Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
7 avril 2018 6 07 /04 /avril /2018 09:18

... m'émeut

Chuis amoureux

de ses pattes en dentelle

quand elle se lisse les ailes

je me la ferais bien

mais j'ai trop sommeil ...

 

Hé oui, il est mort, le grand Jacquot ! On avait beau s'y attendre, ça fait quand même vachtement mal ...

Un hommage sous la forme d'un poème de József Attila :

 

Après-midi d'été

Les ciseaux bavardent. Mémère

a tondu l'herbe verte,

accroupie : même de derrière

on voit sa bouche ouverte.

 

La radio frétille. Bourdonnent

sur la vitre des ailes,

des brises légères frissonnent

sur les herbes nouvelles.

 

Tiède flaque d'eau le temps

dans le Néant s'engage ;

de la fleur le frémissement

a marqué son passage.

 

Sur la table ma femme étend

la nappe immaculée.

Moi, je confonds depuis longtemps

dormir et travailler.

 

Dans ce paysage le ciel

brille comme une toile.

Sur leur plat de verre étincellent

les fraises, vraies étoiles.

 

Heureux ? Ma chérie est assise

et coud à mes côtés.

Aveugle, un train de marchandises :

nous l'écoutons passer ...

 

Texte français de Lucien Feuillade. Poème composé au cours de l'été 1934.

Paru dans "Aimez-moi" , éditions Phébus, 2005

 

Un peu le même feeling, pas vrai ? Je ne sais pas où tu es maintenant, mon Jacquot, mais si tu vois Attila, donne-lui le bonjour de ma part ...

Sziasztok !

 

 

Partager cet article
Repost0
5 décembre 2017 2 05 /12 /décembre /2017 19:31

Sziasztok !

Ah quel plaisir de lire à nouveau un livre de Szabó Magda !

Celui-là, je l'ai trouvé par hasard chez Emmaüs où nous étions allés porter quelques affaires ... Comme quoi une bonne action n'est jamais perdue ! Et je ne vous dis pas la richesse du rayon "livres" d'Emmaüs : une quantité de romans, dont certains tout juste parus, à des prix défiant toute concurrence, 3-4 euros ... Je sais, ce n'est pas très sympa ni pour les libraires ni pour les éditeurs mais un livre c'est fait avant tout pour être lu, non ?

Un nouveau roman de Magda donc, et celui-ci s'intitule "La Ballade d'Iza", paru aux éditions Viviane Hamy (comme souvent pour la littérature traduite du hongrois) en  2005. Le roman original, lui, avait pour titre Pilátus, publié en 1963 ...

On peut d'abord s'interroger sur le titre français : qu'est-ce au juste qu'une ballade, avec deux "l" ? Non pas une simple promenade, qui n'en prend qu'un, mais une forme littéraire qui nous vient de bien loin, pensez à la "Ballade des pendus" de Villon, et qui a survécu jusqu'à nos jours, comme en témoigne la "Ballade de Jim" d'Alain Souchon. On pourrait donc penser que l'on va se trouver en présence d'une histoire un peu triste et musicale, voire romantique, dont Iza sera l'héroïne ... Eh bien ce n'est pas tout à fait cela ... D'ailleurs on pourrait également s'interroger sur le titre hongrois "Pilátus", mais là je ne suis pas loin de donner ma langue au chat ! Pilate, pourquoi Pilate, "celui qui s'en lave les mains" ? Je vois d'autant moins que chaque personnage me paraît "à fond" dans son histoire ... Mais peut-être que Pilate l'était aussi ?

Alors le plus simple c'est peut-être de nous occuper d'Iza ? Ce personnage m'a rappelé fortement celui d'Irén, de "La rue Katalin" (voir l'article correspondant) : la même droiture, la même détermination, la même exigence, la même quête de perfection, bref quelqu'un(e) d'exemplaire à tous points de vue ... Mais justement c'est là ce qui cloche avec Iza, elle est "trop" comme on dirait aujourd'hui, et elle semble se croire le droit de tout régenter, au nom de cette supposée perfection.

Et c'est ainsi qu'elle arrache sa mère à l'enterrement de son mari pour la mettre dans un car à destination d'une obscure station thermale, où elle devra rester ... le temps qu'Iza s'occupe de tout !

- Maintenant on prend un café et tu t'en vas.

Elle resta un moment sans comprendre.

- Tu vas prendre un café, tu es glacée jusqu'aux os, et après je te mets dans le car. Il part pour Dorozs dans dix minutes, voilà ta valise.

- Tout de suite ?

- Tout de suite. Assez pleuré. Si tu rentres à la maison, tu vas errer à travers les pièces et te faire du mal. Je vais tout régler ici et dès que j'aurai fini je viendrai te rejoindre. J'ai mis des livres et des médicaments dans la valise et j'ai téléphoné à l'hôtel pour que le portier t'aide à remplir ta fiche.

Elle la suivit, silencieuse et docile. Dans le bar il n'y avait que deux ou trois personnes. On leur servit aussitôt un café. Elle fixa la surface brune du liquide et le tourna avec sa cuillère. C'était un songe. La petite fille avançait, son panier au bras, et Iza la guidait ; Iza était sa mère, Iza livide dans sa robe noire. Le bras d'Iza était ferme, sa voix était ferme et elle disait : "Ne pleure pas !"

Etait-il possible qu'elle ne revoie plus cette ville ni cette maison où elle avait vécu avec Vince ?

Isa se leva et paya.

Ce passage se situe page 61, à la fin de la première partie intitulée "La terre", les autres étant "Le feu", "L'eau" et "L'air", les quatre éléments donc, et voilà donc une interrogation de plus ...

Comme vous le voyez dans le passage ci-dessus, nous partageons les pensées, les sentiments et même la rêverie de la maman, mais guère ceux d'Iza, qui ne nous est montrée qu'à travers ses gestes et ses paroles ... Alors pourquoi ce titre ? C'est une autre question ...

En fait, maintenant que j'y pense, vous avez vu le film hongrois "Corps et âme", qui est sorti il n'y a pas longtemps dans les cinémas français ? Vous savez bien, cette histoire d'amour entre une jeune femme presque autiste et un monsieur plus vieux et quasiment manchot ? Mais si, ça se passe dans un abattoir et ils se rencontrent dans leurs rêves ! Là, vous voyez bien ! Eh bien finalement, c'est peut-être d'une forme d'autisme dont elle souffre, Iza, tout entière concentrée sur son devoir de petit soldat ...

Et Pilate ? Il était autiste, lui aussi ?

 

Partager cet article
Repost0
13 novembre 2017 1 13 /11 /novembre /2017 10:47

Allez ... l'automne est là, l'hiver arrive, c'est le moment de renouer avec un peu de poésie ...

Aujourd'hui j'ai choisi de vous faire partager un petit poème d'un des auteurs hongrois parmi les plus connus, Mihály Vörösmarty (1800-1855), qui a donné son nom à une jolie place de Budapest. Sur cette place on trouve le fameux café Gerbeaud, mais aussi du vin chaud qu'on boit dans des gobelets brûlants pendant le marché de Noël ...

 

Rêverie

 

Pour ton amour,

Mon esprit je l'altèrerais,

J'en saccagerais toutes les pensées,

Ses inventions, rêveuses contrées,

Mon âme en pièces je mettrais,

Pour ton amour.

 

Pour ton amour,

Sur une cime me ferais

Arbre, et me vêtirais de vert feuillage,

Souffrirais l'éclair, l'ire de l'orage,

Et puis chaque hiver je mourrais,

Pour ton amour.

 

Pour ton amour,

Roc sous le mont me ferais,

Me consumerais d'ardeur souterraine,

Et déchiré d'inextinguibles peines,

En silence je souffrirais,

Pour ton amour.

 

Pour ton amour,

J'irais demander au Bon Dieu

De me redonner mon cœur mis en pièces,

Puis en l'ornant de vertus, de noblesse,

Je viendrais te l'offrir, joyeux,

Pour ton amour.

 

Je précise que ce poème (écrit en 1843 juste après le mariage de Vörösmarty) a été traduit/adapté par Jean Gacon, et qu'il figure dans l'excellente "Anthologie de la Poésie hongroise" parue au Seuil en 1962, sous la direction de Ladislas Gara.

Sziasztok !!!

Partager cet article
Repost0
16 octobre 2017 1 16 /10 /octobre /2017 10:29

Une nouvelle fois je voudrais vous parler d'un livre hongrois que je suis en train de lire ... Cette fois il s'agit de "Katalin utca" (ou Rue Katalin en français), un roman de Szabó Magda (Magda Szabó en français) paru en 1969, et édité chez Viviane Hamy en 2006 ...

Quelques mots de l'auteur tout d'abord : Magda Szabó est née en 1917 et elle est morte en 2007. Entretemps elle a remporté de nombreux prix littéraires, dont le prix Fémina étranger pour son roman le plus connu, "La Porte", paru en 1987. D'après Wikipédia, elle adhéra à un cercle d'écrivains dissidents, baptisé Nouvelle Lune, qui jurèrent de ne pas avoir d'enfants pour empêcher le régime d'avoir un moyen de pression sur eux... cela me paraît important pour ce qui va suivre ...

Et j'ouvre ce livre, parce que je le lis tout en vous écrivant ... Et sur quelle phrase je tombe ? :

"J'ai déjà décrit qui nous étions, aussi comprendrez-vous sans peine pourquoi je fus la seule à qui Bálint et le commandant révélèrent où se trouvait Henriette, et pourquoi tous crurent ce qu'ils voulaient leur faire croire : Henriette avait rejoint ses parents et ils avaient quitté la ville ensemble." Et je crois que beaucoup de choses du livre sont dites dans cette phrase ... D'abord, qui est ce "je" qui parle ? Comme souvent dans ce roman, le lecteur n'identifie le narrateur (celui ou celle qui raconte) qu'au bout d'un moment, et encore n'est-ce pas toujours tout-à-fait sûr ... Ensuite, pourquoi en appelle-t-il à la compréhension, voire la complicité du lecteur sur la façon dont les événements s'enchaînent ? Il y a là un degré d'intimité que le lecteur est invité à atteindre ...

Et c'est bien ce qui se passe la plupart du temps : on a l'impression de connaître intimement chacun des personnages, et les filles en particulier. Henriette, bien sûr, oiseau effarouché, dont l’œil si aigu finit par transpercer le cœur, Irén, si rangée au dehors et si volcanique dedans, Blanka, dont on ne sait si c'est une folle ou une sainte ...

Et même si le roman est divisé en deux parties : Lieux / Moments et épisodes (1934, 1944, 1956, 1961, 1968) ce sont pourtant des "gens" que nous rencontrons, dont nous partageons les peurs et les espoirs, les bonheurs et les angoisses ...

Mais ce sont surtout les enfants qui font ce roman. Ceux qui meurent, comme Henriette et tant d'autres en 1944, ceux qui grandissent, comme Bálint et Irén et tous les autres depuis, ceux qui refusent de le faire, comme Blanka et certains autres ... Quatre enfants un jour réunis pour une représentation théâtrale en l'honneur du commandant, au terme de laquelle Henriette s'évanouit, Irén et Bálint tombent amoureux, et Blanka se prend une fessée pour avoir fait l'idiote !

Et un peu plus tard, si Henriette meurt au fond de son jardin c'est parce que Blanka a innocemment recloué les planches qui lui auraient permis de passer dans le jardin d'à côté, mais si Blanka a recloué les planches c'est pour faire plaisir à Irén qu'elle croyait fâchée contre elle, mais ce n'est pas contre Blanka qu'Irén est fâchée au fond, non, c'est contre Bálint qui a parlé d'un peu trop près à Henriette ... et la boucle est bouclée ...

Bref, un bon roman, comme on aimerait en lire plus souvent !

Szia !

Partager cet article
Repost0
14 août 2017 1 14 /08 /août /2017 18:26

Hé oui, on l'a refait ! Cette année encore notre bonne vieille C3 nous a emmenés jusqu'en Hongrie, via une voie nouvelle, et nous a ramenés en France, via une autre voie ...

L'aller :

Au départ, nous n'étions pas pressés ... C'est pourquoi nous ne sommes pas allés très loin : nous avions décidé de mieux visiter Autun, qui vaut vraiment la peine qu'on s'y arrête. Bien sûr, il y a la cathédrale avec son magnifique portail

the portail of the cathédrale ...

mais aussi le musée Rolin (où nous avons découvert la "Tentation d'Eve", attribuée à Gislebert),

Assez lascive, cette Eve, n'est-il pas ?

des portes romaines de la ville (comme la Porta Nigra de Trêves, mais en plus petit),

En plus petit, mais quand même ...

un temple de Janus (que nous avons trouvé tout près de notre hôtel)

avec Autun en arrière-plan ...

 

et puis, en plus de tout ça, une petite ville où il fait bon se promener dans la douceur du soir ...

Douceur du soir ... petit chemin, où nous mèneras-tu ?

 

Le lendemain, puisque c'était sur notre route, nous avons visité l'église d'Audincourt (non loin de Montbéliard), édifice tout à fait particulier construit entre 1949 et 1951.

l'église, édifiée exprès dans un quartier ouvrier ...

Comme le dit joliment Wikipedia, elle "symbolise les attentes des chrétiens et artistes entre architecture minimaliste, utopie pacifiste et art sacré". Le baptistère et ses vitraux (créés par Jean Bazaine

une ambiance très particulière ...

alors que Fernand Léger a dessiné ceux de la nef, figurant la Passion) sont tout à fait remarquables !

y compris à l'intérieur de l'église ...

Après, cela faisait un moment que nous voulions visiter la "VitraHaus", située à la périphérie de Bâle, à la frontière germano-suisse. Nous l'avions déjà frôlée lors d'un de nos voyages et nous nous étions promis de nous y arrêter un jour, et voilà, le moment était venu ! C'est vraiment un lieu à l'architecture étonnante, comme vous le montrera le lien suivant : https://www.vitra.com/fr-fr/campus/architecture/campus-architecture

En fait il s'agit bien d'une "usine" de production de meubles, et de tout ce qui peut embellir un espace intérieur, augmentée d'un lieu d'exposition tout à fait surprenant (ces boîtes empilées dans tous les sens, présentées dans un des numéros de l'excellente série "Architectures" d'Arte)

étonnant, non ?

et d'autres réalisations architecturales signées Frank Gehry, Zaha Hadid ou encore Renzo Piano, pour ne citer que ceux-là !

un aperçu du site, avec une usine au fond !

 

Et cela me rappelle une discussion récente avec Ma Douce, cependant que nous cheminions dans la chaleur de l'été ... Pourquoi, nous disions-nous, n'y a-t-il pas davantage d'endroits utilitaires ET beaux ? Pourquoi tous ces cubes gris et quasiment identiques pour des usines, des hangars, des entrepôts, et même des grands magasins ? Et corollairement, de quel droit nous impose-t-on toute cette laideur ?

Après il nous fallait trouver une route que nous n'avions pas encore suivie et, après avoir un moment caressé l'idée du Lichtenstein (et de Vaduz, sa capitale), nous avons plus sagement opté pour le lac de Constance, Bodensee en langue indigène. Cela nous a donc amenés insensiblement sur une petite route de montagne au bout de laquelle nous avons trouvé un petit hôtel tout à fait charmant, du côté de Untermettingen ...

Village au fond de la vallée ... (air bien connu)

Le lendemain, direction le lac où nous voulions explorer l'île de Reichenau. On y trouve plusieurs monastères très anciens dont celui de Saint Pierre et Saint Paul, fondé en ... 724 ! Malheureusement nous n'avons pas pu le visiter car on n'y organise que de rares visites guidées pour des groupes à effectif limité. Bien sûr on peut le comprendre, surtout si c'est pour préserver la qualité des fresques mais bon, quand on est "sur le chemin" (et apparemment nous n'étions pas les seuls !) ce n'est pas forcément le plus pratique ... Cela ne nous a pas empêchés de visiter deux autres lieux saints, tout aussi beaux, puis de pique-niquer sous les arbres, au bord d'un parking, avant de reprendre la route ...

dommage que là il ait fallu faire très vite parce qu'il était midi et que ça fermait !
le collage entre les fresques médiévales du fond et le baroque devant, j'adore !!!

Toute petite la route, d'ailleurs, car après Constance nous sommes passés en Suisse où nous avons soigneusement évité les autoroutes. En effet, en Helvétie, il faut s'acquitter de l'achat d'une vignette annuelle (40 francs suisses, soit 38 euros quand même) pour emprunter les autoroutes et autres voies rapides. A l'année ce n'est pas cher mais quand on ne fait que passer ... Des petites routes donc jusqu'à Saint Gallen, ou Saint Gall, où nous voulions visiter, bien sûr, la fameuse bibliothèque du monastère ... fondé en 613 ! Eh bien ... comment dire ? Je crois que somme toute nous fûmes un peu déçus ... un accueil pas très sympa, avec des gens qui semblent "se la péter", beaucoup de chichis (obligation de mettre des pantoufles de feutre pour respecter le parquet, il est vrai magnifique) et puis puis cette fameuse bibliothèque de Saint Gâââll elle ne nous a pas autant impressionnés que cela, pas autant que celle d'Admont en Autriche, que nous avions visitée lors d'un précédent voyage ! Ben oui, qu'est-ce que vous voulez, à force de voir des merveilles, on devient difficile !!! En plus vous n'aurez pas de photos parce qu'il était interdit d'en prendre, les appareils étant carrément confisqués ! Heureusement un petit tour dans l'église de l'abbaye nous a rappelé toute l'intensité noire du baroque ...

Quelle violence ! Quelle épouvante !!!
Carrément flippante, l'abbaye, avec tous ces oiseaux noirs au plafond !!!

 

Puis nous sommes passés aussi vite que nous avons pu en Autriche, qui paraît tout de même beaucoup plus accueillante. Je dis "aussi vite" parce que pour éviter les autoroutes il faut en faire, des détours ! Pour avancer un peu, nous avions choisi la voie rapide vers Innsbruck mais au bout de quelques kilomètres on nous prévint d'une déviation ! Décidément il valait mieux prendre son temps ... Quand vous quittez la vallée, en Autriche, ça monte tout de suite bien raide. Et c'est ainsi qu'au soir nous nous sommes arrêtés dans un nouveau petit village, Saint Anton, qui s'était transformé en station de sports d'hiver : beaucoup d'hôtels, de chalets, et même des tire-fesses !

une jolie petite église du bord de la route ...

Le lendemain, nous avons décidé d'innover en passant par le col du Brenner, vers l'Italie. Très beau, le Brenner, même s'il faut payer une taxe supplémentaire pour l'emprunter ... Nous avons roulé un moment en Italie, en suivant une vallée tranquille puis retour en Autriche où, après Lienz nous avons pris l'autoroute (oui mais la vignette autrichienne ne coûte que 8,90 euros pour 10 jours !) qui nous a amenés à moins de 20 kms de la frontière hongroise. Comme il était un peu tard et que nous n'avions pas envie de rallonger encore le trajet du jour, nous avons décidé de dormir à Körmend, petite ville qui, il faut bien l'avouer, ne présente pas un grand intérêt ... si ce n'est celui d'abriter un des nombreux châteaux de la famille Batthyány, que vous devez probablement connaître, au moins de nom !

Le retour :

Sûrement qu'on est tous comme ça : il y a des noms, dans l'atlas de notre jeunesse, qui nous ont fait rêver plus que d'autres. Eh bien, moi, parmi tous ceux-là, il y avait Maribor ! C'est toujours beau de réaliser un rêve de jeunesse, pas vrai, et c'est donc vers cette ville de Slovénie que nous dirigeâmes nos roues ... Comme nous étions à Baja, il nous fallut un moment pour y arriver : Bátaszék, Pécs que nous contournâmes cette fois sans nous y arrêter, Szigetvár, que nous avions déjà visités, pour passer la frontière croate à Barcs. Et là le sketch ! Le douanier prit nous passeports, tapota sur son clavier, fronça les sourcils, qu'il avait fort épais, et sortit pour référer, comme on dit dans tous les jargons militaires. Il revint avec un chef, qui avait l'air aussi embêté que lui ... Enfin une demoiselle s'approcha de la voiture et me fit remarquer en anglais que mon passeport était périmé depuis plus d'un an ! je le savais, bien sûr, mais nous étions en Europe et je n'aurais jamais pensé (ou alors très peu, "vite fait" comme dirait mon plus jeune fils) que cela pouvait poser un problème ! Eh bien si ! Oh pas grave, le problème, puisqu'il a suffi que je me confonde en plates excuses pour qu'on nous laisse repartir mais quand même Ma Douce n'était pas très contente, c'est le moins qu'on puisse dire !

Ensuite nous avons pris la route n°2, qui longe la frontière jusqu'en Slovénie. Chaude, très chaude même, la n°2 ! Il devait faire pas loin de 40°, et nous n'avions toujours pas la climatisation ! Et puis, interminable avec ça, un village succédant à l'autre pendant une centaine de kilomètres ! Et puis, je ne sais pas, ce n'est pas la première fois que je me fais la réflexion, il y a un côté triste et laid dans ces villages bourrés de maisons pas finies, en briques nues, sûrement pour ne pas payer les impôts ? Nous nous sommes arrêtés un moment (pas assez pour Ma Douce!) dans la ville de Varaždin, qui fut un temps capitale de la Croatie, figurez-vous ! On y trouve un beau château

THE beau château ...

et aussi probablement tout un tas de choses intéressantes que nous ne prîmes pas le temps de voir ... il faut dire que le nom de Maribor me trottait de plus en plus dans la tête ! Bah, nous reviendrons, nous dîmes-nous comme souvent... Puis ce fut la frontière slovène, et une nouvelle remarque sur mon passeport ...

Quelques kilomètres plus loin, nous avons fait une halte à Ptuj, pour faire quelques photos de son gros château. Là encore, sûrement, d'autres choses à voir ... et puis, enfin, enfin, ce fut Maribor !!! Et ... heu ... comment dire ? peut-être que j'avais un peu trop rêvé ? En tout cas, Maribor, sans être moche (quoique dans certains quartiers ...) était loin d'être aussi belle que je l'avais imaginée. Nous avons marché un moment au bord de la Drava, sur laquelle flottaient des cygnes

Les cygnes sur la Drava à Maribor ... (snif !)

puis dans le quartier ancien

ce qui donne ça ... (bouououh ...)
mais aussi ça, avec un Saint Sébastien pas piqué des hannetons !

et puis ... nous sommes repartis ! Pas grave, j'étais bien content d'être venu quand même ...

Direction l'Autriche donc, qui est quasi incontournable entre la France et la Hongrie. Et le fait est que nous apprécions de plus en plus ce pays, dont nous commençons à entrevoir toutes les richesses ! Avant de passer la frontière pourtant nous nous sommes arrêtés dans un hôtel de Dravograd, sur la terrasse duquel nous avons pris notre dîner. Il faut dire que c'était le 10ème anniversaire de notre rencontre et que l'idée de le fêter sur la route, dans un bled de montagne slovène dont nous n'avions jamais entendu parler, nous paraissait on ne peut plus romantique ! Ce romantisme fut encore accentué par un orage soudain et violent, comme il arrive en montagne, et qui nous obligea à déplacer notre table pour être un peu plus à l'abri des bourrasques qui nous encerclaient !!!

Sur la route ... un beau grenier à séchage ...

Retour en Autriche donc, où nous avons fait le plein pour pas cher du tout avant de passer en Italie où les prix sont carrément exorbitants ! Nous avons repris la route de Klagenfurt et de Villach mais dans l'autre sens, c'est d'ailleurs le seul tronçon que nous avons suivi dans les deux sens. Puis nous avons poursuivi vers Arnoldstein pour atteindre Travisio. Eh bien je peux vous dire que la traversée des Alpes, dans ce coin-là, est on ne peut plus cool, ce dont la C3 ne s'est pas plainte, bien sûr !

Et puis un peu plus loin nous avons découvert une petite ville dont nous n'avions jamais entendu parler, Venzone ! Une étonnante ville fortifiée de 3 remparts, avec sa cathédrale, son baptistère abritant une collection de momies, et sa maison communale du 14ème siècle.

Les remparts de Venzone : il y faisait très chaud !!!
Dans la cathédrale, une très émouvante Déploration ...

Le plus étonnant peut-être est que cette ville fut quasiment détruite par un tremblement de terre en 1976 (y compris la cathédrale) et qu'elle fut reconstruite à l'identique grâce au courage et à la ténacité de ses habitants !

Comme si on n'avait pas encore assez chaud on a poursuivi vers le sud, en direction d'Udine; Mais comme il fallait commencer à se diriger vers la France on a coupé vers l'ouest pour prendre l'autoroute à Portogruaro. Et puis, pouf, d'une seule traite jusqu'à Bergame, où nous sommes arrivés vers 18 heures. Là encore, un nom qui me faisait rêver, peut-être à cause de la bergamote ou des "bergamasques" de Paul Verlaine ? Il y a deux villes à Bergame : la basse, plutôt moderne d'après ce que nous avons pu en voir en la traversant, et la haute, ancienne, près de laquelle nous nous empressés de nous garer. Après avoir grimpé une très longue rue en pente nous sommes arrivés dans le centre ancien, où de nombreux panneaux indicateurs permettent de se repérer. Et c'est ainsi qu'au delà d'une grande place , tout près de la cathédrale, nous avons découvert la chapelle Colleoni qui était une des raisons de notre visite ...

voici la façade dans son ensemble ...
et un détail pour que vous ayez une petite idée du boulot !!!

Un grand délire typique de la Renaissance, cette façade !!! on aurait pu rester des heures à observer chaque détail. Bien sûr cela faisait furieusement penser à celle de la Chartreuse de Pavie, et nous ne fûmes pas surpris d'apprendre qu'elles étaient toutes deux des oeuvres du même artiste, Giovanni Antonio Amadeo.

Et puis nous avons fait un grand tour dans la vieille ville en suivant des rues pavées, et en notant au passage nombre de choses étonnantes et belles ...

vous la voyez, la différence avec Maribor ? (re-snif ...)

En regagnant la voiture le long des remparts, nous nous sommes fait la réflexion que Bergame, d'une certaine manière, ressemblait un peu à Pampelune ... C'est ça, quand on voyage, on en arrive à faire des parallèles saisissants !

un petit air de Pampelune, en effet, pour ceux qui connaissent !

Le rêve de Ma Douce c'était d'aller à Vigevano. Après Maribor et Bergame, je pouvais bien lui accorder ça ... Mais pourquoi Vigevano ? Vous avez déjà entendu parler, vous, de ce Vigevano ? Moi pas. Eh bien je peux dire maintenant que ça vaut le coup d'y aller, à Vigevano ! On arrive assez rapidement à une grande place centrale :

La Piazza Ducale, vraiment très grande, et très belle aussi ...

Le Duomo, au fond, est d'époque baroque mais tout le reste date de la Renaissance, du temps de Ludovic Sforza, dit Il Moro. Et c'est sous les arcades de droite qu'on trouve un escalier qui mène au château et à la tour de Bramante. Nous débouchons sur une vaste esplanade entourée de plusieurs bâtiments et comme Ma Douce est une fan absolue de Léonard de Vinci (parfois cette adoration me semble teintée d'un rien de gérontophilie mais comment être jaloux d'un tel génie ?) nous commençons par visiter les écuries qui ont été réalisées d'après ses plans.

ça en jette, pas vrai ?

Ensuite nous visitons une deuxième écurie qui sert de cadre à un musée d'archéologie locale, puis nous arrivons au bâtiment qui abrite le musée Leonardiana. Et devinez à qui il est consacré, ce musée, hein ? hein ? En tout cas une surabondance d'utilisation des "nouvelles technologies" mais d'une manière assez traditionnelle, ce qui entraîne parfois un pesant didactisme. Mais là aussi interdiction de faire des photos !

... sauf de l'extérieur, bien sûr !

Puis nous avons arpenté un long passage couvert qui, il y a des siècles, permettait d'accéder au vieux château, aujourd'hui disparu ...

vraiment long, le passage ... mais couvert !

Puis nous avons crapahuté dans un souterrain sans autre intérêt que celui de sa fraîcheur relative ... Je vais vous dire un truc : c'est que quand Ma Douce visite quelque chose elle le fait vraiment de fond en comble, de A à Z, de long en large et même en travers ! D'ailleurs elle m'a planté là, en train de finir ma pizza, pour retourner photographier un truc qu'on avait eu le malheur de ne pas encore voir ... Bon, j'ai fini ma pizza ...

Et évidemment le temps passe pendant ce temps-là ... Alors comme il fallait qu'on soit en France le même soir, pour cause de baptême le lendemain on a regagné l'autoroute vers Novara et on l'a suivie pratiquement jusqu'à la frontière qu'on a traversée au col de Montgenèvre avant de redescendre sur Briançon ...

une belle image des Alpes, pour se quitter en beauté !

Voilà ... j'espère que vous aurez pris autant de plaisir à suivre ce voyage que nous en avons eu à l'effectuer ... mais ça m'étonnerait ! :)

Sziasztok !!!

Partager cet article
Repost0
9 juin 2017 5 09 /06 /juin /2017 23:16

Eh bien décidément ça marche bien, mon petit commerce autour du dictionnaire ! Alors pourquoi ne pas continuer, hein ? Seulement cette fois, pour alléger un peu le côté aride de la chose, je vais essayer de vous mettre des photos personnelles en rapport avec chacune des notules glanées ici et là dans ce charmant ouvrage dont je vous rappelle (on n'est jamais trop prudent) les références : "La Hongrie et les Hongrois", dictionnaire abrégé des faits et des croyances, des mythes et des coutumes, par Istvan Bart, publié aux éditions Corvina en 2008 ... voilà ... voilà ...

Et cette fois je commencerai par :

le hussard ! ça vous dit quelque chose, non ? le hussard, symbole de virilité, voire de machisme, ne dit-on pas " à la hussarde", c'est à dire, d'après mon Petit Robert, "brutalement, sans retenue ni délicatesse" ?

D'après Wikipédia le mot huszár viendrait de "husz" qui veut dire "vingt" en hongrois, parce qu'au temps de la guerre contre les Turcs chaque village devait fournir un homme équipé pour vingt manses de terre, et de "ar" qui veut dire "payer". Mais le mot existe dans chaque langue européenne, ce qui démontre le succès remporté à la fois par la tenue et les méthodes de combat de ces soldats très souvent mercenaires. D'ailleurs une autre origine possible du mot (signalée dans Wiktionary cette fois) est le serbe "gusar" qui veut dire "bandit, pirate" ... N'a-t-on pas dit aussi "vivre à la hussarde", c'est à dire de pillage ?

Mais en Hongrie, point de doute, le "hussard" est une gloire nationale ! Et dans beaucoup de festivités on trouve aussi bien des petits hussards :

 

 

 

LA HONGRIE ET LES HONGROIS (3)

que des grands hussards, généralement très sérieux :

LA HONGRIE ET LES HONGROIS (3)

Et après les Hussards, soyons fous, ... les Tziganes ou cigányok !!!

D'après le petit ouvrage auquel je me réfère, les Tsiganes vivent en Hongrie depuis le Moyen Age, et c'est au 18ème siècle qu'apparaît la figure du "Tsigane musicien", que l'on peut encore trouver aujourd'hui dans quelques lieux publics réservés aux touristes. Ceci dit, il nous est arrivé un matin très tôt de croiser une charrette surchargée de musiciens et de chanteurs braillards et souriants, qui revenaient probablement d'une noce dans le voisinage ! D'ailleurs ne dit-on pas cigányozás ("jouer au Tsigane") pour s'amuser, faire la fête dans un restaurant, chanter des chansons populaires, ...? L'image du Tsigane est donc pour le moins ambiguë : si elle a gardé cet aspect romantique de liberté sauvage et non apprivoisée, la représentation actuelle évoque plutôt la misère et la criminalité. Les Tsiganes sont devenus des "suspects au teint basané" selon le langage policier politiquement correct et l'expression "C'est parti sur le chemin des Tsiganes" signifie tout simplement qu'on a avalé de travers !

D'ailleurs, si vous voulez mieux comprendre la façon dont les Tsiganes ont vécu cette décadence sociale, en particulier au "beau temps" du communisme intégral, je ne peux que vous conseiller la lecture d'un livre de Béla Osztojkán, intitulé "Jóska Atyin n'aura personne pour le lui rendre" et édité chez Fayard en 2008. C'est tout bonnement un ouvrage fantastique !!!

Mais je voulais vous parler d'autre chose aussi ... En Hongrie existe une coutume appelée "lomtalanitás", et qui consiste, quartier par quartier, à se débarrasser de tous les encombrants en les empilant devant sa porte sur le trottoir. Et c'est jour (ou nuit) de grande réjouissance pour les Tsiganes, ces rois de la débrouille et du recyclage ! Des brigades entières se répandent dans la ville, cherchant à repérer les tas les plus intéressants, qu'elles s'empressent de s'approprier en campant dessus, l'air farouche, jusqu'à ce qu'une succession de va-et-vient avec fourgonnette, remorque ou même poussette les fasse disparaître peu à peu ...

vers 4 heures du matin, la récup' bat son plein !!!

vers 4 heures du matin, la récup' bat son plein !!!

Enfin, élevons-nous jusqu'à la sacro-sainte figure du "travailleur" ou munkás ! C'est pour lui que la grandiose révolution a déroulé son tapis sanglant, c'est à lui que tout le pouvoir a été théoriquement remis. En réalité les travailleurs hongrois, dont la majorité était des paysans chassés de leurs terres dans les années cinquante, durent s'entasser dans les lakótelep (quartiers d'habitation équivalant à nos "cités") en particulier pour échapper aux nouvelles coopératives de producteurs. Ils n'avaient pas de syndicat indépendant malgré le fait que le Parti, qui avait regagné le pouvoir après la révolution de 1956, essayât de gagner leur faveur, le plus souvent par la terreur... Leur situation était caractérisée par le taux de mortalité terriblement élevé des hommes d'âge moyen travaillant en ville, et qui se tuaient littéralement au travail !

Il n'empêche, l'image du munkás était belle, était forte ...

Bonne journée Mon Chéri, ne rentre pas trop tard !

Bonne journée Mon Chéri, ne rentre pas trop tard !

Et bonne journée à vous aussi, lecteurs de mon cœur !!!

Sziasztok !!!

Partager cet article
Repost0
11 mai 2017 4 11 /05 /mai /2017 08:54

Szia !

Eh bien oui ... comme j'ai constaté, figurez-vous, que le 1er article de même intitulé avait plu ... je me suis dit : Pourquoi pas ? pourquoi ne pas repiquer au truc, et explorer à nouveau, ensemble, ce charmant dictionnaire ?

Voyons voir ...

kadarka vin rouge léger de couleur claire (notre piquette, quoi !) produit non pas dans les régions traditionnellement viticoles (c'est bien ce que je disais !) mais principalement dans la Grande Plaine --> Alföld (ah ... la Grande Plaine, vous connaissez ? on va y revenir ...) Il est appelé "vin de sable" à cause de la terre sur laquelle il est cultivé. On l'utilise pour confectionner des "giclées" --> fröccs (ben voyons!) qui ne seraient pas aussi agréables avec un vin plus lourd.

Alföld littéralement bas pays. Là, je dois dire que l'auteur du dictionnaire est un peu dur. Après une localisation géographique de bon aloi, il énonce toute une série de clichés, du moins c'est ainsi qu'il les appelle : "paysage romantique", "où souffle un vent de liberté infinie", "le petit hameau avec le nid et le couple de cigognes". Il concède néanmoins pour finir que "le caractère des habitants [...] diffère considérablement de ceux de la Transdanubie ---> Dunántúl où la densité de population est nettement supérieure.

Evidemment il y a du vrai et l'on tente bien d'exploiter ce qui pourrait être un atout touristique, tout en conservant les coutumes. Comme en Camargue, par exemple ... Mais ici les gardians ---> csikós ont de longs fouets et les bestiaux de sacrées longues cornes ! J'y suis allé : des ciels magnifiques, une nuit improbable dans une tanya, où nous fûmes reçus par un ours, et où il nous fallut ensuite escalader le lit pour dormir ..., et comment ne pas penser à Petőfi dont l'ombre se déplace, tel un nuage poussé par le vent ...?

fröccs, (essayez de prononcer "frrreueutchtch" ...) Comme vous l'avez deviné, il s'agit d'une onomatopée, où le son dit le sens ... Apparemment c'est une coutume austro-hongroise (mais j'ai vu ça à Venise aussi) que d'ajouter de l'eau gazeuse à du vin léger, blanc ou rouge, et plus pour se désaltérer. Il existe différentes variétés suivant les proportions de vin et d'eau : la petite giclée, la grande, le long pas ... et le concierge !

Pour finir, un peu d'histoire ...

Millenium, a. Millénaire, le. Celui de 1896, bien sûr, qui célébrait le 1000ème anniversaire de la conquête de la Hongrie (ah si vous saviez ! quelle histoire !). Tous les Hongrois savent de quoi il s'agit car c'est le souvenir d'une époque prospère, où tous les espoirs étaient encore permis ... On fit moult célébrations, moult expositions et moult démolitions et constructions, en particulier à Budapest, un peu à la Haussmann ...

Allez, je vous laisse ... jusqu'à la prochaine fois !

Szia !

 

Partager cet article
Repost0
24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 23:12

Ne vous inquiétez pas ! Il ne s'agit pas ici de vous faire subir un exposé sérieux et complet sur le sujet, ce dont je serais bien incapable ! En fait il s'agit de vous présenter un livre qu'on m'a offert, et dont la page de couverture annonce :

 Les mots-clés de l'histoire et de la vie quotidienne

 DICTIONNAIRE ABREGE

des faits et des croyances, des mythes et des coutumes par

 ISTVÁN BART

et qui a été publié aux éditions Corvina en 2008.

Un dictionnaire donc, et forcément une lecture pas facile quand on ne sait pas exactement ce qu'on veut chercher ! Quelles portes choisir pour "entrer" dans une culture, et surtout comment se nomment-elles ... puisque tous les mots dudit dictionnaire sont des mots hongrois ? La solution est bien sûr de picorer d'un  mot à  l'autre, en s'aidant des quelques connaissances que l'on a déjà. On est encouragé par le fait qu'il y a souvent un ou plusieurs renvois dans un article. Pour un peu on se croirait sur le ouèbe ! Voici quelques-unes de mes découvertes.

A peu près au milieu (page 94) je suis tombé sur :

köztársaság, république : l'actuelle république de Hongrie, établie en1989, est la troisième dans l'histoire du pays. La première fut déclarée pendant la révolution de 1918 (-->forradalom, 1918) et la seconde en 1946... la République de 1918 fut suivie six mois plus tard de la République des Conseils ( -->Tanácsköztársaság) et la république de 1946 fut renversée trois ans plus tard par la didacture dite République du peuple. Entre les deux  républiques, il y a eu une monarchie sans roi avec Miklós Horthy (le dernier amiral de la marine austro-hongroise) comme chef de l'Etat, assumant la fonction de Gouverneur.

Voilà, je vous ai recopié (presque) tout l'article pour que vous vous fassiez une idée. Comme vous voyez, c'est simple (peut-être trop ?), clair, et il y a deux renvois pour le même article. Pour ceux que l'histoire intéresse ... et j'en fais d'ailleurs partie, surtout en ce qui concerne la Hongrie, où elle semble avoir tant d'importance !

Le mot forradalom, révolution, par exemple, qui désigne celles de 1848, de 1918 et de 1956, est une bonne "entrée" dans la mentalité hongroise ...

Mais allons à :

kiskapu, petit portail : deux portails s'ouvrent sur les cours des maisons villageoises, l'un, haut et large, pour les carrioles, ("le grand portail"), l'autre, plus étroit et plus bas, pour les piétons ("le petit portail"). C'est la source de la sagesse populaire selon laquelle, à proximité de tout "grand portail" légal, il doit y avoir un "petit portail" correspondant par lequel, grâce à un avocat habile ou à des relations, on peut passer quand le"grand portail" n'est pas praticable. Ainsi, dénicher un "petit portail" dans la loi ... n'est pas considéré comme une irrégularité mais comme une chance.

Et il faut bien dire également que ce genre de pratique a été fortement encouragé par le système socialiste où la recherche de passe-droit était devenu un sport national et quasiment obligatoire !

et terminons avec un verre de :

pálinka, eau-de-vie : quand vient l'automne, dans (presque) toutes les maisons de (presque) tous les villages de Hongrie, quelques litres d'eau-de-vie maison sont distillés, pour lesquels des taxes sont payées ou non. C'est l'élément incontournable d'un accueil chaleureux. On a plaisir à la boire par un froid matin d'hiver ou à la prendre pour une rage de dents ou des maux de ventre et ses grandes qualités antiseptiques sont très appréciées. Le type le plus courant, ironiquement appelé kerítésszaggató ("briseur de clôtures"), est composé de toutes sortes de fruits tombés des arbres ... Il existe un dicton selon lequel " le paysan boit de la pálinka le matin, l'homme du monde le midi et l'idiot la nuit".

Ajoutons que les "vrais hommes" (comme mon beau-père) boivent leur petit verre de pálinka en une seule  fois, en rejetant violemment la tête en arrière. Pour ma part, je me contente de siroter, en arrondissant des yeux admiratifs.

Voilà, ce sera tout pour cette fois ! C'était juste pour vous signaler l'existence de ce livre, et vous donner un aperçu de son contenu. Et puis pour parler un peu de la Hongrie, aussi ...

Sziasztok !

 

Partager cet article
Repost0
27 février 2017 1 27 /02 /février /2017 22:52

Sziasztok !

"Vegyes" en hongrois, ça veut dire "mélangé", composite, fait de choses et d'autres ...

par exemple, ça, c'est une "vegyes bolt", c'est-à-dire une boutique où l'on vend de (presque) tout !

par exemple, ça, c'est une "vegyes bolt", c'est-à-dire une boutique où l'on vend de (presque) tout !

et c'est bien ce que cet article va être, un mélange de petits faits et de réflexions, glanés ici et là lors d'un nouveau séjour en Hongrie à l'occasion du 70ème anniversaire de "Anyós", c'est à dire de belle-maman ...

L'anniversaire d'Anyós :

Ah Anyós, ou Anyu comme l'appellent ses enfants, elle en a de la chance d'être aimée à ce point ! Figurez-vous que pour son 70ème anniversaire Ma Douce, son frère et sa sœur lui avaient préparé une surprise de 1ère catégorie : ils ont carrément loué un wagon du "train des enfants" (appelé Gyermekvasút en hongrois) dont je vous ai déjà parlé dans un article précédent (voir "Dans les collines de Buda"). Créé en 1948 il s'agit là d'une survivance curieuse de la période communiste où il s'agissait dès le plus jeune âge d'intégrer les valeurs de rigueur et de travail bien fait, et c'était un honneur que de pouvoir participer à son fonctionnement. Aujourd'hui, dans la mesure où il traverse les collines de Buda c'est un itinéraire conseillé aux touristes, propre à découvrir le panorama sur Budapest ...

Quand on est arrivé au terminus d'Hűvösvölgy pour prendre livraison du wagon ça s'annonçait plutôt mal ... Après quelques recherches dans un dépôt désert, mais sévèrement gardé par des chiens, on a fini par trouver une porte grillagée à laquelle on a frappé. On nous a dit d'entrer et on a découvert 3 personnes posées devant leurs bières, et qui manifestement n'avaient pas trop envie de bouger de là ...Il faut dire qu'on était samedi, qu'il était presque 15h et que le week-end était déjà entamé ... Finalement, après quelques explications, on est tous sorti sur les voies et on nous a montré ... ça !

 

hé oui, c'est bien votre serviteur qui vous accueille à la porte !

hé oui, c'est bien votre serviteur qui vous accueille à la porte !

C'est sûr que ce n'était pas l'Orient Express qu'on nous proposait là ! Mais quand on a découvert l'intérieur on a été plutôt rassuré : c'était "vintage" à souhait, probablement que rien n'avait été changé depuis 1948, même pas les 2 étagères vitrées et poussiéreuses contenant des collections de minéraux ! On a tout installé vite fait : les boissons, les gâteaux, les décorations, et puis une locomotive est venu nous prendre pour nous emmener à Hűvösvölgy, la gare de départ, et puis les invités sont arrivés et puis, bonne dernière, Anyós, accrochée au bras de son grand fils, dont les yeux se sont arrondis en découvrant le train. Il faut dire que pendant des années elle avait travaillé pour la M.A.V., qui est la SNCF hongroise ...

Alors, tout en cheminant parmi les collines de Buda, on a bu et mangé, on a ri et chanté, on s'est demandé et donné des nouvelles et on a souri, bref, c'était vachement sympa ! Pour les enfants qui étaient là, un vrai bonheur que d'avoir tout un wagon à soi, par les fenêtres duquel ils pouvaient faire fièrement coucou à des passants médusés !

Et puis on est arrivé au terminus de Széchenyihegy, à l'autre bout de la voie, où on est resté une demi-heure, le temps que le train suivant vienne nous chercher. Cela m'a laissé le temps de faire une curieuse découverte. J'étais dehors, en train de fumer une cigarette, quand j'ai vu arriver un petit groupe conduit par ce qui ressemblait à un chef de gare. Casquette vissée sur la tête, clope au bec, il était tout petit et marchait d'un petit pas pressé ... Un des invités de la fête, qui faisait partie du groupe, m'a fait signe de suivre le mouvement. Un peu plus loin, on est arrivé à une espèce de bâtiment carré qui abritait un poste d'aiguillage, avec de grandes manettes à roues dentées. Le petit chef s'est bientôt évertué sur un téléphone avec une manivelle qu'il s'est mis à tourner comme un fou sans que cela produise le moindre résultat : ma parole il n'y avait que dans les films sur la deuxième guerre mondiale que j'avais vu ça !

Et puis la nuit est arrivée, elle arrive vite en Hongrie, alors on s'est embrassé et séparé, on est remonté dans nos petites voitures et on a regagné la ville ...

Une expo au Vigadó :

Un matin, avec Após, que ses enfants appellent Apu, (vous aurez compris j'espère qu'il s'agit cette fois de "beau-papa"), on a décidé d'aller au Vigadó pour voir une expo ...

Le Vigadó c'est vraiment un endroit impressionnant, immense et très beau, presque "trop". Quand on entre là, on est soufflé par les dorures, les marbres, les décorations qui se bousculent pour vous chavirer l'œil...

voilà ! ça c'est le grand escalier du Vigadó !

voilà ! ça c'est le grand escalier du Vigadó !

et ça, c'est le petit, un genre d'escalier de service, quoi !

et ça, c'est le petit, un genre d'escalier de service, quoi !

Après nous être baladés un peu partout, après en avoir bien pris plein les mirettes de toute cette splendeur, nous sommes donc allés voir cette expo. Il s'agissait de découvrir l'œuvre d'un certain Prutkay Péter, né en 1947 à Budapest, toujours vivant, dont je n'avais fichtre jamais entendu parler ...

Dans la 1ère salle figuraient quelques gravures, dont certaines m'ont paru très intéressantes :

on sent déjà poindre une certaine ironie ... non ?

on sent déjà poindre une certaine ironie ... non ?

Dans la très grande salle suivante une série d'"objets", c'est ainsi qu'ils sont identifiés, et qu'on pourrait assimiler à des collages en 3 dimensions. Je vous en ai fait une toute petite sélection parmi les quelques dizaines qui y étaient présentées :

 

Un article "vegyes" ...

Celui-ci tout d'abord, qui pourrait faire penser à une collection de médailles, ou à un arbre généalogique ...Sur la rangée inférieure, sur la plaque en 2ème position à partir de la gauche, est écrit "Nem ! Nem ! Soha !" ce qui veut dire "Non ! Non ! Jamais !", cri de refus du traité de Trianon et de ses désastreuses conséquences, le territoire de la Hongrie ayant été de ce fait amputé des deux tiers ... La légende indique qu'il s'agit d'un artefact archéologique, ce qui me fait furieusement penser à un article intitulé "Empilement et sédimentation" qui est paru dans ce blog ...

Cet autre ...

A la mémoire des informateurs ...

A la mémoire des informateurs ...

Un peu grinçant, n'est-ce pas ? Les informateurs, bien sûr, ce sont ceux qui prêtaient main forte aux services de sûreté de l'État, les "indics" du pouvoir ... Dans cette composition harmonieusement symétrique vous pouvez trouver tous les moyens utilisés pour ce faire : les yeux qui guettent par le trou de la serrure, les oreilles, le téléphone, la machine à écrire. En bas une plaque de récompense où figurent l'étoile rouge et l'inscription "Jó munkáért", ce qui signifie "Pour le bon travail" ..., scellée de la date de l'année fatidique, 1956 ...

Et enfin celui-ci :

le "match du siècle" !!!

le "match du siècle" !!!

On n'a pas pu s'empêcher, avec Após, de regarder les 6 buts de l'équipe nationale hongroise, emmenée par l'immense Puskás, et il y en avait de superbes, croyez-moi ! Ah, on devait avoir l'air fin, serrés l'un contre l'autre, nos yeux rivés sur le minuscule écran, au milieu de cette grande salle toute vide ! N'empêche, c'était un bon moment ... et une exposition très intéressante aussi, qu'en dites-vous ? Je précise pour finir que ces quelques photos n'ont pas été prises dans la salle d'exposition, mais sur le catalogue, édité par la Magyar Művészeti Akadémia (MMA 2017)

Retour à Déli :

Ah, pourquoi est-ce que je vous impose ça ? Déli, c'est Déli pályaudvar, la gare du Midi, qui est moche comme tout, mais que moi j'aime beaucoup, je ne sais pas pourquoi ... On parle depuis longtemps de la démolir, cette pauvre Déli et beaucoup de travaux ont été réalisés à Kelenföld, qui est censée la remplacer. Et puis aux dernières nouvelles, non, on va la garder ... mais ça n'arrête pas de changer ! Moi j'y suis retourné par une après-midi bien grise et j'y ai trouvé comme un mélange d'affairement et d'abandon ...

Un article "vegyes" ...

ça c'est l'esplanade en contrebas de Déli ... Il y a une dizaine d'années, quand je vivais à Budapest, c'était un vrai petit centre commercial où toutes les boutiques étaient ouvertes ... combien le sont encore aujourd'hui ?

Un article "vegyes" ...

et ça c'est le tableau des trains au départ et à l'arrivée ... on voit donc que ça bouge encore à Déli ! Pendant la petite heure durant laquelle j'ai tourné dans la gare il y a au moins 2 trains qui sont arrivés et 3 autres qui sont partis, allons il y a encore de l'espoir pour Déli !!!

Et pour finir ... un trousseau de clés !

alors il y a un machin bleu  qui permet de se servir de l'ascenseur. Ensuite, et dans l'ordre des aiguilles d'une montre :

- la clé qui sert à ouvrir la porte du vestibule, qui est commun à l'appartement d'Após et à celui de sa voisine

- deux clés qui servent à ouvrir la grille en fer qui protège la porte de l'appartement

- la clé qui sert à faire tourner la barre en fer sur toute la largeur de la porte

- deux clés qui servent à ouvrir la porte elle-même (c'est bizarre, il devrait y en avoir trois, il en a peut-être perdu une ?)

- en haut, regroupées, la clé de la boîte aux lettres, celle de la cave, et deux ou trois autres dont il ne sait plus à quoi elles servent mais qu'il est toujours bon d'avoir dans la poche ...

Moralité : quand vous habitez en Hongrie, essayez de ne pas oublier le parapluie avant de sortir et de fermer toutes les serrures, et tant pis pour vous si vous avez trop envie de faire pipi en rentrant chez vous !!!

Sziasztok !

Partager cet article
Repost0
21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 17:50

Szia everybody !

Aujourd'hui je voudrais vous faire part d'une lecture récente qui m'a bien plu ...

D'ailleurs cela fait plusieurs fois que je me dis que je pourrais vous faire découvrir un peu la littérature hongroise (celle traduite en français, bien sûr !), dont la richesse et l'intérêt ne cessent de m'étonner. Alors peut-être cet article sera-t-il le premier d'une série ... Allez savoir ce qui peut passer dans la tête d'un retraité !

Bon, soyons clairs, il ne s'agit pas ici de faire de la "chronique littéraire", j'en serais bien incapable ! Juste vous faire partager quelques moments de plaisir, et vous donner envie, à votre tour, de vous plonger dans la lecture ...

Or donc est paru récemment, aux excellentes éditions Viviane Hamy, un roman intitulé "Le passage de Vénus", écrit par Róbert Hász.

Le personnage principal en est un jeune Jésuite, János Sajnovics, que nous retrouvons tout d'abord au monastère de Nagyszombat, où il a emménagé en janvier 1766 et où il se sent un peu exilé. Il a en effet l'imagination passablement fiévreuse, ce cher János, et en dehors des œillades de Vilma, la femme de l'apothicaire, il ne trouve pas grand-chose pour la stimuler !

Mais un jour une lettre arrive de Vienne, émanant de Maximilianus Hell, l'astronome impérial dont il était l'assistant ! Le cher vieux maître compte sur lui pour l'accompagner dans un voyage jusqu'à la petite île finlandaise de Vardø, située au-delà du Cercle Polaire. Là, ils pourront, en juin 1769, observer le passage de Vénus devant le Soleil et ainsi, par tout un tas de calculs savants, mesurer avec plus d'exactitude la distance entre celui-ci et la Terre. Par la même occasion János pourra étudier de près les curieuses ressemblances entre le hongrois et le lapon ...

Une grande partie du roman (de la page 38 à la page 213) suit donc nos deux Jésuites dans leur pérégrination vers le Nord ... Ce sera l'occasion pour le plus jeune de faire quelques découvertes et rencontres (pas toujours souhaitées ni souhaitables pour un séminariste pas encore déniaisé ...) et de s'apercevoir qu'être Jésuite en ce dix-huitième siècle finissant n'est pas toujours le gage d'un accueil très chaleureux !

A la fin de l'été c'est l'arrivée dans l'île, et il faut se préparer pour la longue nuit qui vient. Le territoire n'est pas inhabité, loin de là : János y fait la connaissance du commandant de la forteresse, de sa jolie fille Dorothea et surtout de Raskovitz, un proscrit condamné à rester sur l'île, avec qui il finira par avoir quelques échanges très intéressants ...

Pour finir, précisons que les personnages principaux de ce livre ont réellement existé (sauf peut-être le proscrit Raskovitz ?) et que vous pouvez trouver leurs notices sur Wikipedia. L'expédition scientifique a réellement eu lieu, ainsi que les recherches linguistiques de Sajnovics qui ont conduit à l'apparition d'un groupe "finno-ougrien" ... Peut-on pour autant parler d'un roman "historique" ? Je crois que l'auteur va plus loin dans la mesure où il nous fait voir et ressentir les choses à travers les yeux et la sensibilité du jeune János, à travers sa foi et ses doutes, ses rêves et ses angoisses ...

Voilà, je ne vais pas vous en raconter davantage mais j'espère vous avoir donné envie de découvrir ce livre, et de passer quelques bonnes heures en sa compagnie !!!

Sziasztok !

 

et quand on va sur Google Maps on retrouve les traces de la forteresse de Vardø !

et quand on va sur Google Maps on retrouve les traces de la forteresse de Vardø !

Partager cet article
Repost0