Choses vues, ressenties, rencontres, photos prises pendant mon séjour à Budapest, en Hongrie, puis lors de mes nombreux voyages entre la France et la Hongrie.
Si vous avez lu "Une vie de fou !", vous savez pourquoi j'ai de plus en plus de mal à trouver du temps pour écrire dans ce blog ... En particulier, la préparation du Master de Français Langue Etrangère est vraiment de plus en plus "chronophage", comme on dit maintenant !
Mais j'ai trouvé l'occasion de "faire d'une pierre deux coups" (hé hé !) : j'avais à produire un devoir "interculturel" faisant état des stéréotypes circulant en Hongrie au sujet des Français et de la langue française ET je (un peu aidé par Ma Douce, il est vrai ...) me suis dit que cela pourrait éventuellement intéresser les lectrices/lecteurs de ce blog. Je vous en reproduis donc l'essentiel ci dessous ...
Après 5 mois de vie en Hongrie, je pense pouvoir affirmer, en espérant ne pas verser à mon tour dans le stéréotype, que les Hongrois forment un peuple dont on pourrait dire, dans l’ensemble, qu’il est plutôt humble et respectueux. Ceci s’explique par l’Histoire qui, d’un point de vue hongrois, est une longue succession d’échecs et de déconvenues, par la géographie puisque la Hongrie est un « petit » pays, avec ses 93 000 km2 et ses 10 millions d’habitants, mais aussi par la mentalité des gens, qui est assez individualiste (est-ce une réaction aux 40 années de collectivisme forcé ?) et donc peu soucieuse des autres en général. On est d’ailleurs en droit de se demander quelle est la part du respect et celle de l’indifférence …
Un autre fait important est que je ne parle pas encore le hongrois, ce qui fait que la majorité des stéréotypes récoltés l’ont été auprès de gens cultivés, ayant voyagé, donc capables de recul, et parlant soit le français soit l’anglais. D’autres sont venus s’y ajouter, auprès de gens plus modestes, mais au prix d’une traduction laborieuse, source de filtrage et même de biaisement. Encore une fois, je pense qu’il est difficile, voire gênant, pour un-e Hongrois-e d’ « avouer » des stéréotypes sur la France et les Français à un Français
Sur la langue française
On aurait pu s’attendre, venant d’un pays comme la Hongrie (qui fonctionne un peu comme un « babaorum linguistique » avec ses dix millions d’habitants, en plein cœur de l’Europe, qui s’obstinent à parler une langue à laquelle nulle autre n’est apparentée !) à une foison de stéréotypes défensifs destinés à valoriser, au moins « en creux », la langue hongroise. D’après mes recherches, il n’en est rien. La stratégie adoptée semble plutôt inverse : on ne se moque pas des autres, ils nous laisseront tranquilles
Ainsi du français :
Le français est considéré comme une « très belle » langue, « une des plus belles ». Les auteurs français classiques, même s’ils sont le plus souvent lus en traduction, sont très connus et il est possible, par exemple, que Jules Verne (dont le nom a été magyarisé en Vern Gyula) soit pris pour un auteur hongrois par une bonne partie de la population.
Le français est-il assimilé à « la langue de l’élite » ? Ce ne serait pas surprenant étant donné son usage dans les milieux aristocratiques puis bourgeois des 19ème et 20ème siècles. Je n’ai cependant pas pu en avoir une confirmation vraiment nette. A noter qu’un jeu est assez courant chez les enfants, celui qui consiste à « parler français » (francia nyelvi paródia), ce qui consiste à énoncer des phrases hongroises absurdes dont les sonorités rappellent celles du français :
Exemple : « Pap ül a padon, lábán szőr lekopott, de már nő » … en essayant de ne pas rouler les « r » et en faisant des mines précieuses, avec bouche « en cul de poule » et regards de commisération.
Une expression est couramment employée : « c'est la vie », quelquefois formulée en hongrois : « Ilyen c'est la vie »~ « comme ça, c'est la vie » Elle semble le reflet d’un certain fatalisme mais je ne pense pas que l’on puisse parler pour autant de résignation. Elle contient en effet une nuance de sagesse amusée qui conduit souvent à relativiser la gravité de ce dont on parle
Il y a également un côté « fin 18ème » dans le fait que les Français sont perçus comme « bavards », « superficiels », « pouvant parler de tout » et « ayant une opinion sur chaque sujet ». On n’est pas loin de Voltaire …N’oublions pas que pendant 40 ans les Hongrois-es ont été empêché-e-s de s’exprimer, et même de penser, …d’où un agacement amusé devant le « papillonnage » français ?
On dit même que les Français sont « prétentieux » et « donneurs de leçon ». Ceci est peut-être lié au Traité de Trianon qui fut signé en 1920. C’est là que la Hongrie perdit les 2/3 de son territoire et le chef d’orchestre en fut, paraît-il, Clémenceau. Du coup, il semble que beaucoup de Hongrois, même parmi les jeunes générations, gardent « une dent » contre les Français.
Mais « le » Français est aussi quelqu’un d’intelligent, de cultivé, et qui attache de l’importance à l’art. Cette image est plutôt le fait de gens eux-mêmes cultivés, mais elle peut être déclinée selon le même thème épicurien. Le Français a du goût pour s’habiller, mais il sait aussi apprécier toutes les bonnes choses de la vie comme le vin, le fromage, la bonne cuisine, le sexe ! Bref le Français « sait vivre » ! Là encore on peut rappeler la situation de « pénurie organisée » qu’a subie le pays pendant longtemps, et bien propre à susciter des fantasmes. Tout comme la femme française d’ailleurs …
De façon tout à fait moderne, il semble bien que plusieurs de ces stéréotypes se cristallisent dans le personnage … d’Hercule Poirot ! Il s’agit en effet d’une série télévisée anglaise diffusée sur « m1 », la 1ère chaîne nationale, et qui remporte un grand succès. Dans la mesure où ce personnage ne peut s’empêcher de ponctuer ses interventions de « merci bien », « comme il vous plaira », … en français (on retrouve ici un autre stéréotype qui veut que le Français soit incapable de parler autre chose que le français) il y a de grandes chances pour que ce petit homme excessivement soigné, supérieurement intelligent et « donneur de leçons », soit identifié par certains comme l’archétype du Français … même s’il est Belge !
On retrouve la même idée de plaisir dans plusieurs objets identifiés de par leur nom comme « français » :
la salade française, sorte de macédoine crémeuse et très douce ;
le « franciakremes », gâteau hyper-crémeux, comme son nom l’indique ;
le lit français, c’est celui qui contient deux places, amis pas trop éloignées, et où on peut faire l’amour « à la française »
le « francianegy » : « 4 français », espèce de quadrille
les cartes françaises
On peut signaler également la fenêtre française (qui équivaut à notre porte-fenêtre) et la clé française (qui équivaut à notre clé anglaise !)
On trouve quelques blagues directement liées aux stéréotypes relevés.
Exemples : « Est-ce que c’est vrai que les Français ne veulent parler que le français ?
-Non, mais c’est mieux s’ils n’essaient pas ! »
Ou encore : « en France, le meilleur endroit pour cacher un gros billet, c’est sous le savon ! »
Une catégorie de blagues bien particulière est celle des « histoires de Jean », dans lesquelles Jean est le valet français de « Uram » (« Monsieur » en hongrois). Ce sont des blagues populaires des années 30 (époque très troublée de la Hongrie) qui fonctionnent toutes selon un schéma à peu près identique : question de Uram // réponse de Jean, très souvent par oui/non // explication absurde et comique de Uram.
Exemple : « Jean, qui frappe à la porte ?
-Ce n’est que la pluie, Monsieur
-Alors dites-lui d’entrer, autrement elle sera trempée. »
Jean joue plutôt le rôle de « répondant » à Uram, sa concision et sa retenue contrastant avec le délire bavard de l’autre. Je pense donc que ces blagues visent plutôt à discréditer les parvenus, les « nouveaux riches » de l’époque plutôt que se moquer des Français.