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22 septembre 2021 3 22 /09 /septembre /2021 10:07

Je voudrais parler d'un livre que je m'en veux d'avoir négligé ces derniers mois. Pourquoi ? Sont-ce les quelques bruits que j'ai entendus courir sur l'auteur ? Mais ce ne sont que des bruits. Est-ce mon goût renouvelé pour la BD, que je n'en finis pas d'explorer grâce à la Bibliothèque Municipale ? D'ailleurs si je faisais un blog là-dessus ? Il doit déjà y en avoir dix mille, mais qui sait ? j'aurai peut-être quelques lecteurs ?

Je crois que la vraie raison est beaucoup plus profonde et aussi beaucoup plus honteuse. J'ai bien peur que cela ne tienne à la lassitude à l'idée de lire une énième histoire de "Juif hongrois", spolié, molesté, déporté souvent parce que Juif. Pas brillant, n'est-ce pas ? Je sais bien que chaque personne est une et indivisible, et qu'elle a son histoire, unique, qui mérite d'être racontée et lue. C'est même essentiel, pour les quelques incrédules qui subsistent, et les "oublieux" qui se multiplient.

Pourtant ce livre, je l'ai lu par fragments, par moments, sans véritable connexion entre les uns et les autres. Et pourtant j'avais beau l'avoir laissé dormir deux ou trois semaines, dès que je reprenais le livre je savais où j'en étais et j'enchaînais la suite. Ce n'est qu'au retour des vacances, après une plus longue mise en sommeil, que j'ai décidé de le reprendre et de le finir. C'est alors que la force du livre m'a frappé.

"Pourquoi aimez-vous votre patrie ?" Tel était le sujet de la rédaction qui nous fut proposé en mars 1945. Fallait-il écrire que je l'aimais, cette patrie ? Les choses n'étaient pas simples. Si j'avais bien compris, ma patrie avait voulu me tuer. Certes, l'infanticide, ça existe. Mais à supposer que ce ne soit pas ma patrie qui ait voulu me tuer, mais quelques individus prétendant agir en son nom, en quoi ma patrie différait-elle de la leur ? Eux aussi s'étaient réclamés - et avec quelle insistance ! - de la patrie. S'il était vrai que j'appartenais à la patrie, la patrie c'était aussi tout ce qui m'était arrivé depuis la fin de l'année scolaire précédente. Mais comment en parler dans cette rédaction ?" (page 117) et plus loin :

C'est pratiquement sans commentaire que la population du village avait vu les Juifs avancer sous escorte. Certains s'étaient moqués des ces vieillards embarrassés de leurs bagages. A la lueur des fours crématoires ceux-ci pouvaient paraître, en effet, ridicules : avait-on besoin, pour finir brûlés dans le plus simple appareil, d'avoir trimballé couvertures et oreillers ?

Celui qui nous parle ainsi c'est l'auteur, György Konrád, né en 1933 à Debrecen, dont la première enfance s'est déroulée à Berettyóújfalu, un "gros bourg de la Plaine hongroise". C'est là qu'il vit le 19 mars 1944, au moment de l'entrée des troupes allemandes en Hongrie. En mai son père est arrêté sur dénonciation par la Gestapo et la gendarmerie hongroise. Sa mère, par "faveur extraordinaire", est enfermée dans une cellule voisine de la sienne. Les rumeurs de déportation de masse se font de plus en plus insistantes et György décide d'aller, avec sa sœur, à Budapest où il est plus facile de se cacher. Il était temps :

Comme nous devions l'apprendre plus tard, tous les Juifs de Berettyóújfalu furent embarqués dès le lendemain de notre départ. Escortés de gendarmes, gênés par leurs bagages, ils avançaient sur la chaussée. La population, massée sur les trottoirs, les regardait, certains les saluèrent, d'autres les injurièrent, mais la grande majorité resta muette. Les Juifs de Berettyóújfalu rejoignirent dans des wagons à bestiaux le ghetto de Nagyvárad et de là, quelques jours plus tard, Auschwitz.

A Budapest, sa sœur et lui sont souvent obligés de déménager, vers un endroit plus sûr, un lieu plus discret. Car tout part à vau-l'eau et l'on doit éviter de plus en plus les Croix Fléchées dans les rues. De leur côté les Russes approchent et conquièrent la ville, quartier par quartier ... et leur proximité n'est pas des plus rassurantes non plus. Et puis voilà qu'ils sont là :

Le 18 janvier 1945, à dix heures du matin, je franchis la porte du 49 de l'avenue Pozsonyi. Je vis sur le trottoir deux soldats soviétiques recrus de fatigue, vêtus de vareuses déchirées et un peu sales, aux yeux papillotants et au regard plus indifférent que cordial. [...] Ils nous demandèrent si Hitler se trouvait dans l'immeuble. A ma connaissance, Hitler n'avait jamais habité avenue Pozsonyi, avec tous ces Juifs placés sous la protection de l'ambassade suisse. 

Et voilà que j'ai un nouveau "coup de mou" ... Je n'arrive pas à le finir, ce post, pas plus que je n'ai progressé dans le bouquin ! Quelle honte !

Alors Gyuri revient chez lui, à Berettyóújfalu. Bien sûr c'est difficile de trouver des billets de train, et puis un train où l'on puisse monter. Bien sûr, au village sa maison est dévastée ... Mais plus que tout, comment revenir ?

Dès mon retour dans mon bourg natal, ma nostalgie fut sérieusement écorchée. En effet, il m'était impossible de parler de certaines choses. Un mur de silence me séparait désormais de mes amis chrétiens qui, pendant l'année écoulée, avaient pu vivre comme des enfants normaux. 

et plus loin : 

Rien ne nous paraissait vraiment authentique : nous étions à Berettyóújfalu mais pas vraiment chez nous. [...] j'arpente ma chambre ; une odeur d'excréments secs et refroidis parvient de la salle de bains, dans l'épaisse couche de saletés qui recouvre le plancher, je retrouve mes rédactions qui, autrefois, m'ont valu les félicitations de mes maîtres, ainsi que quelques pages arrachées de différents albums de photos ...

et puis :

A la fin du mois de mai 1945, mes parents revinrent d'Autriche, nettoyèrent la maison et rouvrirent le magasin : l'idée de ne pas recommencer ce qu'il avait toujours fait n'avait même pas effleuré l'esprit de mon père. La marchandise, de plus en plus abondante, s'empila d'abord sur quatre puis sur six et, à la fin, sur douze rayons du magasin. C'est qu'il fallait entretenir cinq enfants.

Et enfin : 

En 2000, j'ai accepté l'invitation de l'hôtel de ville de Berettyóújfalu pour une rencontre, à la Maison des Jeunes, avec le public de la ville (qui n'est plus un village.[...] Dans ma conférence aucun voile de sentimentalité n'a pu venir recouvrir certains faits : la déportation de la bourgeoisie juive, suivie de l'expropriation des survivants lors des nationalisations.

Native du village, l'adjointe au maire s'est montrée fort prévenante à mon égard. "On vous attendait avec impatience", m'a-t-elle dit. Ses parents avaient connu les miens ; elle-même se souvenait de moi, de l'époque où nous étions tous les deux des enfants. Pour un jour, j'étais redevenu enfant du département. Jetant un regard de propriétaire sur ce qui m'entourait, je me suis réjoui des améliorations que je constatais. Mais le ruisseau Káló a été comblé, le jardin où nous jouions au foot a disparu, le noyer sous ma fenêtre n'existe plus, la fenêtre elle-même a été condamnée et la synagogue sert toujours de dépôt de ferraille.

Peut-on dire qu'il s'agit d'une histoire "banale" ? Oui dans un sens puisqu'elle a été vécue, avec plus ou moins de variantes, par des centaines de milliers de personnes. Mais dans un autre il est tout aussi évident qu'elle est unique, comme l'est n'importe quelle vie ... la vôtre, ou la mienne !

 

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10 septembre 2021 5 10 /09 /septembre /2021 09:15

Voilà ... on a vraiment bien aimé la Thuringe, ses rivières, ses forêts, ses monuments à la fois somptueux mais sans prétention, ses charmantes petites villes (malgré l'omniprésence de ce cher Luther), sa relative discrétion, on y retournera ... et à Eisenach d'abord !

Mais il fallait déjà songer au retour (d'ailleurs pour des vacances aussi courtes n'y songe-t-on pas dès le départ ?) notre première étape ne fut ni pour une ville ni pour un monument : voilà ce que nous avons trouvé sur notre route :

Hé oui, il fallait bien la passer à un moment ou l'autre, cette fichue ligne de démarcation qui a coupé l'Europe en 2 pendant quarante ans ! Et bien quand vous êtes là et que vous regardez autour de vous, collines identiques à gauche et à droite, à l'Est comme à l'Ouest, mêmes églises en haut desdites collines, villages jumeaux d'un côté ou de l'autre, vous vous dites que décidément les frontières sont des créations bien étranges ! Cela m'a rappelé un article écrit il y a plus de dix ans : http://budablog.over-blog.com/article-34990436.html, intitulé "Un même paysage, trois pays", écrit après avoir découvert le triangle formé par les frontières hongroise, serbe et croate ... Il y avait un reste de mirador, de vagues barbelés, tout embêtés d'être là, et surtout un chemin de croix tout au long de cette ligne, fait de grandes statues en métal rouillé.

Un peu plus loin, nous sommes arrivés à Fulda et nous nous sommes retrouvés assez vite dans un terrain plus connu :

Et bien oui, du baroque en veux-tu, en voilà ! Malheureusement (pour nous) nous sommes arrivés à la cathédrale juste au moment de la messe, ce qui nous a empêchés de visiter cet édifice qui avait l'air aussi grandiose à l'intérieur qu'à l'extérieur. Tout juste avons-nous pu prendre une photo de mon saint préféré, qui avait un peu l'air de s'ennuyer, tout seul dans son bas-côté :

Une autre grande étape que nous avions prévue c'était Mayence, ou Mainz dans le parler local. En effet, lors d'autres voyages nous avions déjà découvert les cathédrales de Speyer et Worms : pour clore la trilogie des grands "westwerk" il ne nous manquait plus que Mayence ! Après avoir pique-niqué au bord du Rhin (un endroit sympa mais bien dégoûtant) nous y fûmes donc ... Autant j'avais gardé un souvenir positif et lumineux des deux premières, autant celle de Mainz (dont nous avons eu bien du mal à trouver l'entrée !) m'a paru sinistre et presque macabre :

genre "frisson dans le dos" et "poils qui se hérissent", voyez ? C'est sûr que je n'aimerais pas y être enfermé par mégarde et être obligé d'y passer la nuit ... Mmm ... par mégarde, vraiment ?

Je suis donc ressorti assez vite sur une grande place lumineuse et chaude, au-delà de laquelle se trouvait le musée Gutenberg, un natif de la ville, beaucoup plus sympa :

une grande plaque devant l'entrée du musée qui reprend, j'imagine, tous les caractères utilisés à son époque

Nous avons dormi une dernière fois en Allemagne (Ma Douce, je ne sais pas pourquoi, y tenait beaucoup, peut-être à cause des petits déjeuners qui ressemblent plus à ceux des Hongrois ?), non loin de la frontière, dans une petite "gasthaus" tout à fait sympathique ...

Et puis, et puis, ce fut la France, ENFIN !!! Incroyable comme j'ai été content, cette fois, d'entendre des gens parler la même langue que moi ! de saisir toutes les nuances, toutes les inflexions, de saisir le rapport constant entre les paroles et les expressions ... tout ceci à Haguenau, une jolie petite ville toute rouge ...

Avant de regagner nos pénates nous avons fait un dernier arrêt dont j'hésite un peu à parler. Connaissez-vous le château de Lunéville ? Il est immense, démesuré :

et l'on se dit que certains soirs d'hiver, sur cette esplanade, on ne doit pas se sentir très loin du pôle Nord ... Et le parc, qui s'étend de l'autre côté, est encore plus gigantesque ! C'est bien simple, on n'en voit pas le bout. Une espèce de "Versailles lorrain", quoi ! Au XVIIIème une des plus brillantes cours européennes ... C'est un peu triste de voir qu'un édifice de cette taille, complètement disproportionné par rapport à notre époque, peut difficilement échapper à l'image d'une coquille vide ... Ce qui est encore plus triste c'est de constater à quel point une ville comme Lunéville peut sembler triste et morte, un lundi 16 août peu avant 14 heures ... Il n'est qu'à jeter un coup d'œil sur les statistiques de population dans Wikipédia pour voir que celle-ci ne cesse de décroître, lentement mais sûrement, depuis les années cinquante.

Pour finir sur une note plus gaie, précisons que nous n'avons inquiétés à aucun moment dans le franchissement des frontières, et pourtant nous en avons franchi 7 ! Si, une fois, entre la Hongrie et l'Autriche juste comme on arrivait un type a passé la frontière en vélo sans rien demander à personne. Du coup le douanier bedonnant qui avait failli avaler son sifflet s'est cru obligé de nous contrôler. Quand on lui a dit les mots magiques "France-Transit", il nous a tout de suite fait signe de circuler.

En espérant que ce petit périple vous a plu, szia everybody !

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7 septembre 2021 2 07 /09 /septembre /2021 14:20

 

Et voilà que nous sommes arrivés à Schmalkalden, qui nous a paru complètement fantomatique et déserte en ce premier soir ... De jolies maisons, certes :

mais pas un chat, ou presque ! On a fini par échouer au "Mojito bar", apparemment le seul bistrot ouvert dans toute la ville, avec sa terrasse d'habitués qui parlaient fort (mais qui se sont tus quand on s'est installé) et son patron ... cubain, comme je l'appris peu après. Bon sang, que la bière fut bienvenue !

Nous nous sommes donc posés, à nouveau pour quelques jours, et nous avons commencé à sillonner la Thuringe qui s'offrait à nous ... Ah non, d'abord nous nous sommes précipités au Viba, qui est une grande fabrique de "nougats" (avec restaurant, parc, cinéma, musée et même des ateliers d'initiation à la confection de ces merveilles de douceur) qui n'ont rien à voir avec les nôtres : crémeux, fondants ... et qui ne collent pas aux dents ! Mais la gourmandise n'ayant qu'un temps, nous sommes partis à la découverte d'autres merveilles, plus solides ... Nous avons commencé assez modestement par un château "resté dans son jus", celui de Kranichfeld :

très mignon, fort Renaissance dans l'ensemble et qui mériterait sûrement une autre mise en valeur. Deux surprises nous y attendaient : d'abord, quand nous sommes arrivés, une noce "gothique" en sortait (avec une mariée toute en noir), ce qui produisait quand même un effet assez surprenant et d'autre part nous avons appris que des déportés de Buchenwald (qui se situait pas très loin) y avaient travaillé, même si on n'a pas bien compris ce qu'ils y faisaient exactement.

Le même jour nous sommes allés à Weimar, petite ville fort charmante qui ne garde pas beaucoup de traces de la République qui porte son nom. Ah mais Weimar me direz-vous, c'est aussi Goethe, n'est-ce pas ? Tout à fait et l'essentiel de notre court séjour a consisté à arpenter l'immense parc qui porte son nom, en bordure de la ville. Immense parc, très beaux arbres, et au milieu la "maison de campagne" de l'illustre penseur-poète-homme de science :

Plutôt modeste, la maison du génie, vous ne trouvez pas ? Et c'est plutôt réjouissant, je trouve, de penser qu'un homme de cet acabit savait se contenter d'une relative simplicité ...

Dans la ville de Schmalkalden elle-même, nous avons pu bénéficier d'une longue visite, enrichie de moults explications historico-patrimoniales. Nous avons ainsi appris que cette ville, qui nous était quasiment inconnue jusque-là, avait joué un rôle vraiment important aux débuts du protestantisme, et que Luther y avait même habité ! D'ailleurs c'est drôle : dans cette région de la Thuringe on rencontre Luther un peu partout, comme on rencontre Jeanne d'Arc dans la Touraine ... Nous avons terminé cette visite par celle du château, dans le soir tombant  :

Un autre jour (mais lequel ? un samedi peut-être ?) nous avions prévu de visiter le château d'Eisenach, ou plutôt de Wartburg, qui domine la ville. C'est vraiment, paraît-il, un gros et beau château ... d'ailleurs c'est là que Luther a traduit la Bible en allemand, c'est pour dire ! Oui mais voilà, comme c'était samedi (?), qu'il faisait très beau, et que les vacances touchaient à leur fin, il y avait un monde fou à Eisenach et on a compris qu'il nous faudrait marcher plusieurs kilomètres au sein de la foule si l'on voulait visiter ce fameux château. Il y a des moments où il faut savoir changer son fusil d'épaule ... nous avons donc choisi de pousser jusqu'à Gotha, ce qui fait tout de suite plus "chic", non ? Appartenir au Gotha (de la finance, de l'économie, par exemple) c'est bien faire partie de l'élite, non ? Alors, quel rapport avec la ville ? Cela remonte au 18ème siècle, car c'est dans les années 1760 qu'y apparaît, initié par le gentilhomme Guillaume de Rothberg, un almanach contenant entre autres toute la généalogie de la maison de Saxe et celle des empereurs d'Allemagne. Y être cité donnait donc une certaine importance à la personne. Puis, à la fin du XIXe siècle, il comporte toute l'aristocratie de l'Europe sur environ un millier de pages découpées en trois parties, selon l'importance des titres, et devient ainsi le "bottin mondain" de la noblesse européenne.

Une découverte intéressante, cette ville de Gotha. Bien sûr, il y a l'inévitable château, le "Schloss" comme on dit là-bas, surplombant une perspective parfaitement symétrique qui aboutit, en bas, à l'hôtel de ville. Le tout était en travaux, donc difficile de faire des photos esthétiques, mais de chaque côté de la perspective une suite de maisons anciennes et intéressantes, comme celle de la famille Cranach, par exemple. Pourtant ce qui m'a paru le plus curieux c'est que dès qu'on s'éloigne un peu de cet îlot ancien, par une rue transversale, on se retrouve en pleine ville "socialiste", avec immeubles, parcs de verdure, escaliers, ... C'est pourtant une de ces rues qui nous a conduit à l'église des Augustins, presque planquée entre deux immeubles :

Assez surprenant, n'est-ce pas ? Nul doute que cette église catholique (elle fut fondée au XIIIème siècle, et le cloître adjacent en atteste) a subi un fort remaniement protestant (d'ailleurs elle sert de temple aujourd'hui) mais des éléments gothiques, Renaissance ou baroques persistent et c'est un peu comme si on les avait plaqués sur une structure étrangère ? Luther serait-il aussi passé par là ? Hé oui ! il a prêché précisément dans cette église en 1521 ...

Et puis bon, il était temps de remonter au "Schloss" pour le visiter ... On l'a fait au pas de course, vu qu'il ne restait plus qu'une heure avant la fermeture. Cela ne nous a pas empêchés de nous arrêter devant quelques merveilles :

ça, c'est la salle de bal, d'une beauté, d'un luxe inouïs !

Bien sûr il y a les plafonds mais ce sont les parquets qui m'ont le plus impressionné, d'une complexité, d'un raffinement rarement vus. Ils ne sont, hélas, guère visibles sur la photo ...

Et puis il y avait des vitrines aussi, toutes pleines de trésors : un petit éléphant tout harnaché d'or, des batailles miniature sculptées dans l'ivoire, et puis ça :

et ça, c'est la coquille d'un nautile, peinte, ciselée, rehaussée d'un métal précieux ... admirez le travail !

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14 décembre 2020 1 14 /12 /décembre /2020 21:41

Ah ah ... vous dont les papilles sont aventureuses, vous qui n'hésitez pas à goûter des choses étranges et inédites ... savez-vous ce que c'est que la Kocsonya ?

La première fois qu'on m'en a servi, je dois avouer que je n'étais pas trop fier... Il faut dire que c'était belle-maman qui l'avait préparée. C'était Noël et bien sûr il n'était pas question d'entacher du plus petit soupçon de négativité l'ambiance d'harmonie et de paix qui régnait à chaque instant. Aussi quand elle déposa devant moi une assiette emplie à ras bord d'une gelée tremblotante dans laquelle étaient pris divers morceaux de choses plus ou moins identifiables m'empressai-je de détourner les yeux en affichant mon sourire le plus angélique ... En même temps, mine de rien, j'observai les autres convives : ils avaient l'air carrément ravis ! Il faut dire que la Kocsonya de Belle-Maman était connue, même au-delà des limites de la famille !

voilà à quoi ressemble une assiette de kocsonya ...

C'est d'ailleurs le genre de plats pour lesquels il y a autant de recettes que de cuisinières, mais en gros on peut considérer qu'en appliquant ce qui suit le résultat devrait être à peu près correct :

Ingrédients pour 6 assiettes
2 pieds de porc
2 oreilles de porc
500 g d'épaule pas trop grasse
Eau pour couvrir
1 c. à soupe de sel
1 gros oignon entier
2 ou 3 gousses d'ail
3 carottes coupées en gros morceaux
2 panais (taille moyenne) coupés en gros morceaux
quelques grains de poivre 
quelques clous de girofle
quelques baies de genièvre

1 feuille de laurier
un verre de vin blanc sec

Préparation  
Bien laver la viande
La couper en morceaux de taille moyenne (sauf les pieds)
Frotter au sel les morceaux de viande
Placer chaque morceau dans une casserole à fond épais
Les couvrir d'eau complètement
Ajouter tous les autres ingrédients
Amener à ébullition ; écumer régulièrement
Baisser la chaleur du feu ; laisser mijoter lentement, jusqu'à ce que la viande se défasse des os, et que les cartilages des oreilles soient à peine croquants, (4 à 6 heures)
Répartir la viande (désosser le pied), le peau, les morceaux d'oreilles et les légumes dans des assiettes creuses
À la cuillère, couvrir la viande de bouillon à travers un tamis
Laisser prendre en gelée toute une nuit, au réfrigérateur, ou sur un balcon très froid (mais pas gelé) avant de servir.
Servir avec quelques gouttes de vinaigre.

Voilà, ce n'est pas bien compliqué, même si c'est un peu long pour notre monde moderne hyper-pressé. Mais c'est l'hiver, pas vrai, sans parler du reste, ce qui devrait nous rendre capables de prendre le temps, de préparer, de cuire et de manger. Ceci dit, les assiettes furent vite nettoyées, je peux vous le dire !

Jó étvágyat ! comme on dit en Hongrie
 
PS : je me demande s'il y a un rapport entre "kocsonya" et "cochonnailles" mais pour savoir il me faudrait l'avis d'un étymologiste chevronné ...
 
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13 novembre 2020 5 13 /11 /novembre /2020 11:05

C’est une histoire qui, hors de la Hongrie, est très peu connue. Elle commence avec Gábor Sztehlo. Le pasteur luthérien avait, pendant la domi­nation des nazis en Hongrie, ­sauvé la vie à plus de 2 000 juifs – dont la moitié au moins étaient des enfants. De mars à octobre 1944, lorsque la machine d’anéantissement nazie ­réclama ses victimes en Europe de l’Est, il cacha les enfants de familles juives hongroises chez des personnes de bonne volonté, dans des églises, des greniers, des caves. En  à la libération de la Hongrie il remet les enfants à leurs familles ou à des organisations de bienfaisance. Environ 1700 enfants juifs de Budapest purent ainsi être sauvés. Avec la progression des Soviétiques, Sztehlo se détourne défi­nitivement de ses devoirs de pasteur. Il était trop profondément horrifié par l’inhu­manité de son Église et son silence sur les crimes des Hongrois qui avaient collaboré avec les nazis. Dans les dernières semaines de la guerre, il a une idée qui devait redonner un sens à sa vie : il veut procurer à tous les enfants inno­cents de Hongrie et d’Europe, orphelins ou abandonnés par leurs parents, une nouvelle patrie. Cette nouvelle se répand vite parmi les veuves et les ­familles disloquées. Beaucoup envoient leurs enfants à Sztehlo dans l’espoir de leur offrir une existence meilleure.

Dans ses Mémoires, le pasteur, qui est décédé en 1974, écrit à propos de son projet : « Les enfants doivent ­dépasser les frontières sociales, ils doivent devenir des citoyens autonomes et capables d’autocritique. » Après cette grande césure dans l’histoire humaine que fut la Seconde Guerre mondiale, le pasteur espérait que la nouvelle génération trouverait le moyen de bâtir une société pacifique.

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Mais de plus en plus d’enfants viennent frapper à la porte en bois, et les places dans la villa sont devenues chères. Ils sont désormais plus de 200 à y habiter, dont des enfants de 4 ans, mais aussi des jeunes gens presque adultes qui s’occupent des plus petits. Ils prennent peu à peu possession d’autres maisons de la colline, que les riches propriétaires ont abandonnées à l’arrivée de l’Armée rouge.

Le territoire de Gaudiopolis s’étend, et le pasteur Sztehlo, qui habite juste à côté avec sa famille, s’aperçoit qu’il lui faut impulser un dernier élan aux enfants. Un après-midi, il les convoque dans la grande pièce de récep­tion de la villa principale. Puis il leur déclare : « Créez maintenant une république ! » – c’est tout – avant de quitter la pièce en refermant la porte derrière lui. László, Andor, Béla, Péter, Mátyás, Tamás et les autres enfants se retrouvent entre eux. Il faut attendre un moment avant qu’une voix se fasse entendre et demande s’ils ne devraient pas se doter de quelque chose comme une Constitution. Voilà ce dont se souviennent ceux qui vivent encore.

Une Constitution, donc. Mais dans quel monde, dans quel genre de république veulent-ils vivre ? Leur Constitution – ils tombent vite d’accord là-dessus – doit garantir à tous les enfants le droit à une bonne éducation. Interdire la guerre. Rendre possible pour tout le monde une bonne vie. Les enfants se donnent, lors de cette première assemblée, qui dure des heures, une loi fondamentale qui édicte des droits et des devoirs clairs : du bon temps pour tout le monde, une authentique fraternité, un ravitaillement suffisant en nourriture. Il règne une atmos­phère de renouveau dans la salle de réception lambrissée.

Mais une république peut-elle ne tenir qu’avec des valeurs ? Une voix réclame aussi des juges, des policiers, un budget et une administration pour Gaudiopolis. Le tumulte dure longtemps dans la salle de réception. Plus de 200 enfants débattent de la démocratie et de l’État de droit. Puis quelqu’un s’écrie que Gaudiopolis a besoin d’un Premier ministre. Une seconde voix hurle : « Keveházi ! » Et personne n’oppose de veto. À Gaudiopolis, il ne s’écoule que quelques secondes entre l’annonce du résultat des élections et le moment où le nouvel élu prête serment : László Keve­házi accepte le verdict des urnes. Le pasteur Gábor Sztehlo est unanimement désigné président d’honneur. Mais, à partir de maintenant, c’est László Keveházi le premier personnage de la république des enfants.

Sans avoir jamais lu un livre sur l’art de gouverner, le Premier ministre se lance dans sa nouvelle tâche. Il a composé son cabinet des adolescents les plus âgés. Les ­ministres se réunissent régulièrement autour d’une table ronde. Ils introduisent à Gaudiopolis le Gapo-Dollar, bricolé à partir de papier de couleur, et indexent leur nouvelle monnaie à l’évolution du prix du ticket de tram. Gapo-Matyi, le premier journal de la république, rend compte de façon critique de l’action du gouvernement. Chaque enfant le sait : sans une presse indépendante, pas de démocratie digne de ce nom.

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Tous les enfants âgés de 12 à 16 ans et tous les moins de 12 ans forment deux groupes répartis dans quatre autres maisons du voisinage : dans la villa des Hirondelles (parce que des oiseaux ont élu domicile sur le toit), dans la villa de l’Arc-en-ciel (parce qu’un jour on y a vu un arc-en-ciel) et dans la villa des Écureuils (parce que des écureuils s’y baladent sur le rebord des fenêtres). Il y a aussi bien entendu des filles à Gaudio­polis. Elles se sont vu attribuer le château des Filles, qui est à l’écart. Car la république des enfants est progressiste, mais jusqu’à un certain point: les filles n’y disposent pas de droits politiques, elles ne peuvent se porter candidates aux diverses fonctions. Mais au moins fréquentent-elles la même école que les garçons, une école que le pasteur Szthelo a fondée avec des pédagogues idéalistes. Et elles jouent et mangent avec les garçons – quand il y a à manger.

Le Premier ministre Keveházi doit faire face à la réalité: Gaudiopolis est à sec. Un après-midi de 1945, dans la grande salle de réception de la villa des Loups, les enfants se creusent la cervelle: comment se procurer de la nourriture? Budapest est affamé. Les celliers sont vides, les derniers animaux ont été abattus depuis longtemps, on ne trouve plus rien sur les marchés – et, même s’il y avait quelque chose à acheter, la ­modeste épargne des enfants est épuisée. Le pasteur Sztehlo cherche partout, en vain, de l’argent pour eux. Jusqu’ici, ils avaient toujours trouvé des solutions pour leurs problèmes lors de leurs assemblées géné­rales. Mais les discours enflammés ne suffisent plus à remplir les estomacs.

À l’unanimité, les enfants ajoutent à leur Constitution un principe important: en cas de nécessité, il est permis de chaparder. Les voilà donc à la ­recherche de restes de repas, de légumes en conserve et de viande séchée dans les ruines qui bordent les deux rives du Danube. Il leur ­arrive aussi de voler discrètement dans les rares magasins ouverts. À Noël, Béla Jancsó trouve un grand sac de lentilles dans des ­décombres. La fête peut avoir lieu.

Si les enfants survivent des semaines durant, ce n’est que parce que, conformément à leur Constitution, ils partagent fraternellement leur butin. Lorsqu’il n’y a plus rien à dénicher dans les ruines et que les propriétaires des magasins se mettent à recourir aux services de gardiens, Béla constitue une équipe de mendiants avec une fille nommée Eva. Ensemble, ils chantent dans les rues et demandent aux soldats russes un peu de khleb (pain). Ça marche parfois: on leur en jette un morceau. Mais souvent ça ne marche pas et il faut tant bien que mal survivre jusqu'au lendemain ... C'est ce que firent les enfants de Gaudiopolis jusqu'à l'arrivée au pouvoir des communistes en 1949. Le 13 janvier 1951, Gaudiopolis ferme définitivement ses portes après le refus de Gábor Sztehlo de troquer le poste de directeur fonctionnaire grassement payé qui lui est proposé contre l’abandon de la société idéale à laquelle il aspirait tant. Les petits vagabonds qu’il avait recueillis dans la rue n’eurent d’autre choix que d’y retourner..

Une très belle histoire donc, qui me fait beaucoup penser au "Poème pédagogique" d'Anton Makarenko même si, bien sûr, le lieu et l'époque furent très différents ... 

Pour écrire cet article je me suis servi des textes suivants :

Gaudiopolis, la république où les enfants gouvernent (nouvelobs.com)

Gaudiopolis, la république des enfants (books.fr)

Bienvenue à Gaudiopolis | lhistoire.fr

 

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https://www.facebook.com/azidoutazo/

à signaler également un film :

1945, la République des enfants perdus, F. Tonolli

 

© Frédéric Tonolli

NB : "forradalom" = révolution !

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15 octobre 2019 2 15 /10 /octobre /2019 23:13

En fait il n'y avait pas besoin d'aller très loin pour trouver Dolo, au bord de la Brenta, où Ma Douce nous avait réservé un hébergement. L'arrivée dans l'hôtel fut un peu houleuse dans la mesure où on proposa d'abord à Notre Vieille Amie une chambre ... sans fenêtre ! Puis une autre qui donnait sur la cour intérieure et qu'elle accepta vraiment du bout des lèvres. Notre chambre à nous, qui donnait également sur cette petite cour, était décorée d'une manière assez spéciale, avec un grand ange noir peint au-dessus du lit ... Carrément kitsch, mais c'est vrai qu'on n'était pas très loin de Venise ... Après quelques difficultés nous avons fini par dégotter un restaurant au nom grec où nous avons, ma foi, très bien mangé !

Mais pourquoi diable la Brenta ?, me direz-vous. Eh bien figurez-vous qu'au temps de la splendeur vénitienne on y construisit tout un tas de villas "palladiennes" dans lesquelles la bonne société venait se rafraîchir et festoyer. Et en effet quand on voit la profusion desdites villas, on ne peut qu'imaginer des gondoles pleines d'élégantes et d'élégants, et allant d'une villa à l'autre, glissant sur la Brenta dans la douceur de la nuit ...

Mais aujourd'hui c'est bien différent : beaucoup de ces villas sont dans un état assez pitoyable (d'ailleurs plusieurs sont à vendre, avis aux amateurs !), et la plupart d'entre elles sont fermées, même en plein mois d'août :

ah ça on en aura vu, des grilles, ce jour-là !

et allez ...

On a quand même fini par en trouver une pas trop mal en point, et qui était ouverte. Nous nous sommes donc empressés de la visiter.

Ce fut donc la "villa Valmarana" qui nous ouvrit ses portes ... Honnêtement je n'ai pas grand-chose à en dire. Les décors intérieurs m'ont paru d'assez piètre qualité, et c'est la terrasse dallée couverte que vous voyez sur la photo qui m'a semblé la plus jolie. Nous avons ensuite traversé la rivière pour voir la villa située juste de l'autre côté, en arrière-plan sur la photo :

bon ben euh voilà ... c'est une villa palladienne, quoi !

Au total une séquence assez frustrante donc, au terme de laquelle j'ai eu le net sentiment d'être passé à côté de quelque chose ... mais quoi ?

Nonobstant nous avons repris la route vers Aquileia, qui n'était pas très éloignée et où nous sommes arrivés suffisamment tôt pour visiter la basilique.

Ah Aquileia ! ça c'est du solide, du costaud, de l'inévitable ! Nous y étions déjà venus lors d'un voyage précédent mais cette fois, en plus, nous avions le bonheur de faire découvrir ce lieu fantastique à Notre Très Vieille Amie qui, malgré son immense culture et ses innombrables pérégrinations, n'était encore jamais passée par là !

Les mosaïques de la basilique étaient toujours aussi belles et émouvantes, dans leur fraîcheur et leur naïveté. Rendez-vous compte ! Plus de 700 mètres carrés de mosaïques d'un seul tenant, datant du IVè siècle, et racontant, entre autres des épisodes bibliques ! D'ailleurs, sur la photo, vous pouvez distinguer au-dessus de la pierre tombale le pauvre Jonas avalé par un monstre marin ...

Et où qu'on pose les yeux, c'est beau, c'est grand, c'est magique ! La preuve :

la sainte horreur du vide ...

et là on aperçoit une toute petite partie du splendide plafond en bois peint que des artisans charpentiers vénitiens ont réalisé au XVème siècle.

Et puis il faudrait vous parler de la Crypte des fresques (du XIIème), de la Crypte des fouilles (avec d'autres mosaïques, dont celle du combat du Coq et de la Tortue), du Saint Sépulcre,curieuse construction qui semble presque anachronique, du baptistère, ô combien plus dépouillé que celui de Parme, du campanile enfin où nous sommes entrés juste avant la fermeture et où nous avons découvert ceci :

Une autre mosaïque, du IVème siècle également, et qui appartenait, si nous avons bien compris à un grandiose édifice sur lequel le campanile a été construit au XIIème. Mais je dois bien admettre que tout ceci est resté un peu confus, et que je serais bien en peine de vous retracer clairement l'histoire archéologique d'Aquileia, si d'aventure il m'en prenait l'envie !

Mais le soir tombait et l'hôtel n'était qu'à deux pas de là : encore une fameuse découverte de Ma Douce la logisticienne ! En plus il faisait restaurant et nous nous sommes donc attablés assez rapidement dans une grande salle où quelques tables seulement étaient occupées. Nous avons vite remarqué un homme seul, bizarrement accoutré, qui buvait beaucoup et parlait très fort dans son portable. On aurait pu croire à une scène de la "Caméra cachée" (vous vous souvenez ?) où on filmait les gens dans des situations embarrassantes pour voir comment ils allaient s'en sortir. Personnellement j'ai essayé de parler très fort à mon tour, ce qui en a bien fait rire certains mais n'a absolument pas démonté le "haut-parleur". On a fait appel au personnel, et même à la patronne qui ont tous signifié leur impuissance. Étaient-ils complices de la caméra ? Pour finir, un couple fort énervé s'est levé et s'est dirigé droit vers le gêneur qui a eu bien du mal à comprendre ce qu'on lui voulait. Il a pourtant fini par poser son engin, non sans marmonner quelques insultes bien senties. Un peu plus tard il s'est levé pour regagner sa chambre et le pauvre, il m'a tellement fait pitié que je n'ai pas pu m'empêcher de me lever à son passage pour lui offrir un bras secourable ...

Mais cela aussi fait partie du charme des voyages, après tout ... Szia everybody, portez-vous bien !

 

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23 septembre 2019 1 23 /09 /septembre /2019 21:01

A Bordighera nous avons dormi dans un hôtel qui avait dû connaître une autre splendeur … nous étions sur la « Riviera » italienne, juste après la frontière française et l’on sentait bien, en regardant autour de nous, que toute la ville, et même la région, avaient dû être des lieux de villégiature particulièrement appréciés … entre les deux guerres ? Ou même plus tôt, début vingtième ? C’était bien possible étant donné la taille du magnolia devant nos fenêtres ...Et qu’en était-il aujourd’hui, à part notre hôtel un peu défraichi ? Outre l’exubérance de la végétation, ce que je retiens de Bordighera c’est que c’est une ville compliquée ! Pas facile d’y arriver tout d’abord par une route en lacets très étroite où deux voitures peinent à se croiser. Ensuite il a fallu trouver l’hôtel au fond d’une impasse sans guère de place pour se garer. D’ailleurs le stationnement a été une plaie continuelle, aggravée par le fait que nous accompagnions une amie très âgée qui ne pouvait pas beaucoup marcher. Compliqué de trouver une place pour apercevoir la vieille ville (nous avons renoncé à la visiter!) compliqué d’en trouver une pour aller manger, compliqué d’accéder au bord de mer, compliqué partout et tout le temps …

ça c'était (une partie de) la vue depuis la terrasse de notre hôtel : pas mal, non ?

et de l'autre côté, où on aperçoit la mer ...

Cela ne s’est pas simplifié quand nous avons repris la route le long de la côte : beaucoup de voitures, beaucoup d’habitations, en fait on a eu l’impression de ne jamais être sorti de la ville, on n’avançait pas et donc on a opté pour l’autoroute qui courait un peu plus haut dans les collines de Ligurie. Un parcours très pittoresque, composé de ponts et de tunnels : un pont et une échappée sur un village dans une échancrure de la côte, avec un nombre incroyable de serres tout autour :

sur un pont, pas loin d'un tunnel, et les serres ...

un tunnel plus ou moins long (chaque pont et chaque tunnel ayant son nom) et hop ! un nouveau pont, et ceci pratiquement jusqu’à Gênes où nous nous sommes arrêtés un peu.

Je ne sais pas exactement pourquoi, voilà longtemps que je voulais voir Gênes, peut-être à cause de Christophe Colomb ? Bon, en deux heures, nous n'avons pas vu grand-chose de la ville mais comme par hasard nous nous sommes arrêtés à deux pas de l'église où le petit Christophe fut baptisé ...

Ce qui était étrange, c'est que dans la crypte de cette église étaient réunies des Ukrainiennes, avec qui Notre Vieille Amie a pu parler un peu ... en roumain ? Elles lui ont expliqué qu'elles travaillaient dans cette église, à son entretien, sa décoration, ... D'ailleurs la ville entière nous a donné l'impression d'être "à étages", de comporter plusieurs niveaux dont certains doivent renfermer bien des mystères inaccessibles aux visiteurs de passage que nous étions.

vous voyez ce que je veux dire ?

Après Gênes nous avons voulu suivre à nouveau la côte mais à nouveau beaucoup de circulation et nous avons assez vite bifurqué vers les collines de l'intérieur pour rejoindre à nouveau l'autoroute. Juste avant nous nous sommes arrêtés dans un tout petit village quasi-montagnard dont nous n'avons pas réussi à découvrir le nom. Toujours est-il qu'il y avait là, bien sûr, une église et que dans cette église il y avait ceci :

un tout petit village de rien du tout, vous dis-je ...

Comme souvent, pour ne pas dire toujours, c'est Ma Douce qui avait préparé le voyage et qui, en particulier, avait choisi les hébergements. Et c'est là que vous vous dites que ça vaut vraiment la peine de voyager avec une dame de 93 ans ! Pas question, en effet, de la faire dormir dans je ne sais quel boui-boui de bas étage (ce que nous avons rarement fait d'ailleurs), pas question non plus d'attendre huit heures du soir pour réserver quelque chose, au risque d'atterrir, faute de mieux, dans ledit boui-boui ... Et voilà ce que nous avons découvert à la lueur du soleil déclinant, et qui devait constituer notre deuxième hébergement :

un ancien monastère non loin de Parme : faramineux, n'est-il pas ?

En plus les chambres étaient très vastes et très belles. D'ailleurs le décor dans son ensemble était très soigné, avec des œuvres d'art contemporain dans la cour intérieure, par exemple. Un seul bémol : la table qui n'était pas à la hauteur du reste. Dans une carte assez pauvre j'ai choisi pour ma part une espèce de risotto qui s'est révélé parfaitement insipide. Sans parler des odeurs d'étable qui assaillaient la terrasse ... Quand on a demandé leur provenance à la serveuse elle nous a répondu en haussant les épaules qu'après tout on était à la campagne, ce en quoi elle avait du reste entièrement raison ...

Une parenthèse pendant que j'y pense : savez-vous que pendant toute notre traversée de l'Italie nous n'avons pas vu un seul animal dans un champ ? Pas une vache, ni un cheval, pas même un mouton ou une chèvre ! Comment expliquez-vous cela ? Certes nous étions au mois d'août et il faisait très chaud, mais quand même ...

Le lendemain, après un bon petit déjeuner (ce qui n'est pas si courant en Italie, perdone ...) nous avons découvert Parme mais ce sera le sujet de l'épisode n°3 !

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13 juillet 2019 6 13 /07 /juillet /2019 15:49

Si j'en crois mon dictionnaire "Petit Robert" (qui, il est vrai, date de ... 1990 !) le mot "philatélie" est apparu en 1864, à partir de phil-, abrégé de philos "ami" (qu'on retrouve dans "philanthrope", "philosophe", ...) et de ateleia, "exemption d'impôts" "affranchissement", formé à partir de telos "charge, impôt". Donc un "philatéliste", comme vous le savez tous, c'est un "ami des timbres" (qui servaient à affranchir). On ferait mieux de dire "un amoureux" d'ailleurs parce que, et je le pense sincèrement, cette amitié est une passion. Une passion un peu honteuse aujourd'hui, et même un peu coupable, dont on n'aurait pas idée de se vanter dans un dîner en ville ... Est-ce qu'il me viendrait à l'idée, par exemple, de dire à une jolie fille que je collectionne les timbres ? Sûr que non, et pourtant, si à ce moment-là son regard s'éclairait, et qu'elle me dise, sincère : "C'est vrai ? comme c'est intéressant !" Alors là ...

Mais non, "philatéliste" ça fait "petit garçon" ou au contraire "vieux garçon", voire "dinosaure", n'est-ce pas ? Et pourtant comme le cœur bat quand on fait une belle découverte ! Comme il est bon de feuilleter ses albums un jour de pluie : ils vous jouent une musique à nulle autre pareille, et vous chuchotent à l'oreille qu'ils sont bien, rangés là, sous votre regard épris ... En fait c'est tout juste s'ils ne ronronnent pas !

Mais baste ! ce dont je veux vous parler aujourd'hui c'est de l'intérêt "historique" des timbres. Car au-delà de leur intérêt purement esthétique (est-il besoin de préciser que certains sont de véritables œuvres d'art miniatures ? les noms de Gandon, Serres, et surtout Cheffer vous disent-ils quelque chose ?) les timbres sont souvent des marqueurs de l'évolution du monde. Et l'Histoire que je voudrais retracer brièvement est celle de la Hongrie de 1919 à 1972.

En 1919 donc, la première guerre mondiale est finie (enfin pas partout mais ceci est une autre Histoire), la Hongrie qui, comme son nom l'indique, fait partie de l'Empire Austro-Hongrois, va le payer cher : traité de Trianon de 1920, dépeçage du royaume hongrois qui conduit à une diminution des 2/3 de sa superficie, cette Histoire est bien connue. Mais avant de donner un territoire, il faut d'abord s'en rendre maître, c'est-à-dire l'occuper, et c'est ce dont témoignent certains timbres de l'époque :

"Baranya", le nom d'un comitat situé au sud, à la frontière croate

le Bánát, région du sud-est, partagée désormais entre la Roumanie, la Serbie

et, pour un petit bout, la Hongrie

A noter que l'indication "Köztársaság" marque, en plus, l'avènement de la "République des conseils" de Béla Kun à la même époque.

Quelquefois c'est assez subtil :

là c'est donc l'ouest de la Hongrie qui est occupé, et l'indication du bas semble germanique ...

D'autres fois l'occupation porte carrément le nom de l'occupant :

hé oui ! c'est nous qu'on était là, dans la région d'Arad, aujourd'hui en Roumanie !

et là ce sont les Roumains, et même le Royaume ("Regatul") de Roumanie, il faut dire qu'eux, ils sont allés jusqu'à occuper (brièvement) Budapest !

Ainsi donc, en 1919, une forte coalition anti-communiste s'est formée contre Béla Kun (ce sera finalement Staline qui aura sa peau en 1937 !) de manière à éviter la contagion de la révolution prolétarienne de 1917, ce qui va ouvrir un boulevard à ... Horthy Miklós, qui fera son entrée à Budapest en novembre 1919 avant d'être proclamé Régent du Royaume en mars 1920. Et l'Amiral Horthy on va donc le trouver assez vite, et de plus en plus, sur les timbres hongrois ...

oui oui c'est bien lui, là, au milieu, l'Amiral sans flotte ...

Mais pendant ce temps, les dictateurs grondent et aboient, les armées se forment et se déplacent, les canons recommencent à tonner et des promesses se font, de redonner les territoires injustement spoliés ...

Comme en témoignent ces feuilles que je me suis procurées il y a peu :

Voici donc la première : nous sommes en 1938 (le cachet de la poste en fait foi !), nous sommes à Munkács, ville aujourd'hui située au sud de l'Ukraine et rebaptisée Moukatchevo. Et "visszatért" ça veut dire "retourné" ... Alors pourquoi ? Eh bien souvenez-vous qu'après la première guerre mondiale, la Hongrie a été littéralement dépecée et qu'elle a été contrainte de donner des bouts de son territoire à tous ses voisins : Ukraine, mais aussi Roumanie, Yougoslavie, Autriche, Tchécoslovaquie (à l'époque la Slovaquie n'existait pas encore) ... Et ce qui explique en partie le choix de l'amiral Miklós Horthy, alors Régent de Hongrie, de joindre ses forces à celles de Hitler, qui lui avait promis la restitution de ces territoires perdus. Hé oui ...

Donc en 1938 c'est le retour au sein de la mère-patrie de non seulement Munkács mais aussi :

Losonc, aujourd'hui Lusenec en Slovaquie

Szamosújvár, aujourd'hui Gherla en Roumanie

Nagyvárad, aujourd'hui Oradea en Roumanie

Szászrégen, aujourd'hui Righin en Roumanie et

Szilágysomlyó, aujourd'hui Șimleu Silvaniei en Roumanie

Székelyudvarhely ("lieu de la Cour des Sicules"), aujourd'hui Odorheiu Secuiesc en Roumanie

et Kézdivásárhely, aujourd'hui Târgu Secuiesc  en Roumanie

Zilah, aujourd'hui Zalău toujours en Roumanie

Léva, aujourd'hui Levice en Slovaquie

Dés, aujourd'hui Dej en Roumanie et Bánffyhunyad, aujourd'hui Huedin en Roumanie

Nagybánya, aujourd'hui Baia Mare en Roumanie et

Máramarossziget, aujourd'hui Sighetu Marmației en Roumanie.

 

Je sais, tout ça fait un peu litanie ... Mais n'oubliez pas qu'il y avait des GENS qui vivaient dans tous ces territoires et qui, suivant les aléas de la guerre, des conquêtes et des reconquêtes, se couchaient Hongrois, se réveillaient Roumains pour s'endormir à nouveau Hongrois et se réveiller à nouveau Roumains ... J'exagère à peine, vous savez ... Et bien sûr tout cela laisse des traces, dans les têtes, dans les corps, et dans les cimetières ... Regardez ce qui s'est passé il y a peu à Dormánfalva ( Dărmănești en roumain) : des magyarophones de Transylvanie se sont affrontés à des nationalistes roumains qui venaient inaugurer des croix orthodoxes dans ce qu'ils considèrent comme LEUR cimetière ! Et ça pratiquement le jour anniversaire du traité de Trianon, signé le 4 juin 1920 et consacrant le dépeçage de la Hongrie ! Ce n'est pas pour rien que le pape François est allé faire un tour là-bas ...

Mais voilà la guerre fut perdue, et avec elle, tous les territoires reconquis, et le Hongrois se réveilla à nouveau Roumain, Ukrainien ou Slovaque ... Sauf qu'avec l'occupation soviétique tout cela n'avait plus beaucoup d'importance, n'est-ce pas, puisque tous ces pays étaient devenus frères au sein de la Grande Famille Socialiste ... Ce dont nous parlent encore certains timbres :

En 1949 apparaît l'étoile rouge, caractéristique de tous ces "pays frères" ...

7ème congrès du MSZMP, mouvement des socialiste hongrois, qui existe toujours aujourd'hui

50ème anniversaire de la Glorieuse Révolution Socialiste !

et 50ème anniversaire de la Glorieuse Union Soviétique !

Voilà, jeunes gens, je ne vais pas aller plus loin dans ma démonstration. Vous aurez compris, je l'espère, au moins deux choses : 1) les choses sont toujours beaucoup plus compliquées qu'on ne croit dans ces "ex-pays de l'Est", qui apparaissent quelquefois comme des plages sur lesquelles les armées ont laissé leurs empreintes, bientôt effacées par le flux et le reflux de l'Histoire, et c'est encore plus vrai pour la Hongrie qui, en plus, a dû subir l'occupation ottomane pendant un siècle et demi, 2) cela vaut vraiment le coup de s'intéresser aux timbres, modestes mais rigoureux témoins des temps où ils parurent ...

Sur ces belles paroles, sziasztok, à bientôt !

 

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8 novembre 2018 4 08 /11 /novembre /2018 22:30

Je voudrais aujourd'hui vous faire partager un trésor ... un recueil de textes très divers qui, tous, traitent de Budapest ... avant le "changement" car c'est ainsi qu'on nomme en Hongrie la disparition du "mur" qui coupait l'Europe entre "ouest" et "est". Et vous savez le plus beau ? c'est que ce recueil je l'ai trouvé dans un vide-grenier où j'ai bien dû l'acquérir pour la somme faramineuse de ... 2 euros ? Comme quoi il n'y a pas de hasard dans la vie, il n'y a que des découvertes qui nous attendent à chaque coin de la rue ... Remarquez, si vous allez sur internet, vous pourrez le trouver pour un prix tout aussi modique, et je ne peux que vous conseiller de l'ACHETER !!!

Le recueil, dirigé par Anne Losonczy, se compose de quatre parties :

1) Buda et Pest : deux villes en une, une ville en deux (huit textes)

2) Le temps détenu (six textes)

3) Vivre et survivre (neuf textes)

4) Vivre et rêver (sept textes)

le tout étant agrémenté ici et là de photos en noir et blanc de István Halas (surtout) et Karl Vugel (un peu).

Bien sûr il n'est pas question ici de rendre compte de cette trentaine de textes, ce qui risquerait d'être un peu fastidieux mais simplement de vous en signaler quelques-uns qui m'ont particulièrement plu, même si le choix s'avère difficile tant la qualité d'ensemble est bonne.

Commençons par le premier du recueil : il s'agit de "Flânerie" de Konrád György, un des plus connus des écrivains hongrois actuels. Comme le titre l'indique il s'agit d'une suite de notations au fil d'une promenade dans Budapest, notations souvent empreintes d'humour, ainsi page 19 : Au café les os décalcifiés des vieux messieurs craquent, le désordre des jeunes énerve les croûtes sclérosées, tu es informé des diverses couches de l'Histoire, les vieux messieurs aimeraient baisser la voix pour des raisons politiques, mais hurlent en raison de leur surdité.

Ou encore : Le métro de Budapest est très profond. Nous occupons longtemps l'escalier roulant et regardons ceux qui viennent d'en face. Eux aussi nous regardent. Nos regards demi-éteints se croisent furtivement. Avec qui aimerais-je parler ? Le visage de qui est adouci par un sourire intérieur ? Lequel d'entre eux pourrait être un assassin ? Lequel est délateur ?

Vous me direz : à part la profondeur du métro (et encore) quelle différence avec Paris ? Oui, tout est pareil ... sauf les derniers mots !

Puis, après quelques photos, suit un texte de Dalos György "Budapest terminus", consacré aux trois gares de la capitale.

Puis "Naissance d'une métropole", un texte historique de Rév Ilona, suivi de "Les noms se succèdent, les rues restent" de Vezér Erzsébet dont la fin recèle une anecdote assez surprenante, celle du capitaine russe Goussev. Celui-ci serait une pure invention de l'écrivain Illés Béla, il n'empêche qu'il existe un bas-relief à son effigie ... dans la rue qui porte son nom ! Existe-t-elle encore aujourd'hui ? Une recherche internet n'a rien donné ...

Puis un texte très étrange de Esterházy Péter, que l'on ne présente plus ! "En dessous et au-dessus du réel", où l'on assiste à un dialogue surréaliste entre le responsable d'un studio de radio et un Maître venu y faire un enregistrement, l'histoire se terminant sur un terrain ... de football ?

Un peu plus loin un texte important de Kovács András : "Budapest la Juive", indispensable pour ceux qui veulent mieux comprendre la place des Juifs dans l'histoire hongroise.

Vient ensuite un texte non moins intéressant "Des Tziganes heureux ?" de Havas Gábor, qui s'emploie, avec succès, à déconstruire l'image folklorique et souvent mensongère de ces fameux Tziganes. D'ailleurs son texte m'a rappelé un livre que j'ai beaucoup aimé : "Joskan Atyin n'aura personne pour le lui rendre" de Osztojkan Béla. Une pure merveille !

Nous passons à la ... deuxième partie ! Eh oui, malgré mes bonnes résolutions, difficile de ne pas détailler toutes les merveilles de ce recueil ...

Cela commence par "L'attrape" de Eörsi István, nouvelle qui relate une mauvaise blague faite à quelqu'un qui finit par tout avouer et tout renier de peur de finir dans les geôles de la Sécurité ... "Rétro et ringard", de Török  András, s'interroge principalement sur la définition du deuxième terme : Chez nous c'est un terme d'une souplesse inouïe ; il peut être adjectif, attribut mais on peut dire aussi : " Il y a du ringard", ce qui équivaut à peu près à "Il y a de l'eau dans le gaz" ... Un jour à la radio, un petit garçon en a donné une définition que je trouve excellente : " Est ringard ce que trop de gens ou trop peu de gens font ..."

De tout autre chose parle le texte suivant : "Vienne-Budapest : la voie royale de l'inconscient" de Kassai György, consacré aux échanges entre Freud et Ferenczi, "père" de la psychanalyse hongroise. Il se clôt sur un très beau poème de József Attila, dont je vous livre la dernière strophe :

Tous les vivants sont des enfants

Un sein de mère pour désir.

Ils  tuent, s'ils ne s'embrassent pas

Champ de bataille au lit nuptial.

Eros et Thanatos, quoi ...

"Arizona-sur-Budapest" de Molnár Gál Péter nous raconte d'abord le "Budapest by night" d'entre les deux guerres, en se centrant particulièrement sur le dancing Arizona, et sur sa vedette incontestée ... miss Arizona. Vedette aux relations multiples et troubles, dont l'histoire se termina tragiquement en janvier 1945.

"Le paradigme des bottes" de Haraszti Miklós fait référence, bien sûr, aux bottes de Staline, seul vestige de l'immense statue du "petit père", abattue par le peuple le 23 octobre 1956. Bottes que j'ai d'ailleurs eu l'occasion d'admirer lors d'une visite au Memento Park :

Le texte se termine ainsi : D'ailleurs peu importe sur quelle estrade les détenteurs du pouvoir vont nous faire des signes et mentir. L'ombre des bottes les surplombera toujours.

A nouveau quelques belles photos noir et blanc, que je n'ose reproduire ici pour une histoire de droits ...

"Suites policières" de Eörsi István  à nouveau commence par une blague que je crois typiquement pestoise : "Combien faut-il de policiers pour visser une ampoule électrique ? - ??? - Trois : un qui se tient au sommet de l'échelle et deux autres pour la tourner." La suite est moins drôle puisqu'elle relate l'expérience qu'a faite l'auteur de l'interrogatoire puis de la prison ...

La troisième partie, "Vivre et survivre", est essentiellement consacrée aux changements importants qui se produisent à Budapest en cette période charnière entre socialisme et ouverture libérale, comme en témoignent certains titres : "Au bord du Danube, la Movida" (de Véronique Soulié), "Rock is hard" (de Image Iván) ou encore "Les trajets du samizdat" de Pesti Kornél. On y trouve également un entretien avec Angelus Iván, responsable de l'atelier privé "Créativité gestuelle". Cette partie se termine par un lexique assez amusant "A boire et à manger" qui rend bien compte de la vie quotidienne d'il y a trente ans puis par une liste de "bonnes adresses" dont j'imagine qu'un certain nombre doit être obsolète. Un côté pittoresque quand même ...

Enfin, "Vivre et rêver" nous emmène d'abord dans des bains hors d'âge ("Tableaux d'une piscine vétuste" de Mándy Iván) et un peu inquiétants.

"Lettres de noblesse" de Véronique Soulié nous apprend qu'un renouveau de la généalogie, "officiellement bannie en 1951",  accompagne le lent effacement du socialisme. Comment faire la fête en 1986, selon que l'on est Tsigane ou que l'on est Juif ? C'est à quoi répond "Le bal des identités" de  Kőbányai János, dans lequel on s'aperçoit que si les Tsiganes de l'époque semblent nourrir quelque espoir d'intégration, le traumatisme et l'angoisse sont encore bien présents pour les Juifs, qu'ils appartiennent aux anciennes ou aux nouvelles générations. Mais ils sont tous d'accord sur un point : "Soyons ce que nous sommes ... mais sans trop nous faire remarquer."

Et le recueil se termine sur deux entretiens : le premier avec François Fejtö (puisqu'il vit en France depuis 1938, je me permets d'écrire son nom "à la française") et le second avec ... devinez qui ? Georges Soros himself ! le Grand Satan selon certains ! Le pauvre, en 1987, il se déclarait "optimiste pour l'avenir", il ne pouvait pas savoir !

Ah ben non ! Il reste encore un texte "D'un pont à l'autre" de Konrád György. Tiens tiens ... il inaugurait le volume par une flânerie et il le clôt par une déambulation ... tout aussi intéressante ! Je vous en recopie seulement les dernières lignes : Nous, les intellectuels, commençons à aimer notre métropole sans honte et sans mauvaise conscience. Nous aimons sa stratégie que nous déduisons des pierres et de la littérature, des plaisanteries et des réunions du soir, nous sentons que cette grande ville est bien plus vraie que l'Etat. Nous aimons ce qui est compliqué car cela correspond à la vie.

Voilà ! j'espère ne pas vous avoir ennuyé(e) avec ce long article sans beaucoup de photos mais plus encore j'espère vous avoir donné envie de vous procurer ce recueil parce que, croyez-moi,si vous vous intéressez à la Hongrie et aux Hongrois, vous allez y découvrir des merveilles !!!

Sziasztok, szervusz !

 

 

 

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22 octobre 2018 1 22 /10 /octobre /2018 21:50

Après tout cela, qui nous avait pris un peu de temps (surtout la boutique équitable, d'ailleurs ...), nous ne sommes arrivés à Brescia qu'en début de soirée.

Heureusement Ma Douce nous avait résrevé une chambre dans un endroit assez étonnant, un ancien monastère ou une ancienne maison de retraite pour prêtres vieillissants, bref, quelque chose de très ecclésiastique ...

ça par exemple c'est une vue de l'escalier d'honneur dudit refuge

et ça une vue du plafond de la petite église qui était forcément là ...

Un endroit assez spécial donc, mais pas si cher que ça et avec en plus un accueil très sympa, presque chaleureux. Le seul inconvénient pour nous voyageurs c'est que ce soir-là le restaurant était fermé. Force nous fut donc d'aller chercher notre pitance sur une petite place non loin de là qui était, elle, couverte de terrasses. Après avoir un peu fureté parmi les cartes, nous nous sommes assis et nous avons patienté en supportant du mieux possible le bruit ambiant ... Quel barouf, surtout au sortir des Alpes autrichiennes ! Musiques de toutes sortes (chaque établissement voulant imposer la sienne), discussions à très hautes voix (forcément, comment faire autrement ?), cris, rires ...Bon, j'arrête ... Heureusement nous avons pu manger assez rapidement et nous nous sommes esquivés avant que l'immense tablée de sportifs, qui s'étaient installés juste derrière nous, ne commence à entonner des chants de leur club !

Slalomant entre tables et chaises, nous avons enfin atteint une longue rue, aussi déserte et nue qu'un couloir d'hôpital ... Rassemblant notre courage nous avons poursuivi dans la nuit et nous avons enfin débouché sur une grande place, où se trouvait la cathédrale, qu'on appelle en italien le "Duomo".

Enorme, le Duomo, et fermé bien sûr à cette heure-là ! Mais ce qui nous a encore plus touché, juste à côté, c'est un bâtiment rond, plus ancien et moins "tape-à-l'oeil" que la cathédrale :

Nous avons continué à marcher dans les rues de la ville, tranquilles, et nous avons entraperçu bien d'autres merveilles, ce qui nous promettait un programme de visites bien intéressantes pour le lendemain. Et à ce moment-là nous ne savions pas que nous n'avions pas encore vu LE PLUS intéressant ...

Après une nuit réparatrice, et un petit déjeuner tout ce qu'il y a de roboratif dans la cour de l'établissement, nous nous sommes donc mis en route pour découvrir un peu plus les beautés entrevues au cours de notre périple nocturne ... Nous avons retrouvé le Duomo sans aucune difficulté :

ouf, ça en jette, hein ? un tantinet écrasant tout de même : quand vous vous trouvez là-dessous vous priez pour qu'un bout ne se détache pas malencontreusement de la façade ... l'intérieur était de la même veine : immense, riche ... et froid. C'est donc assez rapidement que nous nous sommes dirigés vers le bâtiment voisin qui nous paraissait bien plus sympathique :

mmmh ... ? un autre charme, tout de même, non ? un côté très antique, presque romain ... bon, en fait il s'agit d'une chapelle romane de style lombard, reconnaissable à ses bandes verticales et aux rangées de petites arcades dites arcatures ... et à l'intérieur c'était tout aussi rond et antique ... normal puisque le Duomo vecchio a été édifié au XIIème à l'emplacement d'une basilique paléochrétienne du VIIème siècle. C'est peut-être pour cela qu'on y trouve une crypte tout à fait intéressante :

Puis nous avons suivi le déambulatoire, admiré quelques peintures murales, un immense tombeau en marbre rouge, un Christ poignant ... et sommes ressortis au soleil pour poursuivre notre visite. Nous avons erré un peu au petit bonheur dans la ville, heureusement nous n'avons croisé aucune boutique équitable ! Nous n'étions pas au bout de nos découvertes ... sur une grande place où se tenait un marché nous avons remarqué une architecture assez particulière, typique des années 30 et du style mussolinien :

Ceci est l'hôtel de la Poste et juste à côté, sur la même place se trouve un autre bâtiment tout aussi intéressant :

tout en briques, celui-là, avec des motifs industriels et techniques, datant de l'époque radieuse où le Progrès était Roi ... Quel bonheur d'aller ainsi, à côté de Ma Douce, qui me dispense de sa douce voix quelques informations concernant l'histoire de l'art ...

Après les années 30, nous sommes remontés à la Renaissance, période qui n'est pas loin d'être notre favorite, en arrivant sur la place de la Loggia. Là aussi, un ensemble très impressionnant et très homogène datant de la fin du XVème et du début du XVIème siècles. La "Loggia" sert aujourd'hui d'hôtel de ville, ce qui fait que nous avons pu y entrer ...

un détail de la façade devant laquelle nous avons longtemps hésité : s'agissait-il VRAIMENT d'une oeuvre datant de la Renaissance ou bien n'était-ce pas plutôt du "néo" ? Rien n'indiquant une quelconque reconstruction nous avons fini par nous en tenir à la première solution. Nous sommes entrés donc, et là :

ah on peut dire qu'ils ont un joli cadre de travail, les employés de la mairie de Brescia ! Sans parler des différentes salles que nous avons pu visiter ici et là, avec un accueil très gentil, d'ailleurs, mais pas très conscient apparemment de la valeur du cadre : l'habitude sans doute ? Et tout cela serait authentique ? Incroyable, non ? Et pourtant il nous restait à voir LE PLUS intéressant ...

Sur la longue route qui y menait nous avons fait halte dans une église qui s'offrait à nous. Une halte qu'on avait prévue plus courte mais la dame qui nous y a accueillis était si bavarde, elle aimait tellement la France et parler le français que nous n'avons pas pu partir aussi rapidement ... Dans cette église, extrêmement riche et décorée, nous avons surtout remarqué :

au milieu de tous ces marbres et ces angelots, une Vierge allaitant beaucoup plus ancienne (à qui un pélerinage était dédié, si je me souviens bien) touchante de grâce et de simplicité. Nous avons fini par quitter la dame si volubile et nous avons suivi une longue rue sans beaucoup d'ombre ... Cela a commencé assez modestement :

Oui, je sais, certains d'entre vous seront peut-être impressionnés mais pour nous qui avions vu tant de vestiges romains pendant notre voyage aller, ma foi, ce n'était jamais qu'un forum de plus ! Nous avons eu un peu de mal à comprendre comment il fallait y entrer mais finalement il semblait que c'était gratuit et que la visite était libre. Cela ne nous a pas empêchés de tomber sur une guide qui s'échinait en plein soleil pendant que la majorité des membres de son groupe se réfugiait dans une ombre bienfaitrice ... Nous avons fait courageusement le tour de ces vieilles pierres, notant ici un amphithéâtre, là les restes d'un hypocauste, chauffage par le sol fort usité par les Romains. Rien que de très ordinaire, en fait, non LE PLUS sensationnel restait à venir ... Nous y voilà :

Le monastère de Santa Giula, fondé en 753 sur l'emplacement d'une villa romaine, est aujourd'hui un musée, et QUEL musée ! Eglise, chapelle, cloître, crypte, tous ces lieux regorgent de richesses incroyables !!! Voyez-en un petit aperçu :

ici il s'agit du premier étage d'une chapelle qui a été entièrement peinte au 16ème siècle ...

là il s'agit d'une autre partie, l'église elle-même, où je ne pouvais pas manquer, bien sûr, l'image de mon saint favori. Moins alangui tout de même qu'à l'époque baroque, il ressemble presque à une pelote d'épingles, le pauvre ! Et partout, partout, de la beauté, de la beauté sous toutes ses formes, dans tous ses matériaux ...

Bon là on fait carrément dans l'antique, mais peu importe, vous avez vu le soin, la finesse, la précision. Moi qui pensais il n'y a pas si longtemps que les Romains n'étaient que des brutes soldatesques, je m'aperçois que certains d'entre eux étaient des as de la délicatesse, et c'est tant mieux ! Et regardez un peu ce que nous avons trouvé dans la crypte :

oui, oui, c'est bien un Saint Sébastien moderne dont les flèches ont été remplacées par des petits oiseaux ! Merveilleuse idée, vous ne trouvez pas ? Bref, au bout de 3 heures de visite on était morts, vidés, sonnés ... mais le voyage n'était pas fini car le soir-même nous devions être à Susa, pas loin de la frontière française ... Ah c'est dur parfois, la vie de voyageur ...

Sur la route pas grand-chose à dire, sinon qu'il faisait toujours très chaud et que nous avons suivi l'autoroute en contournant Milan d'abord et Turin ensuite. Ah si tout de même : un nouvel étonnement devant les tarifs pratiqués sur les autoroutes italiennes : une fois ça paraît donné, et l'autre carrément exorbitant ! Mais comme nous avions déjà expérimenté les routes nationales et secondaires, sur lesquelles on n'avance guère ...

Nous avons fait une avant-dernière halte à Rivoli, juste après Turin. Pourquoi Rivoli ? A cause du nom qui fait penser à une élégante rue de Paris ? A cause de la victoire napoléonnienne qui a donné son nom à la rue ? Que nenni ! Tout simplement à cause du château de Rivoli qui est vraiment particulier, pour ne pas dire unique en son genre ...

eh oui ! tout en briques ou presque, ce château ! et pas petit, je peux vous le dire ! je ne sais pas vous mais moi je trouve qu'avec les briques c'est inépuisable tout ce qu'on peut faire, et souvent très joli ...

Comme ce château se trouvait sur une butte, un courant d'air circulait tout autour, ce qui était bien agréable et rafraîchissant ... En plus nous avons très vite découvert que de là on avait une vue imprenable sur la ville de Turin :

Vers l'est, Turin et tout au fond les Alpes qui commencent ...

Décidément il faisait bien bon à Rivoli, c'est pourquoi nous avons prolongé notre halte en prenant un pot au café du château ... Puis nous avons fini notre exploration des lieux, en nous contentant de l'extérieur puisqu'il était déjà trop tard pour visiter quoi que ce soit.  C'est un peu désolant d'ailleurs qu'en été, quand les journées se rpolongent jusqu'à 22 h les musées continuent de fermer à 18 !

mais même l'extérieur était très joli ...

Ensuite il ne nous restait plus beaucoup de route à faire pour atteindre Susa, notre halte de la nuit. Mais comme il faisait encore jour nous avons décidé de ne pas nous presser et de prendre la petite route qui suivait la vallée de la Dora, ce qui nous a permis de découvrir une autre charmante petite ville au doux nom d'Avigliana. D'ailleurs Ma Douce avait repéré un autre lieu qui avait l'air intéressant, quelque chose comme San Michele, mais lui nous n'avons pu qu'en faire le tour. C'est sûr que même de la route ...

En fait, une espèce de "Mont Saint-Michel" perdu au milieu des Alpes, quoi !

Et quand on va sur le site de la "Sacra di San Michele", on apprend que cet endroit a inspiré "le Nom de la Rose" d'Umberto Eco, ce qui n'est pas rien ! On y apprend aussi l'existence d'un itinéraire de pélerinage de plus de 2000 km qui relie le Mont Saint-Michel, en France, au Monte Sant’Angelo, aux Pouilles.  Avis aux amateurs !

Quand nous sommes arrivés à Avigliana par cette charmante petite route, le soleil était bas sur l'horizon, et la lumière dorée à souhait. Là aussi il fallait monter bien raide pour arriver sur la place centrale ...

Comme vous pouvez le constater, il n'y avait pas foule dans le village ! Et tout autour de cette placette, dans toutes les directions, des vues à couper le souffle ...

"Que la montagne est belle !" comme dit la chanson. Et c'est sûr que là aussi cela donne envie de rester, de goûter le temps, de mieux connaître les gens, leurs us et coutumes, Mais c'est la destinée du voyageur que d'accumuler les aperçus, en se promettant régulièrement de revenir ... Si on devait aujourd'hui revenir dans tous les endroits où on s'est promis de le faire, je crois bien qu'une vie entière n'y suffirait pas !

hé oui, interdiction de stationner, c'est là notre destin !

Alors est-ce que vous vous rendez bien compte de TOUT ce que nous avons fait en une seule journée ? Et encore ce n'était pas tout à fait terminé puisque après avoir déposé notre bagage à l'hôtel de Susa (plutôt cher pour ce qu'il était), après avoir mangé dans un petit restaurant qui alliait simplicité et bonne ambiance, nous avons encore trouvé la force de nous promener un moment de nuit dans les rues de Susa ... ah ce n'est pas une sinécure, croyez-moi, d'être marié à une historienne de l'art aussi acharnée que Ma Douce !

mais demain sera un autre jour ... et un autre article !

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