Choses vues, ressenties, rencontres, photos prises pendant mon séjour à Budapest, en Hongrie, puis lors de mes nombreux voyages entre la France et la Hongrie.
Peut-être parce que la pension était toute rose, nous nous sommes levés assez tard le lendemain. Nous sommes retournés à Odorheiu Seculiesc / Székelyudvarhely (le roumain, c'est quand même vachement plus facile !) où nous avions dîné la veille au soir d'un généreux kebab. Précisons qu'il s'agit du lieu de naissance du grand-père de Ma Douce, tout de même ! Nous y avons tiré un peu d'argent et sommes partis sur la route des portails ...

Ces portails sont une des spécialités du pays sicule qui, je l'appris par la suite, en comporte bien d'autres. Comme vous pouvez le constater à l'extrême droite de la photo, ils se fabriquent toujours, et toujours sur le même modèle général, bien que la partie supérieure, sous le petit toit, serve de moins en moins de pigeonnier :

D'un portail à l'autre tout est identique ou presque, et pourtant tout est divers. Cela est probablement dû en partie aux variations induites par le degré d'usure du bois employé, qui noircit assez vite avec le temps.
Ces portails et les barrières qui les réunissent semblent montrer qu'en pays sicule "charbonnier est maître chez lui". D'ailleurs certaines inscriptions "personnalisées" sur les portails le disent clairement "Ami, si tu ne viens pas avec de bonnes intentions, tu peux passer ton chemin!" Est-il besoin de préciser que toutes ces inscriptions sont écrites en hongrois ? Et dans un hongrois peut-être plus "pur", plus "authentique" que le hongrois moderne parlé à Budapest ? En effet, il semble y avoir entre le hongrois de Siculie et le français de Montréal quelques similtudes, notamment dans la conservation vivante de tournures et de mots anciens, apparaissant comme des archaïsmes dans la langue originelle. Mais la situation géopolitique ne fut-elle pas à chaque fois celle d'une minorité très attachée à la représentation identitaire de sa langue ? Ajoutez à cela la réputation qu'a le Sicule de parler peu, et de ne pas "user" les mots pour ne rien dire ...
Nous arrivons ensuite dans un endroit comme j'en ai connu au Maroc et, dans une moindre mesure, à Madagascar. Il s'agit d'une station thermale abandonnée répondant au doux nom de Homoródfürdő. Dans un sous bois ombreux et humide, où c'est l'automne toute l'année, s'étagent de beaux chalets désertés, qui tombent lentement en ruines. Auprès de la source qui se trouve en contrebas, c'est une autre affaire : des hommes vigoureux, au teint fleuri, remplissent à la chaîne des bouteilles en plastique d'un litre et demi, en quantités industrielles. A nous qui en tenons chacun-e une, ils consentent à laisser la place pour une minute, ce dont nous les remercions. Cette eau est vraiment spéciale, et pas du tout appétissante avec sa couleur de rouille pâle et sa forte odeur de soufre. Mais il faut surmonter sa légère répugnance et la boire car elle semble souveraine contre les foies un peu chargés.
A nouveau nous pique niquons au bord d'un ruisseau, juste avant Lueta / Lövéte, mais seuls cette fois puisque ce n'est plus dimanche. Nous jouons à imaginer ce que nous ferions si un ours sortait de la forêt pour se désaltérer en cette chaude journée de mai ...

Puis nouvelle visite d'une église, unitarienne cette fois, à Craciunel / Homoródkarácsonyfalva (no comment !). Et voilà encore une "spécialité" de Transylvanie, l'église unitarienne (qui réunit des chrétiens refusant d'adorer la sainte Trinité) y ayant vu le jour officiellement vers 1570, à la suite de différents schismes ... non-violents, il est bon de le préciser alors qu'à l'autre bout de l'Europe se déroulait le massacre de la Saint Barthélémy ... Là encore des trésors, petits ou plus grands, sans grande valeur marchande, certes, mais d'autant plus précieux qu'il faut se donner la peine de les découvrir ...

un "sondage" sur un banc fait apparaître les décorations du 18ème ...
