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17 avril 2019 3 17 /04 /avril /2019 22:54

Nous en étions donc restés là : vaut-il mieux oublier ou se souvenir ? Et cette question prend encore plus d'acuité dans le deuxième volume de Miriam Katin dont je voudrais vous parler.

ça commence comme ça : belle parano, pas vrai ?

Nous retrouvons donc Miriam beaucoup plus tard : elle vit à New York avec son mari, ils sont assez vieux tous les deux, lui passe ses journées à écouter ou jouer de la musique classique, elle ... essaie de dessiner. Cela commence incidemment avec une invasion de blattes dites "germaniques", qu'on appelle "svábbogár" en hongrois.

Et puis survient un appel Skype : c'est le fiston qui leur annonce sa visite prochaine en compagnie de sa copine. Le lendemain de leur arrivée, au petit déjeuner, le fils annonce à sa mère qu'il veut s'installer ... à Berlin. Bien plus, grâce à sa mère, il peut devenir un citoyen hongrois c'est-à-dire un "membre de l'Union Européenne" ... Pour Miriam évidemment c'est un drame que son fils veuille vivre "sur la terre imbibée du sang des Juifs" (page 32). Et puis comment annoncer cela à sa mère, celle avec qui elle a fui la déportation en 1944 ?

Il n'y a pourtant que Miriam que cela semble perturber : ni son mari, ni sa mère, ni même une amie rencontrée dans la rue (cette scène en rappelle une autre située au début de "Seules contre tous") ne paraissent particulièrement troublés par ce projet berlinois. Après beaucoup d'hésitation Miriam accompagne son fils au consulat de Hongrie pour lui faire obtenir la nationalité du pays d'où elle a dû fuir. Pas si facile ...

Et puis c'est l'heure pour Miriam et son mari de se rendre à Berlin ... en passant par Vilnius et son musée juif. Cela donne l'occasion à la dessinatrice de nous raconter l'histoire de Chiune Sugihara, consul du Japon en Lituanie. Un de ceux qui, pendant la guerre, a fait des milliers de visas de complaisance pour sauver des Juifs de la déportation, tout comme le Suisse Carl Lutz et le Suédois Raoul Wallenberg le firent à Budapest.

Puis c'est Berlin, et tant de traces de la mémoire : le mémorial au champ de stèles innombrables

le souvenir : une industrie parmi d'autres ?

les noms des Juifs sur les façades des (demi) maisons où ils vivaient, les "pavés de mémoire" qui constellent certains trottoirs et puis et puis à la sortie de la nouvelle synagogue le mari de Miriam s'aperçoit qu'il n'a plus son alliance, qu'il avait dû mettre dans une boîte à l'entrée ... Mauvais souvenir, c'est sûr ...

Et puis et puis un peu plus tard Miriam est sollicitée  par le Musée juif de Berlin qui veut exposer son travail. Ok elle y va mais : 1) il lui faut perdre du poids pour pouvoir mettre son tailleur 2) il lui faut se blanchir les dents 3) il lui faut surveiller la situation du volcan islandais, le Eyjafjallajökull, qui vomit des cendres sur tout l'espace aérien européen ... Et une fois arrivée à Berlin elle apprend un mot allemand ultra-compliqué : "Vergangenheitsbewältigung", qui signifie la confrontation avec le passé ... pour pouvoir le maîtriser ?

Au vernissage, et la nuit suivante à l'hôtel, elle se gratte, elle se gratte jusqu'au sang. Une démangeaison psychologique ? Les deux dernières pages nous montrent deux puces "germaniques" qui sortent de l'hôtel, avec leurs petits chapeaux et leurs attachés-cases, et repues d'avoir trop mangé ...

et ça finit comme ça : autre parano ...

J'ai bien aimé cette BD, qui nous fait partager les doutes et les questions de son auteure. J'ai bien aimé sa détermination à affronter le passé, et son humilité devant les petits tracas de la vie. J'ai bien aimé son dessin, la plupart du temps un crayonné de couleurs sauf pour quelques pages en noir et blanc qui se réfèrent au passé. J'ai surtout aimé ce chemin si humain, si laborieux, vers le pardon qui est, comme chacun sait, tout le contraire de l'oubli ...

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17 avril 2019 3 17 /04 /avril /2019 09:40

"Avoir la bougeotte", "ne pas tenir en place", "comme l'oiseau sur la branche" ... on dirait quelquefois qu'on n'a pas le choix ... you've got to move ... comme dit la chanson des Stones, une de celles que je préfère, évidemment ...

https://www.youtube.com/watch?v=mUCoQryE7-k

Ainsi, pour des raisons que vous ne connaîtrez pas et qui d'ailleurs vous importent peu, nous devions aller à Ljubljana. Mais, allez savoir pourquoi, il se trouvait que le trajet le moins onéreux passait par Venise. Dans la vie il y a des détours qui vous échappent. Alors nous avons pris un train pour Charles de Gaulle où nous sommes arrivés vers 15 h. Nous avions trois bonnes heures d'attente avant le décollage.

les loops de CDG : toujours impressionnant quand on arrive de sa "petite province", pas vrai ?

Une fois le contrôle passé, j'ai raflé quelques journaux offerts gracieusement et nous nous sommes assis en salle d'embarquement. Bonne idée, les journaux : après avoir parcouru quelques articles je me suis concentré sur les mots croisés. Non seulement ça fait passer le temps mais en plus ça vous permet de regarder autour de vous d'un air super-intelligent. Comme l'heure de l'embarquement approchait nous nous sommes postés les premiers au début de la file d'attente. En effet nous n'avions que 30 minutes de correspondance entre l'atterrissage à Venise et le départ du bus pour Ljubljana et nous ne voulions pas risquer de nous faire piquer nos sacs pour les faire mettre en soute, au cas où les coffres à bagages auraient été déjà trop pleins. C'est alors qu'un retard d'un quart d'heure fut affiché ... puis d'une demi-heure ... finalement c'est avec quarante minutes de retard que l'embarquement a commencé ... fichu pour le bus qu'on devait prendre ... heureusement on savait qu'on nous avait réservé des places également dans le suivant.

Le gars qui vérifiait passeports et cartes nous apprit que l'avion était arrivé en retard d'Athènes, et qu'en plus il manquait une hôtesse pour repartir.

Dans l'avion Ma Douce et moi étions séparés mais le vol ne durait qu'une heure et vingt minutes ...

Je me suis donc reconcentré sur les sudokus de Libé, un "moyen" et un "difficile", et je ne sais pas si c'est à cause de l'altitude mais j'ai réussi à les faire tous les deux. Ceux qui s'y sont essayé apprécieront ...

Il ne faisait pas tout à fait nuit quand nous sommes arrivés au-dessus de Venise et j'ai pu apercevoir le grand canal qui entre dans la ville ainsi que l'île San Michele qui abrite un beau cimetière.

Le Flixbus est arrivé à l'heure, 21h30, et en route pour Ljublana, où nous sommes descendus 3h30 plus tard, vers 1 heure du mat'. Au passage, nous avons eu le plaisir de revoir Trieste, où nous avons fait escale. Comme le bus s'est dirigé ensuite vers l'est en montant dans les collines, nous avons pu découvrir la ville et la rade d'un nouveau point de vue surplombant et c'était ma foi bien joli ...

C'est pas mal, le bus, aujourd'hui : ça n'est vraiment pas cher (12 euros par personne sur ce trajet), c'est assez confortable (il y a même des toilettes) et sûrement que c'est meilleur que l'avion pour la fameuse "empreinte carbone"? Mais c'est un peu long ...

A Ljubljana, malgré l'heure tardive, on nous a accueillis très gentiment et conduits dans l'AirBnb qu'on nous avait réservé.

Plus tard le samedi, pendant que Ma Douce vaquait à ses occupations, je me suis un peu promené dans la ville ...

Le premier truc sur lequel je suis tombé, c'est ça :

Étonnant, non ? Une stèle à la mémoire d'un "soldat sans nom" de l'armée napoléonienne ... Ah bon ? Il est venu aussi par là, le grand Napo ? Et ses soldats sont tombés pour la liberté du peuple slovène ? Oui, heu ...ce n'est pas si clair ... d'après ce que j'ai compris de mes recherches, la Slovénie n'existait pas encore mais faisait partie des Provinces Illyriennes, qui appartinrent à l'Empire napoléonien de 1809 à 1813. Une courte parenthèse donc, mais qui permet pendant un moment aux populations de ces contrées de se libérer de la domination autrichienne ... Comme quoi on s'instruit en voyageant ...

J'ai poursuivi mon chemin jusqu'à la Ljubljanica, nom de la rivière qui traverse la ville. De petits bateaux à touristes la sillonnaient dans les deux sens, si ce n'est qu'il n'y avait pas beaucoup de touristes. C'est assez cool, Ljubljana, et très propre. En fait on a un peu l'impression d'être en Suisse, sauf qu'on est vraiment en Europe Centrale comme en témoignent nombre de bâtiments :

Beaucoup de baroque donc, mais aussi des édifices du 19ème, la plupart du temps bien restaurés. Un peu plus loin, j'ai vraiment découvert le château :

Dommage que je fusse tellement fatigué ... et que je ne susse point qu'un funiculaire reliait la ville audit château ... du moins c'est ce que je viens de lire dans wikipédia.

Vers 16h j'ai retrouvé Ma Douce car on nous avait prévu une visite guidée de la maison de M. Plečnik, un architecte très célèbre, qui est une des gloires de la ville. C'était assez drôle, cette visite, menée tambour battant par un jeune homme qui parlait très bien l'anglais et qui n'arrêtait pas de regarder sa montre, comme s'il cherchait à battre un record. Est-ce la fatigue ? Je n'en ai pas retenu grand-chose sinon que ce Monsieur n'avait pas l'air facile, genre "célibataire endurci", et qu'il recevait ses visiteurs soit dans une antichambre orientée au nord, soit dans un bureau si étroit qu'il ne pouvait contenir plus de 2 personnes. Mais de beaux objets partout, utilitaires comme des poêles, des chaises, ou décoratifs comme ceux-ci par exemple :

Le lendemain, comme Ma Douce était décidément très occupée, j'ai repris ma promenade dans une autre partie de la ville. Il ne faisait pas très beau alors j'ai opté pour des musées. Le National, tout d'abord, qui contient une partie muséum d'Histoire Naturelle. C'était le 1er dimanche du mois, l'entrée était gratuite, et croyez-moi, il y avait foule. Beaucoup de familles avec de petits enfants : certains ont été très impressionnés par mon grand chapeau noir. Un musée très bien fait d'ailleurs où l'on s'aperçoit une fois de plus que les Romains (eux aussi) sont passés par là et que l'ancêtre latin de Ljubljana s'appelait Emona.

Puis je suis allé à un musée d'Art Moderne, dans lequel j'ai surtout remarqué quantité d'affiches politiques concernant les partisans ayant combattu pendant la seconde guerre mondiale. Pour le reste ... Enfin, comme le temps s'améliorait, je me suis décidé pour une petite promenade au Tivoli, une grande allée bordée d'arbres et, en l’occurrence, de panneaux présentant des photos d'architecture. D'une manière générale je dois dire que j'ai été surpris par la vitalité artistique de cette ville, comme en témoigne le nombre incroyable de galeries en tous genres.

J'aurais bien voulu m'attarder un peu plus dans un 3ème musée, celui des Beaux Arts ? qui avait l'air très riche et très intéressant, mais l'heure du repas approchait à la suite duquel nous devions prendre un autre bus ... J'ai choisi des saucisses slovènes, fort rustiques et que je n'ai pas pu terminer ...

dernière image de Ljubljana : un portique des années 50 où figurent des emblèmes communistes abritant des statues baroques

Un nouveau Flixbus donc, pour Budapest cette fois, où nous devions arriver ... six heures plus tard.

 

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4 avril 2019 4 04 /04 /avril /2019 08:55

Oublier ou se souvenir ? C'est la question qui me vient à l'esprit après avoir lu 2 bandes dessinées de Miriam Katin ...La première, intitulée "Seules contre tous", est parue en 2008 aux éditions Futuropolis et la seconde, portant pour titre "Lâcher prise", aux mêmes éditions en 2013. (Pour éviter que cet article ne soit trop long, je ne parlerai ici que de la 1ère mais je me réserve le droit d'écrire un autre texte au sujet de la 2ème ...)

Wikipedia nous apprend que : "Miriam Katin naît en 1942 en Hongrie. En 1956, sa famille déménage pour Israël. Après son service militaire en 1963, Miriam Katin part s'installer aux États-Unis. Elle commence à écrire des bandes dessinées personnelles à l'âge de 58 ans en 2000. En 2006, elle crée son premier roman graphique  intitulé We are on our own (traduit en français par Seules contre tous) et dans lequel elle évoque la Shoah. Après sa traduction en français en 2008, elle obtient le Grand prix de la critique au festival d'Angoulême."

Pendant ma lecture j'ai beaucoup pensé à Judith, une amie juive hongroise dont nous venons de fêter les 93 ans. Elle a connu le ghetto en 1944, à 18 ans, puis la déportation vers Auschwitz d'où elle a réussi à s'enfuir en se glissant, avec sa mère, dans un convoi qui partait pour un camp de travail. Je pense que Judith a d'abord voulu oublier. Elle était jeune, jolie, et toute une vie était à vivre ... Mais au fur et à mesure que le temps a passé, la mémoire a pris de plus en plus de poids et d'importance et elle se sent aujourd'hui dépositaire de la parole de tous ceux qui n'ont pas survécu. C'est pourquoi, par exemple, elle avait accepté mon invitation dans le collège où je travaillais, pour y rencontrer des ados de 3ème et leur parler de son expérience des camps. Je les ai rarement vus aussi attentifs ! Elle leur a parlé, raconté ce qu'elle a vécu sans aucun pathos et pour finir elle les a priés de ne rien oublier ...

Miriam Katin elle aussi se souvient et elle dessine pour raconter son propre parcours avec sa mère dans la Hongrie de 1944. Le papa est au front et nul ne sait quand, ni si il reviendra. Le récit commence véritablement à la page 11, nous sommes à Budapest "cité de la culture et de l'élégance". On y découvre Esther et Eva, deux "élégantes" en effet qui se promènent au bord du Danube, accompagnées d'une petite fille et de son petit chien. Elles s'attablent à une terrasse, commandent et l'on comprend très vite que la maman, Esther, doit aller livrer le chien aux autorités l'après-midi même. J'ai eu beau multiplier les recherches, je n'ai trouvé aucune mention d'une extermination de masse des animaux domestiques détenus par des Juifs. S'agit-il d'une invention destinée à toucher le lecteur qui remarque à quel point la petite fille est attachée à son chien Rexy ? d'un tour de passe-passe de la mémoire ? d'une métaphore cruelle basée sur les "chiens" et les Juifs ?

A son retour chez elle, seule, Esther trouve une lettre de son mari et, glissée sous la porte, une notification officielle lui enjoignant de quitter les lieux dans un délai d'une semaine. Elle va trouver le concierge (qui porte une espèce de chapeau tyrolien) : celui-ci confirme la chose en lui rappelant fermement de bien faire une liste de tout ce qu'elle possède en l'entassant dans une pièce de l'appartement. La dernière case de la page 17 nous le montre de dos, rentrant chez lui et pestant : "Sales Juifs !"

Et là encore je pense à Judith, et à la rancœur qu'elle a conservée contre les gendarmes hongrois qui les ont faits monter dans les wagons. Son père, héros multi-médaillé de la première guerre, était certain qu'ils partaient pour un camp de travail quelque part en Hongrie, ce ne pouvait pas être autre chose ... ce n'est que quand le train a traversé la frontière qu'il a dû se rendre à l'évidence : il avait été trahi ! et cette trahison-là Judith ne l'a jamais pardonnée ...

Esther, pour échapper au ghetto du VIIème arrondissement, Esther contacte  un homme qui s'occupe de marché noir. Contre une grosse somme d'argent celui-ci lui fournit des faux papiers (elle sera désormais une domestique accompagnée de son enfant illégitime) et une adresse où se rendre à la campagne. Quelle présence d'esprit ! Quel courage ! Combien de Juifs se sont rendus au ghetto, comme Judith et sa famille, certains qu'en Hongrie CELA ne pourrait pas arriver !

Et après avoir tout brûlé (photos, lettres et même la Torah !), après avoir fait courir (par la petite bonne) le bruit qu'elle s'était suicidée, à la page 28 donc, la longue fuite d'Esther et de la petite Lisa commence ... D'abord une gare qui ressemble à Nyugati puis un train qui les amène dans une région qui ressemble aux bords du lac Balaton. Une parenthèse paisible dans la maison indiquée par l'homme du marché noir, l'été, l'automne, les vendanges ... Malheureusement dans la ville voisine un commandant nazi est en panne de vin ... Et là ce n'est plus à Judith que je pense mais au "Village français", vous savez cette série qui est passée à la télé il n'y a pas si longtemps ?

Mais les Russes arrivent et il faut se cacher à la cave, puis ouvrir cette cave à d'autres femmes et d'autres enfants. Et pour eux les Hongrois et les Allemands, c'est pareil. "Tous des ennemis" (page 58). Ce passage-là me rappelle "Hiver éternel", un film que nous avons vu récemment et qui retraçait le calvaire de ces Hongroises déportées par les Russes dans des mines d'Ukraine, où elles mouraient souvent. Les Russes forcent la porte, forcent les barriques, forcent les femmes ... Manque de chance, celui qui est dans le lit d'Esther meurt et il faut fuir à nouveau dans la nuit et la tempête de neige ...

De temps à autre une page en couleurs vient égayer ce récit très sombre, tout en noir et blanc. On comprend qu'il s'agit de pages "actuelles" dans lesquelles la petite Lisa, devenue grande, joue avec son enfant ou parle avec sa mère ou son mari. Le lien entre les deux est parfois évident : page 66 Esther et Lisa fuient pour se cacher des soldats russes, page 67 l'enfant s'est cachée (c'est donc aussi une fille !) dans les feuilles mortes et demande à sa mère de la trouver. Ou c'est la neige qui fait le lien : page 74 quand Lisa et Esther se téléphonent en couleurs, page 75 quand les mêmes, beaucoup plus tôt, arrivent dans un  village désert en noir et blanc.

Puis un autre refuge, une autre cave, d'autres bombes ... Au printemps il faut aller en ville car Esther est enceinte du commandant nazi à qui elle a dû se prostituer. Une autre gare, et d'autres rencontres, positives cette fois : un gentil soldat soviétique qui leur fournit couverture, thé, biscuits et même un "bonbon russe" pour la petite (page 87) et surtout les retrouvailles, dans un camp de réfugiés, avec David qu'Esther avait croisé à Budapest. David, qui les emmène dans sa grande maison, se met vite à rêver : et si le mari ne revenait pas ? Pendant ce temps Lisa prend des leçons de français avec la gouvernante ...

Mais à la page 97 Karoly le papa revient ! Il revient chez lui où, bien sûr, le damné concierge lui apprend que sa femme et sa fille sont "parties" ... comme tant d'autres ! Heureusement Eva apparaît et lui dévoile la vérité. Il lui faut donc refaire tout le trajet des deux fugitives. Au bout du compte il se retrouve au centre de réfugiés face à David et ce dernier, malgré ce qui lui en coûte, annonce à Karoly que sa femme et sa fille sont chez lui.

Les retrouvailles entre les époux sont bien sûr très émouvantes, mais la petite Lisa ne reconnaît pas son papa. Laissant les grands échanger leurs souvenirs, elle se réfugie sous une table où elle commence à mettre en scène les siens propres : il neigeait, des bombes tombaient, de méchants soldats sont arrivés ... et elle finit par massacrer à la fourchette une figurine d'allure militaire. La dernière vignette la montre s'interrogeant "Et si maman avait brûlé ce dieu ?", référence à la scène où elle a vu Esther déchirer les pages de la Torah avant de les jeter dans le poêle de l'appartement. Mais référence provoquée par ces mots du papa à sa femme : "Comment peux-tu remercier un Dieu qui n'existe plus ?"

Oublier ou se souvenir ? Nous reprendrons cette question dans le 2ème article ... qui ne saurait tarder !

Sziasztok !

 

 

 

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28 mars 2019 4 28 /03 /mars /2019 09:05

Ce titre du premier roman de Tibor Fischer vient d'une expression hongroise qui affirme que le pire endroit où l'on peut se trouver c'est "sous le cul d'une grenouille au fond d'une mine de charbon", une expression un brin triviale, j'en conviens, qui signifie qu'on se trouve vraiment dans une situation difficile, dont on ne voit pas l'issue, un peu comme en français "être plus bas que terre". Tibor Fischer est un écrivain d'origine hongroise, comme son prénom l'indique clairement. Ses parents, basketteurs professionnels selon Babelio, ont fui la Hongrie en 1956 pour s'établir en Angleterre et c'est là que Tibor est né en 1959. C'est sûrement pour cela qu'il écrit en anglais ...

Alléché par une présentation trouvée ici https://www.hongriebudapest.com/, un autre blog consacré à la Hongrie que je me permets de vous recommander, je me suis donc procuré "Sous le cul de la grenouille" dans ma bibliothèque préférée. J'en suis arrivé aujourd'hui à la page 180 sur 317 (éditions Balland de 1998).

Suis-je déçu ? Honnêtement oui, un peu ... Pourquoi ? C'est difficile à dire ... Il y a, je trouve, quelque chose d'un peu "forcé" dans les aventures parfois guignolesques de cette bande de jeunes basketteurs qui essaient, comme ils peuvent, de passer entre les gouttes du "socialisme triomphant". On a droit pourtant à toutes les scènes auxquelles on est en droit de s'attendre : le viol collectif commis par des soldats russes lors de la "libération" de Budapest en décembre 1944 (page 39), les arrestations "secrètes" et absurdes de l'AVO (police "secrète" hongroise) en 1946 (pages 45-59) puis en 1950 (pages 160-169), le camp d'entraînement militaire, son sergent-chef sadique et ses pauses de formation politique (pages 171-179) ... etc etc. Oui je crois que tout y est, probablement grâce aux souvenirs des parents de Tibor Fischer, et à une bonne part d'inventivité de la part de l'auteur. On devrait donc être bien content d'en apprendre un peu plus sur cette période obscure (le livre court par épisodes de décembre 1944 au 23 octobre 1956) que beaucoup aujourd'hui préféreraient oublier. On devrait facilement partager l'ennui, les angoisses et les espoirs de Gyuri, que l'on peut considérer comme le protagoniste du roman. Et pourtant quelque chose ne "colle" pas, quelque chose qui empêche le lecteur (ou en tout cas ma modeste personne) de réellement participer à ce qu'il lit.

Prenons une scène particulière qui nous servira d'exemple (pages 77-100) : en janvier 1949 Gyuri, Neumann et Ladanyi ont à se rendre dans le village où le dernier des trois a grandi. Il s'agit d'y régler un différend foncier entre le village et un certain Farago, pour ainsi dire un démon sur terre. Et nous assistons alors à un duel de gloutonnerie digne de "La grande bouffe" de Marco Ferreri. Qui, de Ladanyi ou de Farago, calera le premier ? A votre avis ? Eh bien oui c'est Farago qui tombe de sa chaise et trouve tout juste assez de force pour signer le papier reconnaissant la propriété du village sur le vignoble qui était en litige. Une scène gargantuesque donc, mais très peu crédible. On trouve pourtant ici et là quelques notations savoureuses : "tout ce qu'on pouvait dire de ce paysage, c'est qu'il commençait où le ciel finissait" (page 79) ou encore "C'était comme la Hongrie, placée entre l'Allemagne et l'Union Soviétique. Tu parles d'un choix ! En quelle langue préfères-tu être fusillé ?" (page 89).

J'avance, j'avance, un peu péniblement je l'admets, mais tout de même j'avance ... Pour vous donner un court exemple de ce que j'appelle de l'exagération systématique, arrêtons-nous à la page 203, nous sommes en novembre 1955 et Gyuri est dans le train ... "L'homme ronflait, ronflait si fort, à si grand fracas qu'un accro du pardon n'aurait pu y tenir. Gyuri et les autres passagers, dont les réserves d'indulgence n'avaient rien que d'ordinaire, voyaient leur longanimité broyée comme un puceron sur l'enclume." Voyez le genre ? On est donc dans un compartiment de train où, scène on ne peut plus convenue, un voyageur se met à ronfler. Soit ... mais il ronfle énormément, gigantesquement, inhumainement ... c'est obligé, et donc un peu ennuyeux ... Un autre exemple, un peu plus loin ? Gyuri est arrivé à Szeged, où il a rencontré Jadwiga, une étudiante polonaise dont il est, bien sûr, tombé immédiatement amoureux... Seulement voilà ... "Apprendre que Jadwiga était mariée avait réduit en miettes toutes ses aspirations pieusement façonnées, comme des vases de Chine dans les ruines d'un magasin de porcelaine sur lequel un bombardier prospère aurait largué tout son chargement" : c'est ce qu'on appelle employer l'artillerie lourde !

Voilà, j'ai fini le livre, je l'ai lu jusqu'au bout ... Au moment de conclure je ne voudrais pas paraître trop sévère : la fin, qui raconte le soulèvement de 1956, n'est pas si mauvaise et elle se lit avec plaisir et intérêt. Donc voilà, "Sous le cul de la grenouille" n'est sûrement pas le livre du siècle mais il pourra intéresser quelqu'un qui, comme moi, est curieux de tout ce qui concerne la Hongrie !

"Sous le cul de la grenouille" de Tibor Fischer
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10 février 2019 7 10 /02 /février /2019 22:45

Cela m'est venu comme ça ... Comme je cherchais une idée pour pouvoir écrire sur ce blog quelque chose qui soit en rapport avec la Hongrie ... Je me suis dit : "Pourquoi ne pas faire un journal de lecture du dernier roman de György Dragomán ?"

Alors ce serait quoi, un "journal de lecture" ? Eh bien il y aurait un "avant", un "pendant" et un "après" ...

1) Avant :

J'ai assez vite entendu parler de ce livre. Il est paru en hongrois ("Máglya") en 2014, et en français en 2018. Le nom de l'auteur, qui évoque un super-héros en même temps qu'un dessin animé japonais ... Le titre, qui me fait penser à l'Inquisition et aux sorcières de Salem ... 

Et puis surtout le fait que Ma Douce l'ait lu (en hongrois) de la première à la dernière page, elle qui lit si peu en-dehors de ses recherches et de son travail. Et plusieurs soirées ainsi, elle lisant dans le lit, et moi nichant ma tête contre sa hanche et m'endormant doucement ... Qu'est-ce qu'elle m'en a dit ? Pas grand-chose, en fait, que c'était un livre bizarre, éminemment subjectif, et que cela faisait résonner en elle des choses de sa jeunesse ... Suffisant pour donner envie quand même, n'est-ce pas ?

Alors je suis allé à la bibliothèque municipale et j'ai inscrit nom de l'auteur et titre pour une demande d'acquisition et, ô surprise, quelques jours plus tard, j'ai reçu un mail m'informant que le livre m'attendait ... Et maintenant il est là, dans un sac de toile posé à côté du canapé, et il attend toujours, patiemment ...

2) Pendant :

La première fois que j'ai ouvert le livre, c'est dans le train vers Paris ... ce qui, avouons-le, est le meilleur endroit pour ouvrir un livre pour la première fois ! Et j'ai commencé à lire, en prenant de temps en temps des notes pour mon journal ...

Pour vous donner une idée de l'ambiance du récit, je vous recopie intégralement la première page (page 9 du livre) :

"J'attends dans le couloir, devant la porte de la directrice. Je regarde les photos de classe des filles de terminale accrochées au mur. Moi, je passerai mon bac dans cinq ans. Toutes les filles portent un chemisier blanc et la plupart ont des nattes. J'attrape ma natte, et je prends une résolution : je demanderai à poser sur la photo avec les cheveux détachés. J'enlève l'élastique, je lisse mes cheveux avec les doigts. Je les laisse pousser depuis un moment, ils commencent à être longs.

J'attends. Je regarde le parc par la fenêtre. De chaque côté de l'allée, il y a des oiseaux perchés en haut des peupliers dénudés. Ce sont des corneilles.

J'observe les corneilles. J'attends.

Je me demande ce que la directrice me veut.

Cela fait presque six mois que je suis à l'internat. Tout le monde est gentil avec moi, les élèves, les profs, les surveillantes. Elles sont désolées de ce qui est arrivé à mes parents.

Je regarde l'arbre. Je ne veux pas penser à eux. J'attends."

Voilà ... premières impressions ? On est donc en présence d'un récit à la première personne (mené par une jeune fille) et au présent. Son nom ? J'en suis arrivé à la page 323 ( sur 527) et je ne le connais toujours pas ... Ce que l'on sait d'entrée, c'est que cette jeune fille a perdu ses parents, sûrement d'une manière dramatique, d'où la compassion qui l'entoure. Ce que l'on sait aussi, c'est qu'elle est du genre à prendre des décisions et qu'elle NE VEUT PAS penser ...

Très vite moi j'ai pensé à Sofi Oksanen, l'auteure finlandaise de "Purge", je ne sais pas si vous connaissez : même mise à distance de la narratrice et du récit, avec une évacuation quasi-totale de l'expression des sentiments. Une écriture "objective" donc, qui confine parfois à la schizophrénie, comme si la narratrice se regardait agir et vivre. Ou peut-on même parler d'une écriture "autistique", comme pourrait le laisser penser le passage où la narratrice quitte l'internat (Pages 21 à 24) ? On verra plus loin que c'est un peu plus compliqué que cela ...

De même, pour rapporter les paroles des personnages c'est presque toujours le style indirect qui est employé. Un exemple page 17 :

"Grand-mère me dit qu'elle va m'aider à l'attacher à mon poignet. Je remarque seulement maintenant, quand elle me la prend des mains, que le bracelet est en métal. Grand-mère l'écarte avec ses doigts, la fait glisser sur mon poignet mais de façon à ce que le cadran soit placé à l'intérieur du poignet. Elle me dit que c'est comme ça qu'on doit porter sa montre. Elle ferme l'attache, le bracelet en métal s'enroule autour de mon poignet, il est si froid qu'il me donne la chair de poule. Grand-mère me dit que j'ai un joli poignet, tout fin, la montre me va très bien, elle est faite pour moi, il n'y aura même pas besoin d'ajuster le fermoir, elle me dit de regarder comme elle me va bien."

Et ce style indirect, plus ou moins libre, donne une curieuse impression de "déréalisation", comme si les personnages n'étaient pas tout-à-fait vivants, ou comme s'ils n'avaient d'existence qu'à travers ce que la narratrice dit d'eux ...

Alors nous étions à Paris, chez notre chère et vieille amie Judith. Je continuais ma lecture, le soir bien sûr, mais aussi pendant le jour tandis que Judith et Ma Douce parlaient en hongrois de ... je ne sais pas trop quoi !

Avez-vous remarqué comme certains livres sont hospitaliers ? Très vite ils forment comme des bulles que l'on est tout content de retrouver, au sein desquelles on se trouve fort aise de se glisser ... Eh bien ce n'est pas du tout le cas avec "Le bûcher" ! D'abord c'est un livre qui se révèle assez vite inquiétant, où planent des ombres et des menaces ... comme dans "la scène des bougies" par exemple (pages 59 à 62) au cours de laquelle la narratrice se voit rangée, sans qu'elle n'y comprenne rien, au rang des "coupables" ... Et puis c'est un livre dont la lecture n'est pas facile. Pourtant les phrases sont courtes, et le vocabulaire assez simple, on devrait donc pouvoir le dévorer ! Eh bien non, ça ne marche pas. Moi qui aime pourtant ça, dévorer des pages que je lis en trois coups d'oeil, j'ai été régulièrement obligé d'arrêter, de poser le livre, au bord de l'étouffement, de la suffocation ... Mais il n'empêche ... faut-il le préciser ? je n'ai pas pu faire autrement que d'aller jusqu'au bout  !

C'est particulièrement vrai des longs passages (écrits en italiques) où c'est la grand-mère qui se remémore des scènes de son passé : son séjour à l'hôpital psychiatrique (pages 233 à 241) et la rencontre du grand-père, la nuit où elle a aidé sa meilleure amie, juive, à se cacher pour échapper aux poursuites (pages 275 à 282) ...

J'ai quitté Paris pour un petit village près de Troyes, où je dois faire un peu de maçonnerie pour aider des amis. Je dors seul dans une petite chambre, sous un poids de cinq couvertures. Chaque soir, je lis quelques pages du "Bûcher" ...

Et j'ai vraiment du mal à la saisir, cette narratrice qui grandit et qui devient peu à peu une jeune femme ... Je l'ai crue "autiste" mais voilà que je m'aperçois qu'elle peut ne faire qu'une avec ce qu'elle voit, comme si elle était douée d'une suprême empathie : c'est le cas d'un faucon (pages 307-309), ce qui lui donne une envie irrépressible de manger, elle aussi, une boîte de sardines, puis d'un sapin (pages 309-311) ...

Et c'est ainsi que souvent une autre réalité fait irruption dans le récit. cela peut venir des pratiques magiques de la grand-mère, du fantôme du grand-père, de tous ces morts qui sont là, quelque part, à portée de mémoire ...

Et bien sûr, comme pour la Hongrie, probablement comme pour tous les pays "ex-communistes", on pourrait parler du poids des ans, de toutes ces couches historiques successives empilées comme des couvertures et qui entravent (ô combien !) toute vision libre et dégagée du futur ... Mais curieusement ce n'est pas l'image qui m'est venue à la lecture du "Bûcher". En fait ces couches je les vois plutôt ici sous les pieds des personnages, et formant un empilement de tapis, parmi lesquels courent des forces obscures, souterraines, et pouvant déclencher à tout moment l'irruption d'un fait, d'un personnage, ou d'un souvenir ...

3) Après :

Voilà, le livre est fini ... C'est toujours un peu triste de quitter un livre avec qui on est resté quelques semaines. Il faut dire que j'ai fait le forcing ces derniers jours, comme si je n'avais pas envie de prolonger les adieux ...

"Les yeux de grand-mère s'ouvrent." Voilà les derniers mots du livre, mais est-ce pour vivre ou pour mourir ? Comme souvent une bonne part de liberté est laissée à l'interprétation du lecteur. Ceci est lié bien sûr au mode de narration choisi, entièrement confiné au point de vue la narratrice qui, de plus, se refuse catégoriquement à expliquer, et même d'une manière générale à penser, probablement pour ne pas donner prise à ces forces dont je parlais plus haut. Et c'est donc au lecteur de compléter les blancs du récit, de tenter de comprendre les non-dits.

Je n'ai pas encore parlé de la couverture de l'édition Gallimard, sur laquelle on voit une jeune fille dont le visage est entouré d'une couronne de fleurs des champs qu'elle soutient de ses deux mains. Maintenant que j'ai lu tout le livre, je trouve ce choix excellent ! On peut penser au "Printemps" de Botticelli, mais aussi à un rituel animiste dans lequel la jeune fille et les végétaux se confondent, ce qui fait précisément écho à plusieurs scènes du livre où la narratrice communie avec les forces de la nature. Et puis cette couronne végétale borne sa vision de chaque côté, et recouvre sa bouche, l'empêchant de parler. Là encore la correspondance avec la position de la narratrice et le style du récit me semble assez claire ...

Et le titre ? Ah ... le titre ... De quel "bûcher" s'agit-il en fait ? Bien sûr la piste "sorcière" reste valide, en particulier si l'on pense à la scène finale où la grand-mère n'échappe que de très peu au supplice qui lui est promis ... Mais on peut penser aussi à une autre scène où la grand-mère et la petite fille construisent ensemble un bûcher propitiatoire à l'aide de branches sur lesquelles elles inscrivent les noms de ce qu'elles veulent ou ne veulent pas, ou bien à un bûcher plus ancien sur lequel les effigies du "Général" ont été brûlées avant que le livre ne commence. Ou encore (et c'est Ma Douce qui m'y a fait penser) le "bûcher" de la culpabilité, celui qui vous consume inlassablement, pourvu que vous soyez né(e) au mauvais endroit au mauvais moment ... Avec un autre sens du mot "bûcher" on peut penser également à l'endroit où la grand-mère a caché ses amis, une espèce de réduit dissimulé par un empilement de bûches. Au lecteur de s'y retrouver et de choisir ... mais il n'est pas obligé !

Un dernier mot pour finir : malgré l'emploi de la 1ère personne, malgré les lacunes du récit qui y sont liées, j'ai rarement lu un livre aussi "cinématographique" et je suis prêt à parier ma modeste fortune qu'un film verra bientôt le jour, peut-être réalisé par l'auteur lui-même ?

En espérant vous avoir donné l'envie de vous plonger dans cet univers très-particulier,

sziasztok, à la prochaine !

 

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15 décembre 2018 6 15 /12 /décembre /2018 22:48

Eh oui, ça y est ! Pendant que les gilets jaunissent, que notre Premier Ministre blêmit, que Notre Président se tait, moi, pépère, peinard dans mon coin, j'enregistre ma 50 025ème page visitée depuis l'ouverture de ce petit blog !

Qui l'aurait dit ? Qui l'eut cru ? Pas moi en tout cas quand j'ai décidé de consigner par écrit mes impressions sur mon séjour en Hongrie en ... 2008-2009. Dix ans déjà que ce blog existe, incroyable ! Voyons voir, un peu d'arithmétique..

Alors 50 025 pages divisées par 10, je fais simple, ça fait 5 000 pages par an, pas vrai ? 5 000 divisées par 12, ça fait ... 416,666666666666666 pages par mois ... 416 pages divisées par 30,5 égal un peu plus de 13 pages par jour, pas si mal !

Maintenant si on s'intéresse aux visiteurs : 28 444 depuis le début. Si je refais les mêmes calculs : /10, puis /12, enfin /30,5, cela me donne ... presque 8 visiteurs par jour (7,77 exactement), et ce sur une durée de 10 ans.

Alors je sais bien qu'au temps du "buzz", au temps où n'importe quelle connerie peut récolter des millions de vues en quelques heures, cela pourra paraître maigrelet, voire ridicule à certains ... Eh bien moi j'en suis fier de ces 50 025 pages vues par 28 444 visiteurs, j'en suis fier de ces 123 articles publiés, c'est à dire plus d'un par mois sur dix ans ... Je sais bien qu'il y en a de meilleurs et de moins bons, mais ce que je sais aussi c'est que j'ai toujours essayé d'y mettre du coeur, et de parler sincèrement de la Hongrie et des Hongrois tels que je les percevais, les détestais ou les aimais au moment de l'écriture. J'espère que celles et ceux qui auront lu un ou plusieurs articles l'auront ressenti de la même manière ...

Alors, chères lectrices et chers lecteurs, merci à vous de faire vivre cette modeste aventure, et je vous promets de continuer à vous faire partager mes impressions et découvertes aussi longtemps que je le pourrai !!!

Sziasztok, szia !!!

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7 décembre 2018 5 07 /12 /décembre /2018 17:55

Eh bien moi non plus je ne le connaissais pas tant que ça, il n'y a pas si longtemps. Oh, de nom, bien sûr, et puis je l'avais un peu lu, comme ça, mais sans vraiment accrocher, en fait, je le trouvais un peu "old style", un peu "dépassé", et beaucoup moins drôle en tout cas que Karinthy, par exemple ...

Et puis ... la vie est bizarre quelquefois. Des amis m'ont demandé de préparer une conférence sur lui et son œuvre, parce qu'ils avaient participé à un voyage au cours duquel ils avaient visité à Obuda la maison où il est mort dans une grande misère ... Et comme je suis un gentil garçon, que j'ai du temps et que j'aime les défis intellectuels, je me suis attelé à la tâche du mieux que j'ai pu. Et, croyez-moi, je ne l'ai pas regretté !

Voici une biographie que j'ai trouvée assez bonne, et que j'ai recopiée sur le site "Babelio" :

Né en 1878 d'un père avocat issu de la petite noblesse, dont il tient le nom et le prénom, et d'une mère issue du monde rural, Julianna Csákányi, La différence sociale forcera le couple à ne régulariser son union qu'en 1895, après la naissance de leur septième enfant. Gyula Krúdy est le premier-né parmi les 7 enfants que compte sa famille. Il étudie au lycée de Szatmárnémeti (auj. Satu Mare) (1887-1888), puis à Podolin (auj. Podolínec) (1888-1891), puis de nouveau à Nyíregyháza (1891-1895), où il passe son baccalauréat en juin 1895. Il devient ensuite journaliste, travaillant d'abord à Debrecen, puis à Nagyvárad (auj. Oradea). Krúdy publie sa première nouvelle, "Pourquoi Caïn a-t-il tué Abel ?" à l’âge de quinze ans. En 1896, quand il s'installe à Budapest, il a déjà une centaine de publications à son actif. Il connaît rapidement le succès et devient très populaire grâce à "Sindbad". Il gagne l’estime des milieux littéraires qui le saluent pour ses innovations littéraires. Il écrit dans la plupart des grands journaux et des revues de son époque comme le célèbre Nyugat (Occident) dont il est l’un des principaux rédacteurs dans les années 1920. En 1899, il se marie avec une institutrice nommée Bella Spiegler (de son nom d'écrivain Satanella). Plus tard, il la quitte pour Zsuzsa Rózsa. Son apparence seule a suscité une foison de légendes : « Prince de la Nuit », joueur, coureur de jupons invétéré… Amateur de vin et fin gourmet, il aimait passer son temps dans les restaurants et les cafés, mais aussi dans les tavernes des quartiers populaires. Il a néanmoins écrit près de 90 romans, plus de 2500 nouvelles et plusieurs milliers d’articles de journaux. La situation politique trouble après la Première guerre mondiale et les conséquences du Traité de Trianon (1920) ont causé de graves problèmes existentiels à beaucoup de Hongrois. Krúdy a passé les dernières années de sa vie dans une pauvreté extrême, aggravée par des problèmes de santé, parce qu’il ne pouvait plus travailler suffisamment. Le prix Baumgarten (1930) et le prix Rothermere (1932), reçu grâce à Kosztolányi, alors Président du Pen club hongrois, l’ont un peu aidé, mais il était déjà trop endetté. Il s'est éteint seul en 1933 dans sa maison du Vieux-Buda où l’électricité avait été coupée. Il avait 55 ans. Les journaux ont publié la nouvelle de sa mort sur leurs unes. À son enterrement où l'orchestre tzigane de sa ville natale a joué sa chanson préférée, une foule s’est rendue composée d’écrivains, d’éditeurs, de jockeys, d’anciennes maîtresses, de garçons de café, de filles de rue… La Hongrie officielle n’a pas souhaité de s'y faire représenter.

J'enchaîne sur la dernière phrase du texte pour vous parler un peu du rapport entre Krúdy et le pouvoir, quel qu'il soit ... Et pourquoi pas celui de l'amiral Horthy, puisque c'était lui qui était aux commandes de la Hongrie au moment de la mort de Krúdy ? Lui également qui régentait le pays quand est paru, de mars à juillet 1931, le "feuilleton" de "L'affaire Eszter Silymosi", sorte d'affaire Dreyfus à la hongroise ... En effet, de quoi s'agissait-il ? De la disparition subite, le 1er avril 1882, d'une petite bonne prénommée Eszter dans le village de Tiszaeszlár (donc au bord de la Tisza) puis, très vite, de la suspicion jetée sur un groupe de Juifs qui l'auraient assassinée pour recueillir son sang au moment de la Pâque juive. On était donc, ni plus ni moins, en présence d'une accusation pour crime rituel ! Ceci fit grand bruit, et plus encore le verdict d'acquittement des accusés, qui entraîna de grands troubles à divers endroits, et le succès (relatif) d'une liste antisémite aux élections législatives de 1884. Et c'est cette affaire, et plus encore ce procès, que Krúdy choisit de chroniquer sous le "règne" de l'amiral Horthy dont l'attitude envers les Juifs est pour le moins controversée ...

Krúdy aurait-il donc voulu envoyer par cette chronique un message de libéralisme et de tolérance ? Probablement mais pas seulement ... N'oublions pas qu'en 1931 il était pratiquement aux abois et qu'i lui fallait bien trouver un moyen de nourrir sa petite famille ... 101 articles sur 5 mois, c'était quand même bon à prendre ! Mais pas seulement ... N'oublions pas non plus que l'affaire se passe non loin de Nyíregyháza, la ville natale de Krúdy, et que c'est pour lui l'occasion, une fois encore, une fois de plus, de faire revivre le pays de son enfance, non seulement "sa" province, le Nyírség, mais aussi "son" pays, la Hongrie d'avant Trianon ...

Je pourrais vous dire encore beaucoup de choses sur Krúdy, que j'ai appris à connaître et à apprécier, grâces en soient rendues à ceux qui m'ont demandé de le faire ! Mais je m'aperçois que le temps défile, que je ne sais toujours pas par quel bout le prendre, ce Krúdy, et que si ça continue, je risque fort de m'enliser à tout jamais !

Alors je vais arrêter là cet article qui n'en est pas vraiment un ... Mais avant de vous quitter je vous donne quand même la liste de ses oeuvres traduites en français, au cas où ces quelques lignes vous auraient donné envie de le lire :

 

Œuvres de Krúdy Gyula parues en français

Nouvelles et chroniques

  • Vieux Romans et La Chevauchée d’hiver d’Amédée. Nouvelle Revue de Hongrie, octobre 1941
  • Le Journaliste et la Mort, trad. Aurélien Sauvageot In : Nouvelles hongroises, Paris Seghers, 1961
  • La Demoiselle Oie sauvage et Le Château endormi, trad. François Gachot In : Arion, Budapest, 1977 n°10
  • Le Flûtiste de Pest, trad. Ibolya Virag, Le Monde, 1982
  • La Maison à la tête de dragon, trad. Ibolya Virag, Les Nouvelles Littéraires, 1986
  • La Balle du violoncelliste, trad. Ibolya Virag, La Main de Singe, 1988
  • Dernier cigare à la taverne du Cheval gris, trad. Sophie Képès In : Cure d’ennui… Paris, Gallimard, 1992
  • Le dernier cigare au Coursier arabe, trad. Péter Komoly In : Amour … Budapest, Corvina, 1996
  • Le Maître des nuits, Trad. Jean Duffeuilly et al. In : Les Cafés littéraires de Budapest, Nantes, Le Passeur, 1998

Romans

  • N.N., (N.N.), trad. Ibolya Virag, Éditions La Baconnière , Collection Ibolya Virag, poche, 2013 (ISBN 978-2-940-43118-2)
  • Pirouette, (Bukfenc), trad. François Gachot, Coll. Europe centrale, Souffles, 1989
  • Le Compagnon de voyage, (Az útitárs), trad. François Gachot, Coll. Europe centrale, Albin Michel, 1991
  • Le Prix des dames, (Asszonyságok díja), trad. Ibolya Virag et Jean-Pierre Thibaudat, Coll. Europe centrale, Albin Michel, 1992
  • Courses d'automne, (Őszi versenyek), trad. Ibolya Virag et Jean-Pierre Thibaudat, Ombres, 1993
  • Les Beaux Jours de la rue de la Main d'Or, (Aranykézutcai szép napok), trad. Natália et Charles Zaremba, In fine, 1997, Cambourakis, 2008
  • Héliotrope, (Napraforgó), trad. Anne-Christine Folinais, L'Harmattan, 2004
  • L'Affaire Eszter Solymosi, (A tiszaeszlári Solymosi Eszter), trad. Catherine Fay, Albin Michel, 2013 (ISBN 978-2-226-24826-8)
  • Le Coq de Madame Cléophas, trad. Guillaume Métayer et Paul-Victor Desarbres. Préface d'András Kányádi, Circé, 2013 (ISBN 978-2842423490)
  • La Diligence rouge (A vörös postakocsi), trad. Joëlle Dufeuilly, Circé, 2014
  • Les sept hiboux, trad. Gabrielle Watrin, Editions des Syrtes, 2015 (ISBN 978-2940523276)
  • Sindbad ou la nostalgie, (Szindbád-történetek), trad. J. Clancier, I. Virag, F. Gachot Éditions La Baconnière , Collection Ibolya Virag, 2015 (ISBN 978-2940431397)

Sans oublier

  • L’univers de Gyula Krúdy, sous la direction de András Kányádi, éditions des Syrtes, 2015
  • Dernier jour à Budapest, de Sándor Márai, trad. Catherine Fay, éd. Albin Michel, 2017
  • Un très bon site : litteraturehongroise.fr

Voilà ... une petite photo pour finir :

c'était MONSIEUR Krúdy !

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8 novembre 2018 4 08 /11 /novembre /2018 22:30

Je voudrais aujourd'hui vous faire partager un trésor ... un recueil de textes très divers qui, tous, traitent de Budapest ... avant le "changement" car c'est ainsi qu'on nomme en Hongrie la disparition du "mur" qui coupait l'Europe entre "ouest" et "est". Et vous savez le plus beau ? c'est que ce recueil je l'ai trouvé dans un vide-grenier où j'ai bien dû l'acquérir pour la somme faramineuse de ... 2 euros ? Comme quoi il n'y a pas de hasard dans la vie, il n'y a que des découvertes qui nous attendent à chaque coin de la rue ... Remarquez, si vous allez sur internet, vous pourrez le trouver pour un prix tout aussi modique, et je ne peux que vous conseiller de l'ACHETER !!!

Le recueil, dirigé par Anne Losonczy, se compose de quatre parties :

1) Buda et Pest : deux villes en une, une ville en deux (huit textes)

2) Le temps détenu (six textes)

3) Vivre et survivre (neuf textes)

4) Vivre et rêver (sept textes)

le tout étant agrémenté ici et là de photos en noir et blanc de István Halas (surtout) et Karl Vugel (un peu).

Bien sûr il n'est pas question ici de rendre compte de cette trentaine de textes, ce qui risquerait d'être un peu fastidieux mais simplement de vous en signaler quelques-uns qui m'ont particulièrement plu, même si le choix s'avère difficile tant la qualité d'ensemble est bonne.

Commençons par le premier du recueil : il s'agit de "Flânerie" de Konrád György, un des plus connus des écrivains hongrois actuels. Comme le titre l'indique il s'agit d'une suite de notations au fil d'une promenade dans Budapest, notations souvent empreintes d'humour, ainsi page 19 : Au café les os décalcifiés des vieux messieurs craquent, le désordre des jeunes énerve les croûtes sclérosées, tu es informé des diverses couches de l'Histoire, les vieux messieurs aimeraient baisser la voix pour des raisons politiques, mais hurlent en raison de leur surdité.

Ou encore : Le métro de Budapest est très profond. Nous occupons longtemps l'escalier roulant et regardons ceux qui viennent d'en face. Eux aussi nous regardent. Nos regards demi-éteints se croisent furtivement. Avec qui aimerais-je parler ? Le visage de qui est adouci par un sourire intérieur ? Lequel d'entre eux pourrait être un assassin ? Lequel est délateur ?

Vous me direz : à part la profondeur du métro (et encore) quelle différence avec Paris ? Oui, tout est pareil ... sauf les derniers mots !

Puis, après quelques photos, suit un texte de Dalos György "Budapest terminus", consacré aux trois gares de la capitale.

Puis "Naissance d'une métropole", un texte historique de Rév Ilona, suivi de "Les noms se succèdent, les rues restent" de Vezér Erzsébet dont la fin recèle une anecdote assez surprenante, celle du capitaine russe Goussev. Celui-ci serait une pure invention de l'écrivain Illés Béla, il n'empêche qu'il existe un bas-relief à son effigie ... dans la rue qui porte son nom ! Existe-t-elle encore aujourd'hui ? Une recherche internet n'a rien donné ...

Puis un texte très étrange de Esterházy Péter, que l'on ne présente plus ! "En dessous et au-dessus du réel", où l'on assiste à un dialogue surréaliste entre le responsable d'un studio de radio et un Maître venu y faire un enregistrement, l'histoire se terminant sur un terrain ... de football ?

Un peu plus loin un texte important de Kovács András : "Budapest la Juive", indispensable pour ceux qui veulent mieux comprendre la place des Juifs dans l'histoire hongroise.

Vient ensuite un texte non moins intéressant "Des Tziganes heureux ?" de Havas Gábor, qui s'emploie, avec succès, à déconstruire l'image folklorique et souvent mensongère de ces fameux Tziganes. D'ailleurs son texte m'a rappelé un livre que j'ai beaucoup aimé : "Joskan Atyin n'aura personne pour le lui rendre" de Osztojkan Béla. Une pure merveille !

Nous passons à la ... deuxième partie ! Eh oui, malgré mes bonnes résolutions, difficile de ne pas détailler toutes les merveilles de ce recueil ...

Cela commence par "L'attrape" de Eörsi István, nouvelle qui relate une mauvaise blague faite à quelqu'un qui finit par tout avouer et tout renier de peur de finir dans les geôles de la Sécurité ... "Rétro et ringard", de Török  András, s'interroge principalement sur la définition du deuxième terme : Chez nous c'est un terme d'une souplesse inouïe ; il peut être adjectif, attribut mais on peut dire aussi : " Il y a du ringard", ce qui équivaut à peu près à "Il y a de l'eau dans le gaz" ... Un jour à la radio, un petit garçon en a donné une définition que je trouve excellente : " Est ringard ce que trop de gens ou trop peu de gens font ..."

De tout autre chose parle le texte suivant : "Vienne-Budapest : la voie royale de l'inconscient" de Kassai György, consacré aux échanges entre Freud et Ferenczi, "père" de la psychanalyse hongroise. Il se clôt sur un très beau poème de József Attila, dont je vous livre la dernière strophe :

Tous les vivants sont des enfants

Un sein de mère pour désir.

Ils  tuent, s'ils ne s'embrassent pas

Champ de bataille au lit nuptial.

Eros et Thanatos, quoi ...

"Arizona-sur-Budapest" de Molnár Gál Péter nous raconte d'abord le "Budapest by night" d'entre les deux guerres, en se centrant particulièrement sur le dancing Arizona, et sur sa vedette incontestée ... miss Arizona. Vedette aux relations multiples et troubles, dont l'histoire se termina tragiquement en janvier 1945.

"Le paradigme des bottes" de Haraszti Miklós fait référence, bien sûr, aux bottes de Staline, seul vestige de l'immense statue du "petit père", abattue par le peuple le 23 octobre 1956. Bottes que j'ai d'ailleurs eu l'occasion d'admirer lors d'une visite au Memento Park :

Le texte se termine ainsi : D'ailleurs peu importe sur quelle estrade les détenteurs du pouvoir vont nous faire des signes et mentir. L'ombre des bottes les surplombera toujours.

A nouveau quelques belles photos noir et blanc, que je n'ose reproduire ici pour une histoire de droits ...

"Suites policières" de Eörsi István  à nouveau commence par une blague que je crois typiquement pestoise : "Combien faut-il de policiers pour visser une ampoule électrique ? - ??? - Trois : un qui se tient au sommet de l'échelle et deux autres pour la tourner." La suite est moins drôle puisqu'elle relate l'expérience qu'a faite l'auteur de l'interrogatoire puis de la prison ...

La troisième partie, "Vivre et survivre", est essentiellement consacrée aux changements importants qui se produisent à Budapest en cette période charnière entre socialisme et ouverture libérale, comme en témoignent certains titres : "Au bord du Danube, la Movida" (de Véronique Soulié), "Rock is hard" (de Image Iván) ou encore "Les trajets du samizdat" de Pesti Kornél. On y trouve également un entretien avec Angelus Iván, responsable de l'atelier privé "Créativité gestuelle". Cette partie se termine par un lexique assez amusant "A boire et à manger" qui rend bien compte de la vie quotidienne d'il y a trente ans puis par une liste de "bonnes adresses" dont j'imagine qu'un certain nombre doit être obsolète. Un côté pittoresque quand même ...

Enfin, "Vivre et rêver" nous emmène d'abord dans des bains hors d'âge ("Tableaux d'une piscine vétuste" de Mándy Iván) et un peu inquiétants.

"Lettres de noblesse" de Véronique Soulié nous apprend qu'un renouveau de la généalogie, "officiellement bannie en 1951",  accompagne le lent effacement du socialisme. Comment faire la fête en 1986, selon que l'on est Tsigane ou que l'on est Juif ? C'est à quoi répond "Le bal des identités" de  Kőbányai János, dans lequel on s'aperçoit que si les Tsiganes de l'époque semblent nourrir quelque espoir d'intégration, le traumatisme et l'angoisse sont encore bien présents pour les Juifs, qu'ils appartiennent aux anciennes ou aux nouvelles générations. Mais ils sont tous d'accord sur un point : "Soyons ce que nous sommes ... mais sans trop nous faire remarquer."

Et le recueil se termine sur deux entretiens : le premier avec François Fejtö (puisqu'il vit en France depuis 1938, je me permets d'écrire son nom "à la française") et le second avec ... devinez qui ? Georges Soros himself ! le Grand Satan selon certains ! Le pauvre, en 1987, il se déclarait "optimiste pour l'avenir", il ne pouvait pas savoir !

Ah ben non ! Il reste encore un texte "D'un pont à l'autre" de Konrád György. Tiens tiens ... il inaugurait le volume par une flânerie et il le clôt par une déambulation ... tout aussi intéressante ! Je vous en recopie seulement les dernières lignes : Nous, les intellectuels, commençons à aimer notre métropole sans honte et sans mauvaise conscience. Nous aimons sa stratégie que nous déduisons des pierres et de la littérature, des plaisanteries et des réunions du soir, nous sentons que cette grande ville est bien plus vraie que l'Etat. Nous aimons ce qui est compliqué car cela correspond à la vie.

Voilà ! j'espère ne pas vous avoir ennuyé(e) avec ce long article sans beaucoup de photos mais plus encore j'espère vous avoir donné envie de vous procurer ce recueil parce que, croyez-moi,si vous vous intéressez à la Hongrie et aux Hongrois, vous allez y découvrir des merveilles !!!

Sziasztok, szervusz !

 

 

 

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22 octobre 2018 1 22 /10 /octobre /2018 21:50

Après tout cela, qui nous avait pris un peu de temps (surtout la boutique équitable, d'ailleurs ...), nous ne sommes arrivés à Brescia qu'en début de soirée.

Heureusement Ma Douce nous avait résrevé une chambre dans un endroit assez étonnant, un ancien monastère ou une ancienne maison de retraite pour prêtres vieillissants, bref, quelque chose de très ecclésiastique ...

ça par exemple c'est une vue de l'escalier d'honneur dudit refuge

et ça une vue du plafond de la petite église qui était forcément là ...

Un endroit assez spécial donc, mais pas si cher que ça et avec en plus un accueil très sympa, presque chaleureux. Le seul inconvénient pour nous voyageurs c'est que ce soir-là le restaurant était fermé. Force nous fut donc d'aller chercher notre pitance sur une petite place non loin de là qui était, elle, couverte de terrasses. Après avoir un peu fureté parmi les cartes, nous nous sommes assis et nous avons patienté en supportant du mieux possible le bruit ambiant ... Quel barouf, surtout au sortir des Alpes autrichiennes ! Musiques de toutes sortes (chaque établissement voulant imposer la sienne), discussions à très hautes voix (forcément, comment faire autrement ?), cris, rires ...Bon, j'arrête ... Heureusement nous avons pu manger assez rapidement et nous nous sommes esquivés avant que l'immense tablée de sportifs, qui s'étaient installés juste derrière nous, ne commence à entonner des chants de leur club !

Slalomant entre tables et chaises, nous avons enfin atteint une longue rue, aussi déserte et nue qu'un couloir d'hôpital ... Rassemblant notre courage nous avons poursuivi dans la nuit et nous avons enfin débouché sur une grande place, où se trouvait la cathédrale, qu'on appelle en italien le "Duomo".

Enorme, le Duomo, et fermé bien sûr à cette heure-là ! Mais ce qui nous a encore plus touché, juste à côté, c'est un bâtiment rond, plus ancien et moins "tape-à-l'oeil" que la cathédrale :

Nous avons continué à marcher dans les rues de la ville, tranquilles, et nous avons entraperçu bien d'autres merveilles, ce qui nous promettait un programme de visites bien intéressantes pour le lendemain. Et à ce moment-là nous ne savions pas que nous n'avions pas encore vu LE PLUS intéressant ...

Après une nuit réparatrice, et un petit déjeuner tout ce qu'il y a de roboratif dans la cour de l'établissement, nous nous sommes donc mis en route pour découvrir un peu plus les beautés entrevues au cours de notre périple nocturne ... Nous avons retrouvé le Duomo sans aucune difficulté :

ouf, ça en jette, hein ? un tantinet écrasant tout de même : quand vous vous trouvez là-dessous vous priez pour qu'un bout ne se détache pas malencontreusement de la façade ... l'intérieur était de la même veine : immense, riche ... et froid. C'est donc assez rapidement que nous nous sommes dirigés vers le bâtiment voisin qui nous paraissait bien plus sympathique :

mmmh ... ? un autre charme, tout de même, non ? un côté très antique, presque romain ... bon, en fait il s'agit d'une chapelle romane de style lombard, reconnaissable à ses bandes verticales et aux rangées de petites arcades dites arcatures ... et à l'intérieur c'était tout aussi rond et antique ... normal puisque le Duomo vecchio a été édifié au XIIème à l'emplacement d'une basilique paléochrétienne du VIIème siècle. C'est peut-être pour cela qu'on y trouve une crypte tout à fait intéressante :

Puis nous avons suivi le déambulatoire, admiré quelques peintures murales, un immense tombeau en marbre rouge, un Christ poignant ... et sommes ressortis au soleil pour poursuivre notre visite. Nous avons erré un peu au petit bonheur dans la ville, heureusement nous n'avons croisé aucune boutique équitable ! Nous n'étions pas au bout de nos découvertes ... sur une grande place où se tenait un marché nous avons remarqué une architecture assez particulière, typique des années 30 et du style mussolinien :

Ceci est l'hôtel de la Poste et juste à côté, sur la même place se trouve un autre bâtiment tout aussi intéressant :

tout en briques, celui-là, avec des motifs industriels et techniques, datant de l'époque radieuse où le Progrès était Roi ... Quel bonheur d'aller ainsi, à côté de Ma Douce, qui me dispense de sa douce voix quelques informations concernant l'histoire de l'art ...

Après les années 30, nous sommes remontés à la Renaissance, période qui n'est pas loin d'être notre favorite, en arrivant sur la place de la Loggia. Là aussi, un ensemble très impressionnant et très homogène datant de la fin du XVème et du début du XVIème siècles. La "Loggia" sert aujourd'hui d'hôtel de ville, ce qui fait que nous avons pu y entrer ...

un détail de la façade devant laquelle nous avons longtemps hésité : s'agissait-il VRAIMENT d'une oeuvre datant de la Renaissance ou bien n'était-ce pas plutôt du "néo" ? Rien n'indiquant une quelconque reconstruction nous avons fini par nous en tenir à la première solution. Nous sommes entrés donc, et là :

ah on peut dire qu'ils ont un joli cadre de travail, les employés de la mairie de Brescia ! Sans parler des différentes salles que nous avons pu visiter ici et là, avec un accueil très gentil, d'ailleurs, mais pas très conscient apparemment de la valeur du cadre : l'habitude sans doute ? Et tout cela serait authentique ? Incroyable, non ? Et pourtant il nous restait à voir LE PLUS intéressant ...

Sur la longue route qui y menait nous avons fait halte dans une église qui s'offrait à nous. Une halte qu'on avait prévue plus courte mais la dame qui nous y a accueillis était si bavarde, elle aimait tellement la France et parler le français que nous n'avons pas pu partir aussi rapidement ... Dans cette église, extrêmement riche et décorée, nous avons surtout remarqué :

au milieu de tous ces marbres et ces angelots, une Vierge allaitant beaucoup plus ancienne (à qui un pélerinage était dédié, si je me souviens bien) touchante de grâce et de simplicité. Nous avons fini par quitter la dame si volubile et nous avons suivi une longue rue sans beaucoup d'ombre ... Cela a commencé assez modestement :

Oui, je sais, certains d'entre vous seront peut-être impressionnés mais pour nous qui avions vu tant de vestiges romains pendant notre voyage aller, ma foi, ce n'était jamais qu'un forum de plus ! Nous avons eu un peu de mal à comprendre comment il fallait y entrer mais finalement il semblait que c'était gratuit et que la visite était libre. Cela ne nous a pas empêchés de tomber sur une guide qui s'échinait en plein soleil pendant que la majorité des membres de son groupe se réfugiait dans une ombre bienfaitrice ... Nous avons fait courageusement le tour de ces vieilles pierres, notant ici un amphithéâtre, là les restes d'un hypocauste, chauffage par le sol fort usité par les Romains. Rien que de très ordinaire, en fait, non LE PLUS sensationnel restait à venir ... Nous y voilà :

Le monastère de Santa Giula, fondé en 753 sur l'emplacement d'une villa romaine, est aujourd'hui un musée, et QUEL musée ! Eglise, chapelle, cloître, crypte, tous ces lieux regorgent de richesses incroyables !!! Voyez-en un petit aperçu :

ici il s'agit du premier étage d'une chapelle qui a été entièrement peinte au 16ème siècle ...

là il s'agit d'une autre partie, l'église elle-même, où je ne pouvais pas manquer, bien sûr, l'image de mon saint favori. Moins alangui tout de même qu'à l'époque baroque, il ressemble presque à une pelote d'épingles, le pauvre ! Et partout, partout, de la beauté, de la beauté sous toutes ses formes, dans tous ses matériaux ...

Bon là on fait carrément dans l'antique, mais peu importe, vous avez vu le soin, la finesse, la précision. Moi qui pensais il n'y a pas si longtemps que les Romains n'étaient que des brutes soldatesques, je m'aperçois que certains d'entre eux étaient des as de la délicatesse, et c'est tant mieux ! Et regardez un peu ce que nous avons trouvé dans la crypte :

oui, oui, c'est bien un Saint Sébastien moderne dont les flèches ont été remplacées par des petits oiseaux ! Merveilleuse idée, vous ne trouvez pas ? Bref, au bout de 3 heures de visite on était morts, vidés, sonnés ... mais le voyage n'était pas fini car le soir-même nous devions être à Susa, pas loin de la frontière française ... Ah c'est dur parfois, la vie de voyageur ...

Sur la route pas grand-chose à dire, sinon qu'il faisait toujours très chaud et que nous avons suivi l'autoroute en contournant Milan d'abord et Turin ensuite. Ah si tout de même : un nouvel étonnement devant les tarifs pratiqués sur les autoroutes italiennes : une fois ça paraît donné, et l'autre carrément exorbitant ! Mais comme nous avions déjà expérimenté les routes nationales et secondaires, sur lesquelles on n'avance guère ...

Nous avons fait une avant-dernière halte à Rivoli, juste après Turin. Pourquoi Rivoli ? A cause du nom qui fait penser à une élégante rue de Paris ? A cause de la victoire napoléonnienne qui a donné son nom à la rue ? Que nenni ! Tout simplement à cause du château de Rivoli qui est vraiment particulier, pour ne pas dire unique en son genre ...

eh oui ! tout en briques ou presque, ce château ! et pas petit, je peux vous le dire ! je ne sais pas vous mais moi je trouve qu'avec les briques c'est inépuisable tout ce qu'on peut faire, et souvent très joli ...

Comme ce château se trouvait sur une butte, un courant d'air circulait tout autour, ce qui était bien agréable et rafraîchissant ... En plus nous avons très vite découvert que de là on avait une vue imprenable sur la ville de Turin :

Vers l'est, Turin et tout au fond les Alpes qui commencent ...

Décidément il faisait bien bon à Rivoli, c'est pourquoi nous avons prolongé notre halte en prenant un pot au café du château ... Puis nous avons fini notre exploration des lieux, en nous contentant de l'extérieur puisqu'il était déjà trop tard pour visiter quoi que ce soit.  C'est un peu désolant d'ailleurs qu'en été, quand les journées se rpolongent jusqu'à 22 h les musées continuent de fermer à 18 !

mais même l'extérieur était très joli ...

Ensuite il ne nous restait plus beaucoup de route à faire pour atteindre Susa, notre halte de la nuit. Mais comme il faisait encore jour nous avons décidé de ne pas nous presser et de prendre la petite route qui suivait la vallée de la Dora, ce qui nous a permis de découvrir une autre charmante petite ville au doux nom d'Avigliana. D'ailleurs Ma Douce avait repéré un autre lieu qui avait l'air intéressant, quelque chose comme San Michele, mais lui nous n'avons pu qu'en faire le tour. C'est sûr que même de la route ...

En fait, une espèce de "Mont Saint-Michel" perdu au milieu des Alpes, quoi !

Et quand on va sur le site de la "Sacra di San Michele", on apprend que cet endroit a inspiré "le Nom de la Rose" d'Umberto Eco, ce qui n'est pas rien ! On y apprend aussi l'existence d'un itinéraire de pélerinage de plus de 2000 km qui relie le Mont Saint-Michel, en France, au Monte Sant’Angelo, aux Pouilles.  Avis aux amateurs !

Quand nous sommes arrivés à Avigliana par cette charmante petite route, le soleil était bas sur l'horizon, et la lumière dorée à souhait. Là aussi il fallait monter bien raide pour arriver sur la place centrale ...

Comme vous pouvez le constater, il n'y avait pas foule dans le village ! Et tout autour de cette placette, dans toutes les directions, des vues à couper le souffle ...

"Que la montagne est belle !" comme dit la chanson. Et c'est sûr que là aussi cela donne envie de rester, de goûter le temps, de mieux connaître les gens, leurs us et coutumes, Mais c'est la destinée du voyageur que d'accumuler les aperçus, en se promettant régulièrement de revenir ... Si on devait aujourd'hui revenir dans tous les endroits où on s'est promis de le faire, je crois bien qu'une vie entière n'y suffirait pas !

hé oui, interdiction de stationner, c'est là notre destin !

Alors est-ce que vous vous rendez bien compte de TOUT ce que nous avons fait en une seule journée ? Et encore ce n'était pas tout à fait terminé puisque après avoir déposé notre bagage à l'hôtel de Susa (plutôt cher pour ce qu'il était), après avoir mangé dans un petit restaurant qui alliait simplicité et bonne ambiance, nous avons encore trouvé la force de nous promener un moment de nuit dans les rues de Susa ... ah ce n'est pas une sinécure, croyez-moi, d'être marié à une historienne de l'art aussi acharnée que Ma Douce !

mais demain sera un autre jour ... et un autre article !

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22 octobre 2018 1 22 /10 /octobre /2018 16:01

Et voilà, chères lectrices et chers lecteurs, que nous arrivons à la fin de notre beau voyage, avouez que vous n'en êtes pas fâché(e)s !

Or donc, nous sommes à Susa, plus très loin de la frontière française. Songez que le soir même, que dis-je ? le soir ? l'après-midi même je devais serrer ma chère petite-fille dans mes beaux bras musclés et bronzés !!! Ah, j'avais hâte ! Mais un voyage est un voyage et il faut le mener jusqu'au bout : visite de Susa donc, en bonne et due forme ...

Je ne sais pas si vous connaissez ou si, comme nous, vous êtes déjà passés par là sans même vous arrêter. C'est sûr que quand on la traverse par la route principale (et je ne parle pas du contournement par l'autoroute) elle n'est pas super-attirante, cette ville. Il faut donc prendre le temps de la parcourir à pied, de se perdre dans des petits chemins bordés de murs en pierres sèches et là, croyez-moi, ça vaut le coup !

Elle, c'est l'église que vous aperçue de nuit dans l'article précédent ... Promenons-nous encore un peu plus loin ... Prenons notre temps, savourons-le ... pas grand-monde dans les rues, il est encore tôt et il ne fait pas trop chaud ...

Tiens ? une espèce de villa romaine ? de quand donc peut-elle dater ? cela ressemble bien à une "folie bourgeoise" du 19ème ... celle d'un érudit local passionné d'art ancien ? d'un notable féru d'esthétisme et de Renaissance ?

Et celle-ci ?...

Ah ouais, pas mal ! On croirait presque de l'authentique ... mais peut-être que ça en est ? La maison d'un nobliau depuis longtemps disparu et qui n'aurait laissé que ces jolies traces derrière lui ? Après tout, tout le monde ne peut pas en dire autant ...

Plus loin, à l'extérieur de la ville, un nouvel amphithéâtre. Décidément ce voyage, du début à la fin, aura été placé sous les auspices de l'Antiquité ! Mais n'oublions pas qu'à Susa également nous sommes proches d'une frontière et donc ce n'est pas très étonnant d'y trouver un camp romain ...

Ah qu'il faisait bon se promener là avec Ma Douce ... Il faisait doux, cela sentait bon comme une garrigue provençale ... On aurait voulu le prolonger indéfiniment ... à condition de tenir ma petite-fille par la main, quand même !

Et puis au bout du chemin, stupeur ! Au-delà d'un aqueduc amenant l'eau au château de la comtesse Adelaïde un superbe arc de triomphe dans un état de conservation tout à fait surprenant ... Le bas-relief figurant sur la frise était particulièrement intéressant :

Comme vous le voyez (enfin, j'espère !) il s'agit d'un sacrifice animal destiné à célébrer la paix entre Marcus Julius Cottius, roi des Ligures et de tout un tas d'autres tribus, et César Auguste, empereur de Rome, ce qui nous amène précisément en l'an 8 avant Jésus-Christ. Pas mal, non, pour une ville "qui n'a l'air de rien" ?

Nous finissons la balade en traversant, sous le château, un cimetière de partisans et nous jetons un dernier regard sur Susa ... en nous promettant d'y revenir !

quelquefois on est obligé de sacrifier à la carte postale ... c'est trop joli !

Alors voyons voir si vous avez suivi les épisodes précédents du voyage : nous sommes dans les Alpes, ok ? nous sommes parvenus dans une vallée, en tout cas un lieu de passage entre deux pays, ok toujours ? alors qu'est-ce qu'on s'attend à voir sur le bord de la route, plus ou moins gros, plus ou moins ancien ? oui ? là-bas au fond ? bien ! BIEN !!! Madame vous venez de gagner une belle photo prise depuis la voiture :

Hé oui, un FORT ! un bon gros fort bien costaud, destiné à surveiller le passage entre l'Italie et la France ... Celui-ci s'appelle Exilles, ce qui fait un peu "Désert des Tartares" vous ne trouvez pas ? Et figurez-vous qu'en allant sur Wikipédia j'apprends que l'Homme au masque de fer y fut enfermé, avant de finir embastillé ... mince alors ! 

Restait donc à franchir les Alpes par le col de Montgenèvre, en priant pour que la bonne vieille C3 ne nous lâche pas si près du but. C'est certain que c'est un peu plus dur que le Brenner par ici, et au bout d'un moment elle s'est mise à faire de drôles de bruits, la C3 ! On s'est un peu inquiété mais finalement nous sommes arrivés en haut du col et nous l'avons laissée reposer un peu, ce qui nous a permis de visiter un vide-grenier installé sur un parking au bord de la route.

Et puis nous sommes redescendus vers Briançon ...

vous les voyez, les forts perchés de chaque côté de la vallée ?

Et là, pour une fois, nous nous sommes arrêtés, bien décidés à visiter, cette fois, les fortifications. On ne voit que ça quand on arrive à Briançon. Combien de forts ? 2 ? 3 ? davantage ? Ah ils ne faisaient pas dans la demi-mesure, du temps du sieur Vauban ! En tout cas nous en avons visité un mais ne me demandez pas lequel, l'architecture militaire et moi, ça fait deux ... Tout ce que je sais c'est qu'il y avait beaucoup de marches ...

vous le voyez, le fort tout en haut ?

et ça c'est la récompense après toutes les marches ...

Honnêtement oui, c'est gros, c'est costaud mais ça ne m'impressionne pas trop, je ne dois pas avoir la fibre guerrière, probablement ... En fait quand j'étais là-haut j'ai un peu pensé à la Bastille de Grenoble, qui est située à peu près de la même façon ... J'ai été beaucoup plus intéressé et charmé par la vieille ville, entièrement construite sur un piton rocheux ... et fortifié :

Et voilà, jeunes gens ! nous voilà arrivés au bout de ce merveilleux voyage ! après ce fut la vallée de la Durance et puis et puis ma petite-fille qui se cache dans les jupes de sa maman parce qu'elle ne me voit pas assez souvent, mais ça c'est une autre affaire, strictement privée !

Un petit cadeau pour nous quitter :

https://www.youtube.com/watch?v=aF80WSPx2ZI

"dépêchez-vous de salir vos souliers

si vous voulez être pardonnés " .... j'adore !

szia ! sziasztok ! arrivederci ! à bientôt !!!

 

 

 

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