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18 décembre 2008 4 18 /12 /décembre /2008 08:40
Sziasztok !

Franchement, moi, Noël ... c'est pas trop mon truc ! D'abord je ne suis pas ce qu'on pourrait appeler quelqu'un de fondamentalement "religieux", ensuite tout ce qui revêt un caractère disons "obligatoire" a tendance à me provoquer des éruptions cutanées, enfin, et c'est paradoxal, ces fêtes sacrées qui se transforment en foires à la consommation... Bref, rien de très original là-dedans ...
C'est pourquoi j'appréhendais un peu Noël ("Karácsony") en Hongrie : religion, tradition, consommation, tout me semblait réuni pour faire naître en moi un profond ennui. Et puis ...

Et puis, un dimanche, nous avons pris le bus jusqu'à Nagytétény, autrement dit le bout du bout de Buda, vers le sud. Il y a là un petit château baroque
dans lequel devait se donner un concert de musique ... baroque comme il se doit ! Malheureusement, en bus c'est vraiment très long pour arriver jusque là et quand on s'est présentés à l'entrée le concert était déjà presque fini. Que faire ? Reprendre le bus en sens inverse pour rentrer en ville ? se mettre sous la couette ? aller au cinéma ? Finalement on a décidé, puisqu'on était là, de visiter l'exposition permanente consacrée au "mobilier hongrois de la Renaissance au 19ème".

Beaucoup de jolies choses :    

      
de très jolies choses :


Et tout à coup on s'est aperçu qu'entre les meubles


il y avait des sapins de Noêl, plein ! il y en avait partout !


Plus moyen de prendre la photo d'un meuble sans qu'un sapin vienne se mettre là, au beau milieu !


Vous avez vu celui-là ? tout juste s'il ne fait pas le beau pour qu'on lui tire le portrait !

Certains sapins étaient un peu étranges :


pour ne pas dire plus ...


mais le tout baignait dans une ambiance générale de bienveillance et de sérénité. Il y avait pas mal de visiteurs mais chacun marchait tranquillement, en parlant peu et bas.

Quelques sourires un peu tendres


même le décor était d'une surprenante douceur :


Etais-je en présence de ce qu'on appelle couramment "la magie de Noël" ?


Mes yeux s'embuaient, mon pouls se faisait plus lent, tinta à mes oreilles comme le bruit d'un traîneau...

Les boules de Noël devenaient des bulles ...


des moutons s'envolaient d'un arbre où d'autres étaient sagement posés ...


des hippocampes jouaient à saute-aiguille parmi les branches ...


des fermetures-éclairs s'ouvraient comme des étoiles de mer ...


chaque coeur avait un oeil, et il me regardait ...


des coeurs, des coeurs, beaucoup de coeurs ! Certains, comme dans les contes, étaient en pain d'épices :


là-haut un oiseau attend sagement qu'on lui dise de manger ...



eh oui, mes amis ! c'est ça la magie de Noël, le lion parle avec la gazelle et tous les pitbulls ont des dents en mousse, comme me disait une copine il n'y a pas longtemps !

Alors profitez-en bien, et Boldog Karácsonyt, comme on dit ici !!!


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14 décembre 2008 7 14 /12 /décembre /2008 08:14
"Quand on touche un arbre, on devient un arbre", affirme Georges le Mongol, dans le film "le 8ème jour".

Ce serait beau, pas vrai ? S'il suffisait de toucher un tronc, doucement chauffé au soleil ...


pour se sentir aussi fort, aussi vivant, aussi calme et courageux que lui ...

De toutes façons, je crois que les arbres aiment qu'on les touche, enfin, la plupart d'entre eux. Comprenez-les : comme ils ne peuvent pas beaucoup bouger, il faut bien que nous, nous allions vers eux. Et si vous caressez un arbre, regardez bien, ce serait étonnant qu'il ne vous fasse pas un petit signe de contentement ...


Mais allez-y doucement, hein : même si l'arbre est "de bois" (quelle expression stupide, quand on y pense, "je ne suis pas de bois", comme si "être de bois" c'était être insensible !) il n'en est pas moins très délicat, enfin presque tous ceux que je connais suffisamment sont comme ça ...


Une dernière remarque : vous avez probablement noté qu'il y avait des arbres blancs, des arbres noirs, des rouges, des jaunes, des verts, bleus, orange, que sais-je encore ? Est-ce que vous les avez déjà vus se battre pour autant ? Non, n'est-ce pas ? alors ?

Salut !
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10 décembre 2008 3 10 /12 /décembre /2008 21:27
... que de graver son nom sur le tronc d'un arbre ! Personnellement je ne l'ai jamais fait et je ne pense pas que je le ferai jamais. Encore l'écrire (ou même le taguer) sur un mur, pourquoi pas ? Mais prendre son couteau, ou un vieux clou rouillé, pour attaquer l'arbre ! D'accord ça ne crie pas, un arbre, mais des fois ça peut saigner :





Et graver DEUX prénoms, alors là ... Et les encercler d'un coeur aussi, pourquoi pas ? Et rajouter la date , pendant qu'on y est ? Tant qu'à y être, allons-y franchement ! Et tout ça en se regardant droit dans les yeux (attention aux coupures !), en soupirant du fond de l'âme (gaffe aux courants d'air !), et en se jurant un amour éternel, aussi éternel que ces noms gravés dans l'écorce ...

Eh bien figurez-vous que j'ai fait une découverte étrange il y a quelque temps. Nous redescendions du belvédère Erzsébet qui surplombe Buda, en allant un peu au hasard, au gré de l'inspiration. On marchait dans le bois, tranquilles, et on commençait à voir la ville entre les arbres. Soudain, au milieu du chemin, on a rencontré ça :


On arrive encore à distinguer quelques noms (Olga, Klári), des initiales, des dates aussi : 1953 presque en haut, et 1926 plus bas à gauche, et plus on descend, et moins c'est lisible. Eh bien, où êtes-vous maintenant, les tourtereaux ? Morts et enterrés depuis belle lurette, on dirait ! Et l'arbre sur lequel vous avez voulu laisser votre marque, il a poussé sans vous, messieurs-dames, et vos jolis noms, il les a mangés, il les a digérés jusqu'à en faire des motifs d'écorce ... Bien fait pour vous !

Salut !

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9 décembre 2008 2 09 /12 /décembre /2008 11:28
C'était à Vienne, capitale de l'Autriche, un samedi d'octobre, en fin d'après-midi. J'étais seul car Mon Amie avait dû me laisser pour régler des affaires familiales, et je me sentais un peu perdu ...
Je n'aime pas trop ce que je connais de Vienne pour l'instant, tous ces lourds monuments, toute cette architecture massivement baroque m'étouffent et j'avais hâte de quitter le quartier de l'Opéra pour trouver une "penzio" où dormir dans un petit coin tranquille. J'ai donc choisi de traverser le Burggarten (ou Jardin de Ville) pour passer de l'autre côté du Ring, une suite de grandes avenues qui encerclent le centre historique. Et là ...



Et là d'un seul coup, je ne fus plus seul, plus du tout ! Car je sentais que cette lumière qui baignait l'arbre en même temps qu'elle émanait de lui était la même que celle qui m'inondait et m'habitait tout à la fois ...

Une grande leçon d'amour, en quelque sorte ...

Salut !
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8 décembre 2008 1 08 /12 /décembre /2008 08:14




Bonjour !

Je ne sais pas trop, en fait, pourquoi je vous envoie cette photo, à vous les amoureux et les amoureuses des arbres. Bien sûr, elle est tout à fait étonnante, et on se demande comment cela a pu se faire. Est-ce intentionnel ? Quelqu'un a-t-il délibérément cherché ce résultat ? et si oui, pourquoi ? ou bien est-ce le fruit du hasard, d'une "rencontre" entre l'arbre et le métal ?
En tout cas, c'est quelque part à Budapest, et moi j'aurais tendance à y voir comme un symbole de la toute-puissance de la vie qui "mange" les barrières ...

Salut !
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7 décembre 2008 7 07 /12 /décembre /2008 08:43
Sziasztok !

L'autre jour, on avait rendez-vous, Ma Douce et moi, au musée des Beaux Arts. Il y avait là une expo de Ferdinand Hodler, un peintre symboliste suisse, qu'on voulait voir depuis un moment et qui, en plus, allait être bientôt retirée de l'affiche. Rendez-vous donc, à 14h45 (c'était un vendredi) devant l'entrée du musée qui donne sur la place des Héros.

ça, c'est une photo vachement artistique de la place des Héros, mais qui est prise de l'autre côté, côté zoo, si on peut dire, il faudra que je vous parle du zoo un de ces jours, d'accord ?

J'avais dit : "14h45, tu es sûre ? pas 14h46 ?", pour rigoler, et parce qu'il arrive que Ma Douce me fasse un peu attendre à un rendez-vous. Mais bon, elle travaille, elle, et donc elle est moins libre de ses déplacements que moi, qui suis en dis-po-ni-bi-li-té ... Ben j'aurais mieux fait de me taire ! D'abord il a fallu que j'étende une lessive pour ne pas la laisser froissée dans la machine, ce qui m'a mis un peu en retard. J'ai regardé l'heure à Déli (j'avais préféré ne pas mettre de montre pour ne pas m'énerver inutilement), et il était déjà 14h32. Pas la peine d'espérer être au musée 13 minutes plus tard ! Mais je pouvais essayer de limiter les dégâts. J'ai donc dévalé les escaliers mécaniques :

qui sont grands et pleins de courants d'air ...

Et là, bien sûr, ça n'a pas loupé : le métro était là, mais le temps d'arriver sur le quai, les portes se sont refermées (et je ne vous conseille pas d'essayer de monter quand même, il y a de quoi être coupé en deux !), et obligé d'attendre le suivant. Trois fois il a été annoncé, mais jamais il ne venait ! Finalement, on l'a vu arriver, suant et soufflant, et je crois que personne n'avait trop envie de monter dedans. Mais que faire ? Attendre le suivant, ce qui m'aurait mis un peu plus en retard ? Donc j'ai pris mon courage à deux mains et je suis monté direction Deák Ferenc tér où je devais changer pour prendre la ligne n°1 ... qui est la plus ancienne d'Europe ! Puis, dans les couloirs de Deák, direction Mexikói út, droit vers le nord. Comme dans un mauvais film, ou un cauchemar à deux sous, je suis à nouveau arrivé sur le quai au moment où le métro partait !
Bref, quand je suis sorti à l'air libre sur Hösök Tere, j'avais un bon quart d'heure de retard ! J'ai tout de suite vu Ma Douce, dans son grand manteau noir, qui attendait sur les marches du musée. Je lui ai fait de grands signes, plein, mais elle a mis un moment pour me voir, peut-être parce qu'elle n'avait pas ses lunettes ? On s'est enfin rejoints sur la grande esplanade et je me suis confondu en excuses et explications : lessive, métro, panne ?, encore métro, malchance, ... Elle m'écoutait en souriant, ce qui était plutôt bon signe. Quand j'ai eu fini de bredouiller, elle m'annonça en rigolant ... que le musée était exceptionnellement fermé, en raison d'un raout de prestige qui s'y donnait !
Bon ... mais que faire alors ? Il pleuvait, il faisait un peu froid, il était 3 heures donc plus qu'une grosse heure avant la nuit ... comme on était avenue Andrássy, les Champs-Elysées de Budapest, je lui ai proposé d'aller visiter la Maison de la Terreur. On était déjà passés devant cette grosse maison bourgeoise plusieurs fois, on avait longuement regardé les médaillons alignés sur la façade et renfermant les photos de victimes du régime communiste, mais on n'était pas encore entrés. La porte s'ouvrit toute seule, ce qui était inquiétant ...
Ainsi, dès l'entrée, c'était clair : seraient mis sur le même plan deux régimes dictatoriaux dont la Hongrie avait eu à souffrir, le nazisme et le communisme. Cela n'a pas manqué de déclencher des polémiques à l'ouverture de ce musée en février 2002, d'autant que nombre de responsables "ex-communistes" étaient (et sont toujours) encore vivants et ... responsables ! Mais il faut dire aussi que pas mal d'"ex-nazis" (qui s'appelaient les "croix fléchées" ou "nyilaskeresztesek") ont été recrutés dans les rangs communistes dès1945, après avoir promis d'abandonner leurs "fausses idées" !
En fait, jusqu'en mars 1944, Budapest a représenté un refuge pour de nombreux juifs. Beaucoup d'entre eux sont venus d'Autriche, d'Allemagne et de Slovaquie. Mais au printemps 44, les Allemands ont imposé un 1er ministre  qui a mis en place les lois les plus dures : entre mai et juillet, en 3 mois seulement, 435 000 juifs de Hongrie ont été déportés !!! A ce moment ne subsistaient "que" les 200 000 juifs de Budapest. Ce sont les "croix fléchées" (l'équivalent de "notre" Milice, à peu près) qui, sur l'instigation d'Hitler, ont pris le pouvoir en octobre1944 et qui s'en sont occupés de telle manière qu'ils n'étaient plus que 100 000 à la libération de la ville, en février 45. Certaines scènes atroces, comme celle de tous ces gens que l'on a forcés à se déshabiller sur un quai avant de les jeter dans le Danube, sont dans toutes les mémoires d'ici, je pense...

un mémorial intelligent, je trouve, et qui vous prend "là" ...

Il nous fallut monter au 2ème étage d'une grosse maison comme il y en a des milliers ici, avec cour intérieure et larges coursives à tous les étages On pouvait imaginer sans peine les portes des bureaux claquer, les ordres aboyés, les prisonniers qu'on sortait d'ici pour les faire entrer là ..."Toi qui entres ici, abandonne toute espérance" ou quelque chose comme ça, non ? Remarque amusante : la "Maison de la Terreur" s'appelait en ce temps-là la "Maison de la Loyauté" ...
Au 2ème, voici le domaine des "croix fléchées" :"Feu et malédiction sur tout ce qui est juif" voilà l'admirable slogan qui figure en exergue à ce banquet !

Un lecteur attentif aura déjà remarqué les écrans alignés sur le mur de droite. Et en effet, dans pratiquement chaque salle (sauf dans les caves), c'était la même chose : la nouvelle dictature (je sais, le mot n'est peut-être pas trop bien choisi à cet endroit, mais je n'en vois pas d'autre, désolé) des nouvelles technologies a frappé fort, à la Maison de la Terreur ! Dans chaque pièce d'exposition une profusion d'écrans, chacun diffusant son message visuel "en boucle" et obligeant le visiteur à zapper d'un écran à l'autre. Oh bien sûr, on peut toujours s'arrêter sur un témoignage, et c'est ce que nous avons fait, mais l'audition et même la vision sont sans cesse appelés, voire parasités, par les écrans voisins, le fond sonore, ... Personnellement, j'ai préféré, et de loin, les pièces dénuées de toutes ces fioritures audiovisuelles, les pièces "brutes" en quelque sorte, où l'imagination avait la place de se déployer.
Au 1er étage (un petit film assez amusant montrait des Hongrois de toutes conditions se dévêtissant pour enfiler les tenues caractéristiques du "socialisme triomphant") c'était le domaine de l'ÁVO, le Département de Sûreté de l'Etat, et plus tard de l'ÁVH, équivalent du KGB et de tant d'autres polices secrètes. Entre 1945 et 1948, elle a interné plus de 40 000 personnes dans le pays !
L'ÁVO, qui avait une image à faire respecter, débarquait dans une grosse conduite intérieure noire, et plutôt la nuit. On embarquait la personne suspectée, ou dénoncée, et on n'entendait plus parler d'elle pendant un bon moment, si ce n'est jamais. Et ainsi, jusqu'au "Changement"  de 1989, environ 1/3 de la population, soit 3 millions de personnes, a eu affaire plus ou moins gravement avec les services de sécurité. Le passage par les geôles du sous-sol ne devait pas être de tout repos ...Le froid, la faim, les coups et les humiliations, la torture, tout était bon pour mettre les récalcitrants dans le "droit chemin". Et si vraiment il n'y avait rien à faire, s'ils s'avéraient irrécupérables, on les pendait, tout simplement, dans un petit coin.
Bien sûr, il y a eu 1956, le 23 octobre. Ce jour-là la révolte générale a éclaté contre tout ça. Mais après quelques joursde liberté retrouvée (l'ÁVH a d'ailleurs été officiellement dissoute à cette époque-là, et ses "successeurs" ont dû quitter le 60 de l'avenue Andrassy ... Péter Gábor, le chef de l'ÁVH, est mort tranquillement en 1993, après s'être reconverti comme bibliothécaire ...) une répression terrible de l'armée russe s'est déclenchée, faisant 3 000 morts. L'ÁVH (ou ses "successeurs") bien sûr n'a pas été en reste et ses gégènes ont tourné à plein régime : la litanie des condamnations à mort a commencé au mois de décembre. On a même condamné un gamin de 16 ans mais, n'étant pas des bêtes, on l'a fait attendre jusqu'à 18 ans pour l'exécuter... Mais je vous reparlerai plus longuement de ces événements-là ...
Voici le drapeau des insurgés de 56 : devinez un peu ce qu'il y avait à la place du trou ?

Quand on est ressortis sur Andrássy, il pleuvait toujours mais il faisait nuit. Le long du mur extérieur, on a revu défiler les médaillons des victimes des exécutions de 57-58 : électriciens, serveur, chauffeur de tramway, des gens du peuple, pour la plupart ... Sans doute n'avaient-ils pas compris que le parti travaillait pour eux ?

Et aujourd'hui ? me direz-vous, on est bien loin de tout ça ? Sûrement, sûrement, mais apparemment certaines habitudes ont du mal à disparaître. Dernièrement un scandale lié à des écoutes (illégales, bien sûr ...) a éclaté parmi les politiciens : une candidate à la tête d'un parti politique aurait fait espionner sa rivale ... à moins que ce ne soit un "coup monté" par ladite rivale, ou même par les communistes (nous y voilà !) pour la discréditer !?
Comme vous le voyez, la démocratie hongroise a encore (de longs et) beaux jours devant elle !

Sziasztok !





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30 novembre 2008 7 30 /11 /novembre /2008 15:41

Bonjour !


Normalement, mon "truc" c'est plutôt le voyage mais, est-ce parce qu'ils sont immobiles ?, j'aime beaucoup les arbres aussi ... Donc, quand j'en rencontre un qui me plaît, un qui me "parle", je lui tire le portrait ... sans autre forme de procès !



Ce platane géant, par exemple, je l'ai rencontré sur une île au milieu du Danube, à Budapest où je vis actuellement ...



De plus en plus près ...



jusqu'à approcher une certaine forme de vérité ... ?


Salut !

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27 novembre 2008 4 27 /11 /novembre /2008 15:37

Jó napot kÍvánok !


Une fois n'est pas coutume, aujourd'hui nous allons commencer avec une carte :


Vous repérez aisément Baja, la grosse tache noire au milieu à gauche. Par la même occasion vous voyez la courbe que fait la Sugovica pour quitter puis rejoindre le Danube vers le sud, en formant des îles au milieu par la même occasion (en fait il y en a deux).

Pourquoi cette carte, loin d'être "sexy", me direz-vous ?

1) D'abord je l'ai trouvée au musée local (le musée István Türr, d'une nom d'une célèbre aventurier de Baja) dans lequel je m'étais réfugié contre les morsures du vent d'automne J'y ai été accueilli par deux vieilles dames, toutes contentes de me voir arriver. C'est qu'il ne devait pas y en avoir des centaines, des visiteurs du musée municipal, en novembre, à Baja ! Donc j'avais eu droit à une visite en règle, pleine de courtoisie et accompagnée de babillages en hongrois que j'avais parfois du mal à suivre, mais que j'approuvais en souriant.

2) Ensuite elle vous donne un (tout petit) aperçu de ce qu'est le hongrois. Songez par exemple qu'au retour on a dû changer de train à Kiskunfelegyháza !


3) Enfin elle vous donne une idée de ce que l'on pourrait appeler la "perméabilité" de la Hongrie (comme des pays voisins d'ailleurs). Que ce soit pour des raisons historiques (comme le dépècement de la Grande Hongrie en 1920) , économiques (comme l'immigration Souabe du 17ème siècle) ou politiques (comme la laborieuse réalisation d'un espace européen) nombreuses sont les régions de la Hongrie (et des pays voisins ...) où des populations d'origines, de cultures, de religions diverses se côtoient. Je me demande même dans quelle mesure cette observation n'est pas valable pour le pays tout entier...si ce n'est pour une grande partie de l'Europe Centrale !


Sur la carte donc, les points jaunes représentent les implantations "allemandes" (Souabes en fait), les points verts les Tsiganes (je n'en vois qu'à Szeremle et à Nagybaracska), les triangles bleus les Croates (à Dusnok uniquement ?), les points et carrés bleus probablement des Serbes, mais ce n'est pas certain. A cela se superposent les différentes religions : catholiques, réformés, orthodoxes, ... A croire que les Hongrois (et leurs voisins) ont inventé la macédoine !


Comme pour toutes les "zones-frontières" de la Hongrie (ce qui représente au moins la moitié du pays, en fait, vu qu'il est assez petit) le traité du Trianon de 1920 (orchestré par "l'horrible, l'haïssable" Clémenceau) a bouleversé le paysage. Nombre de Hongrois vivant aujourd'hui dans la région de Baja sont issus de familles ayant tout quitté de là où elles vivaient parce qu'elles habitaient tout à coup en pays étranger, en l'occurrence la Yougoslavie. Je ne sais pas si certains Hongrois vivent toujours en Serbie (Ma Douce me dit que oui !), mais je sais que c'est le cas en Croatie et en Autriche, où ça ne se passe pas trop mal, en Roumanie et en Slovaquie, où c'est beaucoup plus conflictuel. En Slovaquie en particulier : il y a 2-3 semaines un match de football opposait une équipe de Bratislava (la capitale)

à l'équipe d'une petite ville hongroise ... de Slovaquie ! Qu'est-ce qui s'est passé exactement ? Une provocation ultranationaliste de la Garde Hongroise (qui ne mérite pas ces majuscules) ? Une charge délibérée et sans sommation de la police slovaque ? En tout cas, j'ai vu les choses à la télé : plutôt violent ! D'ailleurs une victime des matraques policières a été transportée dans le coma à l'hôpital ; je ne sais pas si elle y est toujours. Du coup les deux premiers ministres se sont rencontrés et, d'après un journal anglais de Budapest, la conférence de presse de clôture s'est déroulée dans un climat plutôt tendu ! D'accord, à nous qui avons des frontières bien établies depuis quelques siècles (encore que ... y'a qu'à voir la Savoie ...), ça peut nous paraître un peu bizarre, ces histoires de petits territoires, de confettis oubliés, laissés là par la marée basse de l'Histoire ...(ouh ! comme j'me la pète, là !) Allez quoi, les gars, on est tous des Européens, pas vrai ? On peut dépasser tout ça, maintenant, et regarder de l'avant ... Mais là où ça résiste c'est surtout qu'il s'agit d'histoires de "gens", qui ont une famille, des ancêtres, une langue, une religion, et que ces petites histoires-là sont bien plus coriaces que La Grande, qui ne mérite pas toujours ces majuscules !

Un peu pour la surprendre, voire la provoquer, j'ai demandé à Ma Mie si ces Hongrois-là étaient considérés comme d'origine serbe. "Bien sûr que non ! m'a-t-elle répondu, puisqu'ils parlent le hongrois !"

Il ne faudrait pas cependant que je vous donne une fausse idée de la situation à Baja où, justement, tous ces "petits mondes" voisinent sans difficulté. Juste un exemple : la nuit de Noël, il y a une messe à 23.00 pour les Hongrois et, dans la même église, une autre à minuit pour les Serbes. On voit donc que la situation conflictuelle est loin d'être systématique, en particulier à l'intérieur des frontières de la Hongrie.


Pas de doute, Baja est une ville du fleuve, une grande partie du musée en porte témoignage :



mais cet amour de l'eau douce est encore vrai aujourd'hui :


D'ailleurs (je ne vous épargnerai rien !) la grande spécialité de Baja est la soupe de poissons (à base de carpe qui fournit la viande et de poisson-chat qui donne le goût) dont une grande fête a lieu sur la grande place le 2ème week end de juillet : en 1996, pour le 300ème anniversaire de la ville, il y avait 300 chaudrons sur la place !


Bien entendu, au mois de novembre, il n'y en avait aucun ...


Mais, le lendemain, tournant le dos à tout ce pittoresque facile (et parfois fort beau) je décidai d'explorer les quais de Baja. Je me rendis donc d'abord tout au bout de la pointe formée par la Sugovica quand elle quitte le Danube :Je peux vous dire qu'en plein vent il faisait sacrément froid !


Et je remontai autant que possible en longeant le Danube vers le nord ... malgré le vent, les chiens policiers (heureusement enfermés derrière un grillage), les portails fermés, les barbelés ...

Je pense que Baja a eu son heure de gloire (n'est-ce pas là que le dernier souverain de Hongrie s'est embarqué pour Madère ?), en tout cas qu'elle a été beaucoup plus active qu'elle ne l'est aujourd'hui ...



Mais je ne savais pas qu'en poursuivant mon chemin je rentrais dans le royaume de la Belle au Bois Dormant ! C'était dimanche, et je me disais que tous ces entrepôts fermés, c'était normal. De temps en temps, il y avait quand même une porte ouverte, et un type dans l'ombre qui faisait on ne sait quoi ... Et puis je suis arrivé aux silos de maîs, et là ...



Le nombre de volatiles était impressionnant. Ils trouvaient à manger, apparemment, puisqu'ils n'arrêtaient pas de picorer. Mais quoi ? Est-ce que ça peut fuir, un silo à grains ? Ils squattaient entièrement les lieux et je me suis dit que voilà, ce serait peut-être quelque chose comme ça, après la crise finale, quand l'homme aurait disparu, il resterait ses oeuvres, ici les silos, et que les forces naturelles, ici les pigeons, en feraient leur miel ... tant qu'elles le pourraient, car que se passera-t-il quand il n'y aura plus de grain ? Les oiseaux décollaient et se posaient en vagues lourdes et je ne savais pas s'ils me fuyaient ou me précédaient ...


J'appris un peu plus tard que tous ces bâtiments étaient bel et bien fermés, et ce depuis "le Changement", il y a près de 20 ans.


Je jetai un dernier regard au Danube avant de regagner la ville :


Viszontlátásra !



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24 novembre 2008 1 24 /11 /novembre /2008 15:47

Baja est une petite ville du sud de la Hongrie, sise au bord du Danube. C'est là que Ma Douce est née et qu'elle a vécu pendant 14 ans, avant de partir étudier dans un lycée de Budapest. Elle y a vu son premier ciel, son premier arbre, et son premier oiseau. Elle y a connu sa première rage de dents et son premier émoi amoureux. Elle y a probablement donné, et reçu, son premier baiser. Voilà pourquoi Baja m'intéresse ...

En fait, la ville est située juste à l'endroit où le Danube forme un bras de rivière qu'on appelle la Sugovica et qui  rejoint à nouveau le Grand Fleuve quelques kilomètres plus au sud, en direction de la Serbie, dont la frontière n'est qu'à 30 kms de Baja. En quittant le Danube, la Sugovica prend le temps de faire une jolie boucle, au creux de laquelle se trouvent deux îles : la plus petite, qui est aussi la plus peuplée, porte le doux nom de ... Petöfi ! C'est également le nom du pont qui rejoint l'île à la ville ... et celui de la rue où Ma Douce a habité pendant presque toute son enfance !

Celle-ci ayant des affaires familiales à régler, j'en ai profité pour explorer un peu la ville.

Comme c'était un samedi, j'ai commencé par le marché ...Vachement ordonné, le marché de Baja ! Une suite interminable d'étals, disposés en rangées rectilignes, on est sûrs de ne rien rater, et on est certains de ne pas se perdre ! Alors je me suis mis en quête de quelques spécialités, afin de pouvoir vous les présenter.

La première, omniprésente en Hongrie, c'est le fameux, l'incontournable PAPRIKA !!! Il en existe de toutes tailles et de toutes couleurs :

C'est le phtographe Edward Weston qui aurait été content, lui qui avait fait une fixation sur les innombrables formes du poivron !

Le paprika peut également se manger en poudre et, bien sûr, c'est ainsi que nous autres les Français le connaissons :Le mot "Erös" que vous pouvez lire à gauche n'a rien à voir avec ce que vous pensez : cela veut simplement dire "fort" en hongrois, donc une diversité de goûts également pour ce légume sans prétention ...

Ne reculant devant aucun sacrifice (pour vous, chères lectrices et chers lecteurs, uniquement pour vous, bien entendu ...) j'ai poursuivi ma quête, picorant ici et là :

Un autre "incontournable" de la table hongroise, surtout le soir, au dîner, quand on mange froid. Il s'agit de gros cornichons marinant dans je ne sais quoi qui leur donne un goût bizarre et pas très réussi à mon avis.

Encore une marinade, ou une saumure, d'oignons probablement, agrémentés de quelques ... paprikas, et d'une petite tomate, enfin je crois ...(ben non finalement c'est AUSSI un paprika !)

Quant à ça ... des paprikas décolorés ? mais par quoi ? par la saumure ? ou alors une autre race qui ne se vend pas en tant que légume frais ? palpitant, vous avouerez ...

Au beau milieu du marché, il y avait un grand bâtiment couvert, un peu comme un hangar ou une grange. Là, ça faisait davantage penser au marché Saint Bruno de Grenoble, avec des gros tas de trucs pas cher (téléphones portables, jouets, vêtements d'occasion, invendus de toutes sortes) posés sur le sol, près desquels étaient assises de grosses matrones enveloppées d'étoffes et/ou de parkas. Je crois bien que je voyais là mes premiers gitans ! Là, dans cette situation marchande (dont on n'aurait pas été autrement étonné qu'elle dissimulât des commerces moins légaux ...) elles me firent immédiatement penser à nos Maghrébins et autres Africains qui animent si bien nos marchés provinciaux ! Je ne me risquai pas à prendre des photos ...

En revanche, dans un coin du bâtiment, je découvris quelques artisans locaux, qui m'autorisèrent gentiment à les portraiturer avec leur production :

Voilà le brodeur (ou le vendeur de broderies de sa femme ?), qui ne dit rien mais qui n'en pense pas moins, ça se voit bien ...

Et voici le sculpteur sur bois, aux personnages tellement expressifs ...

Après les artisans, il y avait une pièce étrange, comme une enclave dans le bâtiment, dont je n'ai pas bien réussi à comprendre ni l'identité ni le fonctionnement. D'après ce que j'ai pu voir, il n'y avait qu'une entrée, sur le fronton extérieur, celle-ci donnant sur une première pièce à peu près vide. On pouvait deviner que le lieu avait un rapport avec les produits laitiers. Au fond de cette pièce, face à l'entrée, une autre porte, fermée. Et c'est là apparemment que les gens allaient acheter des saucisses, de la viande peut-être. En tout cas il y avait du monde, j'avais pu le vérifier en regardant à travers la partie vitrée qui donnait sur l'intérieur du bâtiment ...

En sortant de là, je me suis décidé à errer parmi les étals que je n'avais pas encore visités, et là j'ai rencontré quelqu'un ! J'avais repéré quelques beaux paprikas et j'aurais bien voulu faire la 36ème photo de la série. J'en demandai donc la permission à la marchande, qui aussitôt prit la pose avec un beau chou ...

Surprenant, non ? Mais après tout, pourquoi pas ? Peut-être cette dame croyait-elle à quelque reportage agricole (et international) ? peut-être voulait-elle justifier sa présence sur la photo, parce qu'il fallait bien quelqu'un pour tenir le chou ? peut-être aimait-elle particulièrement ce chou-là, dont elle avait surveillé avec amour la respiration et le développement ? peut-être était-ce au contraire un autre chou qu'elle voulait protéger, en offrant celui-ci en victime sacrificielle ? ah non, croyez-moi, c'est vraiment passionnant de voyager et de se poser toutes ces questions !

Quoi qu'il en soit, je la remerciai grandement (mais je ne crois pas lui avoir baisé les mains : "csókolom" en hongrois) et m'apprêtai à suivre mon chemin. Mais cette gente dame ne l'entendait pas de cette oreille : voilà-t-il pas qu'elle se met à me poser des questions : et d'où je venais, et comment je m'appelais, et d'autres encore que je n'ai pas comprises. Mon premier échange "authentique" avec une autochtone ! Je me suis reservi du mieux que j'ai pu de mes leçons de hongrois, et j'ai à peu près saisi qu'avant elle avait connu une Française qui s'appelait Louise. Je crois que ça aurait pu durer un moment (les autres marchandes écoutaient tout sans en avoir l'air) mais je commençais à fatiguer un peu, alors je lui ai dit "viszontlátásra" et j'ai quitté le marché ...

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10 novembre 2008 1 10 /11 /novembre /2008 14:43
D'abord il avait fallu prendre le tram, pendant je ne sais combien d'arrêts, jusqu'à traverser des banlieues un peu glauques ...
Puis il avait fallu marcher, longtemps, d'abord en longeant des immeubles sinistres puis en suivant une grande rue sombre et plantée d'arbres. Franchement, cela aurait été en France, je n'aurais pas été rassuré, surtout avec une belle fille comme Ma Douce à mes côtés ! Mais elle allait vaillamment, sans l'ombre d'une crainte. Elle n'avait pas voulu me dire où elle m'emmenait. Alors j'avais suivi, évidemment ...
Finalement, au bout de la rue, on est arrivés à un portail éclairé d'une lumière vive qui conduisait à ça :


(Est-ce que vous voyez le rétroviseur d'automobile fixé en bas de la dernière fenêtre ? c'est un truc courant employé par les gardiens d'ici.)
J'ai appris qu'"Artus" était le nom d'une compagnie de théâtre, fondée par un lointain cousin de Ma Mie et installée dans un local industriel désaffecté. On peut en apercevoir l'entrée sur la photo, en haut et à gauche. Au fond de la cour s'ouvrait un passage fort obscur, tout juste indiqué par des bougies. Il était temps de commencer à s'imprégner de l'atmosphère des lieux ...


Bon, ça faisait un peu "train-fantôme", tout de même ...

  Mais ... dans ce théâtre d'avant-garde-là, on ne s'assoit pas tout de suite, non, Monsieur ! Il ne manquerait plus que ça ! Il s'agit de garder le corps, et donc l'esprit, en mouvement et donc en éveil. Aussi les spectateurs sont-ils d'abord invités à déambuler parmi des scènes éclatées ...

Ce pauvre homme se prenait-il pour l'homme invisible ? rêvait-il simplement de le devenir ? cela aurait été assez cocasse de le faire en public ...
Ma Douce me traduisait les choses du mieux qu'elle pouvait mais ce n'était pas évident : il y avait beaucoup de mots dont un certain nombre s'avéraient "grands". Certains personnages parlaient vraiment beaucoup ...
Celui-ci, par exemple, avec ses bouts de bois dans la main, a expliqué un truc vachement long et vachement compliqué sur les rayons du soleil pour lesquels il semblait avoir une affection particulière, et effectivement il avait l'air un peu illuminé. La pièce dans laquelle il jouait s'appelait "Hermèsz 13", ce qui avait peut-être à voir avec notre Hermès Trismégiste. En effet, revenait en leitmotiv quelque chose comme "tout est dans tout, et inversement"...
Dans la deuxième pièce que nous sommes allés voir, intitulée "Don Quichotte Mausoleum" celle-là, il y avait également une espèce de prédicateur qui tentait à toute force de convaincre les gens de je ne sais quelle vérité universelle, tellement universelle qu'un pauvre visiteur comme moi n'y comprenait rien ... Il se tenait là :


et pendant qu'il parlait, une force mystérieuse actionnait le mécanisme qui ouvrait le livre et l'éclairait. Parfois l'Inspiré hurlait dans un mégaphone, parfois il alpaguait quelqu'un pour lui chuchoter à l'oreille ...
Vous voyez la flamme blonde à l'arrière-plan ? Il s'agit d'une "vamp" ! Le plus souvent, elle est assise sur un haut tabouret perché au coin d'un gramophone géant, sur le sillon duquel elle laisse promener négligemment l'éperon qui orne sa cheville droite ! Moi-même qui vous parle, j'ai eu l'honneur de tourner la manivelle de la gentille dame !
Elle fait également semblant de chanter dans le pavillon (genre "voix de son maître") que vous voyez posé, à l'envers, au centre du plateau. On est, en fait, dans une espèce de musée, un mausolée, comme l'indiquent le titre de la pièce, et des étiquettes soigneusement disposées au coin des "stands".
L'étiquette suivante devait indiquer un "homo astronicus" ou quelque chose comme ça, puisqu'il s'agissait bien d'un cosmonaute qui se mouvait dans l'apesanteur, relié à quelques objets qui bougeaient lentement avec lui. Son travail semblait constituer à faire apparaître de nouvelles étoiles dans le ciel, en faisant sauter les petites pièces de feutre qui les recouvraient. Voici une image de son ciel après la représentation :


Enfin venait un cycliste, coiffé et dûment maillotté, qui faisait du sur-place sur un vélo d'appartement. Mais pour lui ce ne semblait pas le plus important. En effet, le mouvement de ses pédales faisait défiler un film qui se déroulait sur un écran devant lui. Mais voilà ladite machine ...


Etonnant, non ? Et tout cela était animé, dans une joyeuse cacophonie, par un olibrius à costume rayé qui  jouait aussi, pas mal du tout, de la guitare !
Dans une autre phase, ce théâtre d'avant-garde-là scotche le spectateur. Pour "Hermès" ce fut une (très) longue séance de tir à l'arc à laquelle nous dûmes assister : 13, hé oui, flèches tirées une par une, bien sûr, par un archer planté de dos et qui tirait dans le mur de l'autre côté de la scène. Après chaque tir, la cible lumineuse se positionnait de manière à lui faire indiquer le mille. Pour "Don Quichotte" ce fut la performance physique, plusieurs fois répétée, d'un grand escogriffe se donnant en spectacle devant un mur de spectateurs virtuels, disposés en motifs cloniques. Je ne tardai pas à comprendre qu'il s'agissait de Don Q lui-même.
Au sortir de cette phase où le spectateur est un peu "sonné", anesthésié en sorte par l'étirement ou la répétition du temps, ça bouge à nouveau. Nous avons eu droit à des combats (à la badine qui siffle, ou à l'épée), ou à des "figures martiales" pour le moins, superbes de précision et d'inventivité. Une séquence d'une infinie douceur aussi avec la cosmonaute (il s'agissait d'une fille en fait) jouant à la balle avec elle-même, au ralenti, d'un bord à l'autre de la scène.
D'une manière générale, ce qui m'a vraiment plu, c'est la richesse et la liberté créatives. J'ai envie de faire un truc ? Hop, je le fais ! Par exemple, comme Don Quichotte était mort, il est venu présenter ses condoléances aux spectateurs :
Mais, me direz-vous, quel est le sens de tout cela ? En tout cas, c'est ce que Ma Douce m'a demandé sur le chemin du retour, comme on arrivait à la station de tramway. Je dois avouer que je ne m'étais pas posé la question jusque là ; dans "Hermesz" comme dans "Don Quichotte" j'avais préféré me laisser emporter par la poésie et la magie des scènes, sans trop réfléchir. Dans la première, par exemple, je me souviens d'une scène qui était un salon : un homme assis taillait inlassablement dans un morceau de bois pour y sculpter une chaise. Autour de lui, deux plantes en pots. L'une d'elle était formée d'avant-bras et de jambes qui dépassaient de la terre. Dans l'autre, un homme et une femme nus, enterrés jusqu'à la taille, se faisaient face. Imperceptiblement ils se déliaient de leurs tuteurs pour venir s'enlacer comme un homme et une femme. Invariablement l'homme se levait juste comme ils allaient enfin se toucher, et leur faisait reprendre leurs positions de départ.
C'est vrai que le 1er spectacle était plus clairement "écologique", au sens très large du terme. Témoin cette femme de la dernière scène, complètement enterrée elle aussi dans un espace entouré de centaines de petits objets suspendus, tout blancs. Et on s'arrête autour de cet espace, et on commence à percevoir sa respiration qui fait bouger le sol, puis ses frémissements, puis ses mouvements, et enfin elle sort tout entière, et se dresse.


Autant là le sens me paraissait clair, voire limpide (ah bon ? pas vous ?) autant j'avoue que pour Don Quichotte je sèche un peu. Chacun dans sa bulle ? Chacun à la poursuite de son rêve, comme Don Quichotte ? Mouais, un peu "bateau" à mon avis ...Et pourquoi cette insistance mécaniste (le livre, le phono, le vélo) ? D'accord on était dans un mausolée du futur, et alors ?
Mais peut-être en saurons-nous plus lors du 3ème spectacle que nous devrions voir bientôt, si je ne m'abuse !

Viszontlátásra !



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