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7 décembre 2008 7 07 /12 /décembre /2008 08:43
Sziasztok !

L'autre jour, on avait rendez-vous, Ma Douce et moi, au musée des Beaux Arts. Il y avait là une expo de Ferdinand Hodler, un peintre symboliste suisse, qu'on voulait voir depuis un moment et qui, en plus, allait être bientôt retirée de l'affiche. Rendez-vous donc, à 14h45 (c'était un vendredi) devant l'entrée du musée qui donne sur la place des Héros.

ça, c'est une photo vachement artistique de la place des Héros, mais qui est prise de l'autre côté, côté zoo, si on peut dire, il faudra que je vous parle du zoo un de ces jours, d'accord ?

J'avais dit : "14h45, tu es sûre ? pas 14h46 ?", pour rigoler, et parce qu'il arrive que Ma Douce me fasse un peu attendre à un rendez-vous. Mais bon, elle travaille, elle, et donc elle est moins libre de ses déplacements que moi, qui suis en dis-po-ni-bi-li-té ... Ben j'aurais mieux fait de me taire ! D'abord il a fallu que j'étende une lessive pour ne pas la laisser froissée dans la machine, ce qui m'a mis un peu en retard. J'ai regardé l'heure à Déli (j'avais préféré ne pas mettre de montre pour ne pas m'énerver inutilement), et il était déjà 14h32. Pas la peine d'espérer être au musée 13 minutes plus tard ! Mais je pouvais essayer de limiter les dégâts. J'ai donc dévalé les escaliers mécaniques :

qui sont grands et pleins de courants d'air ...

Et là, bien sûr, ça n'a pas loupé : le métro était là, mais le temps d'arriver sur le quai, les portes se sont refermées (et je ne vous conseille pas d'essayer de monter quand même, il y a de quoi être coupé en deux !), et obligé d'attendre le suivant. Trois fois il a été annoncé, mais jamais il ne venait ! Finalement, on l'a vu arriver, suant et soufflant, et je crois que personne n'avait trop envie de monter dedans. Mais que faire ? Attendre le suivant, ce qui m'aurait mis un peu plus en retard ? Donc j'ai pris mon courage à deux mains et je suis monté direction Deák Ferenc tér où je devais changer pour prendre la ligne n°1 ... qui est la plus ancienne d'Europe ! Puis, dans les couloirs de Deák, direction Mexikói út, droit vers le nord. Comme dans un mauvais film, ou un cauchemar à deux sous, je suis à nouveau arrivé sur le quai au moment où le métro partait !
Bref, quand je suis sorti à l'air libre sur Hösök Tere, j'avais un bon quart d'heure de retard ! J'ai tout de suite vu Ma Douce, dans son grand manteau noir, qui attendait sur les marches du musée. Je lui ai fait de grands signes, plein, mais elle a mis un moment pour me voir, peut-être parce qu'elle n'avait pas ses lunettes ? On s'est enfin rejoints sur la grande esplanade et je me suis confondu en excuses et explications : lessive, métro, panne ?, encore métro, malchance, ... Elle m'écoutait en souriant, ce qui était plutôt bon signe. Quand j'ai eu fini de bredouiller, elle m'annonça en rigolant ... que le musée était exceptionnellement fermé, en raison d'un raout de prestige qui s'y donnait !
Bon ... mais que faire alors ? Il pleuvait, il faisait un peu froid, il était 3 heures donc plus qu'une grosse heure avant la nuit ... comme on était avenue Andrássy, les Champs-Elysées de Budapest, je lui ai proposé d'aller visiter la Maison de la Terreur. On était déjà passés devant cette grosse maison bourgeoise plusieurs fois, on avait longuement regardé les médaillons alignés sur la façade et renfermant les photos de victimes du régime communiste, mais on n'était pas encore entrés. La porte s'ouvrit toute seule, ce qui était inquiétant ...
Ainsi, dès l'entrée, c'était clair : seraient mis sur le même plan deux régimes dictatoriaux dont la Hongrie avait eu à souffrir, le nazisme et le communisme. Cela n'a pas manqué de déclencher des polémiques à l'ouverture de ce musée en février 2002, d'autant que nombre de responsables "ex-communistes" étaient (et sont toujours) encore vivants et ... responsables ! Mais il faut dire aussi que pas mal d'"ex-nazis" (qui s'appelaient les "croix fléchées" ou "nyilaskeresztesek") ont été recrutés dans les rangs communistes dès1945, après avoir promis d'abandonner leurs "fausses idées" !
En fait, jusqu'en mars 1944, Budapest a représenté un refuge pour de nombreux juifs. Beaucoup d'entre eux sont venus d'Autriche, d'Allemagne et de Slovaquie. Mais au printemps 44, les Allemands ont imposé un 1er ministre  qui a mis en place les lois les plus dures : entre mai et juillet, en 3 mois seulement, 435 000 juifs de Hongrie ont été déportés !!! A ce moment ne subsistaient "que" les 200 000 juifs de Budapest. Ce sont les "croix fléchées" (l'équivalent de "notre" Milice, à peu près) qui, sur l'instigation d'Hitler, ont pris le pouvoir en octobre1944 et qui s'en sont occupés de telle manière qu'ils n'étaient plus que 100 000 à la libération de la ville, en février 45. Certaines scènes atroces, comme celle de tous ces gens que l'on a forcés à se déshabiller sur un quai avant de les jeter dans le Danube, sont dans toutes les mémoires d'ici, je pense...

un mémorial intelligent, je trouve, et qui vous prend "là" ...

Il nous fallut monter au 2ème étage d'une grosse maison comme il y en a des milliers ici, avec cour intérieure et larges coursives à tous les étages On pouvait imaginer sans peine les portes des bureaux claquer, les ordres aboyés, les prisonniers qu'on sortait d'ici pour les faire entrer là ..."Toi qui entres ici, abandonne toute espérance" ou quelque chose comme ça, non ? Remarque amusante : la "Maison de la Terreur" s'appelait en ce temps-là la "Maison de la Loyauté" ...
Au 2ème, voici le domaine des "croix fléchées" :"Feu et malédiction sur tout ce qui est juif" voilà l'admirable slogan qui figure en exergue à ce banquet !

Un lecteur attentif aura déjà remarqué les écrans alignés sur le mur de droite. Et en effet, dans pratiquement chaque salle (sauf dans les caves), c'était la même chose : la nouvelle dictature (je sais, le mot n'est peut-être pas trop bien choisi à cet endroit, mais je n'en vois pas d'autre, désolé) des nouvelles technologies a frappé fort, à la Maison de la Terreur ! Dans chaque pièce d'exposition une profusion d'écrans, chacun diffusant son message visuel "en boucle" et obligeant le visiteur à zapper d'un écran à l'autre. Oh bien sûr, on peut toujours s'arrêter sur un témoignage, et c'est ce que nous avons fait, mais l'audition et même la vision sont sans cesse appelés, voire parasités, par les écrans voisins, le fond sonore, ... Personnellement, j'ai préféré, et de loin, les pièces dénuées de toutes ces fioritures audiovisuelles, les pièces "brutes" en quelque sorte, où l'imagination avait la place de se déployer.
Au 1er étage (un petit film assez amusant montrait des Hongrois de toutes conditions se dévêtissant pour enfiler les tenues caractéristiques du "socialisme triomphant") c'était le domaine de l'ÁVO, le Département de Sûreté de l'Etat, et plus tard de l'ÁVH, équivalent du KGB et de tant d'autres polices secrètes. Entre 1945 et 1948, elle a interné plus de 40 000 personnes dans le pays !
L'ÁVO, qui avait une image à faire respecter, débarquait dans une grosse conduite intérieure noire, et plutôt la nuit. On embarquait la personne suspectée, ou dénoncée, et on n'entendait plus parler d'elle pendant un bon moment, si ce n'est jamais. Et ainsi, jusqu'au "Changement"  de 1989, environ 1/3 de la population, soit 3 millions de personnes, a eu affaire plus ou moins gravement avec les services de sécurité. Le passage par les geôles du sous-sol ne devait pas être de tout repos ...Le froid, la faim, les coups et les humiliations, la torture, tout était bon pour mettre les récalcitrants dans le "droit chemin". Et si vraiment il n'y avait rien à faire, s'ils s'avéraient irrécupérables, on les pendait, tout simplement, dans un petit coin.
Bien sûr, il y a eu 1956, le 23 octobre. Ce jour-là la révolte générale a éclaté contre tout ça. Mais après quelques joursde liberté retrouvée (l'ÁVH a d'ailleurs été officiellement dissoute à cette époque-là, et ses "successeurs" ont dû quitter le 60 de l'avenue Andrassy ... Péter Gábor, le chef de l'ÁVH, est mort tranquillement en 1993, après s'être reconverti comme bibliothécaire ...) une répression terrible de l'armée russe s'est déclenchée, faisant 3 000 morts. L'ÁVH (ou ses "successeurs") bien sûr n'a pas été en reste et ses gégènes ont tourné à plein régime : la litanie des condamnations à mort a commencé au mois de décembre. On a même condamné un gamin de 16 ans mais, n'étant pas des bêtes, on l'a fait attendre jusqu'à 18 ans pour l'exécuter... Mais je vous reparlerai plus longuement de ces événements-là ...
Voici le drapeau des insurgés de 56 : devinez un peu ce qu'il y avait à la place du trou ?

Quand on est ressortis sur Andrássy, il pleuvait toujours mais il faisait nuit. Le long du mur extérieur, on a revu défiler les médaillons des victimes des exécutions de 57-58 : électriciens, serveur, chauffeur de tramway, des gens du peuple, pour la plupart ... Sans doute n'avaient-ils pas compris que le parti travaillait pour eux ?

Et aujourd'hui ? me direz-vous, on est bien loin de tout ça ? Sûrement, sûrement, mais apparemment certaines habitudes ont du mal à disparaître. Dernièrement un scandale lié à des écoutes (illégales, bien sûr ...) a éclaté parmi les politiciens : une candidate à la tête d'un parti politique aurait fait espionner sa rivale ... à moins que ce ne soit un "coup monté" par ladite rivale, ou même par les communistes (nous y voilà !) pour la discréditer !?
Comme vous le voyez, la démocratie hongroise a encore (de longs et) beaux jours devant elle !

Sziasztok !





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27 novembre 2008 4 27 /11 /novembre /2008 15:37

Jó napot kÍvánok !


Une fois n'est pas coutume, aujourd'hui nous allons commencer avec une carte :


Vous repérez aisément Baja, la grosse tache noire au milieu à gauche. Par la même occasion vous voyez la courbe que fait la Sugovica pour quitter puis rejoindre le Danube vers le sud, en formant des îles au milieu par la même occasion (en fait il y en a deux).

Pourquoi cette carte, loin d'être "sexy", me direz-vous ?

1) D'abord je l'ai trouvée au musée local (le musée István Türr, d'une nom d'une célèbre aventurier de Baja) dans lequel je m'étais réfugié contre les morsures du vent d'automne J'y ai été accueilli par deux vieilles dames, toutes contentes de me voir arriver. C'est qu'il ne devait pas y en avoir des centaines, des visiteurs du musée municipal, en novembre, à Baja ! Donc j'avais eu droit à une visite en règle, pleine de courtoisie et accompagnée de babillages en hongrois que j'avais parfois du mal à suivre, mais que j'approuvais en souriant.

2) Ensuite elle vous donne un (tout petit) aperçu de ce qu'est le hongrois. Songez par exemple qu'au retour on a dû changer de train à Kiskunfelegyháza !


3) Enfin elle vous donne une idée de ce que l'on pourrait appeler la "perméabilité" de la Hongrie (comme des pays voisins d'ailleurs). Que ce soit pour des raisons historiques (comme le dépècement de la Grande Hongrie en 1920) , économiques (comme l'immigration Souabe du 17ème siècle) ou politiques (comme la laborieuse réalisation d'un espace européen) nombreuses sont les régions de la Hongrie (et des pays voisins ...) où des populations d'origines, de cultures, de religions diverses se côtoient. Je me demande même dans quelle mesure cette observation n'est pas valable pour le pays tout entier...si ce n'est pour une grande partie de l'Europe Centrale !


Sur la carte donc, les points jaunes représentent les implantations "allemandes" (Souabes en fait), les points verts les Tsiganes (je n'en vois qu'à Szeremle et à Nagybaracska), les triangles bleus les Croates (à Dusnok uniquement ?), les points et carrés bleus probablement des Serbes, mais ce n'est pas certain. A cela se superposent les différentes religions : catholiques, réformés, orthodoxes, ... A croire que les Hongrois (et leurs voisins) ont inventé la macédoine !


Comme pour toutes les "zones-frontières" de la Hongrie (ce qui représente au moins la moitié du pays, en fait, vu qu'il est assez petit) le traité du Trianon de 1920 (orchestré par "l'horrible, l'haïssable" Clémenceau) a bouleversé le paysage. Nombre de Hongrois vivant aujourd'hui dans la région de Baja sont issus de familles ayant tout quitté de là où elles vivaient parce qu'elles habitaient tout à coup en pays étranger, en l'occurrence la Yougoslavie. Je ne sais pas si certains Hongrois vivent toujours en Serbie (Ma Douce me dit que oui !), mais je sais que c'est le cas en Croatie et en Autriche, où ça ne se passe pas trop mal, en Roumanie et en Slovaquie, où c'est beaucoup plus conflictuel. En Slovaquie en particulier : il y a 2-3 semaines un match de football opposait une équipe de Bratislava (la capitale)

à l'équipe d'une petite ville hongroise ... de Slovaquie ! Qu'est-ce qui s'est passé exactement ? Une provocation ultranationaliste de la Garde Hongroise (qui ne mérite pas ces majuscules) ? Une charge délibérée et sans sommation de la police slovaque ? En tout cas, j'ai vu les choses à la télé : plutôt violent ! D'ailleurs une victime des matraques policières a été transportée dans le coma à l'hôpital ; je ne sais pas si elle y est toujours. Du coup les deux premiers ministres se sont rencontrés et, d'après un journal anglais de Budapest, la conférence de presse de clôture s'est déroulée dans un climat plutôt tendu ! D'accord, à nous qui avons des frontières bien établies depuis quelques siècles (encore que ... y'a qu'à voir la Savoie ...), ça peut nous paraître un peu bizarre, ces histoires de petits territoires, de confettis oubliés, laissés là par la marée basse de l'Histoire ...(ouh ! comme j'me la pète, là !) Allez quoi, les gars, on est tous des Européens, pas vrai ? On peut dépasser tout ça, maintenant, et regarder de l'avant ... Mais là où ça résiste c'est surtout qu'il s'agit d'histoires de "gens", qui ont une famille, des ancêtres, une langue, une religion, et que ces petites histoires-là sont bien plus coriaces que La Grande, qui ne mérite pas toujours ces majuscules !

Un peu pour la surprendre, voire la provoquer, j'ai demandé à Ma Mie si ces Hongrois-là étaient considérés comme d'origine serbe. "Bien sûr que non ! m'a-t-elle répondu, puisqu'ils parlent le hongrois !"

Il ne faudrait pas cependant que je vous donne une fausse idée de la situation à Baja où, justement, tous ces "petits mondes" voisinent sans difficulté. Juste un exemple : la nuit de Noël, il y a une messe à 23.00 pour les Hongrois et, dans la même église, une autre à minuit pour les Serbes. On voit donc que la situation conflictuelle est loin d'être systématique, en particulier à l'intérieur des frontières de la Hongrie.


Pas de doute, Baja est une ville du fleuve, une grande partie du musée en porte témoignage :



mais cet amour de l'eau douce est encore vrai aujourd'hui :


D'ailleurs (je ne vous épargnerai rien !) la grande spécialité de Baja est la soupe de poissons (à base de carpe qui fournit la viande et de poisson-chat qui donne le goût) dont une grande fête a lieu sur la grande place le 2ème week end de juillet : en 1996, pour le 300ème anniversaire de la ville, il y avait 300 chaudrons sur la place !


Bien entendu, au mois de novembre, il n'y en avait aucun ...


Mais, le lendemain, tournant le dos à tout ce pittoresque facile (et parfois fort beau) je décidai d'explorer les quais de Baja. Je me rendis donc d'abord tout au bout de la pointe formée par la Sugovica quand elle quitte le Danube :Je peux vous dire qu'en plein vent il faisait sacrément froid !


Et je remontai autant que possible en longeant le Danube vers le nord ... malgré le vent, les chiens policiers (heureusement enfermés derrière un grillage), les portails fermés, les barbelés ...

Je pense que Baja a eu son heure de gloire (n'est-ce pas là que le dernier souverain de Hongrie s'est embarqué pour Madère ?), en tout cas qu'elle a été beaucoup plus active qu'elle ne l'est aujourd'hui ...



Mais je ne savais pas qu'en poursuivant mon chemin je rentrais dans le royaume de la Belle au Bois Dormant ! C'était dimanche, et je me disais que tous ces entrepôts fermés, c'était normal. De temps en temps, il y avait quand même une porte ouverte, et un type dans l'ombre qui faisait on ne sait quoi ... Et puis je suis arrivé aux silos de maîs, et là ...



Le nombre de volatiles était impressionnant. Ils trouvaient à manger, apparemment, puisqu'ils n'arrêtaient pas de picorer. Mais quoi ? Est-ce que ça peut fuir, un silo à grains ? Ils squattaient entièrement les lieux et je me suis dit que voilà, ce serait peut-être quelque chose comme ça, après la crise finale, quand l'homme aurait disparu, il resterait ses oeuvres, ici les silos, et que les forces naturelles, ici les pigeons, en feraient leur miel ... tant qu'elles le pourraient, car que se passera-t-il quand il n'y aura plus de grain ? Les oiseaux décollaient et se posaient en vagues lourdes et je ne savais pas s'ils me fuyaient ou me précédaient ...


J'appris un peu plus tard que tous ces bâtiments étaient bel et bien fermés, et ce depuis "le Changement", il y a près de 20 ans.


Je jetai un dernier regard au Danube avant de regagner la ville :


Viszontlátásra !



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24 novembre 2008 1 24 /11 /novembre /2008 15:47

Baja est une petite ville du sud de la Hongrie, sise au bord du Danube. C'est là que Ma Douce est née et qu'elle a vécu pendant 14 ans, avant de partir étudier dans un lycée de Budapest. Elle y a vu son premier ciel, son premier arbre, et son premier oiseau. Elle y a connu sa première rage de dents et son premier émoi amoureux. Elle y a probablement donné, et reçu, son premier baiser. Voilà pourquoi Baja m'intéresse ...

En fait, la ville est située juste à l'endroit où le Danube forme un bras de rivière qu'on appelle la Sugovica et qui  rejoint à nouveau le Grand Fleuve quelques kilomètres plus au sud, en direction de la Serbie, dont la frontière n'est qu'à 30 kms de Baja. En quittant le Danube, la Sugovica prend le temps de faire une jolie boucle, au creux de laquelle se trouvent deux îles : la plus petite, qui est aussi la plus peuplée, porte le doux nom de ... Petöfi ! C'est également le nom du pont qui rejoint l'île à la ville ... et celui de la rue où Ma Douce a habité pendant presque toute son enfance !

Celle-ci ayant des affaires familiales à régler, j'en ai profité pour explorer un peu la ville.

Comme c'était un samedi, j'ai commencé par le marché ...Vachement ordonné, le marché de Baja ! Une suite interminable d'étals, disposés en rangées rectilignes, on est sûrs de ne rien rater, et on est certains de ne pas se perdre ! Alors je me suis mis en quête de quelques spécialités, afin de pouvoir vous les présenter.

La première, omniprésente en Hongrie, c'est le fameux, l'incontournable PAPRIKA !!! Il en existe de toutes tailles et de toutes couleurs :

C'est le phtographe Edward Weston qui aurait été content, lui qui avait fait une fixation sur les innombrables formes du poivron !

Le paprika peut également se manger en poudre et, bien sûr, c'est ainsi que nous autres les Français le connaissons :Le mot "Erös" que vous pouvez lire à gauche n'a rien à voir avec ce que vous pensez : cela veut simplement dire "fort" en hongrois, donc une diversité de goûts également pour ce légume sans prétention ...

Ne reculant devant aucun sacrifice (pour vous, chères lectrices et chers lecteurs, uniquement pour vous, bien entendu ...) j'ai poursuivi ma quête, picorant ici et là :

Un autre "incontournable" de la table hongroise, surtout le soir, au dîner, quand on mange froid. Il s'agit de gros cornichons marinant dans je ne sais quoi qui leur donne un goût bizarre et pas très réussi à mon avis.

Encore une marinade, ou une saumure, d'oignons probablement, agrémentés de quelques ... paprikas, et d'une petite tomate, enfin je crois ...(ben non finalement c'est AUSSI un paprika !)

Quant à ça ... des paprikas décolorés ? mais par quoi ? par la saumure ? ou alors une autre race qui ne se vend pas en tant que légume frais ? palpitant, vous avouerez ...

Au beau milieu du marché, il y avait un grand bâtiment couvert, un peu comme un hangar ou une grange. Là, ça faisait davantage penser au marché Saint Bruno de Grenoble, avec des gros tas de trucs pas cher (téléphones portables, jouets, vêtements d'occasion, invendus de toutes sortes) posés sur le sol, près desquels étaient assises de grosses matrones enveloppées d'étoffes et/ou de parkas. Je crois bien que je voyais là mes premiers gitans ! Là, dans cette situation marchande (dont on n'aurait pas été autrement étonné qu'elle dissimulât des commerces moins légaux ...) elles me firent immédiatement penser à nos Maghrébins et autres Africains qui animent si bien nos marchés provinciaux ! Je ne me risquai pas à prendre des photos ...

En revanche, dans un coin du bâtiment, je découvris quelques artisans locaux, qui m'autorisèrent gentiment à les portraiturer avec leur production :

Voilà le brodeur (ou le vendeur de broderies de sa femme ?), qui ne dit rien mais qui n'en pense pas moins, ça se voit bien ...

Et voici le sculpteur sur bois, aux personnages tellement expressifs ...

Après les artisans, il y avait une pièce étrange, comme une enclave dans le bâtiment, dont je n'ai pas bien réussi à comprendre ni l'identité ni le fonctionnement. D'après ce que j'ai pu voir, il n'y avait qu'une entrée, sur le fronton extérieur, celle-ci donnant sur une première pièce à peu près vide. On pouvait deviner que le lieu avait un rapport avec les produits laitiers. Au fond de cette pièce, face à l'entrée, une autre porte, fermée. Et c'est là apparemment que les gens allaient acheter des saucisses, de la viande peut-être. En tout cas il y avait du monde, j'avais pu le vérifier en regardant à travers la partie vitrée qui donnait sur l'intérieur du bâtiment ...

En sortant de là, je me suis décidé à errer parmi les étals que je n'avais pas encore visités, et là j'ai rencontré quelqu'un ! J'avais repéré quelques beaux paprikas et j'aurais bien voulu faire la 36ème photo de la série. J'en demandai donc la permission à la marchande, qui aussitôt prit la pose avec un beau chou ...

Surprenant, non ? Mais après tout, pourquoi pas ? Peut-être cette dame croyait-elle à quelque reportage agricole (et international) ? peut-être voulait-elle justifier sa présence sur la photo, parce qu'il fallait bien quelqu'un pour tenir le chou ? peut-être aimait-elle particulièrement ce chou-là, dont elle avait surveillé avec amour la respiration et le développement ? peut-être était-ce au contraire un autre chou qu'elle voulait protéger, en offrant celui-ci en victime sacrificielle ? ah non, croyez-moi, c'est vraiment passionnant de voyager et de se poser toutes ces questions !

Quoi qu'il en soit, je la remerciai grandement (mais je ne crois pas lui avoir baisé les mains : "csókolom" en hongrois) et m'apprêtai à suivre mon chemin. Mais cette gente dame ne l'entendait pas de cette oreille : voilà-t-il pas qu'elle se met à me poser des questions : et d'où je venais, et comment je m'appelais, et d'autres encore que je n'ai pas comprises. Mon premier échange "authentique" avec une autochtone ! Je me suis reservi du mieux que j'ai pu de mes leçons de hongrois, et j'ai à peu près saisi qu'avant elle avait connu une Française qui s'appelait Louise. Je crois que ça aurait pu durer un moment (les autres marchandes écoutaient tout sans en avoir l'air) mais je commençais à fatiguer un peu, alors je lui ai dit "viszontlátásra" et j'ai quitté le marché ...

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10 novembre 2008 1 10 /11 /novembre /2008 14:43
D'abord il avait fallu prendre le tram, pendant je ne sais combien d'arrêts, jusqu'à traverser des banlieues un peu glauques ...
Puis il avait fallu marcher, longtemps, d'abord en longeant des immeubles sinistres puis en suivant une grande rue sombre et plantée d'arbres. Franchement, cela aurait été en France, je n'aurais pas été rassuré, surtout avec une belle fille comme Ma Douce à mes côtés ! Mais elle allait vaillamment, sans l'ombre d'une crainte. Elle n'avait pas voulu me dire où elle m'emmenait. Alors j'avais suivi, évidemment ...
Finalement, au bout de la rue, on est arrivés à un portail éclairé d'une lumière vive qui conduisait à ça :


(Est-ce que vous voyez le rétroviseur d'automobile fixé en bas de la dernière fenêtre ? c'est un truc courant employé par les gardiens d'ici.)
J'ai appris qu'"Artus" était le nom d'une compagnie de théâtre, fondée par un lointain cousin de Ma Mie et installée dans un local industriel désaffecté. On peut en apercevoir l'entrée sur la photo, en haut et à gauche. Au fond de la cour s'ouvrait un passage fort obscur, tout juste indiqué par des bougies. Il était temps de commencer à s'imprégner de l'atmosphère des lieux ...


Bon, ça faisait un peu "train-fantôme", tout de même ...

  Mais ... dans ce théâtre d'avant-garde-là, on ne s'assoit pas tout de suite, non, Monsieur ! Il ne manquerait plus que ça ! Il s'agit de garder le corps, et donc l'esprit, en mouvement et donc en éveil. Aussi les spectateurs sont-ils d'abord invités à déambuler parmi des scènes éclatées ...

Ce pauvre homme se prenait-il pour l'homme invisible ? rêvait-il simplement de le devenir ? cela aurait été assez cocasse de le faire en public ...
Ma Douce me traduisait les choses du mieux qu'elle pouvait mais ce n'était pas évident : il y avait beaucoup de mots dont un certain nombre s'avéraient "grands". Certains personnages parlaient vraiment beaucoup ...
Celui-ci, par exemple, avec ses bouts de bois dans la main, a expliqué un truc vachement long et vachement compliqué sur les rayons du soleil pour lesquels il semblait avoir une affection particulière, et effectivement il avait l'air un peu illuminé. La pièce dans laquelle il jouait s'appelait "Hermèsz 13", ce qui avait peut-être à voir avec notre Hermès Trismégiste. En effet, revenait en leitmotiv quelque chose comme "tout est dans tout, et inversement"...
Dans la deuxième pièce que nous sommes allés voir, intitulée "Don Quichotte Mausoleum" celle-là, il y avait également une espèce de prédicateur qui tentait à toute force de convaincre les gens de je ne sais quelle vérité universelle, tellement universelle qu'un pauvre visiteur comme moi n'y comprenait rien ... Il se tenait là :


et pendant qu'il parlait, une force mystérieuse actionnait le mécanisme qui ouvrait le livre et l'éclairait. Parfois l'Inspiré hurlait dans un mégaphone, parfois il alpaguait quelqu'un pour lui chuchoter à l'oreille ...
Vous voyez la flamme blonde à l'arrière-plan ? Il s'agit d'une "vamp" ! Le plus souvent, elle est assise sur un haut tabouret perché au coin d'un gramophone géant, sur le sillon duquel elle laisse promener négligemment l'éperon qui orne sa cheville droite ! Moi-même qui vous parle, j'ai eu l'honneur de tourner la manivelle de la gentille dame !
Elle fait également semblant de chanter dans le pavillon (genre "voix de son maître") que vous voyez posé, à l'envers, au centre du plateau. On est, en fait, dans une espèce de musée, un mausolée, comme l'indiquent le titre de la pièce, et des étiquettes soigneusement disposées au coin des "stands".
L'étiquette suivante devait indiquer un "homo astronicus" ou quelque chose comme ça, puisqu'il s'agissait bien d'un cosmonaute qui se mouvait dans l'apesanteur, relié à quelques objets qui bougeaient lentement avec lui. Son travail semblait constituer à faire apparaître de nouvelles étoiles dans le ciel, en faisant sauter les petites pièces de feutre qui les recouvraient. Voici une image de son ciel après la représentation :


Enfin venait un cycliste, coiffé et dûment maillotté, qui faisait du sur-place sur un vélo d'appartement. Mais pour lui ce ne semblait pas le plus important. En effet, le mouvement de ses pédales faisait défiler un film qui se déroulait sur un écran devant lui. Mais voilà ladite machine ...


Etonnant, non ? Et tout cela était animé, dans une joyeuse cacophonie, par un olibrius à costume rayé qui  jouait aussi, pas mal du tout, de la guitare !
Dans une autre phase, ce théâtre d'avant-garde-là scotche le spectateur. Pour "Hermès" ce fut une (très) longue séance de tir à l'arc à laquelle nous dûmes assister : 13, hé oui, flèches tirées une par une, bien sûr, par un archer planté de dos et qui tirait dans le mur de l'autre côté de la scène. Après chaque tir, la cible lumineuse se positionnait de manière à lui faire indiquer le mille. Pour "Don Quichotte" ce fut la performance physique, plusieurs fois répétée, d'un grand escogriffe se donnant en spectacle devant un mur de spectateurs virtuels, disposés en motifs cloniques. Je ne tardai pas à comprendre qu'il s'agissait de Don Q lui-même.
Au sortir de cette phase où le spectateur est un peu "sonné", anesthésié en sorte par l'étirement ou la répétition du temps, ça bouge à nouveau. Nous avons eu droit à des combats (à la badine qui siffle, ou à l'épée), ou à des "figures martiales" pour le moins, superbes de précision et d'inventivité. Une séquence d'une infinie douceur aussi avec la cosmonaute (il s'agissait d'une fille en fait) jouant à la balle avec elle-même, au ralenti, d'un bord à l'autre de la scène.
D'une manière générale, ce qui m'a vraiment plu, c'est la richesse et la liberté créatives. J'ai envie de faire un truc ? Hop, je le fais ! Par exemple, comme Don Quichotte était mort, il est venu présenter ses condoléances aux spectateurs :
Mais, me direz-vous, quel est le sens de tout cela ? En tout cas, c'est ce que Ma Douce m'a demandé sur le chemin du retour, comme on arrivait à la station de tramway. Je dois avouer que je ne m'étais pas posé la question jusque là ; dans "Hermesz" comme dans "Don Quichotte" j'avais préféré me laisser emporter par la poésie et la magie des scènes, sans trop réfléchir. Dans la première, par exemple, je me souviens d'une scène qui était un salon : un homme assis taillait inlassablement dans un morceau de bois pour y sculpter une chaise. Autour de lui, deux plantes en pots. L'une d'elle était formée d'avant-bras et de jambes qui dépassaient de la terre. Dans l'autre, un homme et une femme nus, enterrés jusqu'à la taille, se faisaient face. Imperceptiblement ils se déliaient de leurs tuteurs pour venir s'enlacer comme un homme et une femme. Invariablement l'homme se levait juste comme ils allaient enfin se toucher, et leur faisait reprendre leurs positions de départ.
C'est vrai que le 1er spectacle était plus clairement "écologique", au sens très large du terme. Témoin cette femme de la dernière scène, complètement enterrée elle aussi dans un espace entouré de centaines de petits objets suspendus, tout blancs. Et on s'arrête autour de cet espace, et on commence à percevoir sa respiration qui fait bouger le sol, puis ses frémissements, puis ses mouvements, et enfin elle sort tout entière, et se dresse.


Autant là le sens me paraissait clair, voire limpide (ah bon ? pas vous ?) autant j'avoue que pour Don Quichotte je sèche un peu. Chacun dans sa bulle ? Chacun à la poursuite de son rêve, comme Don Quichotte ? Mouais, un peu "bateau" à mon avis ...Et pourquoi cette insistance mécaniste (le livre, le phono, le vélo) ? D'accord on était dans un mausolée du futur, et alors ?
Mais peut-être en saurons-nous plus lors du 3ème spectacle que nous devrions voir bientôt, si je ne m'abuse !

Viszontlátásra !



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8 novembre 2008 6 08 /11 /novembre /2008 17:13
Jó estét kívánok !
(en effet, ici, il est 5 h et il fait déjà nuit)

Quand vous vivez quelque part vous ne pouvez pas, à un moment ou à un autre, ne pas rencontrer d'autres personnes expatriées comme vous. Ce fut le cas au Maroc et à Madagascar, la particularité étant que cela se faisait essentiellement "entre Français" (mais pas toujours, cf John, l'Américain rencontré à Diégo-Suarez, et puis Andrew et ses parents, bien sûr). Mais il s'agissait d'ex-colonies françaises, et le système de l'ex-colon était encore bien présent. Ici, c'est différent. Il y a un journal, le Journal des Français de Budapest, le "JFB" je pense, qui n'est pas mal du tout mais je n'ai pas du tout cherché à contacter le milieu français de Budapest. Je crois cependant qu'il y en a un. Adrian, le prof d'anglais à qui je donne des leçons de français, est marié à une Française. Et il m'a dit au début du cours qu'un de ses objectifs était de mieux se débrouiller dans les "partys" françaises ! J'ai simplement envoyé un CV à l'Institut Français, et un autre au Lycée, pour lesquels on ne m'a même pas accusé réception : ça ne m'a pas trop donné envie de continuer !
Non, ici les "expats" que je rencontre sont celles et ceux qui, comme moi, ont décidé de tenter l'ascension de l'Everest des langues : le hongrois ! Ah ! que n'ai-je pas entendu dire sur le hongrois et sur son extraordinaire difficulté ! Et par les Hongrois-e-s même parfois, qui n'en sont pas peu fier-e-s, je pense.  Il n'y a qu'à voir le respect, l'estime dans lesquels les écrivains hongrois sont tenus, et cela peut aller jusqu'à l'adulation, comme pour Pétöfi Sándor.
Nous, les téméraires, nous nous retrouvons chaque semaine, les lundis et  mercredis, de 10 h à 12 h 30 dans une des salles de la Hungarian Language School, dont vous avez déjà pu apprécier quelques photos extérieures dans "Mon école de hongrois". L'intérieur n'est pas mal non plus :


Les séances sont coupées par une pause à 11 h 30, pendant laquelle une gentille dame nous sert thé, café et petits gâteaux :


Mais pas moyen de prendre correctement la gentille dame en photo, étant donné qu'elle bouge tout le temps !
Pendant ce temps, dans la salle de cours ...c'est évidemment beaucoup plus calme !!!

Mais où sont donc passés nos Indiana Jones de la linguistique finno-ougrienne ? Ont-ils définitivement baissé les bras, plantant là cahiers et crayons, pour aller hurler leur frustration et leur désespoir à la sortie du métro Astoria ?
Que nenni, en voici quelques-un-e-s en train de reprendre des forces pour la deuxième partie du cours :
Bien sûr, on n'entend pas beaucoup de hongrois, à la pause ! Les Anglais-e-s parlent anglais entre eux, les Espagnol-e-s parlent l'espagnol, les Turc-que-s le turc, et moi le français, avec Saskia qui vient de Suisse francophone. D'ailleurs, voilà Saskia :


Très jolie, n'est-ce pas ? Et très sympa, en plus ! On a pas mal discuté de l'intégration en Hongrie, pas évidente d'après elle qui est là depuis 8 mois. Elle est dessinatrice en bâtiment et vit avec Tamás, un étudiant en Relations Internationales, mais leur projet est plutôt de repartir pour Berlin (où ils se sont connus ... dans un cours d'allemand !) et de vivre un moment là bas. J'ajoute que c'est une championne de ski de fond, et qu'elle a été sélectionnée pour l'équipe suisse des "joeunes" (comme elle dit) et qu'à mon avis il devait y avoir de la concurrence !
Parfois Saskia, qui est ma voisine de table (ce qui fait qu'elle n'arrête pas de copier sur moi quand on fait des exercices !), discute de l'autre côté avec Heidy :

Heidy, qui fume le cigare à la pause, est née en Allemagne juste après la guerre. Elle y a étudié la musique, aussi bien folk que d'église. Puis elle a émigré en Afrique du Sud en 1962, où elle est restée jusqu'en 1977, date à laquelle elle est revenue en Allemagne pour y travailler comme organiste. Elle a ainsi alterné les séjours puisqu'elle est retournée vivre à Johannesbourg en 1989 et elle y fut guide touristique. Maintenant elle vit à nouveau à Budapest après s'être remariée avec son 2ème mari, qui est hongrois. Elle s'est enfin décidée à apprendre la langue ...
Bien sûr, comme dans toute classe de langue qui se respecte, nous travaillons régulièrement en groupes de 2, 3 ou 4. Or donc, la 4ème mousquetaire avec qui il m'arrive de peiner, outre Saskia et Heidy, se nomme Amy :

Vous la voyez ici qui fait semblant de réfléchir pour la photo !
Je ne sais pas si c'est parce qu'Amy vient de Birmingham, en Angleterre, mais c'est la championne des retards ! Elle arrive toujours dix minutes après le début du cours, et se confond en "bocsánat, bocsánat" ce qui, vous l'aurez compris, signifie "excusez-moi, pardon, désolée ..." Elle est venue à Budapest pour y étudier pendant un mois, et elle y vit maintenant depuis plus d'un an en enseignant l'anglais. Elle est venue par curiosité, et l'amour d'un Hongrois l'y a faite rester ! Elle est très sympa, toujours prête à éclater de rire !
Dans la catégorie "retards", Amy est suivie de près par Svetlana :

Svetlana, comme son nom l'indique, est une Russe de St Petersbourg et elle adore le lait, la lecture, les longues balades et la photographie. C'est l'amour d'un escrimeur qui l'a amenée à Budapest. Elle aime également la vie, le patin à glace (normal !) et celui à roulettes, voyager, apprendre une langue (c'est probablement celle qui a le plus de facilité parmi nous), les dessins animés soviétiques, le cinéma mais, par dessus tout, La Vie ! Elle travaille pour des communautés d'accueil de voyageurs (CouchSurfing.com et HospitalityClub.org) et elle est végétarienne aussi. L'été dernier, elle a survécu à un campement improvisé quelque part dans une forêt de Crimée, et elle a trouvé ça super !
Je pense que l'on peut décerner la médaille de bronze des retardataires à Serap :Serap vient d'Antalya, en Turquie. Elle a commencé des études d'Administration publique à l'université d'Akdeniz mais elle les a interrompues pour venir travailler à Budapest comme "European Volunteer", un programme soutenu par la Commission Européenne. Elle travaille avec des jeunes femmes en difficulté et prépare pour elles des activités (stages, séminaires, et même camping) autour de thèmes de réflexion actuels (SIDA, relationnel, leadership, ...) Elle est très discrète mais très attentive, bien impliquée dans son apprentissage du hongrois.

Après les "retardataires", voyons les étudiants "à éclipses", c'est-à-dire celles et ceux qui viennent ... ou qui ne viennent pas, c'est selon ! Dans cette catégorie, la palme revient sans conteste à Angelos :Angelos est un Chypriote qui vient de Limassol, et il vit en Hongrie depuis 4 ans. Il suit des études de médecine à l'université Semmelweis. J'ai cru comprendre que la sélection pour entrer en fac de médecine était moins grande en Hongrie qu'ailleurs (un peu comme pour les études de kiné en Belgique, peut-être) et que par conséquent cela attirait pas mal d'étudiant-e-s europén-ne-s.

La médaille d'argent des "éclipses" sera décernée à Gökhan :

Gökhan, qui manifestement est en train de se demander à quoi ça sert d'apprendre une langue aussi compliquée que le hongrois, vient de Turquie, comme Serap. Comme elle également, il est "Volontaire Européen" mais lui s'occupe de garçons de 6 à 11 ans qui se sont réfugiés en Europe avec leurs parents. Ces garçons viennent d'un peu partout : Afrique, Moyen-Orient, Asie, ... Je pense que sa tâche essentielle est de leur redonner un peu de joie de vivre et de les laisser être des enfants ...

Sur la 3ème marche du podium "éclipses", nous trouvons Harlan :
Harlan est un Anglais d'origine écossaise. Il est venu vivre à Budapest pour un an avec sa femme Elmina, qui est hongroise et cuisinière, et sa belle-fille Laurien, qui a 16 ans. Il est écrivain et il réalise (écriture et mise en scène) des films vidéo. Il joue de la guitare et de la basse également, et cette année il a réalisé 2 CD : l'un avec son groupe en Angleterre (le groupe s'appelle "In Bob we trust", en révérence à Bob Dylan !), l'autre avec sa belle-fille en Hongrie. Il se déclare très heureux d'être à Budapest !
Avant de passer à la catégorie des "assidu-e-s" (dont je me glorifie de faire partie !) il convient probablement de parler de Mike :

Mike (qu'on appelle aussi Michka) est un jeune Londonien qui a rejoint le groupe un peu plus tard. Une grande partie de sa famille est hongroise. Il est donc venu à Budapest apprendre le hongrois pour mieux communiquer avec elle, mais aussi pour faire le lien entre cette partie et l'autre partie qui vit à Londres. Il y a également du "business" en jeu car, comme il le dit lui-même, "Hungary is a growing prospect of a future expanding market in multiple fields". Son projet, quand il retournera en Angleterre, est d'y étudier les Relations Internationales et la Politique.

Alors, voyons maintenant les "pur-e-s et dur-e-s", celles et ceux qui n'arrivent jamais en retard et qui sont toujours là. Précisons que Saskia et Heidy en font partie. Ils méritent tous une médaille d'or, comme Anna :
Anna, qui voudrait se faire oublier, comme le montre bien la photo, est une jeune Espagnole de Cadix et elle a également "des yeux de velours" ! Comme Angelos, elle est venue en Hongrie pour faire des études de médecine. Très discrète, sérieuse, travailleuse, je pense que dans le groupe c'est elle qui a fait les plus gros progrès en hongrois.
Avec un profil un peu similaire (discrétion + sérieux) mais dans un tout autre genre, nous trouvons Anh :

que tout le monde appelle The Anh, mais ce semble être une erreur d'après le petit papier qu'il m'a donné ! Anh a une passion dans la vie, ce sont les Echecs ! Il est déjà Maître International, avec un classement Elo de 2420, si ça dit quelque chose à quelqu'un. Il est venu à Budapest pour s'entraîner, améliorer son jeu et participer à des tournois. Il est d'une gentillesse et d'une douceur incroyables ! Tellement d'ailleurs que quelquefois on a bien du mal à entendre ce qu'il dit ! Lui aussi a fait d'énormes progrès, surtout dans la prononciation du hongrois avec laquelle il avait vraiment du mal au début.
Voilà, j'ai vérifié, je crois (j'espère !!!) que je n'ai oublié personne. Voilà notre petit groupe de 12, très cosmopolite, et dans lequel règne une bonne entente. Chacun-e a sa vie, sa personnalité, ses centres d'intérêt mais c'est resté un plaisir, après 16 cours de hongrois quand même, d'aller à la HLS et d'y retrouver les compagnons d'infortune !
Je n'aurai garde d'oublier nos professeures.
Il y a d'abord Idilko :qui fait l'andouille parce qu'elle n'aime pas les photos. On travaille avec elle depuis le début donc on commence à la connaître un peu. Mine de rien, elle dirige son cours d'une main ferme et évite que nous nous perdions en considérations superfétatoires ce qui, avec le hongrois, ne saurait manquer d'arriver. On apprend surtout un hongrois "de communication" et récemment j'ai épaté deux amis français qui faisaient une virée à Budapest en commandant, au café, deux thés (dont un au lait) et un café sans l'ombre d'une hésitation. Et même que le serveur n'a pas tiqué ! Mais bon, ne nous faisons pas d'illusions : pour vraiment apprendre le hongrois, il faudra quelques années !
Notre deuxième professeur est Bogi :
que nous voyons ici en train de guider Svetlana et Gökhan sur le sentier ardu du suffixe possessif de la 3ème personne. Nous ne travaillons avec elle que depuis assez peu de temps, et ses cours sont donnés en alternance avec ceux d'Idilko. Tout ce que je peux dire, c'est qu'avec elle, ça bouge beaucoup : on se lève, on va au tableau, on s'assoit, on se relève, il y a même une fois où il aurait fallu faire de la gymnastique ! A mon âge !

Personnellement, j'ai pris des cours jusqu'au mois de février mais dans la mesure où l'enseignement est un peu "à la carte", avec différentes formules, je ne sais pas ce que le groupe deviendra d'ici là. Certain-e-s, je crois, commencent à se poser des questions sur le fait de consacrer autant de temps à un apprentissage qui leur sera probablement de peu d'utilité par la suite ... s'ils ne restent pas en Hongrie ! heureusement, JE ne me pose pas ce genre de questions parce qu'avec Ma Douce, c'est vraiment du sérieux et on espère bien qu'on est partis pour faire un bon bout de chemin ensemble ...

Viszontlátásra !

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3 novembre 2008 1 03 /11 /novembre /2008 15:33
Jó napot kívánok !

Je sais qu'il est rarement considéré comme "de bon goût" de parler de la mort à des Français. A fortiori, peut-être, sur un "blog" comme celui-ci, faisant partie de la catégorie "voyages", censé adopter un ton léger, et enjoué ? Vous aurez sûrement déjà compris que je m'efforce d'avoir un regard autre que "touristique" dans le pays où je vis. Ce qui m'importe, en vivant au Maroc, à Madagascar, et maintenant en Hongrie (tiens ! c'est bizarre : Al Maghrib, Repoblika Malagasy, Magyarország. Que des pays commençant par Ma- ! Ce sera quoi, le prochain : Malte ou Madère ? Le Mali, ou le Malawi ? Il reste encore plein de possibilités ...) c'est observer, et essayer de comprendre, comment des gens vivant dans d'autres pays, d'autres cultures, s'occupent des grandes questions de la vie : l'amour, les enfants, et bien sûr, la mort.
Chez nous, en France, c'est l'oubli qui prévaut : on fait comme si la mort n'existait pas, comme si on devait "vivre immortels". Bien sûr, il vient un temps où même celui qui ne veut plus quitter plus ses Adidas sent que ça vient ... Le corps se met à rechigner, l'envie et le désir s'affaiblissent. Que faire alors ? D'abord et surtout, ne pas en parler ! Garder ça comme un secret honteux, en espérant jusqu'à l'ultime seconde que quelqu'un LA découvrira bien, cette fichue formule ! Et puis ... est-ce vraiment la peine d'en faire tout un plat ?
Je me souviens de mon premier enterrement à Madagascar. On était toute une équipe de coopérants et de collègues malgaches, entassés dans le Toyota 4x4, et on "faisait une descente" à Ambanja, petite ville de la côte Nord Ouest. On roulait dans une large avenue bordée de grands arbres quand on a vu, au loin, une foule qui occupait toute la route. On a donc été obligés de rouler au pas pendant un long moment, juste derrière ceux du dernier rang, et on a pu observer. Les gens chantaient, rigolaient, bref, avaient l'air carrément joyeux ! Et puis on a remarqué le manège d'un homme qui poussait un vélo sur lequel était juché un gros bidon en plastique. De temps en temps, il s'arrêtait près d'un-e participant-e, calait son vélo contre lui, et plongeait un verre dans le bidon, qu'il tendait ensuite à l'assoiffé-e. Nos collègues nous expliquèrent qu'il s'agissait bien là d'une fête parce que le mort avait eu une longue vie, et qu'il l'avait bien remplie. Les gens se saoulaient donc (avec le contenu du gros bidon), chantaient, dansaient. Il y avait même une tradition qui voulait qu'on se moque du mort, en lui adressant de grossières plaisanteries. En revanche, j'appris un peu plus tard qu'un des fils du responsable de l'éducation dans la province s'était tué dans un accident de voiture. Ses parents n'assistèrent pas à son enterrement parce qu'il n'était pas "naturel" que des parents enterrent leur enfant.
Et en Hongrie, alors ? Pour observer, et essayer de comprendre, je me suis rendu dans 2 cimetières : celui d'Óbuda dans l'après-midi du samedi 1er novembre, et dans celui de Farkasrét en fin de matinée du dimanche 2.
1ère évidence : il y a un monde fou dans les cimetières hongrois au jour dit de la Toussaint, et à son lendemain !


Que ce soit le samedi à Óbudai temetö


ou le dimanche à Farkasréti temetö !

La coutume semble vouloir que l'on amène des fleurs (des chrysanthèmes mais pas seulement) et des petites bougies. Symbolisme de ces dernières : vigilance du souvenir ? vie qui continue quand même ? On y vient en famille pour se remémorer des scènes communes, ou se les raconter, si on n'avait pas été là. Cela fait partie du lien entre les vivants, et avec les morts. Cela fait partie de l'éducation.

Je me souviens d'un tour que j'ai fait dans les cimetières de Grenoble, à la recherche d'une hypothétique grand-mère. C'était le jour de la Toussaint justement, et je me rappelle ces alignements de tombes déserts et silencieux, avec par ci par là une petite vieille habillée de noir. C'est à mon avis une grand erreur que de vouloir oublier la mort, et je suis persuadé que notre vie serait plus riche, plus intéressante, plus "vivante" si nous parvenions à y intégrer la réalité de la mort ... d'une façon qui reste encore à déterminer !

Ici, le recueillement semble général et "naturel", si l'on peut dire. L'ambiance n'est pas à la tristesse, mais semble plutôt teintée de sérieux et de méditation.


Aucune tombe, ou presque, n'est oubliée ...



Bien sûr, certaines sont plus choyées que d'autres ...


Mais ce que j'ai trouvé particulièrement intéressant, et touchant, c'est que dans chaque cimetière il y a un endroit central, commun, et destiné à recueillir le souvenir destiné à ceux dont la tombe est ailleurs ...

Que ce soit à Farkasrét le dimanche midi


ou le samedi, en fin d'après-midi, à Óbuda


Ainsi, puisque la même chose devait se produire dans tous les cimetières de Hongrie, l'on pouvait être presque certain que sûrement quelque part quelqu'un devait penser à chacune des tombes autour de nous qui n'avaient pas eu la chance de recevoir une visite !

Viszontlátásra !

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31 octobre 2008 5 31 /10 /octobre /2008 11:20
Jo nápot kivánok !

Aujourd'hui, j'ai pensé qu'un peu de poésie ne vous ferait pas de mal, j'espère que vous ne m'en voudrez pas !
J'ai donc choisi, dans le recueil que Ma Douce a spécialement concocté pour moi, un petit poème de Sándor Petőfi, qu'on appelle ici Petőfi Sándor ...

Befordúltam a konyhára ...

Befordúltam a konyhára,
Rágyújtottam a pipára ...
Azaz rágyújtottam volna,
Hogyha már nem égett volna.

A pipám javában égett,
Nem is mentem én a végett !
Azért mentem, mert megláttam,
Hogy odabenn szép leány van.

Tüzet rakott eszemadta,
Lobogott is, amint rakta ;
Jaj de hát még szeme párja,
Annak volt ám nagy a lángja !

Én beléptem, ő rám nézett,
Aligha meg nem igézett!
Égő pipám kialudott,
Alvó szívem meggyúladott.

Pas si facile, le hongrois, mmh ?
Heureusement, je vous offre la traduction !

Je me suis dirigé vers la cuisine ...

Je me suis dirigé vers la cuisine,
J'ai allumé ma pipe ...
Enfin je l'aurais allumé,
Si elle n'avait pas été déjà en train de brûler.

Ma pipe brûlait tout à fait bien,
D'ailleurs je n'y allais pas dans ce but-là !
J'y allais parce que j'avais vu
Que là-bas il y avait une jolie jeune fille.

Elle y a allumé le feu, celle à qui je pense,
Il a même bien flambé alors qu'elle l'allumait ;
Mais alors dans ses deux yeux aussi,
Il y avait une flamme vraiment grande !

Moi je suis entré, et elle m'a regardé,
Peu de chances qu'elle ne m'ait pas envoûté !
Ma pipe qui brûlait s'est éteinte,
Mon coeur éteint s'est enflammé.

Ce charmant petit poème date de 1843. Petöfi Sándor est né à Kiskörös en 1823, et mourut à la bataille de Segesvár en 1849. C'est véritablement un des héros nationaux hongrois, il fut un des chefs de file de la révolution de 1848 contre la domination autrichienne, et dans chaque ville, voire chaque village de Hongrie, il existe une rue portant son nom. Dans Budapest et sa banlieue, vous ne trouvez pas moins de 5 "places Petöfi", 9 "rues Petöfi", 4 "rues Petöfi Sándor", sans compter le pont sur le Danube qui porte son nom !
Pas mal pour un poète, non ?

Viszontlátásra !


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30 octobre 2008 4 30 /10 /octobre /2008 16:55
Jó napot kívánok !

Je ne sais pas si, comme moi, il vous est arrivé de brandir rageusement le poing en hurlant à pleins (et juvéniles) poumons les curieuses (mais enthousiasmantes) paroles de l'Internationale.
C'était le bon temps des certitudes : il y avait les bons d'un côté et de l'autre les méchants Américains qui massacraient, les ignobles, les pauvres petits Vietnamiens. Bien sûr, on entendait des dates, 56 par exemple, des mots, stalinien, abrégé en "stal", ce qui faisait comme un pléonasme, car comment dire "sale stal" ? Et puis on a vu : le printemps de Prague, auquel on n'a pas compris grand-chose sur le coup. Enfin, moi, en tout cas. Pas trop étonné au fond que les communistes puissent être méchants, eux aussi. Mais bon, c'était "entre eux" que ça se passait, derrière le Rideau, alors il valait peut-être mieux ne pas trop s'en mêler ... qu'est-ce qu'on pouvait y comprendre, de toutes façons ?
Bon, tout ça s'est cassé la figure en quelques années, et fini le Rêve du Grand Soir ... En Hongrie, c'est le 23 octobre 1989 que la IVème République a été proclamée, en remplacement de la république populaire instaurée en 1949.




Du coup, beaucoup de statues "socialistes" ont été ôtées de la vue (et des épaules) des Budapesti et se sont retrouvées entreposées dans un drôle d'endroit appelé Memento Park.
C'est un peu au sud de Budapest, et on y parvient par une route assez moche et parsemée de prostituées. Ma Douce, un peu gênée, m'a expliqué que ce devait être pour les camionneurs. On ne se connaissait pas encore très bien, à l'époque. C'était donc bien gentil à elle de me proposer cette visite, et moi j'avais sauté sur l'occasion, impatient de voir l'envers du décor, de découvrir comment un pays ex-socialiste traitait les effigies de l'ex-Grand Frère.



Nous fûmes dûment billettés par une dame permanentée, tout droit sortie des années soixante.
 Le ciel était bas, une agaçante boue de février collait aux talons ...


Juste à l'entrée, un spectacle étrange :
était-elle punie ? trop laide pour être montrée ? juste arrivée et pas encore déballée ? (ce qui était quand même le plus probable, mais cela voulait dire aussi que le travail était toujours en cours ...) Quoi qu'il en soit, ça commençait fort !
On était quasiment seuls dans le parc, c'était au mois de février, je crois. Un peu plus tard, un couple de jeunes Asiatiques nous a rejoints. Guère moyen, en voyant ces statues, de se représenter leur "importance", je veux dire leur poids dans la vie quotidienne des gens.  D'ailleurs Ma Douce me glisse à l'oreille que ce poids était devenu moindre pour elle et ecux de sa génération, qui n'avaient pas connu le communisme "dur" des années 50-60.
Pourtant, guère moyen non plus de ne pas s'amuser avec ...



Penser qu'il y avait eu des gens pour fabriquer des trucs comme ça, et ceux-là, et bien d'autres, y croyaient. En tout cas on faisait tout pour les persuader d'y croire, et cette statuaire participait de la propagande, destinée à convaincre tout en écrasant. D'où le gigantesque, le surdimensionné, pour bien montrer la puissance du socialisme triomphant :


Evidemment on a tout de suite envie de regarder l'entre-jambes, mais non il n'y a rien de spécial, à peine une bosse. Le géant est asexué, en quelque sorte ; c'est une abstraction, une idée incarnée dans le métal !


Et qu'est-ce que vous dites de la suivante ?


Lui, c'est "Osztapenko", nom imaginaire et figure mythique DU jeune soldat russe qui aurait été traitreusement assassiné alors qu'il revenait de négociations infructueuses (vous voyez son petit drapeau ?), ce qui montre bien la perfidie des nazis ! Cette statue était placée juste à l'entrée de Budapest, à l'endroit où finit l'autoroute arrivant de Vienne. C'était aussi un lieu de rendez-vous commode pour les habitants, surtout quand ils devaient prendre le train à Kelenföldi, gare toute proche de là. Ils se retrouvaient avant "à Osztapenko". Et devinez quoi ? Aujourd'hui il y a un MacDonald's à Osztapenko !!!

Mais n'allez pas croire que TOUTES les statues de "l'ère socialiste" aient disparu de Budapest ! Que nenni, la preuve :


J'ai trouvé celle-ci non loin de Arpad Híd (le pont Arpad, du nom de la 1ère dynastie hongroise), à la limite de la banlieue nord de Budapest. Mais je ne désespère pas d'en trouver d'autres, en particulier à Csepel, la "cité rouge", située sur une île au sud. A suivre donc ...

  Viszontlátásra !











 
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27 octobre 2008 1 27 /10 /octobre /2008 14:17
L'autre jour, Ma Douce avait beaucoup à faire. Elle poursuit ses recherches autour du travail de Lucien Hervé, un artiste d'origine hongroise qui fut, en particulier, le photographe "attitré" de Le Corbusier. D'ailleurs c'est un peu lui qui nous a permis de nous rencontrer puisque c'est au musée du Havre qui présentait une exposition sur les "villes nouvelles" (Le Havre, Brasilia, Chandigarh) comprenant nombre de ses clichés que cela se fit, le 2 août 2007, aux alentours de 16 h. Elle y accompagnait Judith, la veuve de Lucien Hervé, et j'y allais mû par mon goût pour la photo et l'architecture. Et voilà !
Bref, Ma Douce n'avait pas beaucoup de temps à me consacrer et comme il faisait beau, j'ai pris mon appareil et je suis parti faire un tour dans les collines de Buda. Je vous mets un petit plan pour que vous puissiez suivre :


Or donc, nous habitons en bas de la rue Varosmajor, tout près de Déli pályaudvar, où il y a aussi une station de métro : vous y êtes ? Pour monter dans les collines, j'ai pris à droite dans la rue Kék Golyó, autrement dit la rue de la "boule bleue". Juste avant l'hôpital, j'ai tourné à droite dans un petit chemin pour voir si Józsi était bien parti à Hambourg, comme Judith nous l'avait dit. Son dernier domicile (que nous avions découvert par hasard, lors d'une autre balade), c'était là :


et la vue qu'il avait de sa fenêtre, c'était ça :


avec la rue Kék Golyó tout au bout, vous y êtes ?
Donc, il n'était pas là. A Hambourg peut-être bien, quoiqu'il nous eût parlé de Rotterdam la dernière fois qu'on l'avait vu, au coin de la rue Kék Golyó et de la rue Városmajor justement. A en croire Judith, il avait le projet d'épouser une Allemande pour changer de nationalité ! Et aussi faire des enfants ...
En sortant, j'ai repris la rue à droite et, la vache, il faisait vraiment beau.


Au milieu de la rue à peu près, j'ai découvert une drôle de construction, verte, où c'était l'hiver. Comme un phalanstère, avec une cour intérieure plongée dans l'ombre, et au milieu un vieil arbre, humide et noir :


Je suis vite sorti de là pour retrouver le soleil. Au bout de la rue, j'ai pris à droite, toujours en montant, dans Istenhegyi út. "Út", ça veut dire boulevard, et "utca" (prononcer outsa), ça veut dire rue. "Hegy", ça veut dire montagne, et "Isten" ... dieu ? Alors ce serait la montagne de Dieu ? ou du dieu ? ou des dieux ? Ma Douce me dira ça ... (Elle m'a dit : c'est bien la montagne de Dieu)
Istenhegyi út, en tout cas c'est grand, ça roule beaucoup, vite, c'est plein de bagnoles garées sur les trottoirs, comme souvent à Budapest. La preuve :


Mais l'avez-vous reconnue, là, au milieu ? La Trabant, la mythique TRABANT, dont quelques jolis exemplaires circulent encore à Budapest, ou même à la campagne ! N'empêche, quand vous "tombez" derrière une Trabant sur une route nationale, je ne vous dis pas l'impatience. Pourtant j'ai bien envie de m'en payer une, des fois. Peut-être bien qu'elle ressemblera à ça, la voiture de l'avenir ?
J'ai quitté le boulevard aussitôt que j'ai pu, à droite encore, dans Ügyész utca : la rue de la "sinistre affaire" ?! à voir avec Ma Douce ...(en fait, c'est la rue du Procureur, ce qui n'est pas très étonnant dans la mesure où une espèce de "cité judiciaire" existait dans le quartier il n'y a pas si longtemps) Curieusement, alors que dans la foule les gens regardent de manière assez directe, l'usage semble être, lorsqu"on se croise dans une rue isolée, de ne pas se saluer, à peine de se regarder. C'était le vendredi du pont du 23 octobre, et on serait cru un dimanche ...


Plus je montais et plus j'avais de vue sur les collines environnantes, évidemment. Mais comme d'habitude dans ces circonstances, j'ai raté mes photos :


pas terrible, hein ? ben ouais, je sais ...
N'empêche, Budapest, enfin Buda en tout cas, me fait un peu penser à Rio, avec des "montagnes" au milieu de la ville, délimitant des quartiers bien définis. L'avantage ici, c'est qu'on peut facilement passer d'une colline à l'autre ; à Rio les frontières m'ont paru beaucoup plus étanches. (S'il y en a que ça fait réagir, qu'ils n'hésitent pas à le faire !) J'ai donc continué mon bonhomme de chemin dans Goldmark Károly utca, vous suivez ? J'y ai vu un joli mur 


Arrivé à la rue Csaba ( le nom d'un des fils d'Attila, mais on n'est pas complètement sûr qu'il ait vraiment existé) j'ai vu qu'à gauche elle se prolongeait par un escalier, tout en gardant son nom de rue. Ce n'est pas la première fois que je vois ça. Mais pensez que la rue Csaba va pratiquement jusqu'à Moszkva tér ! à l'autre station de métro, vous voyez ? Bref, j'ai monté l'escalier et en haut je me suis retrouvé un peu nulle part. Après avoir un peu hésité, je me suis décidé à monter sur la colline qui était pratiquement en face, et nous volià donc sur Kissvábhegy ! Le nom est intéressant. "Hegy", vous connaissez déjà, c'est montagne, (enfin montagne pour les Hongrois, hein, parce que quand vous venez des Alpes, évidemment ...). Kissváb, maintenant : "kis" (prononcer "quiche") ça veut dire petit. Et "sváb" ? Eh bien mais "Souabe" tout simplement ! Mais qui sont les Souabes, me direz-vous ? Je pourrais vous dire de prendre votre dictionnaire mais comme j'y suis, je vais prendre le mien, ce sera plus vite fait. Or donc il faut savoir que la Souabe (qui a donné son nom à ses habitants, n'est-ce pas ?) est le nom d'une province allemande méridionale, administrativement rattachée à la Bavière. Avec une histoire assez sanglante, d'après le dictionnaire ... Ce qu'il ne dit pas, c'est qu'à une époque, après la libération de la Hongrie du 'joug ottoman", donc au 18ème, certaines régions du pays étaient si dépeuplées qu'on fit appel à des colons souabes (mais aussi à d'autres nationalités ?) pour les revitaliser. Ils sont toujours là, très attachés à leurs traditions, leur culture, leur religion. La preuve : ils ont des représentants à la mairie du XIIème arrondissement, que nous arpentons présentement.

C'était vraiment la campagne, tranquille, calme ...
Je suis passé de l'autre côté de la colline et, au bout de Kissvábhegy utca (n'oubliez pas de prononcer "outsa"), j'ai rejoint la rue Álom, la rue du Rêve, d'après mon autre dictionnaire. Là j'ai eu la mauvaise idée de tourner à gauche dans la rue Pethényi, et je me suis vite retrouvé à nouveau dans Istenhegyi út, toujours aussi bruyant et peu intéressant, que j'ai donc quitté aussitôt pour entamer la longue rue Zsolna, rectiligne et pas très belle. Mais assez significative : d'un côté un alignement d'immeubles identiques et très moches, datant des années 70 (avec des balcons bordés d'un plexiglass qui fut orange, si vous voyez ce que je veux dire) et de l'autre une suite de résidences beaucoup plus modernes, mais toutes pareilles également. Malheureusement mon appareil ne pouvait pas prendre une photo assez large pour en rendre compte. Au coin de la rue Zsibói, j'ai trouvé ça :


ce qui représente une autre survivance du système communiste. Le magasin ABC était "anonyme" en quelque sorte, et on était censé y trouver tous les produits de base de la vie quotidienne (alimentation notamment), et de toutes façons, il n'y avait pas d'autre endroit où les trouver. Vous voyez que pour le pont du 23 octobre, ils n'hésitent pas à faire des efforts ! Vous voyez aussi que ça monte dur, dans les collines de Buda ...
Au bout de la rue Zsolna, je n'avais pas trop le choix, j'ai pris à gauche dans Istenhegyi lejtö, soit la "côte de la montagne de Dieu" ! Et en effet ça grimpait assez raide jusqu'à un escalier qui débouchait à nouveau sur Istenhegyi út. Juste avant de regagner le boulevard, j'ai remarqué ça :


ce qui m'a fait penser à un bouquin de Boris Vian, l'Arrache-coeur je pense, dans lequel un homme tente laborieusement de construire une arche pour emmener ses enfants ...
Comme on sort de la page de mon petit guide, je vous mets une photo de la page suivante :


Désolé, c'est un peu moins net ... Donc, au bout de Istenhegyi lejtö, on retrouve l'inévitable Istenhegyi út, OK ? Mais en même temps on longe la petite ligne (marquée en rouge sur la carte) du "chemin de fer" à crémaillère qui va de Széchenyi-hegy (Széchenyi est un grand nom de l'histoire hongroise contemporaine dont j'aurai bientôt l'occasion de vous reparler) à Városmajor, terminus visible sur le plan n°1.
Au bout d'un moment, j'ai fait une petite halte à la gare de Gyöngyvirág (essayer de prononcer quelque chose comme Djieundjvirag ; "virág", c'est la fleur et "gyöngy" la perle mais "gyöngyvirág" ... c'est le muguet ! ), vous la voyez ? J'ai pris quelques photos ...
et comme j'étais justement à un endroit où les deux voies se fondent en une seule, j'ai pu assister, médusé, au mouvement très-silencieux, et très-bien huilé, des rails qui se sont positionnés pour permettre à la rame descendante de trouver sa voie. J'ai donc attendu un peu pour voir à quoi il ressemblait, ce petit train, et je n'ai pas été déçu :
Vous voyez ? au passage, le chauffeur nous salue ... de manière réglementaire !
Après toutes ces émotions, j'ai eu comme un moment de flottement. J'étais là, sur Istenhegyi út, le jour commençait à baisser nettement et pour redescendre sur Városmajor, j'avais le choix entre le prochain petit train ou le bus, dont j'avais pu voir plusieurs arrêts sur Istenhegyi út ... Mais non, j'avais des fourmis dans les jambes, décidément, et j'ai traversé le boulevard pour prendre en face dans ... Adonisz utca, au nom tellement séduisant ! Juste au moment où le bus arrivait ...
Et franchement, grand bien m'en a pris. J'ai bientôt tourné à droite dans Gyöngyvirág utca (et donc on peut reprendre le plan n°1, allez, on se dépêche ...), que j'ai suivi jusqu'à Diana (très mythologique, le coin, décidément !) utca. Ensuite j'ai pris à gauche, dans le sens de la descente. Il y avait une vue superbe sur la ville, inphotographiable, malheureusement (ou heureusement, d'ailleurs ?).

Mais là, un peu plus loin, sur la droite, regardez ce que j'ai trouvé :


J'en suis resté baba ! Un véritable palais romain, enfin à mes yeux d'amateur en tout cas, car Ma Douce m'a expliqué qu'il s'agissait en fait d'une "villa" néo-classique du 19ème. Il n'empêche ! découvrir une bâtisse comme celle-là, perdue en pleins champs ou presque, et tournant lentement à la décrépitude ... c'est quand même un sacré choc esthétique, voire émotionnel !
Du coup, je ne me rappelle plus bien la fin de la balade. De toutes façons il faisait déjà bien nuit, et Ma Douce commençait à me manquer sérieusement. Toujours dans le sens de la descente, j'ai pris à gauche dans Óra út jusqu'à retrouver, dans Istenhegyi út, le bus 190 qui m'a ramené à Déli Pályaudvar, tout près de chez nous.
Viszontlátásra !
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23 octobre 2008 4 23 /10 /octobre /2008 17:01

De quoi je me souviens, de mon week end à Vienne ?


Je me souviens du bassin de nénuphars à l'entrée du centre commercial où se tenait une foire-exposition ... Je me souviens de la lumière sur ces nénuphars ...



Je me souviens du musée Léopold où j'ai passé plus de 3 heures : Klimt, Schiele, d'autres encore dont j'ai oublié les noms, évidemment ... Je me souviens de la lumière à la sortie du musée ...


Je me souviens d'avoir erré longuement dans les rues d'un certain quartier, à la recherche d'une introuvable "panzio" ... Le soir s'était mis à tomber ...


Je me souviens qu'au fond d'une petite rue ancienne, dans une très vieille maison, se tenait le local d'un mouvement d'extrême-droite, dont la façade était violemment maculée. Une jeune femme y était entrée, en portant de gros sacs de supermarché : était-elle d'extrême-droite elle aussi, ou avait-elle juste la malchance d'habiter là ?


Je me souviens du tramway de Vienne, dans lequel j'ai voyagé sans payer mon ticket. En fait j'avais un forfait transports mais Ma Douce m'a expliqué le lendemain qu'il n'était pas valable pour ce trajet-là. Ceci dit, ça avait l'air super-compliqué, de payer son ticket ! Il y avait un petit distributeur jaune, dans lequel il fallait mettre de petites pièces (apparemment) et tant pis pour ceux qui n'avaient pas de monnaie ! Deux jeunes voyoutes s'y sont essayées pendant dix bonnes minutes, avec les soubresauts du tramway en plus, je ne vous dis pas. Je crois que finalement elles ont laissé tomber, de toutes façons elles étaient arrivées ...



Décidément je me souviens de la lumière en sortant du musée : j'aimais, j'étais aimé, et tout me paraissait si doux ... Je me sentais fort et bienveillant, le pas plus sûr et plus léger, les épaules plus larges ... J'étais sûr qu'en ce moment-même, Ma Douce Amie pensait à moi ...



Je me souviens de la pluie de feuilles jaunes qui a accompagné mon départ, et ma lente remontée vers la gare. J'ai mangé une pizza pas très loin de l'hôtel où j'avais dormi. C'est là que je me suis aperçu que j'avais pas mal tourné en rond la veille ...




La question finale étant : de quoi je me souviendrais s'il n'y avait pas les photos ?


Viszontlátásra !

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