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25 janvier 2009 7 25 /01 /janvier /2009 07:41
Jó reggelt ! good morning ! buenas mañanas !

C'est bien le moment de le dire : il est 7h43 du matin, et c'est dimanche. J'ai quitté mon lit tout chaud, tout doux et ... tout habité, et tout ça pourquoi ? Pour venir vous dire quelques mots, chère lectrice et cher lecteur de mon cœur ! (ndlr : ne vous fiez surtout pas à ces grandes déclarations lyriques : la démarche ici est, bien sûr, purement égoïste et "intéressée" !)
Par amour, j'ai tout quitté, appartement, boulot, ami-e-s, pour venir vivre à Budapest. Je me suis mis,comme on dit, "en disponibilité" ... Mon plan était relativement simple : ayant réussi à mettre de côté quelques euros, j'avais prévu certes de travailler un peu, mais surtout d'avoir du temps pour découvrir la Hongrie et les Hongrois, pour me promener, pour écrire (sur le blog, principalement) et pour aimer, aimer, aimer ... Ah oui ! je me suis inscrit également au Master FLE "à distance" de l'université Stendhal de Grenoble, histoire de "boucler" mes études ...
Et puis voilà, une chose en entraînant une autre, je vais bientôt avoir des semaines aussi chargées que quand je travaillais à plein temps au rectorat !
Qu'on en juge :
- lundi matin : cours de hongrois à la HLS jusqu'à 12h30
- lundi après-midi : à partir de 13h00 leçon de français dans une ambassade (heureusement que ce n'est pas très loin !)
- mardi après-midi : leçon de français à l'antenne d'une grosse société laitière française
- mercredi : comme lundi, sauf qu'en plus il faut que j'arrive à caser une leçon de français pour un prof d'anglais hongrois !
- jeudi : comme mardi
- vendredi : journée "Master" (en principe)
Vous allez me dire : mais c'est cool, c'est relax, ça, comme emploi du temps, il y a plein de trous dedans ! Ouais ... mais ces leçons de français, il faut les préparer, il ne me suffit pas d'arriver les mains dans les poches, surtout si je veux garder mes "clients". Mais le Master demande de plus en plus de temps, et encore je ne fais pas sérieusement tout ce que je devrais faire. Par exemple, je devrais tenir un "blog d'apprentissage" sur mon identité d'apprenant en ligne, ou quelque chose comme ça, ben nul doute que je préfère mille fois écrire sur celui-ci, ce qui demande également, vous vous en doutez bien, une certaine disponibilité !
Et pourquoi est-ce que je travaille, d'abord ? Eh bien mais pour gagner quelques forints, pardi ! 2500 pour un cours de 45mn, exactement, soit au cours actuel environ 8,5 euros. Pas vraiment le Pérou, d'autant que la vie n'est pas si "donnée" en Hongrie : un abonnement mensuel pour les transports en commun coûte 9000 ft (plus de 30 euros), un litre d'essence environ 300ft (un peu plus d'un euro), un pain entre 200 et 400, un kilo de viande entre 2000 et 3000, etc ... Il n'y a que pour les cigarettes que ça vaut le coup : 660 fts le paquet ... de 19 ! L'autre jour on a fait des courses au supermarché : un demi-chariot sans aucun produit de luxe, paf ! 20 000 forints ! Quand on sait qu'un professeur de lycée gagne à peu près 110 000 fts par mois, on comprend vite l'obligation de donner des leçons particulières ...
Alors, est-ce que je vais me plaindre ? Non, certainement pas ! C'est juste que je commence à me poser de bonnes vieilles questions : à partir de quelle quantité hebdomadaire le travail devient-il aliénant ? à partir de quel moment la routine prend-elle le dessus, et vous bouffe-t-elle la vie ? et quels sont les facteurs qui vont faire pouvoir faire varier cette quantité dans un sens ou dans l'autre ? C'est sûr qu'en ce moment un seul baiser de Mon Amie efface une journée entière de dur labeur (ndlr : mais demain ? mais plus tard ?) même s'il m'a fallu, pour rentrer, prendre le métro entre Forgách utca et Déli pályaudvar, particulièrement long et déprimant (facteur aggravant).
Heureusement que le métro permet de lire : je vous signale donc l'excellent "Jóska Átyin n'aura personne pour le lui rendre" de Béla Osztojkán, paru chez Fayard, qui narre les tribulations d'une communauté tsigane du nord-est de la Hongrie dans les années cinquante. Pas si facile à lire, dans la mesure où l'on passe de la peau d'un personnage à une autre, d'un souvenir à un autre (on pourrait presque parler d'un roman "brodé" avec des fils qui se cachent et réapparaissent), mais très instructif sur la manière dont les Tsiganes ont été traités au glorieux temps etc ... Sur la manière dont ils ont ressenti les choses aussi, puisque l'auteur était (il est mort en 2008) Tsigane également.

Voilà, ce sera tout pour cette fois, sans photo, rien, allez, si, juste une petite alors, parce que, vous l'aurez compris, je n'ai pas que ça à faire !


Salut !

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15 janvier 2009 4 15 /01 /janvier /2009 17:51
Sziasztok ! Salut à tou-te-s !

Aujourd'hui ça va être du lourd ...

Figurez-vous qu'un jour Ma Douce m'a dit : "Habille-toi, mets ton manteau, je vais te montrer quelque chose !" avec un grand sourire. Et quand elle me sourit ...

On a marché jusqu'à Moszkva tér, et là on a pris le tram n°6 (l'un des deux, avec la ligne n°4, à faire le tour de Pest par les grands boulevards, je vous en ai déjà parlé, alors soyez un peu attentifs s'il vous plaît) jusqu'à Blaha Lujza tér. Là on avait d'abord rendez-vous avec un homme assez surprenant, responsable d'une école de langue. Il n'a pas pu nous recevoir longtemps parce qu'il attendait 20 personnes à manger le soir même. Et dans la pièce voisine sa secrétaire (?) épluchait des pommes de terre à côté de son ordinateur ! Avec un grand sourire ...
A juste titre il était très fier de la fenêtre de sa salle à manger :
On s'est donc quittés assez vite, en promettant de se revoir. Il paraissait plutôt content que je fume moi aussi.

Dehors Ma Mie a repris son air mystérieux ... On a contourné la petite place, éventrée par les travaux du creusement de la 4ème ligne de métro et complètement cernée de palissade ou de grillage (ndlr : il faudra bien qu'un jour je vous dise quelque chose de ces travaux ...), et on a pris la direction du 8ème arrondissement. Au passage Mon Amie me montrait des petites choses : 

    

























                         














  


                            C'est vrai que dans l'ensemble c'était un peu en mauvais état ...













Et puis on est arrivés dans le 8ème ...


Ah non ! pardon, ça c'était le 8ème arrondissement il y a quelques années, au moment où des photos ont été prises pour sa conservation. C'était un quartier de gens simples, "bosseurs", avec aussi des Tsiganes et des retraité-é-s. Un quartier où les gens se connaissaient, comme cela arrive encore dans certains coins de Paris. Un peu le 19ème, peut-être ?
Aujourd'hui le 8ème ça ressemble plutôt à ça :

Et encore, là c'est propre ! (à part la décharge, évidemment).

On lamine, dans le 8ème, on excise, on expurge, on démolit ! (et on dépose ses ordures, accessoirement).
On cisaille, on pilonne, on convoie et on jette !

Parfois, à force de d'entailler, de creuser, de purger, on fait apparaître des murailles, des ksars, qui prennent des allures de forteresse des Templiers.

Des forteresses plantées en plein désert ...


Oui mais vous allez me dire : c'est nécessaire, ça, c'est le progrès ! le développement ! la croâssance ! Il le faut bien, hélas, parce qu'il faut travailler pour pouvoir gagner de l'argent pour pouvoir consommer pour pouvoir faire tourner la machine et donc pour pouvoir travailler, pas vrai ? Et il en faut de plus en plus, évidemment, pour pouvoir élever le niveau de vie : travailler plus pour gagner plus pour faire tourner la machine plus vite et donc pouvoir travailler davantage, c'est pas compliqué, quand même ! Oui mais pourquoi il faudrait gagner plus ? Alors là soit vous pouvez consommer davantage (donc faire tourner la machine plus vite, etc..), soit vous consommez pareil parce que les choses sont plus chères. Alors pour pouvoir consommer ne serait-ce qu'un petit plus, ou au moins autant, les "travailleurs" sont trop contents de pouvoir taper 8 heures par jour dans la pierre historique, et les investisseurs de se remplir les poches.
Et là, on rentre dans le lourd ...
Figurez-vous que récemment un gros scandale a éclaté dans le 7ème arrondissement, qu'on appelle aussi "l'ancien quartier juif" (classé au patrimoine mondial de l'Unesco, soit dit en passant). Deux politiciens de la municipalité auraient "monté" des sociétés fictives (au nom de l'épouse, par exemple) auxquelles ils auraient vendu, à des prix défiant toute concurrence, des dizaines de maisons du 7ème. De manière à éviter tout appel d'offres (obligatoire au-dessus d'une certaine somme) les maisons auraient été systématiquement sous-évaluées, avec la complicité d'experts, évidemment. Ensuite, il ne restait plus qu'à les vendre, beaucoup plus cher, à de véritables entrepreneurs. Et le pire, c'est que tout ça s'est fait sans même que les occupants des maisons en soient informés ! Et tenez-vous bien, quelque temps plus tard, c'est-à-dire il y a quelques jours, un autre scandale du même tonneau a éclaté dans le 6ème, concernant des maisons situées des deux côtés de l'avenue Andrassy (classée elle aussi), les Champs-Elysées de Budapest  : là encore des politiciens véreux les auraient vendues à des gens de paille avec qui ils se seraient partagé ensuite les bénéfices de la revente.
Bon, il n'est pas question ici d'affirmer : "tous pourris", ce serait trop facile, et probablement inexact. Pas question non plus de suspecter qui que ce soit dans les opérations du 8ème, et de toutes façons, ce n'est pas mon boulot !
Mais ce qui est certain, c'est que toutes ces opérations se font dans une atmosphère de violence, au prix de combats gagnés, perdus, suspendus, oubliés parfois ...
Violence contre les gens, d'abord, qui se voient expulsés et, au mieux, relogés dans des quartiers périphériques. Certains tentent bravement de résister :
la plupart, déjà bien fatigués, ne veulent pas d'ennuis supplémentaires et préfèrent renoncer ...
Quelquefois on comprend que, pour une raison ou une autre, un lieu a été épargné, et donc habité, un peu plus longtemps. Des affaires traînent encore, qu'on n'a pas encore jetées. Un arbre continue de pousser au milieu d'une cour jonchée de débris.


Certaines habitations ressemblent à des Forts Chabrol, aux fenêtres mitraillées, au toit crevé, à moitié carbonisé ...


D'autres sont miraculeusement épargnées, généralement parce qu'un poète a vécu dedans (ndlr : sur l'importance accordée aux poètes en Hongrie, le lecteur est prié de se reporter à l'article "Un peu de poésie hongroise"). Cela peut donner des voisinages étonnants :

Mais presque toujours la "logique économique" est la plus forte : il faut donner du travail aux électeurs si 'lon veut être réélu, il faut donner dans le modernisme pour soigner son image d'homme (ou de femme) de progrès, il faut donner dans le pragmatisme pour tenir à flot les caisses de l'arrondissement.
Et un bon gros centre commercial, doublé de bureaux et d'immeubles résidentiels, quoi de mieux pour jouer sur les trois tableaux à la fois ?



Curieux comme cette photo, après coup, fait penser à celle de la maison abandonnée un peu plus haut : l'arbre a été remplacé par une grue, voilà tout ! Et ceux-ci ? Ces orgueilleux piliers de béton flambards et flambant neufs, dans combien de temps seront-ils laissés à leur sort de ruines, avant d'être remplacés à leur tour ? Peut-être pas si longtemps après tout quand on voit que dans une autre opération immobilière importante dans le 6eme arrondissement, on a tellement lésiné sur les matériaux qu'à peine finies, les constructions commencent déjà à se lézarder ! Et devinez quoi ? Les gens qui ont payé (cher) pour y acheter un appartement n'ont pas le droit d'y habiter ... pour des raisons de sécurité !

Et celle-ci ? combien de temps avant de tourner à la muraille de forteresse ? 50, 20, 10 ans ?

Un peu dégoûtés, on ne disait plus grand-chose ... Pour nous changer un peu les idées, Ma Douce nous a guidés vers Pál utca (la rue Paul) où les garçons du fameux roman de Molnár Ferenc jouent aux billes sur le trottoir devant l'école :
Mais ils avaient beau être en bronze, ou dans je ne sais quel autre matériau, on ne pouvait pas s'empêcher de se demander combien de temps ils seraient encore là. Ils semblaient si fragiles, tout à coup, dans leurs poses de forfanterie !
Décidément, pour chasser ces mauvaises pensées, il nous fallait mieux et plus fort que cela ! C'est pourquoi, bien que la nuit commençât à tomber, on a dirigé nos pas vers l'Iparművészeti Múzeum, ou Musée des Arts Appliqués ...

ce qui avait tout de suite une autre gueule, je vous prie de me croire !

Allez ... que tout ceci ne vous empêche surtout pas de "marcher dans la beauté", comme disent les Navajos !

Salut !


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8 janvier 2009 4 08 /01 /janvier /2009 17:46
Bonne année, chères lectrices et lecteurs fidèles !

C'est drôle, ces fêtes, hein ? Ça fait comme une pause flottante dont on a un peu de mal à sortir. (D'ailleurs les Russes prolongent ça jusqu'au 10 janvier, d'après RFI !)
Et ce n'est pas les compagnies aériennes qui font accélérer le mouvement : on est rentrés hier de Paris à 11 heures du soir, avec 5 heures de retard sur l'horaire prévu ! En vérité, je vous le dis, Belles Dames et Beaux Messieurs, l'avion c'est plus ce que c'était ! Avant, c'était carrément magique par rapport au train, sans parler de la voiture. Mais maintenant, avec les navettes, les attentes, les contrôles, et les retards ... Heureusement, comme on était à l'aéroport de Beauvais, on s'est échappés un moment pour aller visiter la cathédrale. Moi je ne l'avais jamais vue : la vache ! grandiose !!!


A l'aller on a partagé un taxi avec un gars qui allait à la gare, au retour on a pris le bus de ville n°12 devant la mairie : 0,90 € chacun jusqu'à l'aéroport !

N'empêche, j'aime l'avion, même si ça pollue beaucoup ; c'est pas bien, hein ?

Je suis donc chez nous depuis 21 heures-durée environ (ndlr : 5 jours maintenant !), et je flotte toujours (ndlr : ça va mieux, merci !). Aussi, comme je suis bien content de ce blog (je n'ai pas eu "zéro lecteur" depuis bien longtemps, merci à vous !), mais que je n'ai pas envie cette fois de vous parler de "lointain", je vais vous entretenir d'un rayon plus intime ...

Chez nous, comme je vous l'ai déjà dit, c'est rue Varosmajor, côté Buda de Budapest. Ce n'est pas un quartier "joli", pas touristique pour deux sous, mais vraiment vivant avec des commerces, des gens, la gare de Déli (du Sud) juste à côté, la station de métro, plein de tramways, sans parler de toutes les ambulances !


bon, la photo n'est pas très bonne, mais on habite la maison blanche un peu "ventrue", tout en haut, là où il y a le petit balcon

Le balcon c'est bien pratique, surtout quand on veut fumer.


mais c'est joli aussi, quand on y met des fleurs ...


ou quand la rampe d'escalier de l'immeuble d'en face s'éclaire, la nuit ...


Une fois, Ma Douce m'a emmené au grenier d'un air mystérieux ... Elle voulait qu'on monte à la lucarne pour regarder la lumière se couchant sur les collines de Buda. Elle est montée tout en haut de la grande échelle, et moi je suis resté tout en bas ... Mais après je me suis ressaisi et je suis monté sur une autre échelle qui conduisait à une autre lucarne.

Je crois en effet que pour Ma Douce la lumière est très importante. Elle a beaucoup travaillé avec Lucien Hervé, un photographe de renom, elle fait elle-même de la photo,



et elle met des bougies un peu partout ! Le balcon dont je vous parle est orienté sud-sud-ouest et s'il n'y avait pas un gros immeuble moche juste en face,

on serait les rois du pétrole !

N'empêche, quelquefois la lumière est bien jolie chez nous ...


On a fait accorder le piano il n'y a pas longtemps, par un monsieur très gros et très sympa. C'est un Ibach, de marque allemande, (le piano, pas le monsieur !) honnête, sans plus, d'après l'accordeur. De temps en temps Ma Douce joue quelque chose, mais pas assez souvent à mon goût. Heureusement elle a retrouvé tout un tas de partitions dans un déménagement à Baja, donc il y a de l'espoir !

tiens ! on dirait qu'elle s'apprête à refermer la trappe ... déjà ?

Dans le salon on a aussi un canapé pour écouter le piano, regarder la télé, discuter, manger, boire l'apéro, se mettre au chaud, lire, profiter de la lumière de l'après-midi ...


Et dans la salle à manger ... on y mange, pardi ! On s'y assoit sur des chaises d'un autre âge, et d'ailleurs nos repas ont quelque chose de "délicieusement ancien" : on met les fourchettes et les couteaux à la bonne place, on boit du vin (de temps en temps seulement, même s'il y a de délicieux vins hongrois) dans des verres à pied, on attend d'être prêts tous les deux, et on se souhaite bon appétit avant de commencer. Quand on est "en famille" Ma Douce peut dire sa prière à haute voix mais elle m'a avoué récemment qu'il lui arrive de la faire silencieusement quand nous sommes tous les deux ...la porte grise que vous voyez juste derrière la chaise, c'est celle de la "kamra", sorte de réserve où l'on entrepose les provisions, les conserves, et vraiment typique de l'appartement hongrois

Côté nord, c'est la chambre à coucher ... heureusement nous avons une bonne couette ! La fenêtre donne sur un jardin qui pourrait être assez grand et assez sympa ... s'il n'était subdivisé entre tous les immeubles qui l'entourent. Du coup chacun se retrouve avec un bout de terrain qui ne ressemble à rien et qui tourne à la friche ... Mais de ce côté aussi la lumière peut être belle, certains soirs d'été ...
Voilà, on a presque fini le tour de "chez nous". Je passerai, si vous le permettez, sur les WC et la salle de bains, qui sont des lieux VRAIMENT intimes. Il me reste à vous montrer la cuisine, plutôt petite mais pratique, comme il se doit. Votre serviteur eut l'honneur d'y faire quelques travaux de peinture ...
Quoi d'autre ? Ah oui, le "bureau", ainsi nommé parce que j'y travaille : c'est là que je m'échine le plus régulièrement possible sur ce blog, que je prépare mes leçons de français, que je révise mes leçons de hongrois, que je me connecte à l'université Stendhal de Grenoble pour suivre, tant bien que mal, mes cours de Master de F.L.E.... On y a aussi un autre canapé pour accueillir les ami-e-s, hein ? Comme j'avance en âge, j'ai peur d'oublier des choses parfois alors je me colle des petits mots sur le mur pour ne pas oublier l'essentiel :


Salut !






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27 décembre 2008 6 27 /12 /décembre /2008 13:28

HYMNE NATIONAL HONGROIS


A magyar nép zivataros századaiból
Isten, áldd meg a magyart
Jó kedvvel, bőséggel,
Nyújts feléje védő kart,
Ha küzd ellenséggel;
Bal sors akit régen tép,
Hozz rá víg esztendőt,
Megbűnhődte már e nép
A múltat s jövendőt !


Őseinket felhozád
Kárpát szent bércére,
Általad nyert szép hazát
Bendegúznak vére.
S merre zúgnak habjai
Tiszának, Dunának,
Árpád hős magzatjai
Felvirágozának.


Értünk Kunság mezein
Ért kalászt lengettél,
Tokaj szőlővesszein
Nektárt csepegtettél.
Zászlónk gyakran plántálád
Vad török sáncára,
S nyögte Mátyás bús hadát
Bécsnek büszke vára.


Hajh, de bűneink miatt
Gyúlt harag kebledben,
S elsújtád villámidat
Dörgő fellegedben,
Most rabló mongol nyilát
Zúgattad felettünk,
Majd töröktől rabigát
Vállainkra vettünk.


Hányszor zengett ajkain
Ozmán vad népének
Vert hadunk csonthalmain
Győzedelmi ének!
Hányszor támadt tenfiad
Szép hazám, kebledre,
S lettél magzatod miatt
Magzatod hamvvedre !


Bújt az üldözött, s felé
Kard nyúlt barlangjában,
Szerte nézett s nem lelé
Honját e hazában,
Bércre hág és völgybe száll,
Bú s kétség mellette,
Vérözön lábainál,
S lángtenger fölette.


Vár állott, most kőhalom,
Kedv s öröm röpkedtek,
Halálhörgés, siralom
Zajlik már helyettek.
S ah, szabadság nem virul
A holtnak véréből,
Kínzó rabság könnye hull
Árvák hő szeméből !


Szánd meg Isten a magyart
Kit vészek hányának,
Nyújts feléje védő kart
Tengerén kínjának.
Bal sors akit régen tép,
Hozz rá víg esztendőt,
Megbűnhődte már e nép
A múltat s jövendőt !

 

Vous voilà bien avancé-e-s, n'est-il pas vrai ? Allez, je vous livre la version française :


Bénis le Hongrois, Ô Seigneur,
Fais qu'il soit heureux et prospère,
Tends vers lui ton bras protecteur
Quand il affronte l'adversaire!
Donne à qui fut longtemps broyé,
Des jours paisibles et sans peine;
Ce peuple a largement payé
Pour les temps passés ou à venir.


Aux Carpates, sur ton conseil,
Nos aïeux osèrent s'étendre.
Quelle belle place au soleil
Tu aidas nos pères à prendre !
Aussi loin de la Tisza
Et du Danube le flot danse,
Aux fils héroïques d'Arpad,
Tu as prodigué l'abondance...


Tu fis onduler, à l'instar
Des mers, les épis dans nos plaines,
Et tu permis que du nectar
De Tokay, nos coupes soient pleines.
Grâce à toi, nos drapeaux ont pu
Flotter chez le Turc en déroute,
Les murs de Vienne être rompus
Par Matyas et ses noires troupes.


Hélas ! nos fautes, trop souvent,
Ont fait éclater ta colère,
Et de tes nuages ardents
Tu as fait jaillir le tonnerre.
Alors ce furent les Mongols,
Leurs dards sifflants et leurs pillages,
Puis le Turc qui sur notre col
Posa le joug de l'esclavage.


Que de fois, sur l'amas sanglant
Des cadavres de nos armées,
Par les cris orgueilleux d'Osman
La victoire fut proclamée!
Que de fois, Ô patrie, enfin,
Tes propres enfants t'attaquèrent!
Et par leurs crimes, tu devins
L'urne funèbre de leurs frères.


Fuir ! Mais d'asile il n'est point
Contre le fer et sa furie.
Dans son propre pays, en vain
Le fuyard cherchait sa patrie.
Il allait par monts et par vaux,
Pour compagnon, douleur et doute,
Pour horizon du sang à flots,
Et des flammes pour clef de voûte.


Là, ces ruines furent un fort,
Autrefois y régnait la joie.
A sa place, un râle de mort
Et des plaintes de cœur qu'on broie.
La liberté ne fleurit point,
Hélas dans le sang des victimes!
Les yeux de l'orphelin sont pleins
Des pleurs de ceux que l'on opprime.


Prends pitié du Hongrois, Seigneur !
Si souvent il fut dans les transes !
Tends vers lui un bras protecteur
Dans l'océan de ses souffrances !
Donne à qui fut longtemps broyé
Des jours paisibles et sans peines.
Ce peuple a largement payé
Pour les temps passés ou qui viennent.

 

Voilà voilà ... beaucoup moins cosy, n'est-ce pas ? Et quand on pense que cet hymne fut écrit en 1823, c'est-à-dire AVANT la Révolution de 1848 (écrasée par les Autrichiens et les armées russes du tsar), AVANT la guerre de 14-18 (perdue aux côtés des Autrichiens, puisque c'était la monarchie "austro-hongroise"), AVANT le traité de Trianon qui s'en est suivi, amputant la Hongrie des 2/3 de son territoire, AVANT la guerre de 39-45 (perdue aux côtés des Allemands, mais là encore il semble que les Hongrois n'ont guère eu le choix), AVANT la Révolution de 1956 (écrasée par les troupes soviétiques), ben mince, on peut se demander s'il est sourd, le Bon Dieu, ou quoi ! Ou peut-être qu'Il ne comprend pas bien le hongrois ?

Car, vous l'aurez remarqué, il s'agit bien d'une prière. Il est intéressant d'ailleurs de remarquer que cette prière est restée en vigueur, même aux glorieux temps de l'ère socialiste. Il y a bien eu une tentative pour faire écrire un hymne nouveau, mais cet essai a vite avorté ... allez savoir pourquoi ...  

Alors, de quoi nous parle ce texte ? Eh bien en quelque sorte il fait la revue de quelques faits historiques, dont l'enchaînement conduit au quasi-anéantissement. Au début, tout va bien : les tribus d'Árpád s'installent entre le Danube et la Tisza, les premiers Hongrois se goinfrent de blé en buvant du Tokay, c'est le paradis ! Après ça commence à se bagarrer avec le roi Mátyás qui tape dur sur les Turcs et sur les Autrichiens. Mais voilà, ça ne dure pas. Mátyás disparu, c'est la grosse bagarre pour la succession et les Turcs en profitent pour revenir à la charge : ils occuperont le pays, jusqu'à Buda et au-delà, pendant pratiquement un siècle et demi. Et puis toutes ces luttes intestines, ces essais de révolte contre l'occupant autrichien, chacun alors choisissant son camp, le frère se battant contre le frère ...

Cela me rappelle un livre que je viens de finir : "Les trois fils de Coeur-de-Pierre" de Jókai, un écrivain "classique" de la littérature hongroise. Ce livre raconte la Révolution de 1848 et son écrasement. Un chapitre m'a particulièrement frappé : il y est dit que le 20 juin 1849, un pasteur du nom de Bertrand Lánghy a rassemblé une armée citoyenne pour s'opposer à l'avancée des troupes du Tsar. "Ils" ne devaient pas franchir la Tisza. Mais dans le ciel apparaît un phénomène extraordinaire et rarissime : un double halo solaire. Constatant que ce signe commence à provoquer un sérieux "coup de mou" au moral de ses troupes, le brave Bertrand s'empare du drapeau à croix rouge, monte sur une petite butte, et fait un beau discours ... à Dieu. Il le conclut en ces termes : "Seigneur, si vraiment c'est notre soleil qui doit disparaître aujourd'hui, et que celui qui reste c'est celui des adversaires de la liberté, alors je t'en prie, Seigneur, fais qu'à l'instant même je ne vive plus". Eh ben pour une fois le Seigneur comprend le hongrois : le pasteur, frappé d'apoplexie, est tombé et il est mort, alors. Du coup, la troupe, trop dégoûtée, a jeté au loin faucilles et marteaux, et s'en est retournée chez elle. Les Russes ont pu franchir la Tisza. On connaît la suite ...Est-ce que ce personnage a réellement existé ? Des recherches sur Internet n'ont conduit qu'au personnage du roman. Mais ce qui me paraît le plus important ici, c'est bien sûr le rôle joué par Dieu, qui semble désavouer le combat pour l'indépendance et la liberté et qui met fin, d'un seul coup, à ce beau rêve ...

 

Pour vous remonter un peu le moral, vous pouvez écouter cet hymne sur Youtube :

http://www.youtube.com/watch?v=SR6Z0X9ALgA

 

Vous allez voir, enfin entendre, c'est vachement beau !


Salut !

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24 décembre 2008 3 24 /12 /décembre /2008 17:17
Sziasztok !

Gerbeaud, c'est le nom d'une grande et fameuse pâtisserie sise au centre de Pest, place Vörösmarty. Evidemment, le nom n'est pas hongrois ! C'est Henrik Kugler qui a créé la "Maison du café" en 1858 et qui, n'ayant pas d'héritier, l'a revendue à Emile Gerbeaud, membre d'une grande famille pâtissière suisse.

oui, oui ! TOUT ÇA c'est le café Gerbeaud !

Tout ce que l'Empire comptait de "beau linge" est allé chez Gerbeaud et Sissi l'impératrice y a fait de fréquentes visites. Mais les 2 guerres sont passées par là, Emile est mort en 1919, sa veuve a tenu le café jusqu'en 1940. Au cours de l'ère communiste, comme le reste, il est devenu propriété de l'Etat et a été rebaptisé "café Vörösmarty", ce qui était quand même plus original, vous ne trouvez pas ? En 1984, la famille Gerbeaud a pu racheter le café et son nom d'origine et en 1990, le lieu a retrouvé tout son éclat et ses nombreux visiteurs, étrangers principalement. Nous y sommes allés une fois parce que Ma Douce avait perdu un pari, la salle ci-dessous était pleine et, à part les serveurs, et Ma Douce, je crois bien qu'il n'y avait pas un-e seul-e Hongrois-e !


Eh bien, chères lectrices et chers lecteurs, pour vous récompenser de votre fidélité, Budablog est heureux en cette fin d'année 2008 de vous présenter, en exclusivité mondiale, la recette du gâteau qui a fait la renommée de cette prestigieuse maison, telle que concoctée par l'assistante du papa de ma Douce, qui est dentiste de son état :

Ingrédients pour la pâte :
- 500 g de farine
- 200 g de margarine
- 200 g de sucre en poudre
- 20 cl de crème fraîche
- 1 oeuf entier
- 1 sachet de levure
Ingrédients pour la garniture :
- 350 g de poudre de noix
- 350 g de sucre en poudre
- 1 grand pot de confiture d'abricots
- 150 g de chocolat noir
- 2 cuillères à soupe d'huile

Mélanger bien le sucre et la margarine. Ajouter l'oeuf puis la crème fraîche de manière à obtenir une crème épaisse et lisse. Mélanger la farine et la levure et les incorporer à la crème de façon à obtenir une pâte homogène et souple. Partager le tout en 3 parties égales.
Etendre le 1er tiers à l'aide d'un rouleau bien enfariné sur une surface bien lisse et enfarinée également. Après avoir enduit votre plaque du four de margarine et de farine (ou bien d'un papier sulfurisé) y déposer la pâte étendue. Tartiner toute la surface de la pâte avec une bonne couche de la confiture d'abricots. Puis répartir là dessus une moitié du mélange que vous aurez fait avec le sucre et la poudre de noix.
Répéter l'opération d'étendage avec le 2ème tiers de la pâte, et déposer le résultat pour former une couche supplémentaire du gâteau. Répéter l'opération de garniture : confiture + mélange sucre-noix.
Etendre le 3ème tiers et le déposer ... devinez où ? Piquez toute la surface supérieure du gâteau pour permettre à la vapeur de s'échapper. Mettre le gâteau dans le four préchauffé et faites cuire à 170 ° pendant 25 à 30 minutes.
Quand plus rien ne colle à la fourchette, c'est cuit et, en principe, le gâteau est "blond".
Sortir le gâteau et le laisser tiédir. Faire bouillir de l'eau de manière à  faire fondre le chocolat à la vapeur. Mélanger le chocolat fondu avec les 2 cuillères d'huile et étaler le tout sur la surface du gâteau, et c'est prêt !

Et voilà le résultat !!! Régalez-vous, chères lectrices et fidèles lecteurs !!!
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18 décembre 2008 4 18 /12 /décembre /2008 08:40
Sziasztok !

Franchement, moi, Noël ... c'est pas trop mon truc ! D'abord je ne suis pas ce qu'on pourrait appeler quelqu'un de fondamentalement "religieux", ensuite tout ce qui revêt un caractère disons "obligatoire" a tendance à me provoquer des éruptions cutanées, enfin, et c'est paradoxal, ces fêtes sacrées qui se transforment en foires à la consommation... Bref, rien de très original là-dedans ...
C'est pourquoi j'appréhendais un peu Noël ("Karácsony") en Hongrie : religion, tradition, consommation, tout me semblait réuni pour faire naître en moi un profond ennui. Et puis ...

Et puis, un dimanche, nous avons pris le bus jusqu'à Nagytétény, autrement dit le bout du bout de Buda, vers le sud. Il y a là un petit château baroque
dans lequel devait se donner un concert de musique ... baroque comme il se doit ! Malheureusement, en bus c'est vraiment très long pour arriver jusque là et quand on s'est présentés à l'entrée le concert était déjà presque fini. Que faire ? Reprendre le bus en sens inverse pour rentrer en ville ? se mettre sous la couette ? aller au cinéma ? Finalement on a décidé, puisqu'on était là, de visiter l'exposition permanente consacrée au "mobilier hongrois de la Renaissance au 19ème".

Beaucoup de jolies choses :    

      
de très jolies choses :


Et tout à coup on s'est aperçu qu'entre les meubles


il y avait des sapins de Noêl, plein ! il y en avait partout !


Plus moyen de prendre la photo d'un meuble sans qu'un sapin vienne se mettre là, au beau milieu !


Vous avez vu celui-là ? tout juste s'il ne fait pas le beau pour qu'on lui tire le portrait !

Certains sapins étaient un peu étranges :


pour ne pas dire plus ...


mais le tout baignait dans une ambiance générale de bienveillance et de sérénité. Il y avait pas mal de visiteurs mais chacun marchait tranquillement, en parlant peu et bas.

Quelques sourires un peu tendres


même le décor était d'une surprenante douceur :


Etais-je en présence de ce qu'on appelle couramment "la magie de Noël" ?


Mes yeux s'embuaient, mon pouls se faisait plus lent, tinta à mes oreilles comme le bruit d'un traîneau...

Les boules de Noël devenaient des bulles ...


des moutons s'envolaient d'un arbre où d'autres étaient sagement posés ...


des hippocampes jouaient à saute-aiguille parmi les branches ...


des fermetures-éclairs s'ouvraient comme des étoiles de mer ...


chaque coeur avait un oeil, et il me regardait ...


des coeurs, des coeurs, beaucoup de coeurs ! Certains, comme dans les contes, étaient en pain d'épices :


là-haut un oiseau attend sagement qu'on lui dise de manger ...



eh oui, mes amis ! c'est ça la magie de Noël, le lion parle avec la gazelle et tous les pitbulls ont des dents en mousse, comme me disait une copine il n'y a pas longtemps !

Alors profitez-en bien, et Boldog Karácsonyt, comme on dit ici !!!


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7 décembre 2008 7 07 /12 /décembre /2008 08:43

Sziasztok !

L'autre jour, on avait rendez-vous, Ma Douce et moi, au musée des Beaux Arts. Il y avait là une expo de Ferdinand Hodler, un peintre symboliste suisse, qu'on voulait voir depuis un moment et qui, en plus, allait être bientôt retirée de l'affiche. Rendez-vous donc, à 14h45 (c'était un vendredi) devant l'entrée du musée qui donne sur la place des Héros.
 

ça, c'est une photo vachement artistique de la place des Héros, mais qui est prise de l'autre côté, côté zoo, si on peut dire, il faudra que je vous parle du zoo un de ces jours, d'accord ?
 
J'avais dit : "14h45, tu es sûre ? pas 14h46 ?", pour rigoler, et parce qu'il arrive que Ma Douce me fasse un peu attendre à un rendez-vous. Mais bon, elle travaille, elle, et donc elle est moins libre de ses déplacements que moi, qui suis en dis-po-ni-bi-li-té ... Ben j'aurais mieux fait de me taire ! D'abord il a fallu que j'étende une lessive pour ne pas la laisser froissée dans la machine, ce qui m'a mis un peu en retard. J'ai regardé l'heure à Déli (j'avais préféré ne pas mettre de montre pour ne pas m'énerver inutilement), et il était déjà 14h32. Pas la peine d'espérer être au musée 13 minutes plus tard ! Mais je pouvais essayer de limiter les dégâts. J'ai donc dévalé les escaliers mécaniques :
 

qui sont grands et pleins de courants d'air ...

Et là, bien sûr, ça n'a pas loupé : le métro était là, mais le temps d'arriver sur le quai, les portes se sont refermées (et je ne vous conseille pas d'essayer de monter quand même, il y a de quoi être coupé en deux !), et obligé d'attendre le suivant. Trois fois il a été annoncé, mais jamais il ne venait ! Finalement, on l'a vu arriver, suant et soufflant, et je crois que personne n'avait trop envie de monter dedans. Mais que faire ? Attendre le suivant, ce qui m'aurait mis un peu plus en retard ? Donc j'ai pris mon courage à deux mains et je suis monté direction Deák Ferenc tér où je devais changer pour prendre la ligne n°1 ... qui est la plus ancienne d'Europe ! Puis, dans les couloirs de Deák, direction Mexikói út, droit vers le nord. Comme dans un mauvais film, ou un cauchemar à deux sous, je suis à nouveau arrivé sur le quai au moment où le métro partait !
Bref, quand je suis sorti à l'air libre sur Hösök Tere, j'avais un bon quart d'heure de retard ! J'ai tout de suite vu Ma Douce, dans son grand manteau noir, qui attendait sur les marches du musée. Je lui ai fait de grands signes, plein, mais elle a mis un moment pour me voir, peut-être parce qu'elle n'avait pas ses lunettes ? On s'est enfin rejoints sur la grande esplanade et je me suis confondu en excuses et explications : lessive, métro, panne ?, encore métro, malchance, ... Elle m'écoutait en souriant, ce qui était plutôt bon signe. Quand j'ai eu fini de bredouiller, elle m'annonça en rigolant ... que le musée était exceptionnellement fermé, en raison d'un raout de prestige qui s'y donnait !
Bon ... mais que faire alors ? Il pleuvait, il faisait un peu froid, il était 3 heures donc plus qu'une grosse heure avant la nuit ... comme on était avenue Andrássy, les Champs-Elysées de Budapest, je lui ai proposé d'aller visiter la Maison de la Terreur. On était déjà passés devant cette grosse maison bourgeoise plusieurs fois, on avait longuement regardé les médaillons alignés sur la façade et renfermant les photos de victimes du régime communiste, mais on n'était pas encore entrés. La porte s'ouvrit toute seule, ce qui était inquiétant ...

Ainsi, dès l'entrée, c'était clair : seraient mis sur le même plan deux régimes dictatoriaux dont la Hongrie avait eu à souffrir, le nazisme et le communisme. Cela n'a pas manqué de déclencher des polémiques à l'ouverture de ce musée en février 2002, d'autant que nombre de responsables "ex-communistes" étaient (et sont toujours) encore vivants et ... responsables ! Mais il faut dire aussi que pas mal d'"ex-nazis" (qui s'appelaient les "croix fléchées" ou "nyilaskeresztesek") ont été recrutés dans les rangs communistes dès1945, après avoir promis d'abandonner leurs "fausses idées" !
En fait, jusqu'en mars 1944, Budapest a représenté un refuge pour de nombreux juifs. Beaucoup d'entre eux sont venus d'Autriche, d'Allemagne et de Slovaquie. Mais au printemps 44, les Allemands ont imposé un 1er ministre  qui a mis en place les lois les plus dures : entre mai et juillet, en 3 mois seulement, 435 000 juifs de Hongrie ont été déportés !!! A ce moment ne subsistaient "que" les 200 000 juifs de Budapest. Ce sont les "croix fléchées" (l'équivalent de "notre" Milice, à peu près) qui, sur l'instigation d'Hitler, ont pris le pouvoir en octobre1944 et qui s'en sont occupés de telle manière qu'ils n'étaient plus que 100 000 à la libération de la ville, en février 45. Certaines scènes atroces, comme celle de tous ces gens que l'on a forcés à se déshabiller sur un quai avant de les jeter dans le Danube, sont dans toutes les mémoires d'ici, je pense...

un mémorial intelligent, je trouve, et qui vous prend "là" ...

Il nous fallut monter au 2ème étage d'une grosse maison comme il y en a des milliers ici, avec cour intérieure et larges coursives à tous les étages On pouvait imaginer sans peine les portes des bureaux claquer, les ordres aboyés, les prisonniers qu'on sortait d'ici pour les faire entrer là ..."Toi qui entres ici, abandonne toute espérance" ou quelque chose comme ça, non ? Remarque amusante : la "Maison de la Terreur" s'appelait en ce temps-là la "Maison de la Loyauté" ...

Au 2ème, voici le domaine des "croix fléchées" :

"Feu et malédiction sur tout ce qui est juif" voilà l'admirable slogan qui figure en exergue à ce banquet !

Un lecteur attentif aura déjà remarqué les écrans alignés sur le mur de droite. Et en effet, dans pratiquement chaque salle (sauf dans les caves), c'était la même chose : la nouvelle dictature (je sais, le mot n'est peut-être pas trop bien choisi à cet endroit, mais je n'en vois pas d'autre, désolé) des nouvelles technologies a frappé fort, à la Maison de la Terreur ! Dans chaque pièce d'exposition une profusion d'écrans, chacun diffusant son message visuel "en boucle" et obligeant le visiteur à zapper d'un écran à l'autre. Oh bien sûr, on peut toujours s'arrêter sur un témoignage, et c'est ce que nous avons fait, mais l'audition et même la vision sont sans cesse appelés, voire parasités, par les écrans voisins, le fond sonore, ... Personnellement, j'ai préféré, et de loin, les pièces dénuées de toutes ces fioritures audiovisuelles, les pièces "brutes" en quelque sorte, où l'imagination avait la place de se déployer.
Au 1er étage (un petit film assez amusant montrait des Hongrois de toutes conditions se dévêtissant pour enfiler les tenues caractéristiques du "socialisme triomphant") c'était le domaine de l'ÁVO, le Département de Sûreté de l'Etat, et plus tard de l'ÁVH, équivalent du KGB et de tant d'autres polices secrètes. Entre 1945 et 1948, elle a interné plus de 40 000 personnes dans le pays !
L'ÁVO, qui avait une image à faire respecter, débarquait dans une grosse conduite intérieure noire, et plutôt la nuit. On embarquait la personne suspectée, ou dénoncée, et on n'entendait plus parler d'elle pendant un bon moment, si ce n'est jamais. Et ainsi, jusqu'au "Changement"  de 1989, environ 1/3 de la population, soit 3 millions de personnes, a eu affaire plus ou moins gravement avec les services de sécurité. Le passage par les geôles du sous-sol ne devait pas être de tout repos ...Le froid, la faim, les coups et les humiliations, la torture, tout était bon pour mettre les récalcitrants dans le "droit chemin". Et si vraiment il n'y avait rien à faire, s'ils s'avéraient irrécupérables, on les pendait, tout simplement, dans un petit coin.
Bien sûr, il y a eu 1956, le 23 octobre. Ce jour-là la révolte générale a éclaté contre tout ça. Mais après quelques jours de liberté retrouvée (l'ÁVH a d'ailleurs été officiellement dissoute à cette époque-là, et ses "successeurs" ont dû quitter le 60 de l'avenue Andrassy ... Péter Gábor, le chef de l'ÁVH, est mort tranquillement en 1993, après s'être reconverti comme bibliothécaire ...) une répression terrible de l'armée russe s'est déclenchée, faisant 3 000 morts. L'ÁVH (ou ses "successeurs") bien sûr n'a pas été en reste et ses gégènes ont tourné à plein régime : la litanie des condamnations à mort a commencé au mois de décembre. On a même condamné un gamin de 16 ans mais, n'étant pas des bêtes, on l'a fait attendre jusqu'à 18 ans pour l'exécuter... Mais je vous reparlerai plus longuement de ces événements-là ...
Voici le drapeau des insurgés de 56 : devinez un peu ce qu'il y avait à la place du trou ?

Quand on est ressortis sur Andrássy, il pleuvait toujours mais il faisait nuit. Le long du mur extérieur, on a revu défiler les médaillons des victimes des exécutions de 57-58 : électriciens, serveur, chauffeur de tramway, des gens du peuple, pour la plupart ... Sans doute n'avaient-ils pas compris que le parti travaillait pour eux ?

Et aujourd'hui ? me direz-vous, on est bien loin de tout ça ? Sûrement, sûrement, mais apparemment certaines habitudes ont du mal à disparaître. Dernièrement un scandale lié à des écoutes (illégales, bien sûr ...) a éclaté parmi les politiciens : une candidate à la tête d'un parti politique aurait fait espionner sa rivale ... à moins que ce ne soit un "coup monté" par ladite rivale, ou même par les communistes (nous y voilà !) pour la discréditer !?
Comme vous le voyez, la démocratie hongroise a encore (de longs et) beaux jours devant elle !

Sziasztok !



 
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27 novembre 2008 4 27 /11 /novembre /2008 15:37

Jó napot kÍvánok !


Une fois n'est pas coutume, aujourd'hui nous allons commencer avec une carte :


Vous repérez aisément Baja, la grosse tache noire au milieu à gauche. Par la même occasion vous voyez la courbe que fait la Sugovica pour quitter puis rejoindre le Danube vers le sud, en formant des îles au milieu par la même occasion (en fait il y en a deux).

Pourquoi cette carte, loin d'être "sexy", me direz-vous ?

1) D'abord je l'ai trouvée au musée local (le musée István Türr, d'une nom d'une célèbre aventurier de Baja) dans lequel je m'étais réfugié contre les morsures du vent d'automne J'y ai été accueilli par deux vieilles dames, toutes contentes de me voir arriver. C'est qu'il ne devait pas y en avoir des centaines, des visiteurs du musée municipal, en novembre, à Baja ! Donc j'avais eu droit à une visite en règle, pleine de courtoisie et accompagnée de babillages en hongrois que j'avais parfois du mal à suivre, mais que j'approuvais en souriant.

2) Ensuite elle vous donne un (tout petit) aperçu de ce qu'est le hongrois. Songez par exemple qu'au retour on a dû changer de train à Kiskunfelegyháza !


3) Enfin elle vous donne une idée de ce que l'on pourrait appeler la "perméabilité" de la Hongrie (comme des pays voisins d'ailleurs). Que ce soit pour des raisons historiques (comme le dépècement de la Grande Hongrie en 1920) , économiques (comme l'immigration Souabe du 17ème siècle) ou politiques (comme la laborieuse réalisation d'un espace européen) nombreuses sont les régions de la Hongrie (et des pays voisins ...) où des populations d'origines, de cultures, de religions diverses se côtoient. Je me demande même dans quelle mesure cette observation n'est pas valable pour le pays tout entier...si ce n'est pour une grande partie de l'Europe Centrale !


Sur la carte donc, les points jaunes représentent les implantations "allemandes" (Souabes en fait), les points verts les Tsiganes (je n'en vois qu'à Szeremle et à Nagybaracska), les triangles bleus les Croates (à Dusnok uniquement ?), les points et carrés bleus probablement des Serbes, mais ce n'est pas certain. A cela se superposent les différentes religions : catholiques, réformés, orthodoxes, ... A croire que les Hongrois (et leurs voisins) ont inventé la macédoine !


Comme pour toutes les "zones-frontières" de la Hongrie (ce qui représente au moins la moitié du pays, en fait, vu qu'il est assez petit) le traité du Trianon de 1920 (orchestré par "l'horrible, l'haïssable" Clémenceau) a bouleversé le paysage. Nombre de Hongrois vivant aujourd'hui dans la région de Baja sont issus de familles ayant tout quitté de là où elles vivaient parce qu'elles habitaient tout à coup en pays étranger, en l'occurrence la Yougoslavie. Je ne sais pas si certains Hongrois vivent toujours en Serbie (Ma Douce me dit que oui !), mais je sais que c'est le cas en Croatie et en Autriche, où ça ne se passe pas trop mal, en Roumanie et en Slovaquie, où c'est beaucoup plus conflictuel. En Slovaquie en particulier : il y a 2-3 semaines un match de football opposait une équipe de Bratislava (la capitale)

à l'équipe d'une petite ville hongroise ... de Slovaquie ! Qu'est-ce qui s'est passé exactement ? Une provocation ultranationaliste de la Garde Hongroise (qui ne mérite pas ces majuscules) ? Une charge délibérée et sans sommation de la police slovaque ? En tout cas, j'ai vu les choses à la télé : plutôt violent ! D'ailleurs une victime des matraques policières a été transportée dans le coma à l'hôpital ; je ne sais pas si elle y est toujours. Du coup les deux premiers ministres se sont rencontrés et, d'après un journal anglais de Budapest, la conférence de presse de clôture s'est déroulée dans un climat plutôt tendu ! D'accord, à nous qui avons des frontières bien établies depuis quelques siècles (encore que ... y'a qu'à voir la Savoie ...), ça peut nous paraître un peu bizarre, ces histoires de petits territoires, de confettis oubliés, laissés là par la marée basse de l'Histoire ...(ouh ! comme j'me la pète, là !) Allez quoi, les gars, on est tous des Européens, pas vrai ? On peut dépasser tout ça, maintenant, et regarder de l'avant ... Mais là où ça résiste c'est surtout qu'il s'agit d'histoires de "gens", qui ont une famille, des ancêtres, une langue, une religion, et que ces petites histoires-là sont bien plus coriaces que La Grande, qui ne mérite pas toujours ces majuscules !

Un peu pour la surprendre, voire la provoquer, j'ai demandé à Ma Mie si ces Hongrois-là étaient considérés comme d'origine serbe. "Bien sûr que non ! m'a-t-elle répondu, puisqu'ils parlent le hongrois !"

Il ne faudrait pas cependant que je vous donne une fausse idée de la situation à Baja où, justement, tous ces "petits mondes" voisinent sans difficulté. Juste un exemple : la nuit de Noël, il y a une messe à 23.00 pour les Hongrois et, dans la même église, une autre à minuit pour les Serbes. On voit donc que la situation conflictuelle est loin d'être systématique, en particulier à l'intérieur des frontières de la Hongrie.


Pas de doute, Baja est une ville du fleuve, une grande partie du musée en porte témoignage :



mais cet amour de l'eau douce est encore vrai aujourd'hui :


D'ailleurs (je ne vous épargnerai rien !) la grande spécialité de Baja est la soupe de poissons (à base de carpe qui fournit la viande et de poisson-chat qui donne le goût) dont une grande fête a lieu sur la grande place le 2ème week end de juillet : en 1996, pour le 300ème anniversaire de la ville, il y avait 300 chaudrons sur la place !


Bien entendu, au mois de novembre, il n'y en avait aucun ...


Mais, le lendemain, tournant le dos à tout ce pittoresque facile (et parfois fort beau) je décidai d'explorer les quais de Baja. Je me rendis donc d'abord tout au bout de la pointe formée par la Sugovica quand elle quitte le Danube :Je peux vous dire qu'en plein vent il faisait sacrément froid !


Et je remontai autant que possible en longeant le Danube vers le nord ... malgré le vent, les chiens policiers (heureusement enfermés derrière un grillage), les portails fermés, les barbelés ...

Je pense que Baja a eu son heure de gloire (n'est-ce pas là que le dernier souverain de Hongrie s'est embarqué pour Madère ?), en tout cas qu'elle a été beaucoup plus active qu'elle ne l'est aujourd'hui ...



Mais je ne savais pas qu'en poursuivant mon chemin je rentrais dans le royaume de la Belle au Bois Dormant ! C'était dimanche, et je me disais que tous ces entrepôts fermés, c'était normal. De temps en temps, il y avait quand même une porte ouverte, et un type dans l'ombre qui faisait on ne sait quoi ... Et puis je suis arrivé aux silos de maîs, et là ...



Le nombre de volatiles était impressionnant. Ils trouvaient à manger, apparemment, puisqu'ils n'arrêtaient pas de picorer. Mais quoi ? Est-ce que ça peut fuir, un silo à grains ? Ils squattaient entièrement les lieux et je me suis dit que voilà, ce serait peut-être quelque chose comme ça, après la crise finale, quand l'homme aurait disparu, il resterait ses oeuvres, ici les silos, et que les forces naturelles, ici les pigeons, en feraient leur miel ... tant qu'elles le pourraient, car que se passera-t-il quand il n'y aura plus de grain ? Les oiseaux décollaient et se posaient en vagues lourdes et je ne savais pas s'ils me fuyaient ou me précédaient ...


J'appris un peu plus tard que tous ces bâtiments étaient bel et bien fermés, et ce depuis "le Changement", il y a près de 20 ans.


Je jetai un dernier regard au Danube avant de regagner la ville :


Viszontlátásra !



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24 novembre 2008 1 24 /11 /novembre /2008 15:47

Baja est une petite ville du sud de la Hongrie, sise au bord du Danube. C'est là que Ma Douce est née et qu'elle a vécu pendant 14 ans, avant de partir étudier dans un lycée de Budapest. Elle y a vu son premier ciel, son premier arbre, et son premier oiseau. Elle y a connu sa première rage de dents et son premier émoi amoureux. Elle y a probablement donné, et reçu, son premier baiser. Voilà pourquoi Baja m'intéresse ...

En fait, la ville est située juste à l'endroit où le Danube forme un bras de rivière qu'on appelle la Sugovica et qui  rejoint à nouveau le Grand Fleuve quelques kilomètres plus au sud, en direction de la Serbie, dont la frontière n'est qu'à 30 kms de Baja. En quittant le Danube, la Sugovica prend le temps de faire une jolie boucle, au creux de laquelle se trouvent deux îles : la plus petite, qui est aussi la plus peuplée, porte le doux nom de ... Petöfi ! C'est également le nom du pont qui rejoint l'île à la ville ... et celui de la rue où Ma Douce a habité pendant presque toute son enfance !

Celle-ci ayant des affaires familiales à régler, j'en ai profité pour explorer un peu la ville.

Comme c'était un samedi, j'ai commencé par le marché ...Vachement ordonné, le marché de Baja ! Une suite interminable d'étals, disposés en rangées rectilignes, on est sûrs de ne rien rater, et on est certains de ne pas se perdre ! Alors je me suis mis en quête de quelques spécialités, afin de pouvoir vous les présenter.

La première, omniprésente en Hongrie, c'est le fameux, l'incontournable PAPRIKA !!! Il en existe de toutes tailles et de toutes couleurs :

C'est le phtographe Edward Weston qui aurait été content, lui qui avait fait une fixation sur les innombrables formes du poivron !

Le paprika peut également se manger en poudre et, bien sûr, c'est ainsi que nous autres les Français le connaissons :Le mot "Erös" que vous pouvez lire à gauche n'a rien à voir avec ce que vous pensez : cela veut simplement dire "fort" en hongrois, donc une diversité de goûts également pour ce légume sans prétention ...

Ne reculant devant aucun sacrifice (pour vous, chères lectrices et chers lecteurs, uniquement pour vous, bien entendu ...) j'ai poursuivi ma quête, picorant ici et là :

Un autre "incontournable" de la table hongroise, surtout le soir, au dîner, quand on mange froid. Il s'agit de gros cornichons marinant dans je ne sais quoi qui leur donne un goût bizarre et pas très réussi à mon avis.

Encore une marinade, ou une saumure, d'oignons probablement, agrémentés de quelques ... paprikas, et d'une petite tomate, enfin je crois ...(ben non finalement c'est AUSSI un paprika !)

Quant à ça ... des paprikas décolorés ? mais par quoi ? par la saumure ? ou alors une autre race qui ne se vend pas en tant que légume frais ? palpitant, vous avouerez ...

Au beau milieu du marché, il y avait un grand bâtiment couvert, un peu comme un hangar ou une grange. Là, ça faisait davantage penser au marché Saint Bruno de Grenoble, avec des gros tas de trucs pas cher (téléphones portables, jouets, vêtements d'occasion, invendus de toutes sortes) posés sur le sol, près desquels étaient assises de grosses matrones enveloppées d'étoffes et/ou de parkas. Je crois bien que je voyais là mes premiers gitans ! Là, dans cette situation marchande (dont on n'aurait pas été autrement étonné qu'elle dissimulât des commerces moins légaux ...) elles me firent immédiatement penser à nos Maghrébins et autres Africains qui animent si bien nos marchés provinciaux ! Je ne me risquai pas à prendre des photos ...

En revanche, dans un coin du bâtiment, je découvris quelques artisans locaux, qui m'autorisèrent gentiment à les portraiturer avec leur production :

Voilà le brodeur (ou le vendeur de broderies de sa femme ?), qui ne dit rien mais qui n'en pense pas moins, ça se voit bien ...

Et voici le sculpteur sur bois, aux personnages tellement expressifs ...

Après les artisans, il y avait une pièce étrange, comme une enclave dans le bâtiment, dont je n'ai pas bien réussi à comprendre ni l'identité ni le fonctionnement. D'après ce que j'ai pu voir, il n'y avait qu'une entrée, sur le fronton extérieur, celle-ci donnant sur une première pièce à peu près vide. On pouvait deviner que le lieu avait un rapport avec les produits laitiers. Au fond de cette pièce, face à l'entrée, une autre porte, fermée. Et c'est là apparemment que les gens allaient acheter des saucisses, de la viande peut-être. En tout cas il y avait du monde, j'avais pu le vérifier en regardant à travers la partie vitrée qui donnait sur l'intérieur du bâtiment ...

En sortant de là, je me suis décidé à errer parmi les étals que je n'avais pas encore visités, et là j'ai rencontré quelqu'un ! J'avais repéré quelques beaux paprikas et j'aurais bien voulu faire la 36ème photo de la série. J'en demandai donc la permission à la marchande, qui aussitôt prit la pose avec un beau chou ...

Surprenant, non ? Mais après tout, pourquoi pas ? Peut-être cette dame croyait-elle à quelque reportage agricole (et international) ? peut-être voulait-elle justifier sa présence sur la photo, parce qu'il fallait bien quelqu'un pour tenir le chou ? peut-être aimait-elle particulièrement ce chou-là, dont elle avait surveillé avec amour la respiration et le développement ? peut-être était-ce au contraire un autre chou qu'elle voulait protéger, en offrant celui-ci en victime sacrificielle ? ah non, croyez-moi, c'est vraiment passionnant de voyager et de se poser toutes ces questions !

Quoi qu'il en soit, je la remerciai grandement (mais je ne crois pas lui avoir baisé les mains : "csókolom" en hongrois) et m'apprêtai à suivre mon chemin. Mais cette gente dame ne l'entendait pas de cette oreille : voilà-t-il pas qu'elle se met à me poser des questions : et d'où je venais, et comment je m'appelais, et d'autres encore que je n'ai pas comprises. Mon premier échange "authentique" avec une autochtone ! Je me suis reservi du mieux que j'ai pu de mes leçons de hongrois, et j'ai à peu près saisi qu'avant elle avait connu une Française qui s'appelait Louise. Je crois que ça aurait pu durer un moment (les autres marchandes écoutaient tout sans en avoir l'air) mais je commençais à fatiguer un peu, alors je lui ai dit "viszontlátásra" et j'ai quitté le marché ...

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10 novembre 2008 1 10 /11 /novembre /2008 14:43
D'abord il avait fallu prendre le tram, pendant je ne sais combien d'arrêts, jusqu'à traverser des banlieues un peu glauques ...
Puis il avait fallu marcher, longtemps, d'abord en longeant des immeubles sinistres puis en suivant une grande rue sombre et plantée d'arbres. Franchement, cela aurait été en France, je n'aurais pas été rassuré, surtout avec une belle fille comme Ma Douce à mes côtés ! Mais elle allait vaillamment, sans l'ombre d'une crainte. Elle n'avait pas voulu me dire où elle m'emmenait. Alors j'avais suivi, évidemment ...
Finalement, au bout de la rue, on est arrivés à un portail éclairé d'une lumière vive qui conduisait à ça :


(Est-ce que vous voyez le rétroviseur d'automobile fixé en bas de la dernière fenêtre ? c'est un truc courant employé par les gardiens d'ici.)
J'ai appris qu'"Artus" était le nom d'une compagnie de théâtre, fondée par un lointain cousin de Ma Mie et installée dans un local industriel désaffecté. On peut en apercevoir l'entrée sur la photo, en haut et à gauche. Au fond de la cour s'ouvrait un passage fort obscur, tout juste indiqué par des bougies. Il était temps de commencer à s'imprégner de l'atmosphère des lieux ...


Bon, ça faisait un peu "train-fantôme", tout de même ...

  Mais ... dans ce théâtre d'avant-garde-là, on ne s'assoit pas tout de suite, non, Monsieur ! Il ne manquerait plus que ça ! Il s'agit de garder le corps, et donc l'esprit, en mouvement et donc en éveil. Aussi les spectateurs sont-ils d'abord invités à déambuler parmi des scènes éclatées ...

Ce pauvre homme se prenait-il pour l'homme invisible ? rêvait-il simplement de le devenir ? cela aurait été assez cocasse de le faire en public ...
Ma Douce me traduisait les choses du mieux qu'elle pouvait mais ce n'était pas évident : il y avait beaucoup de mots dont un certain nombre s'avéraient "grands". Certains personnages parlaient vraiment beaucoup ...
Celui-ci, par exemple, avec ses bouts de bois dans la main, a expliqué un truc vachement long et vachement compliqué sur les rayons du soleil pour lesquels il semblait avoir une affection particulière, et effectivement il avait l'air un peu illuminé. La pièce dans laquelle il jouait s'appelait "Hermèsz 13", ce qui avait peut-être à voir avec notre Hermès Trismégiste. En effet, revenait en leitmotiv quelque chose comme "tout est dans tout, et inversement"...
Dans la deuxième pièce que nous sommes allés voir, intitulée "Don Quichotte Mausoleum" celle-là, il y avait également une espèce de prédicateur qui tentait à toute force de convaincre les gens de je ne sais quelle vérité universelle, tellement universelle qu'un pauvre visiteur comme moi n'y comprenait rien ... Il se tenait là :


et pendant qu'il parlait, une force mystérieuse actionnait le mécanisme qui ouvrait le livre et l'éclairait. Parfois l'Inspiré hurlait dans un mégaphone, parfois il alpaguait quelqu'un pour lui chuchoter à l'oreille ...
Vous voyez la flamme blonde à l'arrière-plan ? Il s'agit d'une "vamp" ! Le plus souvent, elle est assise sur un haut tabouret perché au coin d'un gramophone géant, sur le sillon duquel elle laisse promener négligemment l'éperon qui orne sa cheville droite ! Moi-même qui vous parle, j'ai eu l'honneur de tourner la manivelle de la gentille dame !
Elle fait également semblant de chanter dans le pavillon (genre "voix de son maître") que vous voyez posé, à l'envers, au centre du plateau. On est, en fait, dans une espèce de musée, un mausolée, comme l'indiquent le titre de la pièce, et des étiquettes soigneusement disposées au coin des "stands".
L'étiquette suivante devait indiquer un "homo astronicus" ou quelque chose comme ça, puisqu'il s'agissait bien d'un cosmonaute qui se mouvait dans l'apesanteur, relié à quelques objets qui bougeaient lentement avec lui. Son travail semblait constituer à faire apparaître de nouvelles étoiles dans le ciel, en faisant sauter les petites pièces de feutre qui les recouvraient. Voici une image de son ciel après la représentation :


Enfin venait un cycliste, coiffé et dûment maillotté, qui faisait du sur-place sur un vélo d'appartement. Mais pour lui ce ne semblait pas le plus important. En effet, le mouvement de ses pédales faisait défiler un film qui se déroulait sur un écran devant lui. Mais voilà ladite machine ...


Etonnant, non ? Et tout cela était animé, dans une joyeuse cacophonie, par un olibrius à costume rayé qui  jouait aussi, pas mal du tout, de la guitare !
Dans une autre phase, ce théâtre d'avant-garde-là scotche le spectateur. Pour "Hermès" ce fut une (très) longue séance de tir à l'arc à laquelle nous dûmes assister : 13, hé oui, flèches tirées une par une, bien sûr, par un archer planté de dos et qui tirait dans le mur de l'autre côté de la scène. Après chaque tir, la cible lumineuse se positionnait de manière à lui faire indiquer le mille. Pour "Don Quichotte" ce fut la performance physique, plusieurs fois répétée, d'un grand escogriffe se donnant en spectacle devant un mur de spectateurs virtuels, disposés en motifs cloniques. Je ne tardai pas à comprendre qu'il s'agissait de Don Q lui-même.
Au sortir de cette phase où le spectateur est un peu "sonné", anesthésié en sorte par l'étirement ou la répétition du temps, ça bouge à nouveau. Nous avons eu droit à des combats (à la badine qui siffle, ou à l'épée), ou à des "figures martiales" pour le moins, superbes de précision et d'inventivité. Une séquence d'une infinie douceur aussi avec la cosmonaute (il s'agissait d'une fille en fait) jouant à la balle avec elle-même, au ralenti, d'un bord à l'autre de la scène.
D'une manière générale, ce qui m'a vraiment plu, c'est la richesse et la liberté créatives. J'ai envie de faire un truc ? Hop, je le fais ! Par exemple, comme Don Quichotte était mort, il est venu présenter ses condoléances aux spectateurs :
Mais, me direz-vous, quel est le sens de tout cela ? En tout cas, c'est ce que Ma Douce m'a demandé sur le chemin du retour, comme on arrivait à la station de tramway. Je dois avouer que je ne m'étais pas posé la question jusque là ; dans "Hermesz" comme dans "Don Quichotte" j'avais préféré me laisser emporter par la poésie et la magie des scènes, sans trop réfléchir. Dans la première, par exemple, je me souviens d'une scène qui était un salon : un homme assis taillait inlassablement dans un morceau de bois pour y sculpter une chaise. Autour de lui, deux plantes en pots. L'une d'elle était formée d'avant-bras et de jambes qui dépassaient de la terre. Dans l'autre, un homme et une femme nus, enterrés jusqu'à la taille, se faisaient face. Imperceptiblement ils se déliaient de leurs tuteurs pour venir s'enlacer comme un homme et une femme. Invariablement l'homme se levait juste comme ils allaient enfin se toucher, et leur faisait reprendre leurs positions de départ.
C'est vrai que le 1er spectacle était plus clairement "écologique", au sens très large du terme. Témoin cette femme de la dernière scène, complètement enterrée elle aussi dans un espace entouré de centaines de petits objets suspendus, tout blancs. Et on s'arrête autour de cet espace, et on commence à percevoir sa respiration qui fait bouger le sol, puis ses frémissements, puis ses mouvements, et enfin elle sort tout entière, et se dresse.


Autant là le sens me paraissait clair, voire limpide (ah bon ? pas vous ?) autant j'avoue que pour Don Quichotte je sèche un peu. Chacun dans sa bulle ? Chacun à la poursuite de son rêve, comme Don Quichotte ? Mouais, un peu "bateau" à mon avis ...Et pourquoi cette insistance mécaniste (le livre, le phono, le vélo) ? D'accord on était dans un mausolée du futur, et alors ?
Mais peut-être en saurons-nous plus lors du 3ème spectacle que nous devrions voir bientôt, si je ne m'abuse !

Viszontlátásra !



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