurs (plus qu'à Paris, il me semble) dans le dit métro, il ne doit pas être moribond, le bougre ! Ces grandes et luxueuses boutiques d'Antikvárium sont aussi impressionnantes que des salons d'antiquaires, et je n'ai pas encore osé y entrer !


Beaucoup de fleuristes aussi, nettement plus qu'en France. Rien qu'à Déli, j'ai le choix entre 3 boutiques, sans compter les vendeuses des rues et des couloirs du métro! La première est celle où je vais le plus souvent parce que c'est là qu'il y a le plus grand choix. J'ai des rapports pas simples avec une des vendeuses : une fois, tout au début, j'ai eu le malheur de hausser les sourcils d'étonnement quand elle m'a annoncé le prix du bouquet, et depuis la pente est dure à remonter ! Enfin, il me semble que la dernière fois on s'est à peu près entendu ... La deuxième est juste à côté du tabac, à la sortie de la longue rampe qui permet de rejoindre le niveau du trottoir. C'est  une petite dame "très comme il faut" qui la tient. Mais je trouve qu'elle en fait un peu trop sur la qualité de ses fleurs, et j'ai du mal à lui faire tout à fait confiance ... La troisième ... je n'y vais jamais, parce qu'elle se trouve trop loin !


Encore une librairie, dont j'ai photographié la vitrine exprès pour vous donner un petit aperçu du hongrois.
Alors "könyv" c'est "livre", vous le retrouvez dans :
- "Mesekönyvek", sachant que le "ek" de la fin est un pluriel, ça veut dire "livres de conte"
- "Könyvesbolt" : "bolt", c'est "boutique", et "könyves" c'est une sorte d'adjectif formé sur "könyv", qu'on pourrait traduire par "ayant des livres" mais, et ceci est ultra-important, le verbe "avoir" n'existe pas en hongrois, il faudrait inventer des mots comme "livraire" ou "livrante" ...
- "Szakkönyv" (en rouge sur la porte) : tiens, là, il n'y a pas de pluriel ? "Szak", cela signifie "spécialité".
Vous voyez ! Ce n'est pas si dur, le hongrois ! C'est un peu comme un meccano, en fait ...


Et là ? Qu'est-ce qui prouve que cette image n'a pas été prise au Nouveau-Mexique ? La mention "Mini Abc", pardi ! Alors, est-ce qu'elle nous met en présence d'un nouvel avatar du magasin d'Etat déjà rencontré dans les collines de Buda ? (ndlr : tiens ! ce serait une bonne idée d'article, ça : les Abc de Buda !) Eh bien non ! En fait la "marque" Abc, même si ses magasins ont pratiquement disparu, est passé dans le langage courant comme nom commun : on dit "je vais à l'Abc" pour dire qu'on va à l'épicerie, c'est tout. (ndlr : donc l'idée d'article n'est pas si bonne ...)


Pas loin de cette débauche de Coca cola, une plaque porte encore "Mártirok útja", c'est l'ancien nom de "Margit körút" ... Le boulevard des Martyres ... du socialisme, probablement ...
Attention ! ne pas confondre "útja" ("le boulevard de", le suffixe possessif "ja" se mettant sur le possesseur "út") avec "utca", qui veut dire "rue". Ah mais ... c'est que ce n'est pas donné non plus, hein ?

Voilà ... ça c'est complètement Budapest, je trouve. A un moment, je me suis échappé du boulevard dans une ruelle de traverse, et j'ai monté quelques marches entre des maisons ... au bout d'un moment je suis arrivé dans un drôle de parc, disposé un peu comme un amphithéâtre, avec sa piste ronde dans le bas. Un bel homme aux cheveux blancs, genre "artiste", était assis sur un banc au soleil, accompagné de deux femmes et d'un chien. A mi-pente, j'ai rencontré cette statue dont le déhanchement m'a touché ...


Il faisait beau, disais-je, et l'air était pur comme pour une fin d'hiver ...


Sziasztok !

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2 mars 2009 1 02 /03 /mars /2009 11:19

Il y a une jolie croyance en Hongrie : on y dit que le 2 février tous les ours se réveillent et sortent de leurs grottes pour voir le temps qu'il fait. S'il y a du soleil, leur ombre les effraie et ils rentrent vite se coucher : l'hiver sera long. S'il ne fait pas beau, ils restent dehors en attendant des jours meilleurs : l'hiver sera bref.
 

et c'est sûr que les Busos tiennent un peu de l'ours ...
 
Mohács est une ville de 20 000 habitants, située au sud de la Hongrie, au bord du Danube. Je pense que d'ordinaire ce  doit être une petite ville assez tranquille, avec son large fleuve coulant paisiblement entre de hautes digues, ses pêcheurs du dimanche, et un temps qui n'arrive pas toujours à bien passer depuis ce jour d'août 1526 où les troupes de Soliman le Magnifique y ont défait les Hongrois de Louis II (qui périt d'ailleurs en se noyant dans les marais environnants), s'ouvrant ainsi la porte d'une occupation de 150 ans !
On parle beaucoup moins de "l'autre" bataille de Mohács, celle qui eut lieu en 1687, et qui eut le résultat exactement inverse, c'est-à-dire la défaite des Turcs.  Mais en fait ce fut davantage une bataille de libération "locale", la bataille décisive ayant eu plus tôt à Buda.

Cependant une légende rattache les Busos à cette deuxième bataille-là. On raconte qu'aux temps de l'occupation turque, les habitants de Mohács s'étaient réfugiés dans les îles du Danube et les forêts. Un jour ils virent apparaître un vieillard aux cheveux blancs qui leur dit d'une voix sépulcrale : "Il faut vous libérer de l'envahisseur ! Vêtez-vous de peaux de bêtes ! Portez des masques grimaçants ! Poussez des cris perçants ! Et vous verrez comment les Turcs vont détaler !" Et c'est ce qu'ils firent ...

 





Mais ce n'est pas tout, parce qu'on leur vola aussi des femmes, à ces infâmes ! Et c'est sans doute pourquoi de mystérieuses ottomanes figurent dans la parade des Busos :

 

 

 

Furent-elles captives ? amoureuses ? subjuguées par tant de poil ?


Les Busos existaient-ils avant 1687 ? Bien que la 1ère trace écrite qui les concerne date de 1783, c'est quand même fort probable étant donné que les Busos, qui se réunissent tous les ans à l'époque du Carnaval, sont aussi (et surtout) là pour chasser l'hiver. En fait, comme dans d'autres régions du monde, il s'agit d'un rite de fertilité destiné à favoriser le passage de l'hiver au printemps. On peut d'ailleurs remarquer quelques détails ... curieux, dans ce défilé :

Et nombre de Busos brandissent un bâton, de forme plus ou moins suggestive, avec lequel ils vont fouiller sous les jupes des femmes ! J'en ai même vu qui ont réussi à encercler une jeune dame isolée, et qui tressautaient autour d'elle en faisant sonner les cloches accrochées à leurs ceintures ! Que de confusion pour l'heureuse élue ! D'autant que cette simulation se fait en pleine  rue, au vu et au su de tout le monde !

 

 

2 Busos s'apprêtent à fondre sur leur innocente proie !

Mais je vous rassure, comme pour tous les rassemblements auxquels j'ai pu participer jusqu'ici en Hongrie, tout se passe dans la joie et la bonne humeur. Les Busos ne sont jamais agressifs, et leur comportement n'a rien de vraiment gênant, même s'il génère parfois une petite émotion, et que du rouge monte à certaines joues. Leur "folie" est admise par toutes et tous (n'oubliez pas que c'est Carnaval) et beaucoup semblent même y voir quelque chose de salutaire, de vivifiant, pour ainsi dire :




Et si on leur donne pour origine la communauté catholique Croate, aujourd'hui les Busos (plusieurs centaines au total !), et les musiciens qui les accompagnent, viennent d'un peu partout alentour : Serbie, Bosnie, Croatie, Slovénie ...

 

 

je crois que ceux-ci sont des Sokác, sans en être tout à fait certain ...

quant à ceux-là, des Serbes ? des Bosniaques ? une Trabant, en tout cas !

Il paraît même que, quelque part, il y avait 2 Busos français, d'origine hongroise et vivant à Wattreloos, la ville jumelée à Mohács ! En tout cas c'est ce qu'on a entendu dire en sortant des toilettes du Centre Culturel pour la Jeunesse ...

Et là, chère lectrice, cher lecteur, je me pose une question : ai-je le DROIT de vous imposer une photo de la queue pour aller aux toilettes du C.C.J.M. ? Une photo pas tout à fait nette, en plus, étant donné le peu de lumière ambiante (ce n'est qu'au bout d'un long moment passé dans le clair-obscur qu'une employée compatissante du C.C.J.M. consentit à abaisser deux ou trois manettes du tableau électrique, allumant ainsi une lampe sur quatre). Une photo sans autre intérêt que celui de vous faire partager un moment de vie universel, parce que quel est le pays au monde où on ne fait JAMAIS la queue pour faire pipi ?


Les spécialistes de la "proxémie" auront sûrement remarqué que dans la photo ci-dessus les gens sont assez proches les uns des autres pendant qu'ils attendent. Et en effet je crois avoir découvert quelque chose pendant cette journée à Mohács : les Hongrois ne craignent pas le contact physique, en tout cas pas autant que nous autres, les Français ! Personnellement j'ai été éduqué à m'excuser dès que je j'effleure quelqu'un et à attendre des excuses dès que quelqu'un me frôle, et vous aussi sûrement, rassurez-moi ! Dans la rue française, un parcours est une suite ininterrompue de calculs stratégiques (et finalement "instinctifs") pour ne croiser le chemin de personne. Ici, en Hongrie, ce n'est pas le cas, et je commence à me poser des questions sur les "bombes humaines" dont j'avais parlé dans un article précédent ...



20 000 habitant-e-s + 30 000 touristes : 50 000 personnes ont déambulé sur les quais, les places et dans les rues de Mohács, ce dimanche-là, et tout ça dans la bonne humeur générale, sans heurts, sans tensions et sans drames ... Pourtant il y avait du vin chaud à gogo, et de la bière et de la palinka ... En rejoignant la grand-place pour le bûcher final, on a dépassé un Buso qui n'avait pas l'air très bien, mais bon, il s'était assis dans un coin tranquille en attendant que ça passe :


Un grand tas de fagots, comme pour une sorcière, avait été dressé sur la place de la Mairie. Deux Busos y sont montés à l'aide d'une échelle plate, et ils sont restés un moment au sommet du tas en se cramponnant à une effigie de paille, qui devait représenter l'hiver


Et là, je n'ai pas tout compris parce que juste avant cela, le cercueil de l'hiver avait été confié au Danube pour qu'il l'emmène bien loin ... jusqu'en Turquie si besoin !


Le cercueil, le fleuve, le bûcher, on ne lésinait pas sur les moyens face au Bonhomme Hiver ! Ne manquait plus que la montgolfière ... Fallait-il y voir à nouveau un effet de la tendance magyare qui semble consister à empiler les choses plutôt qu'à les transformer radicalement ?
Bien loin de cette interrogation existentielle, les Busos ont mis le feu aux fagots, ce qui, comme on pouvait s'y attendre, a mis la foule en joie


et l'a rendue fort aise, parce qu'elle commençait à avoir froid !

Au terme de ce modeste exposé, j'espère que vous aurez compris que la Busojárás c'est à la fois :
- un rite païen "vieux comme le monde", et destiné à lui redonner de la verdeur !
- un rappel de la VICTOIRE de Mohács, où on les a bien eus, ces Turcs, nom d'un chien !
- une sacrée aubaine pour les tenant-e-s des toilettes du CCJM, pour lesquelles il fallait payer 100 forints par personne !
- une grande foire commerciale et touristique !
- un souvenir de la glorieuse époque des hussards !

c'est vrai que j'avais oublié de vous en parler, de ceux-là !

- un grand moment d'émotion pour les jeunes filles !

Sziasztok !
 

 

 

 

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18 février 2009 3 18 /02 /février /2009 14:42

A Moszkva tér  ...



il y a :

- beaucoup de gens, tout le temps

- les terminus des "grandes" lignes 4 et 6, qui font le tour des boulevards intérieurs (suivez un peu, enfin !)

- le terminus du tramway n°18 et celui du 41, mignons comme tout, ces deux-là. Sur chacun des deux quais, en tête de rame, un compteur lumineux égrène les secondes avant le départ

- un pont et des escaliers qui mènent à la rue Csaba, qui passe au-dessus

- quelques mendiants, quelques personnes ivres, quelques policiers

- une station de métro (l'éventail tout moche sur la photo) dont les escaliers mécaniques sont TRES lents

- des masses de pigeons

- de l'autre côté de la rue Csaba, juste au-dessus, l'ancienne poste qui a été vendue (pour en faire quoi ? un hôtel de luxe ? une résidence ? des bureaux ?) et pour l'instant inoccupée. Tout juste existe-t-il un local avec quelques photocopieuses au rez-de-chaussée ... On dirait un château de carton-pâte, un décor pour films médiévaux




- des snacks, dont un "Grec" (quoique je n'aie pas bien compris ce que cet établissement  avait à voir avec ce beau pays), sis à une des trois pointes de la place, qui me change quelquefois du "Chinois" de Déli pályaudvar

- un MacDo où je n'ai jamais mis les pieds

- une horloge sous laquelle on se donne rendez-vous




- de grosses enseignes au néon sur les toits

- de larges avenues qu'il faut vite traverser avant que le feu ne repasse au vert

- des boutiques de journaux (mais pas un seul journal français, ni même étranger je crois), des vendeuses de broderies et dentelles, des fourgueurs de portables

- une statue allégorique bizarre, dont on ne saurait dire si elle est belle ou laide




- pas mal d'accidents avec les bus.

La dernière fois c'est un chauffeur qui a eu une attaque : le bus, vide à part lui, s'est mis à zigzaguer, à emboutir des autos ... Une autre fois, des freins avaient lâché. Je crois que le parc des bus (dont le réseau est superbe !) est dans un état assez pitoyable mais ... y a pas de sous !

- à part quelques arbustes maigrichons sur certains côtés, un seul arbre sur toute la place de Moszkva tér, et c'est un ... palmier !!!


si c'en est vraiment un, on le plaint, pas vrai ?


Sziasztok !

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16 février 2009 1 16 /02 /février /2009 14:27

Si vous avez lu "Une vie de fou !", vous savez pourquoi j'ai de plus en plus de mal à trouver du temps pour écrire dans ce blog ... En particulier, la préparation du Master de Français Langue Etrangère est vraiment  de plus en plus "chronophage", comme on dit maintenant !


Mais j'ai trouvé l'occasion de "faire d'une pierre deux coups" (hé hé !) : j'avais à produire un devoir "interculturel" faisant état des stéréotypes circulant en Hongrie au sujet des Français et de la langue française ET je (un peu aidé par Ma Douce, il est vrai ...) me suis dit que cela pourrait éventuellement intéresser les lectrices/lecteurs de ce blog. Je vous en reproduis donc l'essentiel ci dessous ...


Après 5 mois de vie en Hongrie, je pense pouvoir affirmer, en espérant ne pas verser à mon tour dans le stéréotype, que les Hongrois forment un peuple dont on pourrait dire, dans l’ensemble, qu’il est plutôt humble et respectueux. Ceci s’explique par l’Histoire qui, d’un point de vue hongrois, est une longue succession d’échecs et de déconvenues, par la géographie puisque la Hongrie est un « petit » pays, avec ses 93 000 km2 et ses 10 millions d’habitants, mais aussi par la mentalité des gens, qui est assez individualiste (est-ce une réaction aux 40 années de collectivisme forcé ?) et donc peu soucieuse des autres en général. On est d’ailleurs en droit de se demander quelle est la part du respect et celle de l’indifférence …

Un autre fait important est que je ne parle pas encore le hongrois, ce qui fait que la majorité des stéréotypes récoltés l’ont été auprès de gens cultivés, ayant voyagé, donc capables de recul, et parlant soit le français soit l’anglais. D’autres sont venus s’y ajouter, auprès de gens plus modestes, mais au prix d’une traduction laborieuse, source de filtrage et même de biaisement. Encore une fois, je pense qu’il est difficile, voire gênant, pour un-e Hongrois-e d’ « avouer » des stéréotypes sur la France et les Français à un Français


Sur la langue française


On aurait pu s’attendre, venant d’un pays comme la Hongrie (qui fonctionne un peu comme un « babaorum linguistique » avec ses dix millions d’habitants, en plein cœur de l’Europe, qui s’obstinent à parler une langue à laquelle nulle autre n’est apparentée !) à une foison de stéréotypes défensifs destinés à valoriser, au moins « en creux », la langue hongroise. D’après mes recherches, il n’en est rien. La stratégie adoptée semble plutôt inverse : on ne se moque pas des autres, ils nous laisseront tranquilles

Ainsi du français :

Le français est considéré comme une « très belle » langue, « une des plus belles ». Les auteurs français classiques, même s’ils sont le plus souvent lus en traduction, sont très connus et il est possible, par exemple, que Jules Verne (dont le nom a été magyarisé en Vern Gyula) soit pris pour un auteur hongrois par une bonne partie de la population.

Le français est-il assimilé à « la langue de l’élite » ? Ce ne serait pas surprenant étant donné son usage dans les milieux aristocratiques puis bourgeois des 19ème et 20ème siècles. Je n’ai cependant pas pu en avoir une confirmation vraiment nette. A noter qu’un jeu est assez courant chez les enfants, celui qui consiste à « parler français » (francia nyelvi paródia), ce qui consiste à énoncer des phrases hongroises absurdes dont les sonorités rappellent celles du français :

Exemple : « Pap ül a padon, lábán szőr lekopott, de már nő » … en essayant de ne pas rouler les « r » et en faisant des mines précieuses, avec bouche « en cul de poule » et regards de commisération.

Une expression est couramment employée : « c'est la vie », quelquefois formulée en hongrois : « Ilyen c'est la vie »~ « comme ça, c'est la vie » Elle semble le reflet d’un certain fatalisme mais je ne pense pas que l’on puisse parler pour autant de résignation. Elle contient en effet une nuance de sagesse amusée qui conduit souvent à relativiser la gravité de ce dont on parle

Sur les Français :

 


Si l’on se rappelle le jeu enfantin, on ne s’étonnera pas que les Français apparaissent un peu « maniérés », un peu « précieux ». Il subsiste un côté « Grand Siècle » qui fait peut-être dire que les Français préfèrent se parfumer plutôt que se laver. Or les bains ont une certaine importance dans la culture hongroise, et pratiquement tous les Hongrois y vont au moins une fois par semaine.

Il y a également un côté « fin 18ème » dans le fait que les Français sont perçus comme « bavards », « superficiels », « pouvant parler de tout » et « ayant une opinion sur chaque sujet ». On n’est pas loin de Voltaire …N’oublions pas que pendant 40 ans les Hongrois-es ont été empêché-e-s de s’exprimer, et même de penser, …d’où un agacement amusé devant le « papillonnage » français ?

On dit même que les Français sont « prétentieux » et « donneurs de leçon ». Ceci est peut-être lié au Traité de Trianon qui fut signé en 1920. C’est là que la Hongrie perdit les 2/3 de son territoire et le chef d’orchestre en fut, paraît-il, Clémenceau. Du coup, il semble que beaucoup de Hongrois, même parmi les jeunes générations, gardent « une dent » contre les Français.

Mais « le » Français est aussi quelqu’un d’intelligent, de cultivé, et qui attache de l’importance à l’art. Cette image est plutôt le fait de gens eux-mêmes cultivés, mais elle peut être déclinée selon le même thème épicurien. Le Français a du goût pour s’habiller, mais il sait aussi apprécier toutes les bonnes choses de la vie comme le vin, le fromage, la bonne cuisine, le sexe ! Bref le Français « sait vivre » ! Là encore on peut rappeler la situation de « pénurie organisée » qu’a subie le pays pendant longtemps, et bien propre à susciter des fantasmes. Tout comme la femme française d’ailleurs …

De façon tout à fait moderne, il semble bien que plusieurs de ces stéréotypes se cristallisent dans le personnage … d’Hercule Poirot ! Il s’agit en effet d’une série télévisée anglaise diffusée sur « m1 », la 1ère chaîne nationale, et qui remporte un grand succès. Dans la mesure où ce personnage ne peut s’empêcher de ponctuer ses interventions de « merci bien », « comme il vous plaira », … en français (on retrouve ici un autre stéréotype qui veut que le Français soit incapable de parler autre chose que le français) il y a de grandes chances pour que ce petit homme excessivement soigné, supérieurement intelligent et « donneur de leçons », soit identifié par certains comme l’archétype du Français … même s’il est Belge !

On retrouve la même idée de plaisir dans plusieurs objets identifiés de par leur nom comme « français » :

la salade française, sorte de macédoine crémeuse et très douce ;

le « franciakremes », gâteau hyper-crémeux, comme son nom l’indique ;

le lit français, c’est celui qui contient deux places, amis pas trop éloignées, et où on peut faire l’amour « à la française »

le « francianegy » : « 4 français », espèce de quadrille

les cartes françaises

On peut signaler également la fenêtre française (qui équivaut à notre porte-fenêtre) et la clé française (qui équivaut à notre clé anglaise !)

 

On trouve quelques blagues directement liées aux stéréotypes relevés.

Exemples : « Est-ce que c’est vrai que les Français ne veulent parler que le français ?

          -Non, mais c’est mieux s’ils n’essaient pas ! »

Ou encore : « en France, le meilleur endroit pour cacher un gros billet, c’est sous le savon ! »

 

Une catégorie de blagues bien particulière est celle des « histoires de Jean », dans lesquelles Jean est le valet français de « Uram » (« Monsieur » en hongrois). Ce sont des blagues populaires des années 30 (époque très troublée de la Hongrie) qui fonctionnent toutes selon un schéma à peu près identique : question de Uram // réponse de Jean, très souvent par oui/non // explication absurde et comique de Uram.

Exemple : « Jean, qui frappe à la porte ?

        -Ce n’est que la pluie, Monsieur

        -Alors dites-lui d’entrer, autrement elle sera trempée. »     

Jean joue plutôt le rôle de « répondant » à Uram, sa concision et sa retenue contrastant avec le délire bavard de l’autre. Je pense donc que ces blagues visent plutôt à discréditer les parvenus, les « nouveaux riches » de l’époque plutôt que se moquer des Français.

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8 février 2009 7 08 /02 /février /2009 16:49
Miklós Radnóti est mort en 1944, tué d'une balle dans la nuque parce qu'il ne marchait plus, quelque part dans l'ouest de la Hongrie. On a exhumé ses derniers poèmes, restés dans sa poche.

Entre tes bras  (Két karodban)

Entre tes bras je me balance                             Két karodban ringatózom
doucement.                                                      csöndesen.
Mes bras te bercent en silence                          Két karomban ringatózol
longuement.                                                     csöndesen.
Dans tes bras comme un tout-petit                     Két karodban gyermek vagyok
que dirais-je ?                                                   hallgatag.
Mes deux bras où tu te blottis                            Két karomban gyermek vagy te
te protègent.                                                     hallgatlak.
C'est de tes bras que tu m'embrasses                 Két karoddal átölelsz te,
quand j'ai peur.                                                  ha félek.
Dans mes bras ta présence efface                      Két karommal átölellek
ma frayeur.                                                        s nem félek.
Tes bras je n'y crains plus l'immense                  Két karodban nem ijeszt majd
et noir silence                                                   a halál nagy
de la mort.                                                        csöndje sem.
Dans tes bras la mort n'est qu'un songe              Két karodban a halálon,
d'où je déplonge                                                mint egy álmon
sans effort.                                                        átesem.




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31 janvier 2009 6 31 /01 /janvier /2009 08:22

Sziasztok !

Je n'y peux rien : j'adore les chevaux et j'adore JOUER. Donc, quoi qu'il m'en coûte au niveau de mon image, j'adore les courses de chevaux,  et même ... le tiercé ! En plus j'aime tout particulièrement le "trot attelé", où de gros patapoufs (dont je connais tous les noms) assis dans des petites voitures se font tirer par des chevaux qui ont l'air de souffrir en courant ... Nobody's perfect ...

Il y a même eu une époque, longue de plusieurs mois, pendant laquelle j'ai acheté Paris Turf TOUS les jours et où, chaque jour, je jouais "fictivement" en inscrivant mes gains et mes pertes dans un fichier d'ordinateur. J'avais dans l'idée de me préparer ainsi une retraite ludique et, si possible, dorée. Finalement je me suis aperçu qu'au bout du compte gains et pertes s'équilibraient, ce qui me permettrait au moins de jouer sans liquider ma maigre pension ... Fort de cet enseignement, j'ai donc laissé tomber ... momentanément, cela va de soi !

Pendant les fêtes, j'ai mis les pieds à l'hippodrome de Vincennes pour la première fois. Pas facile d'y aller quand on n'a pas de voiture ! Il faut prendre le RER jusqu'à Joinville le Pont, et marcher un bon bout de temps en longeant le bois. On passe devant l'Ecole Nationale de Gendarmerie, avec un tas de chenils alignés. Pas de joggeurs de ce côté-là !
Le bâtiment lui-même fait un peu Parc des Princes, style années 70, mais à l'intérieur le grand hall d'accueil est assez moderne (verre et bois). J'ai tout de suite vu une queue immense, qui barrait le hall sur une bonne partie de sa longueur. Je me suis dit, ben mince si c'est comme ça pour parier je risque de ne pas jouer beaucoup ! Mais non, j'ai vu que la queue se dirigeait vers une estrade monumentale, sur laquelle une galette des rois GRATUITE était servie ! Et en effet, bien loin des falbalas du Prix d'Amérique que l'on nous sert chaque année à la télé, ce sont plutôt des "petites gens" qui fréquentent l'hippodrome ... et le font vivre. On ne les voit pas tout de suite en fait (sauf quand ils attendent pour un bout de galette), car c'est dans le "Petit Hall" qu'on parie, une espèce de large couloir, bordé de chaque côté par les guichets, et séparé de la piste par des doubles portes battantes. Ils sont là, les petits joueurs, plantés devant les écrans qui affichent les partants et les cotes, qui retransmettent les courses et puis qui affichent les gains. Les pertes, bien sûr, pas besoin de les afficher : chacun les connaît. C'est un jour ordinaire de Vincennes, un lundi je crois, sans grande course, rien que le quotidien. L'ambiance est plus besogneuse que fiévreuse, avec pas mal d'yeux éteints ...

A Budapest, ce dimanche-là, c'était l'ouverture de la saison de trot. Comme il faisait beau, on a pris le métro jusqu'à Pillangó utca (maintenant on a trouvé un moyen bien simple et instructif de faire passer le temps du trajet : j'essaie de déchiffrer les publicités et Ma Douce me corrige et m'explique) et on a marché un bon bout de temps jusqu'à l'hippodrome ... Le quartier lui-même est un peu glauque : trottoirs défoncés, rails abandonnés, usines vaguement affectées ... Et puis on arrive au parc Kincsem ("mon trésor"), du nom de la fameuse jument qui a couru 54 fois sans jamais arriver deuxième ! D'ailleurs la voilà :
 


Et là, vous vous dites tout de suite : ah quand même ! à Budapest c'est autre chose que les années 70 ! ce charme classiciste, voire néo-baroque, des pays de l'Est ! un peu vieillot, mais tellement "classe" ! Certes je ne peux qu'abonder ... dommage que tout le monde ne soit pas du même avis. Certains ont jugé, un beau jour, que l'ancien bâtiment de l'hippodrome ne convenait plus (peut-être était-il trop loin de la piste ?) et qu'il fallait en construire un autre. Oui mais voilà, comme souvent en Hongrie, d'autres n'étaient pas d'accord, mais alors là pas du tout. Et comme chacun se tient par la barbichette, voilà le résultat :


Non, non, il ne s'agit pas d'un trucage et vous ne rêvez pas : derrière l'ancien bâtiment et devant le nouveau, la piste étant sur la droite évidemment ! Vous avez sous les yeux la photo d'une situation qui me paraît caractéristique de la Hongrie, telle que je suis en train de l'apprendre. Et il faudra bien qu'un jour ou l'autre je tente un article sur "la Hongrie en couches" ou "de l'importance de la sédimentation dans le fonctionnement hongrois", quoique cela ne semble guère plaire à Ma Douce !
On assiste là, en quelque sorte, à une espèce de "phagocytose" immobilière, la nouvelle construction "digérant" l'ancienne, qui n'a plus aucune raison d'être et qui finira, un jour ou l'autre, par disparaître ... Même si elle est classée "monument historique"!

Mais foin de ces considérations, nous étions là pour JOUER ! Et là, croyez-moi, jouer pour la première fois dans un hippodrome inconnu, dans une langue inconnue, et qui fonctionne selon d'autres règles, c'est loin d'être évident ! Evidemment j'étais accompagné, mais comme Ma Douce n'était venue qu'une seule fois et qu'elle n'avait fait que suivre les consignes d'une amie pour jouer, nous étions bien avancés ! Il y avait bien des écrans, comme à Vincennes, et des guichets. Ne comprenant rien aux premiers, nous nous adressâmes aux seconds. Plusieurs fois ... Et là il faut dire que les dames guichetières furent d'une patience et d'une gentillesse infinies. En plus un petit monsieur avec de grosses lunettes entreprit de nous expliquer tout ça en s'aidant du programme vendu sur place. Bref, au bout d'un moment, il nous a semblé comprendre à peu près de quoi il retournait. On a donc commencé à JOUER dans la 3ème course, le handicap de Vincennes (je vous jure que c'est vrai !). J'ai joué 1000 forints sur Inspe, favori logique, et 1000 sur Juste de Guerre, un tocard dont le nom me plaisait. Tous les deux placés, c'est à dire qu'il fallait qu'ils arrivent dans les trois premiers pour me rapporter quelque chose. Inspe a gagné et Juste de Guerre, après un bon effort final, est arrivé 5ème. Hé, hé ... pas si mal pour un début ...
 


Après (était-ce pour ça que ce jour avait été choisi pour l'ouverture de la saison ?) c'était ... le Grand Prix d'Amérique à Vincennes ! Retransmis en direct, et sur lequel on pouvait parier. Je n'ai eu besoin que d'un coup d'oeil pour voir que Frank Nivard drivait Meaulnes du Corta et que si elle partait bien et que Nivard n'était pas obligé de "faire la course" pour Offshore Dream, l'autre pensionnaire de l'écurie Levesque, elle avait toutes les chances de l'emporter. J'ai donc misé sur le 15 les 1000 forints gagnés avec Inspe. Aux 1000 mètres Meaulnes du Corta était déjà en tête, bien calée à la corde. Dans le dernier tournant, elle s'envola alors même que les autres faisaient leurs efforts pour revenir, elle tint tout au long de la ligne droite (c'est ça qui est excitant avec le trot attelé, il arrive que des chevaux sur le point de gagner se mettent soudain au galop et soient éliminés) et elle remporta le Prix d'Amérique, le championnat du monde des trotteurs, les sabots dans les naseaux ! Ma Douce me regardait avec de grands yeux pleins d'un amour admiratif et respectueux ... Il me fallait donc continuer, et tenir !

Dans la 5ème, il m'a semblé qu'Hóvirág, le 4, avait une bonne chance. Ma Douce, émoustillée par le Prix d'Amérique peut-être, a décidé de jouer également mais sur Jópofi, le n°9. A l'arrivée, Hóvirág a gagné facilement ; quant au 9 ...
 


Il fallait quand même que je fasse un peu attention. C'est vrai, ça finit par être énervant, quelqu'un qui gagne tout le temps, surtout quand on ne gagne pas soi-même ! Pour calmer un peu nos esprits surchauffés, d'un commun accord on a décidé de se promener un peu avant que le soleil ne se couche. On a exploré l'ancien bâtiment, dont toutes les portes étaient soigneusement fermées.
 

oui, oui, c'est bien moi ! j'ai profité des soldes pour m'acheter un GRAND manteau noir !
 
Evidemment, elle était un peu triste, cette grande bâtisse vide, et condamnée à plus ou moins brève échéance. Ici, une foule fiévreuse s'était pressée, de belles dames en grande toilette avaient monté les escaliers, une ombrelle à la main, accompagnées de beaux messieurs en frac et haut-de-forme ... Ici, des fortunes s'étaient faites, et d'autres avaient été liquidées ... sur fond de sabots ...
 

Et dans cette tribune présidentielle, (ou royale, ou même impériale, pourquoi pas ?) là, en haut à droite, peut-être que Sissi avait posé ses mignonnes petites fesses ? ou l'amiral Horthy son auguste postérieur ?

 
Mais le jour tombait déjà, pour ajouter à la mélancolie des lieux.
 
 
On a donc retraversé la pelouse inutile et on a retrouvé les joueurs (presque pas de femmes, au fait, beaucoup moins qu'à Vincennes en tout cas, je me souviens, dans la navette du retour, j'étais assis à côté d'une vieille dame noire chaussée de grosses lunettes, qui n'arrêtait pas de décliner des chiffres à voix basse ...). L'alcool aidant, ça commençait à parler fort, là-dedans ! On avait envie d'un chocolat chaud, mais au comptoir c'était plutôt la bière qui coulait à flots ! En haut des tribunes (voir photo n°2) on avait remarqué une grande baie vitrée qui semblait abriter des salons un peu plus fréquentables. A Vincennes il faut payer pour accéder à ce genre d'endroits ; ici non, on a juste eu un peu de mal à trouver comment entrer mais personne ne nous a rien demandé.

C'était nettement plus chic, avec serveurs portant tablier et quelques nouveaux riches aux rires gras. Mais dans l'ensemble c'était plutôt feutré, et paisible. On s'est installés tout au bout, à la seule table libre. A cet étage aussi, bien sûr, on trouvait écrans et guichets. C'est même là qu'on a enfin compris comment fonctionnaient les cotes : le tableau indiquait, pour une mise de 10 forints, la somme remportée par un cheval "gagnant", c'est-à-dire qui arrive premier. Autrement dit, plus la somme était basse, et plus le cheval était favori. Le seul problème était qu'on ne donnait pas les gains pour des chevaux "placés", ce que, pour des raisons de haute stratégie qu'il serait vain de vouloir ici vous expliquer, je joue toujours. Par exemple, pour 1000 forints misés sur Inspe (voir plus haut) dans la 3ème, j'avais gagné ... 1000 forints ! Ce qui n'arrive quasiment jamais en France, même pour un hyper-favori ! Pour les 1000 forints sur Meaulnes du Corta, j'en avais gagné ... 2600 ! Pour Hóvirág ... 1000 à nouveau !!! Il n'y avait vraiment pas de quoi pavoiser, ni offrir le meilleur restau à qui vous savez ...

En attendant le chocolat (ou plutôt le serveur, qui ne se décidait pas à arriver) on a joué un peu, mais (avec la nuit ? le changement d'endroit ?) l'excitation n'était plus la même. Ma Douce a fait fort cependant : dans le Grand Prix d'Ouverture (de la saison, soyez un peu attentifs !) elle a joué un "boulet", le 2, qui lui a rapporté presque 4000 forints pour une mise de 200 ! Moi j'avais joué le 5, beaucoup plus crédible, mais qui s'est mis au galop et donc fut "distancé".
 

Alors il fut temps de rentrer. On a refait le chemin dans la nuit, la pelouse, le vieux bâtiment, les allées du parc Kincsem, la grande avenue et ses dépôts vides, ses trottoirs troués de flaques, tiens ! un jeune gars regarde sa voiture hissée sur la remorque d'une dépanneuse, le pauvre, il n'a pas l'air très content, forcément ... la station de métro toute neuve de Pillangó utca, les panneaux publicitaires dans le wagon ...
Pas de doute, au printemps on y retournera !

Szia !

 

 

 

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25 janvier 2009 7 25 /01 /janvier /2009 07:41
Jó reggelt ! good morning ! buenas mañanas !

C'est bien le moment de le dire : il est 7h43 du matin, et c'est dimanche. J'ai quitté mon lit tout chaud, tout doux et ... tout habité, et tout ça pourquoi ? Pour venir vous dire quelques mots, chère lectrice et cher lecteur de mon cœur ! (ndlr : ne vous fiez surtout pas à ces grandes déclarations lyriques : la démarche ici est, bien sûr, purement égoïste et "intéressée" !)
Par amour, j'ai tout quitté, appartement, boulot, ami-e-s, pour venir vivre à Budapest. Je me suis mis,comme on dit, "en disponibilité" ... Mon plan était relativement simple : ayant réussi à mettre de côté quelques euros, j'avais prévu certes de travailler un peu, mais surtout d'avoir du temps pour découvrir la Hongrie et les Hongrois, pour me promener, pour écrire (sur le blog, principalement) et pour aimer, aimer, aimer ... Ah oui ! je me suis inscrit également au Master FLE "à distance" de l'université Stendhal de Grenoble, histoire de "boucler" mes études ...
Et puis voilà, une chose en entraînant une autre, je vais bientôt avoir des semaines aussi chargées que quand je travaillais à plein temps au rectorat !
Qu'on en juge :
- lundi matin : cours de hongrois à la HLS jusqu'à 12h30
- lundi après-midi : à partir de 13h00 leçon de français dans une ambassade (heureusement que ce n'est pas très loin !)
- mardi après-midi : leçon de français à l'antenne d'une grosse société laitière française
- mercredi : comme lundi, sauf qu'en plus il faut que j'arrive à caser une leçon de français pour un prof d'anglais hongrois !
- jeudi : comme mardi
- vendredi : journée "Master" (en principe)
Vous allez me dire : mais c'est cool, c'est relax, ça, comme emploi du temps, il y a plein de trous dedans ! Ouais ... mais ces leçons de français, il faut les préparer, il ne me suffit pas d'arriver les mains dans les poches, surtout si je veux garder mes "clients". Mais le Master demande de plus en plus de temps, et encore je ne fais pas sérieusement tout ce que je devrais faire. Par exemple, je devrais tenir un "blog d'apprentissage" sur mon identité d'apprenant en ligne, ou quelque chose comme ça, ben nul doute que je préfère mille fois écrire sur celui-ci, ce qui demande également, vous vous en doutez bien, une certaine disponibilité !
Et pourquoi est-ce que je travaille, d'abord ? Eh bien mais pour gagner quelques forints, pardi ! 2500 pour un cours de 45mn, exactement, soit au cours actuel environ 8,5 euros. Pas vraiment le Pérou, d'autant que la vie n'est pas si "donnée" en Hongrie : un abonnement mensuel pour les transports en commun coûte 9000 ft (plus de 30 euros), un litre d'essence environ 300ft (un peu plus d'un euro), un pain entre 200 et 400, un kilo de viande entre 2000 et 3000, etc ... Il n'y a que pour les cigarettes que ça vaut le coup : 660 fts le paquet ... de 19 ! L'autre jour on a fait des courses au supermarché : un demi-chariot sans aucun produit de luxe, paf ! 20 000 forints ! Quand on sait qu'un professeur de lycée gagne à peu près 110 000 fts par mois, on comprend vite l'obligation de donner des leçons particulières ...
Alors, est-ce que je vais me plaindre ? Non, certainement pas ! C'est juste que je commence à me poser de bonnes vieilles questions : à partir de quelle quantité hebdomadaire le travail devient-il aliénant ? à partir de quel moment la routine prend-elle le dessus, et vous bouffe-t-elle la vie ? et quels sont les facteurs qui vont faire pouvoir faire varier cette quantité dans un sens ou dans l'autre ? C'est sûr qu'en ce moment un seul baiser de Mon Amie efface une journée entière de dur labeur (ndlr : mais demain ? mais plus tard ?) même s'il m'a fallu, pour rentrer, prendre le métro entre Forgách utca et Déli pályaudvar, particulièrement long et déprimant (facteur aggravant).
Heureusement que le métro permet de lire : je vous signale donc l'excellent "Jóska Átyin n'aura personne pour le lui rendre" de Béla Osztojkán, paru chez Fayard, qui narre les tribulations d'une communauté tsigane du nord-est de la Hongrie dans les années cinquante. Pas si facile à lire, dans la mesure où l'on passe de la peau d'un personnage à une autre, d'un souvenir à un autre (on pourrait presque parler d'un roman "brodé" avec des fils qui se cachent et réapparaissent), mais très instructif sur la manière dont les Tsiganes ont été traités au glorieux temps etc ... Sur la manière dont ils ont ressenti les choses aussi, puisque l'auteur était (il est mort en 2008) Tsigane également.

Voilà, ce sera tout pour cette fois, sans photo, rien, allez, si, juste une petite alors, parce que, vous l'aurez compris, je n'ai pas que ça à faire !


Salut !

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15 janvier 2009 4 15 /01 /janvier /2009 17:51
Sziasztok ! Salut à tou-te-s !

Aujourd'hui ça va être du lourd ...

Figurez-vous qu'un jour Ma Douce m'a dit : "Habille-toi, mets ton manteau, je vais te montrer quelque chose !" avec un grand sourire. Et quand elle me sourit ...

On a marché jusqu'à Moszkva tér, et là on a pris le tram n°6 (l'un des deux, avec la ligne n°4, à faire le tour de Pest par les grands boulevards, je vous en ai déjà parlé, alors soyez un peu attentifs s'il vous plaît) jusqu'à Blaha Lujza tér. Là on avait d'abord rendez-vous avec un homme assez surprenant, responsable d'une école de langue. Il n'a pas pu nous recevoir longtemps parce qu'il attendait 20 personnes à manger le soir même. Et dans la pièce voisine sa secrétaire (?) épluchait des pommes de terre à côté de son ordinateur ! Avec un grand sourire ...
A juste titre il était très fier de la fenêtre de sa salle à manger :
On s'est donc quittés assez vite, en promettant de se revoir. Il paraissait plutôt content que je fume moi aussi.

Dehors Ma Mie a repris son air mystérieux ... On a contourné la petite place, éventrée par les travaux du creusement de la 4ème ligne de métro et complètement cernée de palissade ou de grillage (ndlr : il faudra bien qu'un jour je vous dise quelque chose de ces travaux ...), et on a pris la direction du 8ème arrondissement. Au passage Mon Amie me montrait des petites choses : 

    

























                         














  


                            C'est vrai que dans l'ensemble c'était un peu en mauvais état ...













Et puis on est arrivés dans le 8ème ...


Ah non ! pardon, ça c'était le 8ème arrondissement il y a quelques années, au moment où des photos ont été prises pour sa conservation. C'était un quartier de gens simples, "bosseurs", avec aussi des Tsiganes et des retraité-é-s. Un quartier où les gens se connaissaient, comme cela arrive encore dans certains coins de Paris. Un peu le 19ème, peut-être ?
Aujourd'hui le 8ème ça ressemble plutôt à ça :

Et encore, là c'est propre ! (à part la décharge, évidemment).

On lamine, dans le 8ème, on excise, on expurge, on démolit ! (et on dépose ses ordures, accessoirement).
On cisaille, on pilonne, on convoie et on jette !

Parfois, à force de d'entailler, de creuser, de purger, on fait apparaître des murailles, des ksars, qui prennent des allures de forteresse des Templiers.

Des forteresses plantées en plein désert ...


Oui mais vous allez me dire : c'est nécessaire, ça, c'est le progrès ! le développement ! la croâssance ! Il le faut bien, hélas, parce qu'il faut travailler pour pouvoir gagner de l'argent pour pouvoir consommer pour pouvoir faire tourner la machine et donc pour pouvoir travailler, pas vrai ? Et il en faut de plus en plus, évidemment, pour pouvoir élever le niveau de vie : travailler plus pour gagner plus pour faire tourner la machine plus vite et donc pouvoir travailler davantage, c'est pas compliqué, quand même ! Oui mais pourquoi il faudrait gagner plus ? Alors là soit vous pouvez consommer davantage (donc faire tourner la machine plus vite, etc..), soit vous consommez pareil parce que les choses sont plus chères. Alors pour pouvoir consommer ne serait-ce qu'un petit plus, ou au moins autant, les "travailleurs" sont trop contents de pouvoir taper 8 heures par jour dans la pierre historique, et les investisseurs de se remplir les poches.
Et là, on rentre dans le lourd ...
Figurez-vous que récemment un gros scandale a éclaté dans le 7ème arrondissement, qu'on appelle aussi "l'ancien quartier juif" (classé au patrimoine mondial de l'Unesco, soit dit en passant). Deux politiciens de la municipalité auraient "monté" des sociétés fictives (au nom de l'épouse, par exemple) auxquelles ils auraient vendu, à des prix défiant toute concurrence, des dizaines de maisons du 7ème. De manière à éviter tout appel d'offres (obligatoire au-dessus d'une certaine somme) les maisons auraient été systématiquement sous-évaluées, avec la complicité d'experts, évidemment. Ensuite, il ne restait plus qu'à les vendre, beaucoup plus cher, à de véritables entrepreneurs. Et le pire, c'est que tout ça s'est fait sans même que les occupants des maisons en soient informés ! Et tenez-vous bien, quelque temps plus tard, c'est-à-dire il y a quelques jours, un autre scandale du même tonneau a éclaté dans le 6ème, concernant des maisons situées des deux côtés de l'avenue Andrassy (classée elle aussi), les Champs-Elysées de Budapest  : là encore des politiciens véreux les auraient vendues à des gens de paille avec qui ils se seraient partagé ensuite les bénéfices de la revente.
Bon, il n'est pas question ici d'affirmer : "tous pourris", ce serait trop facile, et probablement inexact. Pas question non plus de suspecter qui que ce soit dans les opérations du 8ème, et de toutes façons, ce n'est pas mon boulot !
Mais ce qui est certain, c'est que toutes ces opérations se font dans une atmosphère de violence, au prix de combats gagnés, perdus, suspendus, oubliés parfois ...
Violence contre les gens, d'abord, qui se voient expulsés et, au mieux, relogés dans des quartiers périphériques. Certains tentent bravement de résister :
la plupart, déjà bien fatigués, ne veulent pas d'ennuis supplémentaires et préfèrent renoncer ...
Quelquefois on comprend que, pour une raison ou une autre, un lieu a été épargné, et donc habité, un peu plus longtemps. Des affaires traînent encore, qu'on n'a pas encore jetées. Un arbre continue de pousser au milieu d'une cour jonchée de débris.


Certaines habitations ressemblent à des Forts Chabrol, aux fenêtres mitraillées, au toit crevé, à moitié carbonisé ...


D'autres sont miraculeusement épargnées, généralement parce qu'un poète a vécu dedans (ndlr : sur l'importance accordée aux poètes en Hongrie, le lecteur est prié de se reporter à l'article "Un peu de poésie hongroise"). Cela peut donner des voisinages étonnants :

Mais presque toujours la "logique économique" est la plus forte : il faut donner du travail aux électeurs si 'lon veut être réélu, il faut donner dans le modernisme pour soigner son image d'homme (ou de femme) de progrès, il faut donner dans le pragmatisme pour tenir à flot les caisses de l'arrondissement.
Et un bon gros centre commercial, doublé de bureaux et d'immeubles résidentiels, quoi de mieux pour jouer sur les trois tableaux à la fois ?



Curieux comme cette photo, après coup, fait penser à celle de la maison abandonnée un peu plus haut : l'arbre a été remplacé par une grue, voilà tout ! Et ceux-ci ? Ces orgueilleux piliers de béton flambards et flambant neufs, dans combien de temps seront-ils laissés à leur sort de ruines, avant d'être remplacés à leur tour ? Peut-être pas si longtemps après tout quand on voit que dans une autre opération immobilière importante dans le 6eme arrondissement, on a tellement lésiné sur les matériaux qu'à peine finies, les constructions commencent déjà à se lézarder ! Et devinez quoi ? Les gens qui ont payé (cher) pour y acheter un appartement n'ont pas le droit d'y habiter ... pour des raisons de sécurité !

Et celle-ci ? combien de temps avant de tourner à la muraille de forteresse ? 50, 20, 10 ans ?

Un peu dégoûtés, on ne disait plus grand-chose ... Pour nous changer un peu les idées, Ma Douce nous a guidés vers Pál utca (la rue Paul) où les garçons du fameux roman de Molnár Ferenc jouent aux billes sur le trottoir devant l'école :
Mais ils avaient beau être en bronze, ou dans je ne sais quel autre matériau, on ne pouvait pas s'empêcher de se demander combien de temps ils seraient encore là. Ils semblaient si fragiles, tout à coup, dans leurs poses de forfanterie !
Décidément, pour chasser ces mauvaises pensées, il nous fallait mieux et plus fort que cela ! C'est pourquoi, bien que la nuit commençât à tomber, on a dirigé nos pas vers l'Iparművészeti Múzeum, ou Musée des Arts Appliqués ...

ce qui avait tout de suite une autre gueule, je vous prie de me croire !

Allez ... que tout ceci ne vous empêche surtout pas de "marcher dans la beauté", comme disent les Navajos !

Salut !


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8 janvier 2009 4 08 /01 /janvier /2009 17:46
Bonne année, chères lectrices et lecteurs fidèles !

C'est drôle, ces fêtes, hein ? Ça fait comme une pause flottante dont on a un peu de mal à sortir. (D'ailleurs les Russes prolongent ça jusqu'au 10 janvier, d'après RFI !)
Et ce n'est pas les compagnies aériennes qui font accélérer le mouvement : on est rentrés hier de Paris à 11 heures du soir, avec 5 heures de retard sur l'horaire prévu ! En vérité, je vous le dis, Belles Dames et Beaux Messieurs, l'avion c'est plus ce que c'était ! Avant, c'était carrément magique par rapport au train, sans parler de la voiture. Mais maintenant, avec les navettes, les attentes, les contrôles, et les retards ... Heureusement, comme on était à l'aéroport de Beauvais, on s'est échappés un moment pour aller visiter la cathédrale. Moi je ne l'avais jamais vue : la vache ! grandiose !!!


A l'aller on a partagé un taxi avec un gars qui allait à la gare, au retour on a pris le bus de ville n°12 devant la mairie : 0,90 € chacun jusqu'à l'aéroport !

N'empêche, j'aime l'avion, même si ça pollue beaucoup ; c'est pas bien, hein ?

Je suis donc chez nous depuis 21 heures-durée environ (ndlr : 5 jours maintenant !), et je flotte toujours (ndlr : ça va mieux, merci !). Aussi, comme je suis bien content de ce blog (je n'ai pas eu "zéro lecteur" depuis bien longtemps, merci à vous !), mais que je n'ai pas envie cette fois de vous parler de "lointain", je vais vous entretenir d'un rayon plus intime ...

Chez nous, comme je vous l'ai déjà dit, c'est rue Varosmajor, côté Buda de Budapest. Ce n'est pas un quartier "joli", pas touristique pour deux sous, mais vraiment vivant avec des commerces, des gens, la gare de Déli (du Sud) juste à côté, la station de métro, plein de tramways, sans parler de toutes les ambulances !


bon, la photo n'est pas très bonne, mais on habite la maison blanche un peu "ventrue", tout en haut, là où il y a le petit balcon

Le balcon c'est bien pratique, surtout quand on veut fumer.


mais c'est joli aussi, quand on y met des fleurs ...


ou quand la rampe d'escalier de l'immeuble d'en face s'éclaire, la nuit ...


Une fois, Ma Douce m'a emmené au grenier d'un air mystérieux ... Elle voulait qu'on monte à la lucarne pour regarder la lumière se couchant sur les collines de Buda. Elle est montée tout en haut de la grande échelle, et moi je suis resté tout en bas ... Mais après je me suis ressaisi et je suis monté sur une autre échelle qui conduisait à une autre lucarne.

Je crois en effet que pour Ma Douce la lumière est très importante. Elle a beaucoup travaillé avec Lucien Hervé, un photographe de renom, elle fait elle-même de la photo,



et elle met des bougies un peu partout ! Le balcon dont je vous parle est orienté sud-sud-ouest et s'il n'y avait pas un gros immeuble moche juste en face,

on serait les rois du pétrole !

N'empêche, quelquefois la lumière est bien jolie chez nous ...


On a fait accorder le piano il n'y a pas longtemps, par un monsieur très gros et très sympa. C'est un Ibach, de marque allemande, (le piano, pas le monsieur !) honnête, sans plus, d'après l'accordeur. De temps en temps Ma Douce joue quelque chose, mais pas assez souvent à mon goût. Heureusement elle a retrouvé tout un tas de partitions dans un déménagement à Baja, donc il y a de l'espoir !

tiens ! on dirait qu'elle s'apprête à refermer la trappe ... déjà ?

Dans le salon on a aussi un canapé pour écouter le piano, regarder la télé, discuter, manger, boire l'apéro, se mettre au chaud, lire, profiter de la lumière de l'après-midi ...


Et dans la salle à manger ... on y mange, pardi ! On s'y assoit sur des chaises d'un autre âge, et d'ailleurs nos repas ont quelque chose de "délicieusement ancien" : on met les fourchettes et les couteaux à la bonne place, on boit du vin (de temps en temps seulement, même s'il y a de délicieux vins hongrois) dans des verres à pied, on attend d'être prêts tous les deux, et on se souhaite bon appétit avant de commencer. Quand on est "en famille" Ma Douce peut dire sa prière à haute voix mais elle m'a avoué récemment qu'il lui arrive de la faire silencieusement quand nous sommes tous les deux ...la porte grise que vous voyez juste derrière la chaise, c'est celle de la "kamra", sorte de réserve où l'on entrepose les provisions, les conserves, et vraiment typique de l'appartement hongrois

Côté nord, c'est la chambre à coucher ... heureusement nous avons une bonne couette ! La fenêtre donne sur un jardin qui pourrait être assez grand et assez sympa ... s'il n'était subdivisé entre tous les immeubles qui l'entourent. Du coup chacun se retrouve avec un bout de terrain qui ne ressemble à rien et qui tourne à la friche ... Mais de ce côté aussi la lumière peut être belle, certains soirs d'été ...
Voilà, on a presque fini le tour de "chez nous". Je passerai, si vous le permettez, sur les WC et la salle de bains, qui sont des lieux VRAIMENT intimes. Il me reste à vous montrer la cuisine, plutôt petite mais pratique, comme il se doit. Votre serviteur eut l'honneur d'y faire quelques travaux de peinture ...
Quoi d'autre ? Ah oui, le "bureau", ainsi nommé parce que j'y travaille : c'est là que je m'échine le plus régulièrement possible sur ce blog, que je prépare mes leçons de français, que je révise mes leçons de hongrois, que je me connecte à l'université Stendhal de Grenoble pour suivre, tant bien que mal, mes cours de Master de F.L.E.... On y a aussi un autre canapé pour accueillir les ami-e-s, hein ? Comme j'avance en âge, j'ai peur d'oublier des choses parfois alors je me colle des petits mots sur le mur pour ne pas oublier l'essentiel :


Salut !






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