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3 mai 2009 7 03 /05 /mai /2009 18:15

Szia !

Je viens de faire quelques recherches sur internet et voilà ce que j'ai trouvé à propos de Győr : ville de 130 000 habitants, 3ème centre industriel après Budapest et Miskolc, située au confluent de la Rába et du Danube, tire son nom de l'Avar "gyürü", ce qui voulait dire "forteresse circulaire", a toujours eu beaucoup d'importance étant située à mi-chemin entre Budapest et Vienne, a été conquise par les Turcs puis reconquise par les Autrichiens, dans la cathédrale une chapelle abrite le buste du roi Ladislas le Saint, chef d'oeuvre de l'orfévrerie médiévale (vers 1405)
                                                                                                                                                     

kukucs, justement le voilà !!!

 

Mais ces quelques informations, comme d'habitude, je ne les ai cherchées qu'après notre escapade à Győr. Nous, là-bas, on a eu droit à quelques bonnes surprises.

En sortant de la gare, tout d'abord :

 

 

MessieursDames, votre attention, s'il vous plaît ! Vous êtes en présence d'une ode véritable au socialisme triomphant ! En effet, en haut vous avez le travail, agricole sur la grande partie gauche, industriel à droite, sur fond de soleil rayonnant, en bas les arts (danse, théâtre), les sciences (médecine, radiotechnie, puis une femme avec on ne sait pas trop quoi) ; dans le coin inférieur gauche, la Maternité (mais pas la famille, attention, il ne faut surtout pas confondre !). Ceci dit, il semble bien qu'il manque "un bout" à droite de l'arbre : était-ce un papa ? est-il tombé tout seul, ou bien l'a-t-on aidé un peu à l'occasion d'une campagne maternisante ?

 

Puis, comme cela arrive quelquefois dans une ville hongroise, quand on sort de la gare de Győr, on se retrouve bientôt à devoir traverser une grande avenue. Ainsi qu'à Baja, par exemple, la ville est coupée en deux par un axe routier important, ici la route de Budapest à Vienne, beaucoup plus fréquentée bien sûr avant la construction de l'autoroute. C'est tout droit, assez moche, il y a des feux interminables, on dirait que c'est toujours dimanche, bref, je vous le déconseillerais bien si vous pouviez faire autrement.

Heureusement que cela vaut le coup de patienter un peu ...

 

En effet, de l'autre côté, on arrive assez vite dans la "vieille ville", avec des rues pavées et piétonnes. Pas de doute, ici, dans ce quartier, Győr "fait riche". Cela a dû être une cité florissante, bien établie au bord du fleuve, et disposant de nombreux droits de passage ...

 

 

Mais il soufflait un vent terrible à Győr, et on acherché l'abri des petites ruelles. Au coin de l'une d'entre elles, on a découvert un "truc" surprenant :

Surprenant, non ?
 
Il s'agit ni plus ni moins d'un bâton infiniment clouté ! Comme me l'a expliqué Mon Doux Guide, les "mesters", équivalents de nos "compagnons", qui accomplissaient leur parcours d'apprentissage dans la Hongrie et même dans les pays voisins, passaient tous par Győr et y laissaient ainsi la trace de leur venue.
Vraiment beaucoup de jolies choses, à Győr ...
un atlante, façon baroque du 18ème

un vitrail de la cathédrale, pas loin du bon Ladislas (voir plus haut) : il est chou, non ?, avec ses grosses marguerites, ses poissons rouges et ses petits lapins ... ça change des saints et des martyrs ...

 

et ça, une mosaïque un peu étrange et très belle, dans la même cathédrale ...

 

On commençait à avoir un peu faim, alors on s'est mis à chercher un restau. Dans la vieille ville, ce n'est pas ce qui manque ! Mais wouahou, bonjour les prix ! Ou bien Győr est une ville hyper-touristique, ou bien c'est parce qu'elle est frontalière (de l'autre côté du Danube, c'est la Slovaquie, l'Autriche n'est pas loin, et toutes deux marchent à l'euro ...), ou plus vraisemblablement c'est une combinaison des deux ...  Au cours de nos recherches on est tombés sur ça :

Je vous avouerai que ces monuments baroques et lourdement dorés, comme on en voit dans pratiquement chaque ville, érigés en remerciement de tous ceux ayant échappé à la peste, ce n'est pas vraiment ma tasse de thé ! Mais celui-ci a une histoire particulière : une procession se déroulait là il y a quelques décades. Or, au même moment, pas très loin, un criminel prenait la poudre d'escampette. Il eut l'idée de se cacher à l'intérieur de la procession ... où les gendarmes le poursuivirent ! S'ensuivit une certaine confusion bien compréhensible au cours de laquelle le ciboire tomba sur le pavé !!! Ni une ni deux, pour se faire pardonner et ne pas s'aliéner les faveurs célestes, il fut bientôt décidé de paf ! mettre un beau monument à l'endroit précis où fut commis l'involontaire sacrilège ...

 

On finit par trouver un restau correct et pas hors de prix (l'équivalent de 10 euros, soit 3000 forints doivent suffire pour se payer un bon repas, après c'est cher), et dont l'intérieur n'était pas dénué de recherche esthétique :

 

Nous y mangeâmes correctement, en remarquant que la carte des desserts était nettement plus étoffée que d'ordinaire. Mais le plus étonnant fut le nombre d'enfants qui se mirent à remplir la salle. Chaque famille qui arrivait comprenait un, et même deux lardons, tout petits pour la plupart. Et bientôt la salle résonna de couinements, piaillements et gloussements, sans parler des rires cristallins ! Croyez-moi, après quelques mois à Budapest, où les enfants se font aussi rares que les trèfles à 4 feuilles dans le désert de Gobi, c'était plutôt rafraîchissant !

 

En sortant, nous constatâmes que le vent était toujours aussi froid. Aussi ne nous fîmes-nous pas prier pour entrer dans un petit musée (incroyable, le nombre de petits musées qu'il y a en Hongrie !) abritant les oeuvres de Kovács Margit. Comment définir ce qu'elle fait ? de la poterie ? de la sculpture ? de la céramique ? un peu tout cela à la fois, avec un résultat souvent très "parlant" :

 

vous aurez reconnu, bien sûr, la danse de Salomé devant Hérode : 69, année érotique ?

 

Les oeuvres de cette gentille dame au visage toujours souriant (c'est du moins ce que montrent les photos) sont également exposées dans un musée de Szentendre, petite ville "artistique" au nord de Budapest, régulièrement inscrite au programme des circuits proposés aux touristes. Mais Győr peut s'enorgueillir d'être sa ville natale, ce qui n'est pas rien ...

 

Il faisait bon dans le musée, il y faisait même chaud, mais on ne pouvait pas y rester éternellement non plus, n'est-ce pas ? Alors nous avons repris notre bâton de touriste, et nous avons continué notre route vers le fleuve. Au moment de traverser le pont sur la Rába, passage obligé pour rejoindre le Danube, le vent soufflait si fort que nous avons renoncé à poursuivre et que nous avons préféré marcher un peu le long de la petite rivière avant qu'elle ne rejoigne le grand fleuve. Bien nous en a pris car nous étions plus ou moins à l'abri et que l'endroit était d'une paix toute dominicale ...

 

Etrange statue, probablement "szocreál", mais dont le symbolisme (cheval/sirène/femme ou déesse portant une torche) nous échappe totalement ...

 

Enfin, le vent tomba un peu et le soleil perça à travers les nuages ... Rassérénés, nous reprîmes notre route, glanant les images de beauté

 

parfois presque comiques ...

 

parfois presque inquiétantes ...

 

Enfin, j'eus le plaisir d'apprendre que la synagogue de Győr était toujours une "vraie" synagogue, avec culte, fidèles, et tout ! En effet, j'en avais déjà vu quelques-unes, des synagogues, mais dans le meilleur des cas elles avaient été transformées en musée, ou en bibliothèque, comme à Baja. Dans le pire, elles tombaient en ruines, comme dans cette petite ville de Slovaquie ou bien elles avaient tout bonnement disparu, comme à Sopron ...

Celle de Győr était là, et bien là :

 

mazette, le gros gâteau à la crème que voilà, avec sa belle étoile de David toute dorée !

 

Je ne sais pas pourquoi, peut-être à cause de l'antisémitisme rampant dans lequel mon enfance prolétarienne a baigné, j'ai toujours eu une attirance pour les Juifs, la culture, l'humour, la danse juifs, j'ai toujours été fasciné par la somme de souffrances que ce peuple a accumulées et, malgré le comportement actuel de certains, cet intérêt et cet attrait ne se sont pas encore démentis. J'étais donc tout content d'entrer, pour la première fois de ma vie, dans une "vraie" synagogue, avec des "vrais" Juifs et tout ! Il nous a d'abord fallu faire tout le tour de ce gros bâtiment pour trouver l'entrée, qui était presque dissimulée. Et là, surprise, on apprit que se tenait une fête juive, le Pourhim, ce qui expliquait le grand nombre d'allées et venues devant la porte ! On était prêts à repartir mais une petite dame boulotte et excitée nous assura que non, il n'y avait pas de problème, on pouvait visiter l'exposition quand même. Car j'ai oublié de vous dire : la synagogue abritait également une grande exposition d'artistes hongrois du XXème siècle, en fait la collection de Vasilescu, avec quelques oeuvres qui se révélèrent vraiment intéressantes.

Comme d'habitude, on demanda à la petite dame si on pouvait prendre des photos du bâtiment, à l'exclusion des oeuvres d'art et comme souvent on nous répondit que oui, moyennant un supplément. Des fois on est d'accord, comme au musée de Margit Kovács par exemple, et des fois non. Là ce fut non, mais ne me demandez pas pourquoi !Comme vous le voyez, au rez-de-chaussée se déroulait la fête, avec un orchestre, des chanteurs et un public, et tout autour, sur les 3 niveaux, étaient exposées les oeuvres de la collection, et ça en faisait vraiment beaucoup. Tout en passant d'une oeuvre à l'autre, on écoutait le discours qui se tenait en bas, devant l'assemblée. Et là Ma Douce comprit (et me traduisit) qu'en fait le statut de la synagogue de Győr était un peu plus compliqué que cela : le bâtiment appartient à la ville, qui l'a fait rénover, et est en quelque sorte prêté à une association juive qui peut ainsi y tenir certaines réunions et fêtes. Cependant il n'est pas consacré et ne peut donc abriter des prières. Encore raté donc pour voir une "vraie" synagogue !

Mais puisque vous aviez refusé de payer, comment se fait-il que vous ayez pris cette photo, me direz-vous ? Avez-vous truandé la synagogue de Győr, par exemple ? Que nenni ! Je vous explique : la petite boulotte du début, suant et soufflant, nous suivait partout en prenant grand soin de chuchoter, because la fête. Nous réussîmes à lui extorquer la permission de prendre gratuitement UNE photo, une seule, mais on la rata. Comme elle était partie, toujours aussi affairée, je ne pus résister au plaisir d'en prendre une autre, juste UNE ... Nous retrouvâmes notre guide grassouillet dans l'escalier où je ne tardai pas à lui avouer ma "faute", espérant déclencher tout au plus un sourire. Grave erreur ! La petite dame se mit à rouler des yeux d'un air exaspéré, à se tordre les mains d'un air désespéré ... Avant qu'elle ne se mette à maudire mes descendants jusqu'à la 7ème génération, et parce qu'elle me portait vraiment sur les nerfs, je lui tendis rageusement un billet de 500 forints, montant de la surprime pour photos ... D'où les quelques images (la plupart floues d'ailleurs ...) que nous avons pu conserver.

 

Voilà, ce furent quelques heures à Győr ...

Szia !
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22 avril 2009 3 22 /04 /avril /2009 15:21
Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais c'est de plus en plus difficile d'écrire sur ce blog ... Ce n'est pas que ça me passionne moins, la preuve, une des premières choses que je fais CHAQUE matin, c'est regarder le nombre de visiteurs venus la veille, et leur provenance (merci aux "fidèles", ils/elles se reconnaîtront !) et le nombre de pages lues, et lesquelles, et je surveille ce satané "Blog Rank", dont je n'ai toujours pas compris la logique ...
Alors ? La première raison, c'est que ça prend du temps, BEAUCOUP de temps, et du temps compact, si je peux dire, c'est-à-dire la possibilité d'y consacrer 2 à 3 heures d'affilée. Rajouter un petit bout par ci par là, quand on a le temps, j'ai essayé, ça ne marche pas trop. Du coup, j'ai toujours 8 articles inachevés ! Sans compter celui-ci ...
Mais peut-on pour autant parler de lassitude, voire de découragement ? Franchement je ne sais pas ce que c'est qu'un blog "qui marche", et ce que cela veut dire en termes de visiteurs. Les chiffres du mien sont en progrès chaque mois (merci encore !) et je n'ai jamais visé le millier (et encore moins "le million !"), s'il faut pour cela verser dans la facilité et la vulgarité, merci bien. J'ai donc essayé, autant que possible de faire un blog intelligent, c'est-à-dire qui ne prenne pas les autres pour des andouilles. Tiens, ça pourrait être une bonne définition de l'intelligence : "Être intelligent, c'est s'efforcer de ne pas prendre les autres pour des imbéciles". Qu'est-ce que vous en dites ?
Bref, je ne vais pas vous ennuyer plus longtemps avec mes états d'âme d'auteur ... Et, une fois de plus, je vous emmène ailleurs ...

Suite à la découverte dans le magazine Exit d'un article qui attira mon regard, j'ai dit à Ma Douce : " Et si on allait à Dunaújváros ?" Peut-être l'avez-vous déjà remarqué mais mon intérêt est grand pour la "vraie" période communiste, celle où les grands idéaux se traduisaient en tableaux, sculptures, architecture, etc ... Or, la ville de Dunaújváros a été construite de toutes pièces à partir du 2 mai 1950 et s'est même appelée "Sztálinváros" de1951 à 1961 ... vous voyez où je veux en venir ... On ne peut pas dire que Ma Douce était enchantée ... Pour elle, comme pour beaucoup de Hongrois, tout ce qui rappelle le communisme de près ou de loin ... Alors, Dunaújváros, vous pensez bien ! Mais après avoir vu les photos, elle se laissa convaincre, tout en prenant soin de réserver une chambre dans une "tanya" pour le soir, et de prévoir le dimanche à Kecskemét !
Dunaújváros, c'est donc une ville (mot à mot, le nom signifie : Ville neuve du Danube) et un complexe sidérurgique, répondant au doux nom de Dunaferr. Les deux vont ensemble : on a construit une ville de 25 000 habitant-e-s parce que l'usine avait besoin de 25 000 ouvrier-e-s, un point c'est tout ! Ceci dit, on est au début des années cinquante, et on a encore le gout du détail :

une entrée d'immeuble comme il y en a tant d'autres ...

On s'est longuement baladés parmi les immeubles, agréablement surpris par tout ce vert : arbres, pelouses, parcs, et puis, bien sûr, une statue de temps à autre :

On a compris au bout d'un moment qu'il n'y avait pas de centre à Dunaújváros, non plus que de maison particulière. Comme il n'y a pas non plus d'indication susceptible d'aider un quelconque touriste (dont on se demande probablement ce qu'il pourrait venir faire ici), on a suivi notre inspiration pour aboutir enfin au théâtre municipal.

Le monsieur que vous voyez à gauche de l'entrée, c'est le gardien, qui portait un blouson avec quelque chose comme "Top Cop" dans le dos. En fait, il était très gentil. Il nous a laissés entrer dans le théâtre (on a même pu voir la salle et la scène où un spectacle se préparait), il nous a mis de la lumière pour qu'on puisse prendre des photos, il nous a donné quelques explications, et même un plan de la ville. C'est ainsi qu'on a appris qu'on était dans la partie de la ville qui avait été construite en premier, probablement pour l'édification des masses laborieuses.

on voit bien qu'il n'y a pas encore grand-chose autour du théâtre !

Et à l'intérieur, cela faisait furieusement penser quelquefois à de "beaux" bâtiments bien bourgeois de Budapest :

Et si on s'approchait un peu de ce trou dans le plafond, juste au-dessus de l'étoile rouge, pour voir, mmmh ?

Alors, ça ne vous rappelle rien ? souvenez-vous, le Musée des Arts Appliqués, à la fin de l"article "Grands travaux dans le 8ème ..." Non ? Eh bien figurez-vous que vous voyez ici, raconté "en vitrail", le récit légendaire des aventures de
János Vitéz, héros d'un conte rimé de ... Petőfi Sándor ! Vachement édifiant pour les masses populaires : János ( à peu près à 8 heures sur le cadran ) est un petit berger qui joue du pipeau parce qu'ils s'aiment avec sa copine du village. Celle-ci, employée par une méchante femme, travaille dur. Vous la voyez laver du linge qui n'est pas à elle. De son côté János gémit sous le joug d'un méchant patron, une espèce de koulak. Vous pouvez le reconnaître à son bonnet rouge et à son gros bâton. Alors János en a marre, et il part se faire hussard. Du coup il a un bel habit rouge, mais d'un rouge encore plus rouge que le bonnet du koulak ! Un jour il rencontre la fille du roi de France, celle qui se la pète un peu avec son habit à fleurs de lys. Elle tombe raide dingue amoureuse de János, forcément, mais lui, pffuit, il ne s'arrête pas à ça, d'autant qu'il y a sa belle Hongroise qui attend patiemment au village qu'il vienne la délivrer, et qu'il doit vivre avant ça des tas d'activités fantastiques : chevaucher un oiseau merveilleux, comme Sindbad ou Nils Holgersson, ou se battre avec des monstres, comme Hercule ou Harry Potter. Mais sa fiancée, victime de ses mauvais traitements, se meurt et ça y est, elle est morte, alors. Heureusement János entend parler d'une fleur miraculeuse gardée par un dragon tout vert. János le zigouille, il n'a pas le choix, et il court vite porter la fleur sur la tombe de sa belle qui ressuscite et lui fait de beaux enfants.
Chais pas ... la fin, avec la fleur miraculeuse, ça ne fait pas trop socialiste (et encore moins réaliste !) quand même. A mon avis ils avaient dû réécrire la fin ...
En ressortant du théâtre sur la place, "l'agora" pourrait-on presque dire, on ne pouvait pas le rater :


A l'origine, c'était un grand magasin d'Etat, dans lequel on pouvait trouver à peu près de tout, sauf de l'alimentation. L'entrée située à gauche était celle d'un restaurant, d'Etat lui aussi. Plus de cinquante ans après, le bâtiment a gardé ces 2 mêmes fonctions : au rez-de-chaussée, on voit les vitrines d'un magasin de meubles et à gauche la pastille Coca Cola signale l'entrée du bistrot.
le même au début des années cinquante : "Béke étterem" signifie "Auberge de la Paix"

Les mosaiques qui s'étendent entre les deux rangées d'ouvertures de la façade plus visibles sur la photo du haut) sont superbes, je vous les recopie ci-dessous dans leur ordre de la
droite vers la gauche :
Songez que chaque mosaïque mesure au moins 4 mètres de long sur 1m5 de haut, ce qui représente un total d'au moins 30 m² de tout petits carreaux ! Ce qui est frappant dans cette représentation d'une société idéalement égalitaire, c'est qu'il y en a toujours un qui a l'air de mieux savoir que les autres, un "guide" qui leur explique comment faire. Probablement des porte-parole du grand Joseph himself ?
Remarquez, sur l'avant-dernière image, en haut à gauche, le château d'eau frappé de l'étoile rouge. On l'a retrouvé quelques années plus tard, débarrassé de son étoile :

Après, on voulait quand même voir "en vrai" la statue dont la photo dans le magazine nous avait amenés jusqu'ici. On s'est donc dirigés vers le Danube. Et là on a découvert que la ville était posée sur un plateau surplombant le fleuve, et que c'était bien joli.
Il y avait là, dans le soir qui tombait, toute une promenade avec des gens, des chiens, des ados, des couples, quelques enfants et beaucoup, beaucoup de statues, en particulier dans le grand parc qui descendait vers l'eau par paliers. On a enfin trouvé celle qu'on cherchait :


Est-ce que vous avez déjà vu des femmes moins "sexy" ? Vous avez vu leurs corps ? On dirait des troncs de platanes, ou quelque chose comme ça ! C'est curieux, quand même, cet acharnement au cadrage horizontal ... J'ai déjà vu une technique similaire sur une sculpture "oubliée" à Tapolca, une petite ville pas loin du Balaton. Et vous avez vu les hommes, avec leurs petits chapeaux ronds ? Ils ne vous rappellent rien ? Plus à l'Est, et même carrément à l'extrême-orient ? une guerre de libération qui faisait rage contre l'impérialisme colonial ? Du coup, on a cherché une date, un nom (on cherchait plus ou moins celui de Farkas, dont on a vu une rétrospective il y a quelques semaines : Ho Chi Minh en personne lui avait exprimé ses remerciements !) , mais rien ... encore un Glorieux Anonyme au service du Peuple !

Le soir tombait, je crois vous l'avoir déjà dit, et on voulait, si possible, arriver à la tanya avant la nuit. Mais il nous restait encore à voir Dunaferr au sud de la ville. Les cheminées, on les voit bien de certains endroits de la ville, et l'odeur on la sent bien partout ! D'ailleurs, il m'est aussi arrivé de travailler dans une fonderie et je peux vous affirmer qu'on ne traite pas que du métal, à Dunaferr ! Probablement y a-t-il aussi une raffinerie de pétrole, et une usine chimique qui sent l'oeuf pourri ! Mais, comme on l'a vu : sans usine pas de ville, et vice-versa !
On a garé la petite voiture rouge sur un parking immense, qui devait être plutôt fait pour des bus que pour des véhicules particuliers ! On s'est approchés de l'entrée et là, il faut bien dire qu'une fois de plus je suis resté bouche bée !

"Dunai Vasmű", ça veut dire fonderie du Danube

au moment de l'inauguration : cherchez la différence !

Mais bon, même le sublime lasse, au bout d'un moment, n'est-ce pas ? Alors, comme le soir ..., on a décidé de quitter les splendeurs de Dunaújváros. Avant de remonter en voiture, Ma Douce me demanda de pouvoir s'isoler quelques minutes dans un bois qui bordait l'usine et effectivement elle réapparut au bout de ce temps en me faisant signe de la suivre, d'un air amusé et mystérieux. Et il y avait de quoi ! Parsemant le bois, le long de sentiers bordés de réverbères globuleux, étaient posés des bouts d'usine, comme autant de grosses sculptures post-modernes :
Il y en avait un peu partout, aussi loin qu'on pouvait voir, mais comme le soir ... on ne s'est pas trop aventurés dans le bois, où il faisait de plus en plus sombre ... Il n'empêche : cette usine que certains disent en pleine déconfiture, même à l'agonie, même à son dernier souffle, elle se soucie encore de produire de l'Art, et avec ses tripes, avec ses propres entrailles !!! Qu'est-ce que vous voulez, les bras m'en tombent ...

NB . les images en noir et blanc viennent du site http://sztalinvaros.uw.hu qui en contient beaucoup d'autres.

Sziasztok !
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5 avril 2009 7 05 /04 /avril /2009 16:01
Sziasztok !

En ce moment je lis deux livres : le premier, d'István Bibó, s'intitule "Misère des petits Etats d'Europe de l'Est", paru chez L'Harmattan en 1986. C'est un gros livre de plus de 400 pages rassemblant plusieurs essais. "Les raisons et l'histoire de l'hystérie allemande" a été écrit en 1942, et je ne l'ai pas encore lu. Le second, datant de 1946, donne son titre au livre : il est très éclairant sur la question des litiges territoriaux et sur ce que Bibó appelle "l'irrédentisme" et le "nationalisme linguistique", notions qui sont encore vivaces aujourd'hui, comme en témoignent nombre de discours de droite et d'extrême droite. Le suivant m'a particulièrement intéressé, il s'agit de "La question juive en Hongrie après 1944" écrit en 1948, et Bibó n'y est pas vraiment tendre, ni avec lui ni avec ses compatriotes ! Je n'ai pas encore lu non plus le dernier, "La déformation du caractère hongrois et les impasses de l'histoire de la Hongrie", écrit en 1948 également. Mais rien que le titre me met l'eau aux neurones !!!
Mais j'en vois qui s'impatientent déjà : et le poème coquin, alors ? C'est pour ça qu'on est venu-e-s ! J'y arrive, car c'est le deuxième livre que je suis en train de lire, pour alléger de temps à autre le poids des mots de Bibó. Il s'agit d'une magnifique "Anthologie de la Poésie hongroise", que les Editions du Seuil ont fait paraître en 1962 et que Ma Douce m'a offerte pour mon dernier anniversaire. La préface, écrite par László Szabó, est vraiment passionnante : plusieurs siècles de poésie et de poètes y sont passés en revue en l'espace de 20 pages, avec des aperçus sur l'histoire hongroise qui me font réaliser à quel point j'en sais encore peu sur l'histoire de ce peuple, si riche, et si tourmentée.
MAIS LE POÈME COQUIN ???
Ok, ok, le voilà :

LE VOILE

Ma mie se déshabille
Elle s'apprête au bain.
Muse, vois sous la charmille
Le bijou sortir de l'écrin.
Quoi ! la perfide dissimule
A mes yeux son plus cher trésor !
Un mince tulle 1
Me cache l'objet que j'adore !
Croirait-on pas l'astre du jour
Quand d'un sombre nuage il surgit brusquement ?
Et le voile éthéré 2 dont alors il s'entoure
Le fait aimer plus tendrement.
Tels sont les charmes de ma belle.
Ses tristes atours 3 sont jetés
Et voilà qu'elle étincelle
Dans tout l'éclat de sa beauté.
De rayons qui surgissent
D'un cercle de lumière,
Ses charmes resplendissent,
Majestueux et clairs.

Ombre douce, nuage soyeux et rebelle,
Ne dissimule plus le soleil que j'adore,
Bien que dans l'Orient t'ait tissé la plus belle,
Si savamment, à si grand prix 4, de ses doigts d'or.

Notes : 1) sorte de petite culotte
             2) toujours la petite culotte !
             3) autres fringues, moches apparemment
             4) le poète, mesquin, ne peut s'empêcher de rappeler, au dernier vers, qu'elle lui a quand même coûté bonbon, cette
             petite culotte ...

Ce poème si coquin, traduit par Lucien Feuillade, a été écrit par Mihály Csokonai aux alentours de 1800.
Euh ... pas trop déçu-e-s, j'espère ?

Sziasztok !
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25 mars 2009 3 25 /03 /mars /2009 11:00

 

Hongrie Protestation antigouvernementaleUne manifestation antigouvernementale de plusieurs milliers de personnes s'est terminée par quelque 35 arrestations, dimanche 15 mars, à Budapest. Parmi les personnes interpellées figure [sic] György Budaházy et Laszló Torockai, chefs de groupes d'extrême droite. -(AP.)

Voilà les quelques lignes qu'on pouvait lire en page 10 (section Europe) du journal "Le Monde" du 17 mars 2009, un (tout) petit article placé entre deux autres :
- au-dessus : Autriche L'extrême droite enlève la mairie de Klagenfurt
- en-dessous : Slovaquie Manifestation de l'extrême droite
Autrement dit, et  si vous n'avez pas encore compris : les néo-nazis se (re)massent à vos portes, et attendez-vous pour bientôt à leur déferlement ! Attila : le retour !!!

Mais trêve de plaisanteries ... Ce que le très-sérieux et très-national "Le Monde" oublie de préciser, c'est que ce 15 mars, présenté de façon aussi anodine, est tout simplement la date de la fête nationale hongroise !!! Incroyable, non ? En effet c'est le 15 mars 1848 que la Révolution hongroise contre la domination autrichienne a éclaté, menée par un groupe d'intellectuels dans lequel figurait ... Petőfi. Même que le président Obama himself s'est fendu d'un message de félicitations, rendant hommage au combat du peuple hongrois pour la liberté et la démocratie ! Je ne sais pas ce qu'il a, Obama, avec la Hongrie ... déjà, l'autre jour ...

 

 

 

Fête nationale donc ! et en effet nous eûmes d'abord droit à des réjouissances populaires ...                                                                                                      
Bon ... c'est pas le débordement non plus, hein, faut pas croire ! D'abord il y a assez peu de monde. C'est vrai qu'il pleut (comme le 15 mars 1848, et ça semble plutôt être bon signe, vu qu'on m'a raconté l'histoire 3 fois de suite !) et qu'il fait froid, mais ceci n'est certainement pas suffisant pour décourager un-e Hongrois-e de bonne souche ...
Ensuite, comme le spectacle se déroule sur les marches du Musée National (un grand bravo pour les danseuses et les danseurs !), et qu'une grille clôt le parc dudit Musée, les spectateurs sont coupés en deux parts :Enfin, et c'est le plus important, il fallait quand même y pénétrer, dans cet espace "public". C'est drôle, hein, quand on pense "espace public", on pense liberté de circulation, en respectant certaines règles bien sûr, et en plus liberté d'y entrer et d'en sortir, de cet espace, à sa convenance. Quoi ? De quel droit est-ce qu'on m'interdirait de me réunir avec mes semblables, si nous ne sommes pas évidemment animés de mauvaises intentions ? Surtout si un spectacle "public" est donné un peu plus loin, sur les marches du Musée National ...
Ben oui ... c'est par là qu'il fallait passer pour aller au spectacle, et ce que vous voyez à peu près au centre de l'image, juste derrière la fliquette (?) avec une queue de cheval, c'est un portique, du genre de ceux qu'on voit dans les aéroports. Autres détails amusants :
- à droite du portail, posées par terre, un tas de bouteilles en plastique confisquées avant de laisser entrer
- derrière les barrières, quelques drapeaux nationalistes, il y avait là quelques dizaines de personnes qui essayaient, mais vainement, de s'échauffer
- au premier plan à gauche, le petit garçon porte un chapeau de hussard en carton mince, comme on en verra d'autres plus loin ...

Je vais en profiter pour dire quelques mots de "l'extrême droite en Hongrie". Voilà sept mois que je suis ici, et même si je ne lis pas les journaux, si je comprends très peu la télé, j'essaie de me tenir informé sur un sujet auquel je suis particulièrement sensible ...
La Garde Nationale, tout d'abord, dont vous avez peut-être aperçu les crânes rasés. C'est un groupe ultranationaliste et clairement paramilitaire, même dans ses objectifs. Ils considèrent qu'actuellement la Hongrie n'est pas en état de se défendre (mais contre qui ?), et qu'elle a besoin d'un "bras armé", qu'ils s'efforcent d'incarner. Bien sûr, ils rêvent très fort de la "Grande Hongrie", celle d'avant le traité de Trianon. Et des fois, quand on pense à l'éclatement des nations et des peuples dans ce territoire d'Europe Centrale, on se dit que la frontière pourrait s'avérer bien mince entre "se défendre" et "attaquer" ! Ils ont fait leur parade sur Hősök tere, la place des Héros ..., bien encadrés de barrières métalliques et d'uniformes bleus ...
Ensuite, il y a le mouvement "Jobbik", ce qui veut dire "ceux de droite" et aussi, en même temps, "ceux qui sont meilleurs" : habile jeu de mots, n'est-il pas ? Leur composition, de même que leur "politique" (qui consiste la plupart du temps à combattre "l'ennemi" : ce peut être par moments le Juif (d'ailleurs quelques policiers montaient la garde devant la grande synagogue, à côté de Deák tér, où barrières et voitures de police encadraient un quadrilatère où les gens de Jobbik étaient censés s'exprimer), le Tsigane, bien sûr, mais surtout surtout "le" communiste) me paraissent assez troubles. Sont-ils en dehors du "jeu politique" ? y participent-ils ? Leur rapport avec le FIDESZ, le grand groupe de droite, semble assez ... élastique. Parfois le Fidesz emprunte leurs thèmes et leurs discours, parfois c'est le "Jobbik" qui se rapproche d'une certaine "légalité" ...
Voilà ce que j'ai compris du sujet. J'ajouterai pour finir qu'il y a probablement une certaine frange de "gens de droite" (et peut-être aussi "de gauche" ?) qui sont plutôt perdus et désabusés par rapport aux grands partis traditionnels (le FIDESZ, à droite, et le MSZP, à gauche) : pourraient-ils l'être assez pour céder aux sirènes extrémistes ? Franchement, je n'y crois pas.

Les gens d'ici me paraissent, avant tout, sérieux :


et peu susceptibles de se laisser "embarquer" par le premier excité venu ! Alors, pourquoi toute cette sécurité ? Pourquoi toutes ces précautions ? et des portiques destinés à détecter quoi ? des armes ? Il y avait 30 000 ou 40 000 policiers, soldats, vigiles déployés dans la ville ce jour-là ! Et je ne sais pas si quelqu'un a eu l'idée de compter le nombre de barrières métalliques : il devait y en avoir quelques kilomètres ! Comme cela s'est passé en France il n'y a pas si longtemps, je pense qu'il y a une sorte d'instrumentalisation de l'extrême droite de la part des "gros" partis, qui trouvent là un dérivatif facile aux véritables problèmes. Sans compter que cela permet aussi de prendre quelques précautions ...

au fond, après les dernières barrières, c'est le Danube, et de l'autre côté c'est Buda ...
 
Quand le spectacle du Musée National a été terminé, il pleuvait toujours et on s'est tranquillement dirigés vers l'endroit où, d'après le programme, le maire de Budapest devait prononcer un discours. Et la photo du dessus montre ce qu'on a trouvé en arrivant après être passé par un contrôle où il fallait ouvrir sacs et blousons ...


et on a eu beau s'approcher au plus près, on était encore à deux cents mètres de l'estrade où devait se tenir le discours ! Remarquez, là, il y avait une raison : l'an dernier, pour la même occasion, le maire s'était fait "décorer" de toute une flopée d'œufs plus ou moins frais ! mais c'étaient des œufs, bon sang, pas des kalachnikovs ! Remarquez aussi, sur la photo, que ce sont des employés d'une agence de sécurité privée qui sont chargés du contrôle du public. Les forces publiques semblaient plutôt réservées à une intervention éventuelle ; on a croisé des types harnachés comme des joueurs de hockey, il ne leur manquait plus que les patins ! N'empêche ... j'avais déjà constaté ça le 23 octobre (autre fête nationale qui commémore le début de la révolution contre les Soviétiques en 56 : la place du Parlement où les cérémonies avaient lieu était complètement barricadée et ... déserte), il y a un fossé physique et une fracture morale indéniables entre les "politiciens" et la population hongroise. Le soir, j'ai vu le discours du maire à la télé : il faisait comme s'il y avait des gens qui l'écoutaient ...

Mais comme tout cela n'était pas franchement gai, nous avons pris le chemin du retour. Dans un passage souterrain du métro, on a écouté un moment un petit orchestre de djeunes qui chantaient :
 
On n'est pas là pour se faire engueuler
on est venus pour voir le défilé
On n'est pas là pour se faire piétiner
on est venus pour voir le défilé
si tout le monde était resté chez soi
ça ferait du tort à la République
Laissez-nous donc qu'on le regaarde
sinon plus tard quand Gyurcsány reviendra
ma parole, nous on reviendra pas !

Szia !
 

 

 

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16 mars 2009 1 16 /03 /mars /2009 14:01
Sziasztok !

Ce jour-là, comme j'en avais un peu assez du Master et qu'il faisait beau, j'ai pris mon appareil et je suis sorti. J'avais plutôt envie de marcher que d'aller loin, alors je me suis dit : "Pourquoi pas Margit körút ?"
A Margit körút, il n'y a rien "à voir" ... mais tout à regarder ! L'espace public de la rue, où l'on "montre" les choses, en particulier dans les vitrines, m'a semblé très intéressant ...

Il est vrai que quelquefois on hésite entre montrer et dissimuler :Il existe un grand nombre de ces endroits à demi enfouis à Budapest, qui peuvent servir à : une boutique, un restaurant, un bar (les fameux "söröző" !) ou encore, comme ici, à une salle de musculation. Ils font partie de tous ces lieux de vie souterrains comme il y en a tant : passages, stations, escaliers, places, habitants... L'autre fois, je suis sorti du métro à Nyugati pályaudvar par le mauvais chemin, et je me suis aperçu des dimensions de l'endroit : gigantesque ! Il y aurait facilement de quoi faire tout un article !

Une autre constante de la rue Budapestoise et pas des plus plaisantes, hélas ! Certaines façades comme celle-ci sont entièrement recouvertes de ce qu'on peine à appeler des "tags". C'est plutôt un amoncellement de signatures sans grande recherche ni originalité. Pourtant (on est toujours surpris à Budapest, souvenez-vous en !) si je m'approche du grand machin blanc au-dessus, je lis ça :

ce qui signifie :
- à gauche : en haut "Vörös csillag", ce qui veut dire "étoile rouge", "Kapitalizmus" , "Kannibalismus", ce qui se passe de traduction ;
- au centre : en haut, une faucille et un marteau puis une suite de dates assez incompréhensibles : 1241 (invasion mongole de la Hongrie), 1526 (la bataille perdue de Mohács), 1944 (occupation nazie), 1956 (échec de la Révolution), 1989 (l'année du Changement, mais que fait-elle là ?)
- à droite : en haut "Bitangok 89-ért fizetni fogtok", soit "Vous allez payer pour ce que vous avez fait en 89", en bas "Fletó, te varangy !" Fletó, c'est le surnom pas très affectueux donné au P.M., et "varangy" ça veut dire "crapaud" ...
- tout à fait à droite : "éljen Lenin", à votre avis "éljen", ça signifie "vive" ou "à bas" ?

ça laisse songeur, non ?

Arrivé dans Margit körút, j'avisai ma première vitrine :


C'était une petite boutique sans prétention, dans laquelle une dame faisait du rangement. Je lui demandai si je pouvais photographier sa vitrine, ce qu'elle répercuta auprès de son mari qui faisait les cent pas sur le trottoir, accroché à son portable. Sa communication terminée, celui-ci éprouva le besoin de faire un peu la conversation... en italien, me montra qu'il connaissait Grenoble en faisant mine de skier, puis me laissa photographier sa vitrine en se demandant ce que je pouvais lui trouver.  Eh bien moi je lui trouve au moins 4 caractéristiques, à cette vitrine : 1) les produits "cheap" 2) leur accumulation 3) leur rangement en couches horizontales parallèles au sol 4) la mention "Akció" qui équivaut à nos promotions, et qu'on voit fleurir toute l'année !

Un peu plus loin une petite boutique d'encadreur retint (évidemment) mon attention ...

à noter, le jeu amusant avec le reflet ...

Outre qu'elle permettait un jeu amusant avec le reflet, on y retrouvait peu ou prou les éléments déjà mentionnés, hormis que là il n'y avait pas d'Akció ... Cette fois je ne demandai pas la permission mais je me mis bien en évidence et pris mon temps pour prendre quelques photos, au cas où. Mais personne ne sortit pour me demander ce que je faisais, et au nom de quoi ...

Ah, voilà ce qui ressemble fort à une institution hongroise ...


Songez qu'il y a plus de 10 lotos différents en Hongrie ! J'ai assisté samedi dernier au tirage télévisé du plus classique, pour lequel il faut trouver 5 bons chiffres sur 90 : une gageure ! Ce n'était pas tellement différent de chez nous, avec musique dramatique et paillettes, voix définitive et sépulcrale de celui qui annonce les numéros de la chance ... Une particularité tout de même : il y avait une fille qui était là, juste pour pouvoir dire après que oui, tout s'était bien passé comme il fallait ! Donc ... apparemment ... les Hongrois jouent beaucoup ... mmmh ... mais est-ce qu'ils jouent pour jouer ou pour gagner de l'argent, parce que la vie est dure ? j'ai vu à Pest un bon nombre de "casinos" ... peut-être aussi qu'ils jouent "sérieusement", comme tout ce qu'ils font ...

Un autre leitmotiv de la rue budapestoise : ces annonces "Eladó" (à vendre) et "Kiadó" (à louer), complétées par un numéro de portable. On en voit un peu partout, sur des immeubles tout neufs, sur des grandes maisons restaurées, sur des palissades de chantiers ... Je ne sais pas : est-ce que c'est le marché immobilier qui est particulièrement dynamique ? est-ce que c'est plutôt le signe d'une décadence , d'un "quittage de navire", généralisés ? Ce que je sais, c'est que les appartements sont chers, que ce soit à la vente ou à la location. Pensez qu'il faut compter au moins 80 000 forints de loyer mensuel pour quelque chose de juste correct, alors que le salaire moyen se situe aux alentours de 120 000 ! Il y a comme un malaise, non ?



Et ça, y croyez-vous ?

C'est en fait une boutique où on lave le linge, une espèce de pressing ! En effet, "Ruha", ça signifie vêtement et "Tisztítás", "nettoyage", mais bon, apparemment on y vend des choses aussi, sûrement pour mettre un peu de paprika dans le goulash ! ... ça me rappelle la première fois où je suis allé en Angleterre pour voir ma petite soeur qui vit là-bas. J'avais beau regarder les vitrines de tous mes yeux, je n'arrivais jamais à savoir de quoi il retournait !

En arrivant presque au bord du Danube, là où le "boulevard Marguerite" fait un coude vers l'est, se trouve le cinéma "Bem", d'art et essai :


Il y a encore pas mal de cinémas à Budapest, dont certains sont beaucoup plus luxueux, le "Puskin" par exemple ! Mais j'aime bien le Bem, qui ne paie pas de mine, où les gens sont sympas, et qui fait tous ses efforts pour présenter des programmes de qualité. On y est allés plusieurs fois, en particulier pour voir "La Môme" (hé oui ! bon nombre de films français sortent ici, même avec un peu de retard) et aussi "Delta", le film hongrois qui a remporté une distinction au dernier festival de Cannes, un film très dur et très beau tourné dans le delta du Danube (donc en Roumanie) et qui dénonce le rejet de la différence.

Un peu plus loin, une vitrine comme on n'en voit presque plus en France :

avec son bonhomme d'automate qui cloue des souliers à longueur de journée ... je ne sais pas exactement quoi, mais ça me rappelle un truc de mon enfance, sur le chemin qui menait chez ma grand-mère, je crois ...

Puisque j'étais arrivé au pont Marguerite (Margit híd), enjambant le Danube en traversant l'île Marguerite (Margit sziget), il ne me restait plus qu'à faire demi-tour sur le boulevard ... Marguerite (Margit körút, donc).
Une grande boutique de mode féminine attira mon regard :


Evidemment, vu comme ça, avec le tag et tout, ça n'est pas très brillant ... Je tiens quand même à dire que nombre de femmes hongroises, malgré la cherté de la vie, arrivent à s'habiller avec élégance et quelquefois avec recherche. D'ailleurs on voit beaucoup de jolies femmes dans les rues ; en revanche, cela ne m'étonnerait pas que ceux qui, trompés par je ne sais quelle réputation des "filles de l'Est", viendraient faire ici du "tourisme sexuel" ne repartent assez vite, la queue entre les jambes ! C'est que ces filles de l'Est, habituées dès leur naissance à être traitées sur un pied d'égalité avec les garçons, ne sont vraiment pas du genre à se laisser berner par le premier beau parleur venu ! Ce qui ne les empêche pas d'être très féminines, avec un soin tout particulier accordé à leur corps, si l'on en croit le nombre de "salons de beauté" ... sans parler des bains, évidemment !

Comme je le disais plus haut, beaucoup d'endroits souterrains à Budapest :


C'est souvent le cas, comme ici, quand il y a un grand carrefour : plutôt que de s'encombrer avec des feux pour piétons, des passages cloutés, bref, tout ce qui pourrait faire de l'ombre au règne de la sacro-sainte bagnole, on fait régulièrement passer les gens sous les avenues. C'est là que pour l'instant j'ai trouvé les plus beaux tags :


Bien entendu, vous remarquez sur le sol, à droite contre les murs, les affaires que quelqu'un a laissées. Ces passages sont une aubaine pour les SDF qui s'y font des nids. Une poignée d'entre eux s'étaient installés de la sorte dans un passage près de Déli : ils vaient mis quelques matelas sur une estrade et ça leur faisait comme une chambre à coucher, avec table de chevet et tout. De temps en temps, quand je passais par là, la femme me demandait de l'argent. Et puis on ne les a plus revus ...


La Poste, ah, la Poste ! tout un poème, la Poste !
On est obligés de toutes façons d'y aller chaque mois parce que beaucoup de factures type gaz, électricité sont à régler par mandat postal. Il faut donc aller faire la queue au guichet, en espérant avoir choisi la bonne file. En effet,  régulièrement au moins deux files se font concurrence et là aussi il y a une forme de pari à faire ! La dernière fois, j'ai eu un coup de chance inouï : au moment où j'arrivais pour me mettre tout au bout de l'unique queue existante, un autre guichet s'ouvre et voilà que la préposée me dit quelque chose en hongrois ! Je n'ai fait ni une ni deux et je suis allé me coller au guichet pour payer mes factures ! La tête de certains autres !


Ah, une vitrine de bouquiniste ! Attention, le "bouquinisme" c'est du sérieux à Budapest ! Je serais curieux de connaître le chiffre d'affaires du secteur du livre, mais vu le nombre de librairies, de neuf et/ou d'occasion, le nombre de publcités dans le métro, et le nombre de lecteurs (plus qu'à Paris, il me semble) dans le dit métro, il ne doit pas être moribond, le bougre ! Ces grandes et luxueuses boutiques d'Antikvárium sont aussi impressionnantes que des salons d'antiquaires, et je n'ai pas encore osé y entrer !


Beaucoup de fleuristes aussi, nettement plus qu'en France. Rien qu'à Déli, j'ai le choix entre 3 boutiques, sans compter les vendeuses des rues et des couloirs du métro! La première est celle où je vais le plus souvent parce que c'est là qu'il y a le plus grand choix. J'ai des rapports pas simples avec une des vendeuses : une fois, tout au début, j'ai eu le malheur de hausser les sourcils d'étonnement quand elle m'a annoncé le prix du bouquet, et depuis la pente est dure à remonter ! Enfin, il me semble que la dernière fois on s'est à peu près entendu ... La deuxième est juste à côté du tabac, à la sortie de la longue rampe qui permet de rejoindre le niveau du trottoir. C'est  une petite dame "très comme il faut" qui la tient. Mais je trouve qu'elle en fait un peu trop sur la qualité de ses fleurs, et j'ai du mal à lui faire tout à fait confiance ... La troisième ... je n'y vais jamais, parce qu'elle se trouve trop loin !


Encore une librairie, dont j'ai photographié la vitrine exprès pour vous donner un petit aperçu du hongrois.
Alors "könyv" c'est "livre", vous le retrouvez dans :
- "Mesekönyvek", sachant que le "ek" de la fin est un pluriel, ça veut dire "livres de conte"
- "Könyvesbolt" : "bolt", c'est "boutique", et "könyves" c'est une sorte d'adjectif formé sur "könyv", qu'on pourrait traduire par "ayant des livres" mais, et ceci est ultra-important, le verbe "avoir" n'existe pas en hongrois, il faudrait inventer des mots comme "livraire" ou "livrante" ...
- "Szakkönyv" (en rouge sur la porte) : tiens, là, il n'y a pas de pluriel ? "Szak", cela signifie "spécialité".
Vous voyez ! Ce n'est pas si dur, le hongrois ! C'est un peu comme un meccano, en fait ...


Et là ? Qu'est-ce qui prouve que cette image n'a pas été prise au Nouveau-Mexique ? La mention "Mini Abc", pardi ! Alors, est-ce qu'elle nous met en présence d'un nouvel avatar du magasin d'Etat déjà rencontré dans les collines de Buda ? (ndlr : tiens ! ce serait une bonne idée d'article, ça : les Abc de Buda !) Eh bien non ! En fait la "marque" Abc, même si ses magasins ont pratiquement disparu, est passé dans le langage courant comme nom commun : on dit "je vais à l'Abc" pour dire qu'on va à l'épicerie, c'est tout. (ndlr : donc l'idée d'article n'est pas si bonne ...)


Pas loin de cette débauche de Coca cola, une plaque porte encore "Mártirok útja", c'est l'ancien nom de "Margit körút" ... Le boulevard des Martyres ... du socialisme, probablement ...
Attention ! ne pas confondre "útja" ("le boulevard de", le suffixe possessif "ja" se mettant sur le possesseur "út") avec "utca", qui veut dire "rue". Ah mais ... c'est que ce n'est pas donné non plus, hein ?

Voilà ... ça c'est complètement Budapest, je trouve. A un moment, je me suis échappé du boulevard dans une ruelle de traverse, et j'ai monté quelques marches entre des maisons ... au bout d'un moment je suis arrivé dans un drôle de parc, disposé un peu comme un amphithéâtre, avec sa piste ronde dans le bas. Un bel homme aux cheveux blancs, genre "artiste", était assis sur un banc au soleil, accompagné de deux femmes et d'un chien. A mi-pente, j'ai rencontré cette statue dont le déhanchement m'a touché ...


Il faisait beau, disais-je, et l'air était pur comme pour une fin d'hiver ...


Sziasztok !

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2 mars 2009 1 02 /03 /mars /2009 11:19

Il y a une jolie croyance en Hongrie : on y dit que le 2 février tous les ours se réveillent et sortent de leurs grottes pour voir le temps qu'il fait. S'il y a du soleil, leur ombre les effraie et ils rentrent vite se coucher : l'hiver sera long. S'il ne fait pas beau, ils restent dehors en attendant des jours meilleurs : l'hiver sera bref.
 

et c'est sûr que les Busos tiennent un peu de l'ours ...
 
Mohács est une ville de 20 000 habitants, située au sud de la Hongrie, au bord du Danube. Je pense que d'ordinaire ce  doit être une petite ville assez tranquille, avec son large fleuve coulant paisiblement entre de hautes digues, ses pêcheurs du dimanche, et un temps qui n'arrive pas toujours à bien passer depuis ce jour d'août 1526 où les troupes de Soliman le Magnifique y ont défait les Hongrois de Louis II (qui périt d'ailleurs en se noyant dans les marais environnants), s'ouvrant ainsi la porte d'une occupation de 150 ans !
On parle beaucoup moins de "l'autre" bataille de Mohács, celle qui eut lieu en 1687, et qui eut le résultat exactement inverse, c'est-à-dire la défaite des Turcs.  Mais en fait ce fut davantage une bataille de libération "locale", la bataille décisive ayant eu plus tôt à Buda.

Cependant une légende rattache les Busos à cette deuxième bataille-là. On raconte qu'aux temps de l'occupation turque, les habitants de Mohács s'étaient réfugiés dans les îles du Danube et les forêts. Un jour ils virent apparaître un vieillard aux cheveux blancs qui leur dit d'une voix sépulcrale : "Il faut vous libérer de l'envahisseur ! Vêtez-vous de peaux de bêtes ! Portez des masques grimaçants ! Poussez des cris perçants ! Et vous verrez comment les Turcs vont détaler !" Et c'est ce qu'ils firent ...

 





Mais ce n'est pas tout, parce qu'on leur vola aussi des femmes, à ces infâmes ! Et c'est sans doute pourquoi de mystérieuses ottomanes figurent dans la parade des Busos :

 

 

 

Furent-elles captives ? amoureuses ? subjuguées par tant de poil ?


Les Busos existaient-ils avant 1687 ? Bien que la 1ère trace écrite qui les concerne date de 1783, c'est quand même fort probable étant donné que les Busos, qui se réunissent tous les ans à l'époque du Carnaval, sont aussi (et surtout) là pour chasser l'hiver. En fait, comme dans d'autres régions du monde, il s'agit d'un rite de fertilité destiné à favoriser le passage de l'hiver au printemps. On peut d'ailleurs remarquer quelques détails ... curieux, dans ce défilé :

Et nombre de Busos brandissent un bâton, de forme plus ou moins suggestive, avec lequel ils vont fouiller sous les jupes des femmes ! J'en ai même vu qui ont réussi à encercler une jeune dame isolée, et qui tressautaient autour d'elle en faisant sonner les cloches accrochées à leurs ceintures ! Que de confusion pour l'heureuse élue ! D'autant que cette simulation se fait en pleine  rue, au vu et au su de tout le monde !

 

 

2 Busos s'apprêtent à fondre sur leur innocente proie !

Mais je vous rassure, comme pour tous les rassemblements auxquels j'ai pu participer jusqu'ici en Hongrie, tout se passe dans la joie et la bonne humeur. Les Busos ne sont jamais agressifs, et leur comportement n'a rien de vraiment gênant, même s'il génère parfois une petite émotion, et que du rouge monte à certaines joues. Leur "folie" est admise par toutes et tous (n'oubliez pas que c'est Carnaval) et beaucoup semblent même y voir quelque chose de salutaire, de vivifiant, pour ainsi dire :




Et si on leur donne pour origine la communauté catholique Croate, aujourd'hui les Busos (plusieurs centaines au total !), et les musiciens qui les accompagnent, viennent d'un peu partout alentour : Serbie, Bosnie, Croatie, Slovénie ...

 

 

je crois que ceux-ci sont des Sokác, sans en être tout à fait certain ...

quant à ceux-là, des Serbes ? des Bosniaques ? une Trabant, en tout cas !

Il paraît même que, quelque part, il y avait 2 Busos français, d'origine hongroise et vivant à Wattreloos, la ville jumelée à Mohács ! En tout cas c'est ce qu'on a entendu dire en sortant des toilettes du Centre Culturel pour la Jeunesse ...

Et là, chère lectrice, cher lecteur, je me pose une question : ai-je le DROIT de vous imposer une photo de la queue pour aller aux toilettes du C.C.J.M. ? Une photo pas tout à fait nette, en plus, étant donné le peu de lumière ambiante (ce n'est qu'au bout d'un long moment passé dans le clair-obscur qu'une employée compatissante du C.C.J.M. consentit à abaisser deux ou trois manettes du tableau électrique, allumant ainsi une lampe sur quatre). Une photo sans autre intérêt que celui de vous faire partager un moment de vie universel, parce que quel est le pays au monde où on ne fait JAMAIS la queue pour faire pipi ?


Les spécialistes de la "proxémie" auront sûrement remarqué que dans la photo ci-dessus les gens sont assez proches les uns des autres pendant qu'ils attendent. Et en effet je crois avoir découvert quelque chose pendant cette journée à Mohács : les Hongrois ne craignent pas le contact physique, en tout cas pas autant que nous autres, les Français ! Personnellement j'ai été éduqué à m'excuser dès que je j'effleure quelqu'un et à attendre des excuses dès que quelqu'un me frôle, et vous aussi sûrement, rassurez-moi ! Dans la rue française, un parcours est une suite ininterrompue de calculs stratégiques (et finalement "instinctifs") pour ne croiser le chemin de personne. Ici, en Hongrie, ce n'est pas le cas, et je commence à me poser des questions sur les "bombes humaines" dont j'avais parlé dans un article précédent ...



20 000 habitant-e-s + 30 000 touristes : 50 000 personnes ont déambulé sur les quais, les places et dans les rues de Mohács, ce dimanche-là, et tout ça dans la bonne humeur générale, sans heurts, sans tensions et sans drames ... Pourtant il y avait du vin chaud à gogo, et de la bière et de la palinka ... En rejoignant la grand-place pour le bûcher final, on a dépassé un Buso qui n'avait pas l'air très bien, mais bon, il s'était assis dans un coin tranquille en attendant que ça passe :


Un grand tas de fagots, comme pour une sorcière, avait été dressé sur la place de la Mairie. Deux Busos y sont montés à l'aide d'une échelle plate, et ils sont restés un moment au sommet du tas en se cramponnant à une effigie de paille, qui devait représenter l'hiver


Et là, je n'ai pas tout compris parce que juste avant cela, le cercueil de l'hiver avait été confié au Danube pour qu'il l'emmène bien loin ... jusqu'en Turquie si besoin !


Le cercueil, le fleuve, le bûcher, on ne lésinait pas sur les moyens face au Bonhomme Hiver ! Ne manquait plus que la montgolfière ... Fallait-il y voir à nouveau un effet de la tendance magyare qui semble consister à empiler les choses plutôt qu'à les transformer radicalement ?
Bien loin de cette interrogation existentielle, les Busos ont mis le feu aux fagots, ce qui, comme on pouvait s'y attendre, a mis la foule en joie


et l'a rendue fort aise, parce qu'elle commençait à avoir froid !

Au terme de ce modeste exposé, j'espère que vous aurez compris que la Busojárás c'est à la fois :
- un rite païen "vieux comme le monde", et destiné à lui redonner de la verdeur !
- un rappel de la VICTOIRE de Mohács, où on les a bien eus, ces Turcs, nom d'un chien !
- une sacrée aubaine pour les tenant-e-s des toilettes du CCJM, pour lesquelles il fallait payer 100 forints par personne !
- une grande foire commerciale et touristique !
- un souvenir de la glorieuse époque des hussards !

c'est vrai que j'avais oublié de vous en parler, de ceux-là !

- un grand moment d'émotion pour les jeunes filles !

Sziasztok !
 

 

 

 

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18 février 2009 3 18 /02 /février /2009 14:42

A Moszkva tér  ...



il y a :

- beaucoup de gens, tout le temps

- les terminus des "grandes" lignes 4 et 6, qui font le tour des boulevards intérieurs (suivez un peu, enfin !)

- le terminus du tramway n°18 et celui du 41, mignons comme tout, ces deux-là. Sur chacun des deux quais, en tête de rame, un compteur lumineux égrène les secondes avant le départ

- un pont et des escaliers qui mènent à la rue Csaba, qui passe au-dessus

- quelques mendiants, quelques personnes ivres, quelques policiers

- une station de métro (l'éventail tout moche sur la photo) dont les escaliers mécaniques sont TRES lents

- des masses de pigeons

- de l'autre côté de la rue Csaba, juste au-dessus, l'ancienne poste qui a été vendue (pour en faire quoi ? un hôtel de luxe ? une résidence ? des bureaux ?) et pour l'instant inoccupée. Tout juste existe-t-il un local avec quelques photocopieuses au rez-de-chaussée ... On dirait un château de carton-pâte, un décor pour films médiévaux




- des snacks, dont un "Grec" (quoique je n'aie pas bien compris ce que cet établissement  avait à voir avec ce beau pays), sis à une des trois pointes de la place, qui me change quelquefois du "Chinois" de Déli pályaudvar

- un MacDo où je n'ai jamais mis les pieds

- une horloge sous laquelle on se donne rendez-vous




- de grosses enseignes au néon sur les toits

- de larges avenues qu'il faut vite traverser avant que le feu ne repasse au vert

- des boutiques de journaux (mais pas un seul journal français, ni même étranger je crois), des vendeuses de broderies et dentelles, des fourgueurs de portables

- une statue allégorique bizarre, dont on ne saurait dire si elle est belle ou laide




- pas mal d'accidents avec les bus.

La dernière fois c'est un chauffeur qui a eu une attaque : le bus, vide à part lui, s'est mis à zigzaguer, à emboutir des autos ... Une autre fois, des freins avaient lâché. Je crois que le parc des bus (dont le réseau est superbe !) est dans un état assez pitoyable mais ... y a pas de sous !

- à part quelques arbustes maigrichons sur certains côtés, un seul arbre sur toute la place de Moszkva tér, et c'est un ... palmier !!!


si c'en est vraiment un, on le plaint, pas vrai ?


Sziasztok !

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16 février 2009 1 16 /02 /février /2009 14:27

Si vous avez lu "Une vie de fou !", vous savez pourquoi j'ai de plus en plus de mal à trouver du temps pour écrire dans ce blog ... En particulier, la préparation du Master de Français Langue Etrangère est vraiment  de plus en plus "chronophage", comme on dit maintenant !


Mais j'ai trouvé l'occasion de "faire d'une pierre deux coups" (hé hé !) : j'avais à produire un devoir "interculturel" faisant état des stéréotypes circulant en Hongrie au sujet des Français et de la langue française ET je (un peu aidé par Ma Douce, il est vrai ...) me suis dit que cela pourrait éventuellement intéresser les lectrices/lecteurs de ce blog. Je vous en reproduis donc l'essentiel ci dessous ...


Après 5 mois de vie en Hongrie, je pense pouvoir affirmer, en espérant ne pas verser à mon tour dans le stéréotype, que les Hongrois forment un peuple dont on pourrait dire, dans l’ensemble, qu’il est plutôt humble et respectueux. Ceci s’explique par l’Histoire qui, d’un point de vue hongrois, est une longue succession d’échecs et de déconvenues, par la géographie puisque la Hongrie est un « petit » pays, avec ses 93 000 km2 et ses 10 millions d’habitants, mais aussi par la mentalité des gens, qui est assez individualiste (est-ce une réaction aux 40 années de collectivisme forcé ?) et donc peu soucieuse des autres en général. On est d’ailleurs en droit de se demander quelle est la part du respect et celle de l’indifférence …

Un autre fait important est que je ne parle pas encore le hongrois, ce qui fait que la majorité des stéréotypes récoltés l’ont été auprès de gens cultivés, ayant voyagé, donc capables de recul, et parlant soit le français soit l’anglais. D’autres sont venus s’y ajouter, auprès de gens plus modestes, mais au prix d’une traduction laborieuse, source de filtrage et même de biaisement. Encore une fois, je pense qu’il est difficile, voire gênant, pour un-e Hongrois-e d’ « avouer » des stéréotypes sur la France et les Français à un Français


Sur la langue française


On aurait pu s’attendre, venant d’un pays comme la Hongrie (qui fonctionne un peu comme un « babaorum linguistique » avec ses dix millions d’habitants, en plein cœur de l’Europe, qui s’obstinent à parler une langue à laquelle nulle autre n’est apparentée !) à une foison de stéréotypes défensifs destinés à valoriser, au moins « en creux », la langue hongroise. D’après mes recherches, il n’en est rien. La stratégie adoptée semble plutôt inverse : on ne se moque pas des autres, ils nous laisseront tranquilles

Ainsi du français :

Le français est considéré comme une « très belle » langue, « une des plus belles ». Les auteurs français classiques, même s’ils sont le plus souvent lus en traduction, sont très connus et il est possible, par exemple, que Jules Verne (dont le nom a été magyarisé en Vern Gyula) soit pris pour un auteur hongrois par une bonne partie de la population.

Le français est-il assimilé à « la langue de l’élite » ? Ce ne serait pas surprenant étant donné son usage dans les milieux aristocratiques puis bourgeois des 19ème et 20ème siècles. Je n’ai cependant pas pu en avoir une confirmation vraiment nette. A noter qu’un jeu est assez courant chez les enfants, celui qui consiste à « parler français » (francia nyelvi paródia), ce qui consiste à énoncer des phrases hongroises absurdes dont les sonorités rappellent celles du français :

Exemple : « Pap ül a padon, lábán szőr lekopott, de már nő » … en essayant de ne pas rouler les « r » et en faisant des mines précieuses, avec bouche « en cul de poule » et regards de commisération.

Une expression est couramment employée : « c'est la vie », quelquefois formulée en hongrois : « Ilyen c'est la vie »~ « comme ça, c'est la vie » Elle semble le reflet d’un certain fatalisme mais je ne pense pas que l’on puisse parler pour autant de résignation. Elle contient en effet une nuance de sagesse amusée qui conduit souvent à relativiser la gravité de ce dont on parle

Sur les Français :

 


Si l’on se rappelle le jeu enfantin, on ne s’étonnera pas que les Français apparaissent un peu « maniérés », un peu « précieux ». Il subsiste un côté « Grand Siècle » qui fait peut-être dire que les Français préfèrent se parfumer plutôt que se laver. Or les bains ont une certaine importance dans la culture hongroise, et pratiquement tous les Hongrois y vont au moins une fois par semaine.

Il y a également un côté « fin 18ème » dans le fait que les Français sont perçus comme « bavards », « superficiels », « pouvant parler de tout » et « ayant une opinion sur chaque sujet ». On n’est pas loin de Voltaire …N’oublions pas que pendant 40 ans les Hongrois-es ont été empêché-e-s de s’exprimer, et même de penser, …d’où un agacement amusé devant le « papillonnage » français ?

On dit même que les Français sont « prétentieux » et « donneurs de leçon ». Ceci est peut-être lié au Traité de Trianon qui fut signé en 1920. C’est là que la Hongrie perdit les 2/3 de son territoire et le chef d’orchestre en fut, paraît-il, Clémenceau. Du coup, il semble que beaucoup de Hongrois, même parmi les jeunes générations, gardent « une dent » contre les Français.

Mais « le » Français est aussi quelqu’un d’intelligent, de cultivé, et qui attache de l’importance à l’art. Cette image est plutôt le fait de gens eux-mêmes cultivés, mais elle peut être déclinée selon le même thème épicurien. Le Français a du goût pour s’habiller, mais il sait aussi apprécier toutes les bonnes choses de la vie comme le vin, le fromage, la bonne cuisine, le sexe ! Bref le Français « sait vivre » ! Là encore on peut rappeler la situation de « pénurie organisée » qu’a subie le pays pendant longtemps, et bien propre à susciter des fantasmes. Tout comme la femme française d’ailleurs …

De façon tout à fait moderne, il semble bien que plusieurs de ces stéréotypes se cristallisent dans le personnage … d’Hercule Poirot ! Il s’agit en effet d’une série télévisée anglaise diffusée sur « m1 », la 1ère chaîne nationale, et qui remporte un grand succès. Dans la mesure où ce personnage ne peut s’empêcher de ponctuer ses interventions de « merci bien », « comme il vous plaira », … en français (on retrouve ici un autre stéréotype qui veut que le Français soit incapable de parler autre chose que le français) il y a de grandes chances pour que ce petit homme excessivement soigné, supérieurement intelligent et « donneur de leçons », soit identifié par certains comme l’archétype du Français … même s’il est Belge !

On retrouve la même idée de plaisir dans plusieurs objets identifiés de par leur nom comme « français » :

la salade française, sorte de macédoine crémeuse et très douce ;

le « franciakremes », gâteau hyper-crémeux, comme son nom l’indique ;

le lit français, c’est celui qui contient deux places, amis pas trop éloignées, et où on peut faire l’amour « à la française »

le « francianegy » : « 4 français », espèce de quadrille

les cartes françaises

On peut signaler également la fenêtre française (qui équivaut à notre porte-fenêtre) et la clé française (qui équivaut à notre clé anglaise !)

 

On trouve quelques blagues directement liées aux stéréotypes relevés.

Exemples : « Est-ce que c’est vrai que les Français ne veulent parler que le français ?

          -Non, mais c’est mieux s’ils n’essaient pas ! »

Ou encore : « en France, le meilleur endroit pour cacher un gros billet, c’est sous le savon ! »

 

Une catégorie de blagues bien particulière est celle des « histoires de Jean », dans lesquelles Jean est le valet français de « Uram » (« Monsieur » en hongrois). Ce sont des blagues populaires des années 30 (époque très troublée de la Hongrie) qui fonctionnent toutes selon un schéma à peu près identique : question de Uram // réponse de Jean, très souvent par oui/non // explication absurde et comique de Uram.

Exemple : « Jean, qui frappe à la porte ?

        -Ce n’est que la pluie, Monsieur

        -Alors dites-lui d’entrer, autrement elle sera trempée. »     

Jean joue plutôt le rôle de « répondant » à Uram, sa concision et sa retenue contrastant avec le délire bavard de l’autre. Je pense donc que ces blagues visent plutôt à discréditer les parvenus, les « nouveaux riches » de l’époque plutôt que se moquer des Français.

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8 février 2009 7 08 /02 /février /2009 16:49
Miklós Radnóti est mort en 1944, tué d'une balle dans la nuque parce qu'il ne marchait plus, quelque part dans l'ouest de la Hongrie. On a exhumé ses derniers poèmes, restés dans sa poche.

Entre tes bras  (Két karodban)

Entre tes bras je me balance                             Két karodban ringatózom
doucement.                                                      csöndesen.
Mes bras te bercent en silence                          Két karomban ringatózol
longuement.                                                     csöndesen.
Dans tes bras comme un tout-petit                     Két karodban gyermek vagyok
que dirais-je ?                                                   hallgatag.
Mes deux bras où tu te blottis                            Két karomban gyermek vagy te
te protègent.                                                     hallgatlak.
C'est de tes bras que tu m'embrasses                 Két karoddal átölelsz te,
quand j'ai peur.                                                  ha félek.
Dans mes bras ta présence efface                      Két karommal átölellek
ma frayeur.                                                        s nem félek.
Tes bras je n'y crains plus l'immense                  Két karodban nem ijeszt majd
et noir silence                                                   a halál nagy
de la mort.                                                        csöndje sem.
Dans tes bras la mort n'est qu'un songe              Két karodban a halálon,
d'où je déplonge                                                mint egy álmon
sans effort.                                                        átesem.




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31 janvier 2009 6 31 /01 /janvier /2009 08:22

Sziasztok !

Je n'y peux rien : j'adore les chevaux et j'adore JOUER. Donc, quoi qu'il m'en coûte au niveau de mon image, j'adore les courses de chevaux,  et même ... le tiercé ! En plus j'aime tout particulièrement le "trot attelé", où de gros patapoufs (dont je connais tous les noms) assis dans des petites voitures se font tirer par des chevaux qui ont l'air de souffrir en courant ... Nobody's perfect ...

Il y a même eu une époque, longue de plusieurs mois, pendant laquelle j'ai acheté Paris Turf TOUS les jours et où, chaque jour, je jouais "fictivement" en inscrivant mes gains et mes pertes dans un fichier d'ordinateur. J'avais dans l'idée de me préparer ainsi une retraite ludique et, si possible, dorée. Finalement je me suis aperçu qu'au bout du compte gains et pertes s'équilibraient, ce qui me permettrait au moins de jouer sans liquider ma maigre pension ... Fort de cet enseignement, j'ai donc laissé tomber ... momentanément, cela va de soi !

Pendant les fêtes, j'ai mis les pieds à l'hippodrome de Vincennes pour la première fois. Pas facile d'y aller quand on n'a pas de voiture ! Il faut prendre le RER jusqu'à Joinville le Pont, et marcher un bon bout de temps en longeant le bois. On passe devant l'Ecole Nationale de Gendarmerie, avec un tas de chenils alignés. Pas de joggeurs de ce côté-là !
Le bâtiment lui-même fait un peu Parc des Princes, style années 70, mais à l'intérieur le grand hall d'accueil est assez moderne (verre et bois). J'ai tout de suite vu une queue immense, qui barrait le hall sur une bonne partie de sa longueur. Je me suis dit, ben mince si c'est comme ça pour parier je risque de ne pas jouer beaucoup ! Mais non, j'ai vu que la queue se dirigeait vers une estrade monumentale, sur laquelle une galette des rois GRATUITE était servie ! Et en effet, bien loin des falbalas du Prix d'Amérique que l'on nous sert chaque année à la télé, ce sont plutôt des "petites gens" qui fréquentent l'hippodrome ... et le font vivre. On ne les voit pas tout de suite en fait (sauf quand ils attendent pour un bout de galette), car c'est dans le "Petit Hall" qu'on parie, une espèce de large couloir, bordé de chaque côté par les guichets, et séparé de la piste par des doubles portes battantes. Ils sont là, les petits joueurs, plantés devant les écrans qui affichent les partants et les cotes, qui retransmettent les courses et puis qui affichent les gains. Les pertes, bien sûr, pas besoin de les afficher : chacun les connaît. C'est un jour ordinaire de Vincennes, un lundi je crois, sans grande course, rien que le quotidien. L'ambiance est plus besogneuse que fiévreuse, avec pas mal d'yeux éteints ...

A Budapest, ce dimanche-là, c'était l'ouverture de la saison de trot. Comme il faisait beau, on a pris le métro jusqu'à Pillangó utca (maintenant on a trouvé un moyen bien simple et instructif de faire passer le temps du trajet : j'essaie de déchiffrer les publicités et Ma Douce me corrige et m'explique) et on a marché un bon bout de temps jusqu'à l'hippodrome ... Le quartier lui-même est un peu glauque : trottoirs défoncés, rails abandonnés, usines vaguement affectées ... Et puis on arrive au parc Kincsem ("mon trésor"), du nom de la fameuse jument qui a couru 54 fois sans jamais arriver deuxième ! D'ailleurs la voilà :
 


Et là, vous vous dites tout de suite : ah quand même ! à Budapest c'est autre chose que les années 70 ! ce charme classiciste, voire néo-baroque, des pays de l'Est ! un peu vieillot, mais tellement "classe" ! Certes je ne peux qu'abonder ... dommage que tout le monde ne soit pas du même avis. Certains ont jugé, un beau jour, que l'ancien bâtiment de l'hippodrome ne convenait plus (peut-être était-il trop loin de la piste ?) et qu'il fallait en construire un autre. Oui mais voilà, comme souvent en Hongrie, d'autres n'étaient pas d'accord, mais alors là pas du tout. Et comme chacun se tient par la barbichette, voilà le résultat :


Non, non, il ne s'agit pas d'un trucage et vous ne rêvez pas : derrière l'ancien bâtiment et devant le nouveau, la piste étant sur la droite évidemment ! Vous avez sous les yeux la photo d'une situation qui me paraît caractéristique de la Hongrie, telle que je suis en train de l'apprendre. Et il faudra bien qu'un jour ou l'autre je tente un article sur "la Hongrie en couches" ou "de l'importance de la sédimentation dans le fonctionnement hongrois", quoique cela ne semble guère plaire à Ma Douce !
On assiste là, en quelque sorte, à une espèce de "phagocytose" immobilière, la nouvelle construction "digérant" l'ancienne, qui n'a plus aucune raison d'être et qui finira, un jour ou l'autre, par disparaître ... Même si elle est classée "monument historique"!

Mais foin de ces considérations, nous étions là pour JOUER ! Et là, croyez-moi, jouer pour la première fois dans un hippodrome inconnu, dans une langue inconnue, et qui fonctionne selon d'autres règles, c'est loin d'être évident ! Evidemment j'étais accompagné, mais comme Ma Douce n'était venue qu'une seule fois et qu'elle n'avait fait que suivre les consignes d'une amie pour jouer, nous étions bien avancés ! Il y avait bien des écrans, comme à Vincennes, et des guichets. Ne comprenant rien aux premiers, nous nous adressâmes aux seconds. Plusieurs fois ... Et là il faut dire que les dames guichetières furent d'une patience et d'une gentillesse infinies. En plus un petit monsieur avec de grosses lunettes entreprit de nous expliquer tout ça en s'aidant du programme vendu sur place. Bref, au bout d'un moment, il nous a semblé comprendre à peu près de quoi il retournait. On a donc commencé à JOUER dans la 3ème course, le handicap de Vincennes (je vous jure que c'est vrai !). J'ai joué 1000 forints sur Inspe, favori logique, et 1000 sur Juste de Guerre, un tocard dont le nom me plaisait. Tous les deux placés, c'est à dire qu'il fallait qu'ils arrivent dans les trois premiers pour me rapporter quelque chose. Inspe a gagné et Juste de Guerre, après un bon effort final, est arrivé 5ème. Hé, hé ... pas si mal pour un début ...
 


Après (était-ce pour ça que ce jour avait été choisi pour l'ouverture de la saison ?) c'était ... le Grand Prix d'Amérique à Vincennes ! Retransmis en direct, et sur lequel on pouvait parier. Je n'ai eu besoin que d'un coup d'oeil pour voir que Frank Nivard drivait Meaulnes du Corta et que si elle partait bien et que Nivard n'était pas obligé de "faire la course" pour Offshore Dream, l'autre pensionnaire de l'écurie Levesque, elle avait toutes les chances de l'emporter. J'ai donc misé sur le 15 les 1000 forints gagnés avec Inspe. Aux 1000 mètres Meaulnes du Corta était déjà en tête, bien calée à la corde. Dans le dernier tournant, elle s'envola alors même que les autres faisaient leurs efforts pour revenir, elle tint tout au long de la ligne droite (c'est ça qui est excitant avec le trot attelé, il arrive que des chevaux sur le point de gagner se mettent soudain au galop et soient éliminés) et elle remporta le Prix d'Amérique, le championnat du monde des trotteurs, les sabots dans les naseaux ! Ma Douce me regardait avec de grands yeux pleins d'un amour admiratif et respectueux ... Il me fallait donc continuer, et tenir !

Dans la 5ème, il m'a semblé qu'Hóvirág, le 4, avait une bonne chance. Ma Douce, émoustillée par le Prix d'Amérique peut-être, a décidé de jouer également mais sur Jópofi, le n°9. A l'arrivée, Hóvirág a gagné facilement ; quant au 9 ...
 


Il fallait quand même que je fasse un peu attention. C'est vrai, ça finit par être énervant, quelqu'un qui gagne tout le temps, surtout quand on ne gagne pas soi-même ! Pour calmer un peu nos esprits surchauffés, d'un commun accord on a décidé de se promener un peu avant que le soleil ne se couche. On a exploré l'ancien bâtiment, dont toutes les portes étaient soigneusement fermées.
 

oui, oui, c'est bien moi ! j'ai profité des soldes pour m'acheter un GRAND manteau noir !
 
Evidemment, elle était un peu triste, cette grande bâtisse vide, et condamnée à plus ou moins brève échéance. Ici, une foule fiévreuse s'était pressée, de belles dames en grande toilette avaient monté les escaliers, une ombrelle à la main, accompagnées de beaux messieurs en frac et haut-de-forme ... Ici, des fortunes s'étaient faites, et d'autres avaient été liquidées ... sur fond de sabots ...
 

Et dans cette tribune présidentielle, (ou royale, ou même impériale, pourquoi pas ?) là, en haut à droite, peut-être que Sissi avait posé ses mignonnes petites fesses ? ou l'amiral Horthy son auguste postérieur ?

 
Mais le jour tombait déjà, pour ajouter à la mélancolie des lieux.
 
 
On a donc retraversé la pelouse inutile et on a retrouvé les joueurs (presque pas de femmes, au fait, beaucoup moins qu'à Vincennes en tout cas, je me souviens, dans la navette du retour, j'étais assis à côté d'une vieille dame noire chaussée de grosses lunettes, qui n'arrêtait pas de décliner des chiffres à voix basse ...). L'alcool aidant, ça commençait à parler fort, là-dedans ! On avait envie d'un chocolat chaud, mais au comptoir c'était plutôt la bière qui coulait à flots ! En haut des tribunes (voir photo n°2) on avait remarqué une grande baie vitrée qui semblait abriter des salons un peu plus fréquentables. A Vincennes il faut payer pour accéder à ce genre d'endroits ; ici non, on a juste eu un peu de mal à trouver comment entrer mais personne ne nous a rien demandé.

C'était nettement plus chic, avec serveurs portant tablier et quelques nouveaux riches aux rires gras. Mais dans l'ensemble c'était plutôt feutré, et paisible. On s'est installés tout au bout, à la seule table libre. A cet étage aussi, bien sûr, on trouvait écrans et guichets. C'est même là qu'on a enfin compris comment fonctionnaient les cotes : le tableau indiquait, pour une mise de 10 forints, la somme remportée par un cheval "gagnant", c'est-à-dire qui arrive premier. Autrement dit, plus la somme était basse, et plus le cheval était favori. Le seul problème était qu'on ne donnait pas les gains pour des chevaux "placés", ce que, pour des raisons de haute stratégie qu'il serait vain de vouloir ici vous expliquer, je joue toujours. Par exemple, pour 1000 forints misés sur Inspe (voir plus haut) dans la 3ème, j'avais gagné ... 1000 forints ! Ce qui n'arrive quasiment jamais en France, même pour un hyper-favori ! Pour les 1000 forints sur Meaulnes du Corta, j'en avais gagné ... 2600 ! Pour Hóvirág ... 1000 à nouveau !!! Il n'y avait vraiment pas de quoi pavoiser, ni offrir le meilleur restau à qui vous savez ...

En attendant le chocolat (ou plutôt le serveur, qui ne se décidait pas à arriver) on a joué un peu, mais (avec la nuit ? le changement d'endroit ?) l'excitation n'était plus la même. Ma Douce a fait fort cependant : dans le Grand Prix d'Ouverture (de la saison, soyez un peu attentifs !) elle a joué un "boulet", le 2, qui lui a rapporté presque 4000 forints pour une mise de 200 ! Moi j'avais joué le 5, beaucoup plus crédible, mais qui s'est mis au galop et donc fut "distancé".
 

Alors il fut temps de rentrer. On a refait le chemin dans la nuit, la pelouse, le vieux bâtiment, les allées du parc Kincsem, la grande avenue et ses dépôts vides, ses trottoirs troués de flaques, tiens ! un jeune gars regarde sa voiture hissée sur la remorque d'une dépanneuse, le pauvre, il n'a pas l'air très content, forcément ... la station de métro toute neuve de Pillangó utca, les panneaux publicitaires dans le wagon ...
Pas de doute, au printemps on y retournera !

Szia !

 

 

 

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