Choses vues, ressenties, rencontres, photos prises pendant mon séjour à Budapest, en Hongrie, puis lors de mes nombreux voyages entre la France et la Hongrie.
Oui, ça fait hongrois, comme Béla Bartók, par exemple. Mais avez-vous déjà entendu parler de Béla Lugosi ?
De son vrai nom Béla Ferenc Blaskó, il est né en 1882 à Lugos, petite ville de l'empire d'Autriche-Hongrie, aujourd'hui Lugoj en Roumanie, dans une famille de la bourgeoisie hongroise. Il vit dans un milieu assez aisé, mais il se heurte à l'autorité rigide de son père et il fugue dès l'âge de douze ans. Il travaille d'abord comme ouvrier dans des mines ou pour des compagnies de chemin de fer mais sa sœur, qui rêve de grandes choses pour lui, l'oriente vers le théâtre. C'est tout de suite son bonheur, ce qui l'amène à étudier les arts dramatiques à Budapest. Peut-être pour se protéger des foudres paternelles il adopte le pseudonyme de Lugossy (littéralement : de Lugos), bientôt simplifié en Lugosi, et très vite il acquiert une solide notoriété comme jeune premier charmeur. Il incarne entre autres Jésus Christ dans des pièces religieuses, ou carrément Roméo dans le drame de Shakespeare.
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Des débuts de 1909 bien touchants ...
Lorsqu'éclate la Première Guerre mondiale, Béla s'engage dans l'armée austro-hongroise et part combattre sur le front russe, ce qui démontre un certain courage. Blessé à trois reprises et décoré, il est démobilisé en 1916 et retourne vers le théâtre. Très important : il s'engage aussi dans l'action syndicale, rejoignant avec quelques amis un groupe de défense d'acteurs proche des communistes. Mais il profite aussi de l'essor du cinéma pour poursuivre une deuxième carrière d'acteur même si pour cette dernière, moins honorable que les planches, il utilise le pseudonyme d'Aristid Olt, d'origine inconnue. Cela lui permet de tourner au rythme soutenu de quasiment un film tous les deux mois pour des pionniers du cinéma hongrois comme Alfréd Deésy ou Mihály Kertész, qui sera plus connu pour sa riche et prolifique carrière à Hollywood sous le nom de Michael Curtiz. Le lien entre les deux hommes ne se démentira pas.
Après la guerre, il connaît quelques problèmes dans la nouvelle république indépendante de Hongrie née du traité de Versailles. En raison de son passé syndical on le trouve un peu trop à gauche et cela éveille la méfiance du nouveau pouvoir nationaliste de Miklós Horthy. Il part donc en 1919 pour Berlin où il tourne à nouveau 11 films, divorçant au passage d'Ilona Szmick, sa première épouse, qui ne voulait pas quitter la Hongrie alors que Lugosi avait annoncé déjà clairement son envie de partir aux États-Unis, comme de nombreux compatriotes.
Puis, comme beaucoup d'autres acteurs européens, il quitte le vieux continent pour tenter sa chance aux États-Unis et débarque à la Nouvelle Orléans en 1921. Même s'il ne parle pas anglais, ce n'est pourtant pas au cinéma muet qu'il connaît le succès mais au théâtre. Puis après quelques années de vaches maigres où, parallèlement à la scène, il fait de la quasi figuration au cinéma, souvent dans des films de membres de la diaspora hongroise, il obtient enfin le rôle de sa vie : DRACULA !!! Il triomphe ainsi à Broadway en 1927 dans une adaptation théâtrale de Bram Stoker dont il apprend les répliques phonétiquement.
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Dracula ayant été un triomphe, la Universal envisage immédiatement d'enchaîner sur Frankenstein avec Lugosi dans le rôle du monstre. Mais celui-ci, après avoir réalisé un essai préparatoire, renonce au rôle : trop de maquillage, pas assez de texte et surtout la volonté de ne pas s'enfermer dans le registre de l'épouvante. On ne lui propose pourtant que des rôles fantastiques. Son accent prononcé est à la fois sa chance et sa limite. En effet, l'exotisme de son accent hongrois renforce son charme mystérieux... mais le catalogue aussitôt comme l'inquiétant étranger de service. C'est pourquoi, désormais nanti d'un beau contrat à 1000$ la semaine, on le voit souvent jouer les ténébreux cheiks arabes ou les magiciens indiens de cabaret dans des productions musicales ou d'aventure.
Aimant assez à jouer avec son personnage de prince des ténèbres, il n'hésite pas à se vêtir de sa cape pour les soirées mondaines. Les journalistes se piquent au jeu et brodent des histoires qui font la gloire du bonhomme. Il dormirait dans un cercueil, ne sortirait jamais de jour, boirait réellement du sang.
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En fait le personnage de Béla Lugosi représente l'image même de l'acteur définitivement enfermé dans le genre fantastique. Star adulée, Master of the Menace dans les années 30, Lugosi, torturé par ses propres démons, va lentement se laisser glisser vers des films de plus en plus minables, de plus en plus fauchés, jusqu'à figurer en fin de carrière dans les ringardises d'Ed Wood. Ce dernier et Lugosi sympathisent et s'associent. Le premier se sert d'un nom encore connu pour donner un peu de lustre à ses projets de films auprès d'éventuels investisseurs, le second, qui ne trouve plus de rôle, espère un improbable come back qui ne viendra jamais.
Mais épuisé par ses excès, Lugosi est terrassé chez lui, à Los Angeles, d'une crise cardiaque le 16 août 1956, à l'âge de 73 ans. Pour son enterrement, il est paré de sa célèbre cape. La légende veut que lors des obsèques, Peter Lorre ait chuchoté à Boris Karloff : "Est-ce qu'on ne devrait pas lui enfoncer un pieu dans le cœur, au cas où ... ? ".
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Un monument en mémoire de l'acteur à Budapest
Pour écrire cet article je me suis abondamment servi du texte et des photos trouvés dans : Béla Lugosi - la biographie par Nanarland, un site très bien fait pour les amateurs de série B (et les autres).