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15 septembre 2022 4 15 /09 /septembre /2022 14:20

Je m'aperçois après coup, sans que je comprenne bien ni comment ni pourquoi, que j'ai oublié de vous parler de notre rencontre avec le Titan de la forêt alluviale du Gemenc ...

D'abord Gemenc = Baja, donc nous étions à Baja, charmante petite ville du sud de la Hongrie, située non loin de la frontière serbe. Cette ville offre en outre l'incommensurable avantage d'être le lieu de naissance de Ma Douce, et le lieu d'habitation de sa maman, d'où notre présence ...

Oui mais voilà à Baja AUSSI il faisait chaud, ce qui fait que mère et fille ont eu très envie d'aller se baigner dans le Danube. De mon côté, n'étant nullement adepte des jeux aquatiques, j'ai pris un bon bouquin et je me suis posé sur la plage. Une fois que ces dames eurent bien barboté, il était temps de déjeuner dans un bon petit restaurant situé non loin de là.

Qui en a parlé en premier ? Cela faisait-il partie du plan d'origine ? Toujours est-il que nous avons décidé, après le repas, d'aller rendre visite au Titan du Gemenc, ce que nous avions déjà projeté de faire plusieurs fois en d'autres circonstances.

Au début le sentier qui s'enfonçait dans la forêt était tout à fait agréable : herbe tendre, papillons joueurs, rais de lumière qui tombaient des arbres, un cadre vraiment enchanteur ! Nous avons atteint une grande maison forestière et c'est là que les choses se sont un peu gâtées. En effet, le sentier herbeux a laissé place à une piste couverte d'une épaisse poussière blanche, dans laquelle il n'était pas si facile de marcher :

ça c'est juste après le passage d'une camionnette qui emmenait des hommes au travail ...

Et cette partie du chemin nous a paru vraiment longue ... Heureusement qu'un peu d'air nous empêchait d'étouffer ... Alors nous avons continué bravement parce que nous voulions enfin le voir, ce Titan ! Heureusement le parcours était assez bien balisé et de temps en temps un panneau nous indiquait la voir à suivre :

"A NAGY FA" : les magyarophones auront compris !

Hé oui, le Titan c'est le nom qu'on donne à un grand arbre (nagy fa), le plus grand arbre de toute la forêt du Gemenc ! Alors bien sûr nous avons écarquillé les yeux, d'autant plus que nous commencions à être un peu fatigués ... Oh nous en avons vu, des grands arbres mais ce n'était jamais le bon parce qu'un autre panneau nous indiquait qu'il était encore un peu plus loin ... Finalement, finalement, tout au bout d'un long sentier très étroit :

Il fut là, splendide, royal, majestueux !!!

Et toute notre fatigue s'envola d'un seul coup ! Imaginez qu'à nous trois, en étendant bien les bras, nous n'arrivions même pas à couvrir la partie que l'on voit sur la photo ! Pour moi, je ne sais pas pourquoi, ce peuplier noir me fit penser à un château africain, dans le style des Dogon, mais j'admets que c'est peut-être pousser l'exotisme un peu loin ... Nous nous sommes approchés et de près également c'était tout à fait spectaculaire :

 

Nous l'avons caressé, lui avons parlé, je crois même qu'on a chanté, après tout ce n'est pas tous les jours que l'on a un Titan sous la main !

Et puis nous l'avons laissé là, dans la forêt du Gemenc, pleine de bruits et d'odeurs, pleine de mystère aussi :

Et nous sommes retournés à la civilisation, à la ville, à la bière bien fraîche !

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14 septembre 2022 3 14 /09 /septembre /2022 18:16

Les chaleurs féroces de Budapest ... Imaginez que certaines nuits il faisait plus de 35° dans la ville ! Quant au jour, je vous laisse imaginer ... Entre journées caniculaires et nuits qui ne l'étaient pas moins, ce fut donc un séjour un peu chaotique pour lequel je vais me contenter de vous livrer quelques images ...

Savez-vous de quoi il s'agit ? Cela ne vous rappelle rien ? Eh bien oui il s'agit de l'entrée principale du nouveau Musée d'Ethnographie ! Encore une fois une entrée dissimulée (cf le musée de Lausanne) qui donne un peu au visiteur le sentiment de se faire avaler par l'énormité du bâtiment.

Mais une fois qu'on a osé entrer dans le ventre de la "baleine", que d'espace ! On est tout d'abord accueilli par une immense maquette de Budapest :

Maquette d'autant plus intéressante que, grâce à des tablettes numériques (que vous pouvez voir au premier plan sur la photo), on peut obtenir des informations supplémentaires sur tel ou tel endroit de la capitale.

Le Városliget (ou "jardin de ville"), périmètre où se trouve le Musée et où foisonnent les projets comme la nouvelle Maison de la Musique, n'est bien sûr pas oublié :

Assez fascinant, ce tout petit musée à l'intérieur de son immense modèle ...

N'oublions pas que le Musée d'Ethnographie a été inauguré il y a peu et que beaucoup d'objets n'ont pas encore été déplacés de l'ancien musée (qui était magnifique lui aussi, dans le genre "palais du 19ème") au nouveau. On le sent bien avec tous ces espaces encore vides, même si d'autres sont bien (trop ?) remplis :

Une immense galerie vitrée emplie de poteries venant de toute la Hongrie, et même des différentes parties du monde (sauf que nous n'avons pas pu trouver une seule poterie de France !) longe un vaste escalier où il faut faire attention de ne pas se casser la figure (il paraît qu'il y a eu des accidents de personnes âgées aux premiers jours d'ouverture !) :

et ça fait haut quand même !

Après cette visite un peu souterraine tout de même (un de nos amis a dit qu'il se sentait comme dans le métro ...) nous avons émergé sur le fameux toit-terrasse ... qui se trouve en partie au niveau du sol !

Malgré la chaleur cela faisait du bien de retrouver un peu de "vraie" lumière ...

Et voilà on est sorti de la "baleine" et on a longé ses flancs pendant un grand moment parce que c'est une grande baleine ...

 

D'ailleurs on a peut-être mieux compris la présence de ces pixels, après notre visite. En effet la première interprétation, évidente, c'est la modernité mais si l'on y regarde de plus près on s'aperçoit que ces pixels reprennent des motifs de broderie ancienne, d'où l'alliance entre tradition et modernité. 

Quoi d'autre à Budapest, à part la chaleur, la famille, et les amis ?

Ah oui, nous avons fait une escapade "en amoureux" à Szentendre, petite ville d'artistes et de poètes que nous affectionnons particulièrement. Il s'agissait d'abord de trouver un peu de fraîcheur au bord du Danube :

ce qui fut fait !

Mais aussi de visiter une grande exposition d'Anna Mark, artiste de renom que nous avons la chance de connaître personnellement. Le lieu, un musée de la ville, est un peu caché et pas si facile à trouver. En plus, quand nous sommes arrivés nous avons eu affaire à une espèce de cerbère mal dégrossi qui avait vraiment l'air de se demander ce qu'on venait fiche là !

L'exposition elle-même était très belle, enfin je suppose parce que je dois avouer que j'ai un peu de mal avec les œuvres d'Anna. Comme il s'agissait d'une rétrospective, j'ai essayé de mesurer l'évolution de son art au fil du temps mais là non plus je ne peux pas dire que j'ai été très content de moi !

j'ai relevé plusieurs fois le mot "surréalisme" dans les textes d'accompagnement mais je l'ai cherché en vain dans les œuvres elles-mêmes ...

Ensuite, dans le soir qui commençait à tomber nous nous sommes promenés dans les rues de Szentendre et, croyez-moi, avant de retrouver l'agitation et la fureur de Budapest, cela faisait vraiment du bien !

De retour dans la capitale, je dois bien avouer que j'étais un peu terrassé, alors j'ai laissé Ma Douce et son papa aller à la découverte d'autres nouveautés, comme le Pénzmúzeum (ou "Musée de l'Argent") parce que Beau-Papa s'intéresse à l'histoire dont parlent ces médailles anciennes :

d'après ce qu'ils m'ont dit c'est archi-moderne et complètement interactif ...

Sur leur chemin ils ont découvert également, pas loin du Parlement, quelque chose d'assez étonnant et de très "historique", le Aranyvonat ou "Train d'or" :

Bien sûr cela commémore quelque chose, il n'y a qu'à remarquer les dates, mais quoi ? Qu'est-ce qui a bien pu se passer en 1038 tout d'abord, en 1938 ensuite ? En tout cas quelque chose de suffisamment important pour que l'on impose à deux figurants courageux de porter uniformes et houppelande par cette chaleur infernale !

Bien sûr cela commémore quelque chose, notamment les 900 ans de la mort de Saint Etienne, premier roi de la Hongrie, dont les reliques sont partis en voyage en 1938. Les Hongrois aiment à commémorer.

Et voilà que notre nouvel "été hongrois" est déjà presque fini ... Il y fait toujours chaud, comme le prouve cette photo de plage à Baja, où nous sommes redescendus avant de repartir pour la France :

il faut bien vous dire qu'en temps "normal" le Danube peut monter jusqu'aux arbres ...

Nous avions prévu de repartir un dimanche mais comme je ne me sentais pas très bien (nous avons compris un peu plus tard qu'il s'agissait probablement des premières atteintes du Covid) nous avons remis notre départ au lundi. Nous en avons profité, malgré une météo assez moyenne, pour emprunter le petit train touristique du Gemenc, la forêt alluviale toute proche de Baja, celle où nous avions découvert le "Titan" quelques jours auparavant (voir épisode suivant) :

Très pittoresque, ce petit train, avec ses banquettes en bois et sa machine à vapeur ! Il emmène ses passagers à travers la forêt, au milieu de laquelle nous louchons à force d'essayer de dénicher des bêtes sauvages. Heureusement des enclos existent, un pour des sangliers aux museaux étonnamment pointus, un autre pour des cervidés mollement allongés dans une prairie ... L'endroit de la gare est assez bien conçu, avec des salles d'exposition sur la faune locale ainsi qu'une très belle carte de Hongrie où figurent les différentes espèces d'arbres.

Mais voilà que la boucle était bouclée, et que l'Hexagone nous appelait. Alors une dernière image de train, qui rappelle un peu celle du musée de Lausanne, par où nous avons commencé ce voyage :

Szia everybody, so long, so long !

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7 septembre 2022 3 07 /09 /septembre /2022 23:12

Ainsi donc, en cet été 2022, nous avons traversé la frontière austro-hongroise au niveau de Kőszeg, parce que notre destination précise était Bükfürdő, station thermale bien connue des Hongrois (en hongrois "fürdő" veut dire "bain") .

Oui mais pourquoi justement là ? Il faut vous expliquer qu'au début des années 80 s'y est mis en place un système de "propriété coopérative", à mi-chemin entre la collectivité et l'individuel. De quoi s'agissait-il ? Les gens qui en avaient les moyens pouvaient acheter un "droit de jouissance" de 4 semaines par an pour un appartement situé dans un immeuble géré pour l'assemblée des propriétaires. C'est ce qu'a fait le papa de Ma Douce, et donc chaque année (mais pas toujours aux mêmes dates, il y a une rotation basse/haute saison) les membres de la famille ou des amis peuvent occuper pendant quelques jours un appartement complètement équipé, style "Appart/hôtel".

Voici l'entrée de l'immeuble : 

un rien socialiste tout de même !

C'est sûr que quand on entre, on est un peu surpris : de grands couloirs, des salles communes pour la télé, des salles de jeux pour les enfants, ... Mais quand on pénètre dans "sa" chambre, on ne peut qu'être satisfait par la grandeur des pièces, l'équipement et le calme, le calme surtout si nécessaire après tous ces jours de visites, d'agitation et d'autoroutes ! Mais quoi faire à Bükfürdő ? Bien sûr il y a les bains, qui étaient complètement en travaux et presque inatteignables. Il y a un petit train touristique qui ne désemplit pas. Il y a des petites voitures à pédales :

Il y a le cabinet de l'esthéticienne, pour lequel il faut prendre rendez-vous bien longtemps à l'avance. Bref, ce n'est pas le tout d'être à Bük, il faut aussi s'y occuper ! Pour notre part, délaissant la grande attraction des bains, nous nous sommes contentés d'une "sószoba", c'est-à-dire d'une "chambre à sel" :

On y reste une demi-heure, à respirer des vapeurs supposées bénéfiques, et c'est censé améliorer les problèmes respiratoires. Honnêtement on n'a pas trop vu la différence entre "avant" et "après", peut-être qu'il faudrait faire une cure ?

Alors on s'est baladé à la découverte de la région... Nous sommes allés à Sopron tout d'abord, pour revoir un ami et sa famille. Sur la route nous nous sommes arrêtés à Sopronhorpács, parce qu'il y avait une petite église romane, avec de la jolie pierre :

Le lendemain nous avons décidé d'explorer les alentours du lac Fertő (Neusiedler See en allemand et patrimoine mondial!), situé à cheval entre l'Autriche et la Hongrie. Au bord d'une toute petite route (où nous avons cherché en vain d'anciens miradors) nous avons fait une rencontre assez étonnante, celle d'une dame qui tenait un stand de produits locaux, à peu près au milieu de nulle part :

A gauche, du vin et du miel, à droite des fruits : raisins, ... Au fond la petite maison ...

Elle était toute gentille, cette dame, et toute contente de discuter avec du monde ! Peut-être que cela ne lui arrive pas tous les jours ... En plus on lui acheté plein de choses : une bouteille de vin rouge (le vin de Sopron est assez réputé), un pot de miel, du raisin, et aussi une crème de pépins de raisin dont Ma Douce pensait le plus grand bien. Nul doute qu'elle avait bien gagné sa journée ! Elle nous a donné le conseil d'aller visiter Ruszt ou Rust, en Autriche, que nous ne connaissions pas ...

Alors nous avons continué notre route ... Elle nous a d'abord menés jusqu'aux grandes carrières de Fertőrákos qui nous ont rappelé les carrières de tuffeau aux environs de Saumur.

Ces carrières (comme celles de tuffeau d'ailleurs) semblent aujourd'hui abandonnées et ne plus servir qu'au divertissement de touristes comme nous. Un concert de rock s'y préparait cependant mais un cerbère nous a empêchés de l'approcher ... On nous avait promis également le fameux "pique-nique pan-européen" qui s'était tenu là en août 1989, préfigurant la chute du Mur. Mais ou bien c'était un attrape-gogo ou bien nous avons mal compris car voilà tout ce que nous avons trouvé sur le chemin qui faisait le tour des carrières :

Le pique-nique paneuropéen s'était tenu plus loin, et ce ne fut pas si évident de découvrir ce lieu de mémoire ... Nous sommes donc arrivés à la frontière autrichienne, la première qui fut ouverte en 1989 :

Au fond, à gauche, il y avait une petite cahute où se tenaient deux garde-frontières ...

Il faisait très chaud : peut-être est-ce pour cela qu'il y avait si peu de monde ? Nous l'avons déjà remarqué ailleurs : les vestiges du bloc communiste n'attirent pas les foules ...

C'est pourtant assez bien présenté : des restes de fil barbelé, un bout du "vrai mur" de Berlin :

une grande esplanade avec un grand monument

et puis un centre de documentation (où il faisait frais) assez bien fait. Il y avait en particulier une exposition photos des plus parlantes :

il y avait aussi des passeports paneuropéens qu'on pouvait emporter ...

Il ne nous restait qu'à suivre le pourtour du lac pour arriver à Ruszt ... Nous avons croisé une cigogne :

Pourquoi est-ce qu'on aime tant les cigognes ? A cause des bébés qu'elles apportent ? De la façon dont elles marchent ? Dont elles volent ? A chaque fois qu'on en voit une, c'est une émotion ... On a le sentiment d'une rencontre exceptionnelle, genre de celles qui vous portent chance ... Pourtant ce n'est pas très beau, une cigogne, même si on peut lui reconnaître une certaine classe, à cause de son frac noir et blanc. Et puis l'avez-vous déjà entendue "chanter" ? Une horreur ! La pie à côté c'est du Caruso ... Oui mais voilà, les bébés ...

Ce que nous ne savions pas c'est que Ruszt est la "capitale des cigognes". Il y en partout ! Dans les prés :

Du jamais-vu : un "troupeau" d'une vingtaine de cigognes !

Mais aussi sur pratiquement chaque cheminée de la ville :

et quelquefois on y est à l'étroit !

Tout cela très typique, très bien conservé, même les merdes de cigognes ... Plein de jolies maisons anciennes, de rues pavées, de places qui ne le sont pas moins ...

Après toutes ces émotions (et un verre de bière bien fraîche), nous sommes rentrés à la maison ...

Le lendemain nous avons décidé d'aller à Szombathely. C'est une ville historique (Saint Martin y est né au temps de la Pannonie), et ce n'était pas loin.

Il y avait un vent terrible à Szombathely, à tel point que complètement étourdis nous avons dû nous réfugier dans la voiture pour manger nos œufs durs ! Et puis il faut bien le dire : le début fut un peu décevant. Eglise fermée, lieu d'information fermé, grandes avenues tempêtueuses à angles droits, nous étions loin du charme de Ruszt !

la statue représente Saint Martin, ex-soldat romain, en train de baptiser sa mère

Mais heureusement, en tant que voyageurs expérimentés, nous ne nous sommes pas découragés et, les œufs durs nous ayant requinqués, nous avons poursuivi notre exploration ... Et bien nous en a pris car la suite fut bien meilleure ! Nous avons d'abord visité le palais de l'évêque, guidés par un jeune homme qui semblait prendre sa mission à cœur ! Beaucoup de magnificence dans les décors, les objets, les collections ... Ce qui m'a le plus frappé c'est un salon où l'évêque recevait ses invités au milieu de murs couverts de gravures représentant Rome :

mais certaines d'entre elles étaient un peu "lestes" ...

Et puis ce fut, je pense, le "clou" de notre visite à Szombathely, nous avons découvert le musée appelé "Iseum" :

Un très beau musée, dont le nom vient de celui d'Isis, parce que c'est là que fut découvert le plus grand sanctuaire dédié à une divinité égyptienne en Hongrie. Le temple enserré par les autres bâtiments n'est qu'une réplique assez bien faite. Et une fois de plus, nous qui avons la chance de voyager nous sommes frappés par le syncrétisme, l'interpénétration des religions, des peuples et des cultures alors que tant d'autres aujourd'hui voudraient les étiqueter, les cloisonner, les "parquer" en quelque sorte ...

Vue prise depuis l'entrée du temple : à droite la synagogue et le musée d'art moderne ...

Puis ce fut la fermeture et le soir qui tombait déjà ... N'oublions pas qu'à l'est les jours sont beaucoup plus courts ! Avant de quitter Szombathely nous avons pu admirer la "tűztorony" (la tour de feu) qui servait probablement à alerter la population en cas d'incendie :

Et c'est ainsi que se sont terminés notre séjour à Bük, et la découverte de ses environs ...

Il était temps d'affronter Budapest et ses chaleurs féroces !

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1 septembre 2022 4 01 /09 /septembre /2022 21:04

Toujours plus vers l'Est : les journées raccourcissaient et nous nous rapprochions du pays magyar ... Il nous restait cependant quelques centaines de kilomètres à parcourir en terres autrichiennes. 

Pour cette troisième nuit, nous avons dormi dans un hôtel sans rien de notable, si ce n'est que tout le personnel était malade ... Nous avons donc été reçus par un vieux monsieur un peu ronchon, et bien sûr le restaurant était fermé ! Nous sommes donc allés en face : et là, même s'il n'y avait pas de restaurant non plus, nous avons été très bien reçus par un monsieur très distingué et un peu ivre, qui nous a conseillé un endroit où manger ... et nous a fait goûter sa pálinka (Schnapps) de poire.

l'établissement du monsieur distingué

Et même si l'endroit était un peu glauque, nous y avons finalement très bien mangé, servis par un patron tatoué, très fier de son "escalope viennoise", excellente au demeurant, et de son "petit vin" maison, un peu râpeux cependant ...

Et puis, le lendemain, la route et les montagnes à nouveau ...

sont-ce bien des glaciers à l'horizon ?

La route, encore et toujours ... Oui mais des fois vous en avez un peu assez de rouler, vous aimeriez bien vous arrêter, au bord d'un ruisseau, pour sortir le pique-nique et casser une petite graine à l'ombre ... Eh bien figurez-vous que dans la vallée autrichienne que nous avons suivie ce n'était pas si évident. Oh la petite rivière était là, certes (autrement il n'y aurait pas eu de vallée) mais toujours lointaine, et surtout sans chemin pour la rejoindre ... Et puis après avoir vu la ligne d'arbres signalant la rivière se rapprocher et s'éloigner vingt fois nous avons enfin trouvé une petite route qui y menait. Première déception : au niveau du pont des travaux, des engins bruyants et poussiéreux ... Qu'à cela ne tienne ! Allons un peu plus loin, tiens au bord de cette piste cyclable là, juste un petit coin à l'ombre ...

vous les voyez, les engins au fond ? et notre fidèle coursier au premier plan ?

Eh bien, sans mentir, nous avons dû rester vingt ou trente minutes au bord de cette petite route, et nous avons vu passer de tout : des vélos de toutes sortes, bien sûr, mais aussi des véhicules de toutes tailles, jusqu'au semi-remorque, mais aussi des avions et des hélicoptères ... Ma parole, on aurait dit que la moitié de l'Autriche s'était donné rendez-vous dans notre petit coin tranquille ...

Alors nous sommes repartis, hilares, en direction de la Hongrie ... Un peu avant de traverser la frontière, nous nous sommes arrêtés à  Kirchschlag in der Bucklingen Welt. Je sais, dit comme ça, ça fait un peu peur mais en fait il s'agissait d'une mignonne petite ville avec tout ce qu'il fallait où il fallait :

un jardin mystérieux

une église archi-gothico-baroque

 

un calvaire haut-perché

 

des ruines bienveillantes ...

Et l'instant d'après nous étions en Hongrie, au niveau de Kőszeg ... mais là c'est une autre histoire qui commence !

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31 août 2022 3 31 /08 /août /2022 14:36

Après notre douce nuit germanique nous avons donc replongé dans la douceur helvétique, direction Zurich ... Là encore, Ma Douce avait une idée derrière la tête ... Nous nous sommes garés dans le centre ancien, et nous avons découvert le curieux fonctionnement des parcmètres zurichois. Imaginez que sur le bord du trottoir vous avez des emplacements numérotés, de 1 à 4 par exemple, et qu'un peu plus loin vous avez une série de 4 parcmètres, chacun correspondant à un emplacement. Dit comme ça, cela paraît assez simple mais on a un mis un moment à comprendre comment ça marchait. A la fin on était tellement content d'avoir compris qu'on est parti en laissant la vitre du passager avant grande ouverte ! Quand on est revenu de notre balade la voiture clignotait de son mieux mais rien n'avait bougé à l'intérieur ! Grande émotion tout de même !

Comme à notre habitude nous avons commencé par la découverte d'un musée, le Musée National Suisse :

Qu'est-ce que vous dites de ça ? Un musée ancien plein de fenêtres et d'ouvertures auquel on a rajouté une extension quasi-hermétique ! La tendance se confirme ... Et c'est encore plus frappant vu de côté :

L'entrée, bien sûr, se fait par l'intérieur du "vieux" musée mais nous n'avions pas le temps d'aller jusque là. Nous avons préféré marcher en direction de la vieille ville et, une fois passée l'immense gare centrale, c'était tout à fait charmant. C'est si bon de déambuler dans une ville inconnue, et de glaner ici et là des images qui vous parlent, et vous rappellent autre chose :

Ici, sur un bâtiment administratif plutôt austère, cette scène d'enseignement que n'aurait pas reniée, je pense, un artiste socialiste-réaliste.

Là une promenade à arcades le long d'une rivière, qui nous a aussitôt rappelé un endroit similaire à Ljubljana ... Et c'est ainsi que peu à peu tout bon voyageur se construit son monde intérieur, fait de clins d'œil et de rapprochements, et qui n'appartient qu'à lui-même ...

Mais cette idée derrière la tête ?, me direz-vous. Nous y venons, nous y venons ... Après avoir récupéré notre voiture miraculeusement intacte (merci les Zurichoises et les Zurichois !) nous nous sommes dirigés vers le sud de la ville pour découvrir ceci :

Vous l'avez reconnu ? Ces couleurs franches ? ces volumes audacieux ? ce béton brut qui est devenu sa marque de fabrique ? Eh oui, c'est (encore) du Le Corbusier, dit Corbu ... Il ne faut pas oublier que le Grand Homme était Suisse, et que c'est peut-être à ce titre qu'il a "sévi" dans plusieurs endroits de la Confédération ...

Nous sommes restés un bon moment dans ce bâtiment, l'explorant dans tous ses volumes et ses recoins. Nous y avons retrouvé bon nombre des marques qui signalent Corbu : passerelles, portes "maritimes", toit-terrasse, ...

Et cependant nous étions bien d'accord : quelque chose ne "collait" pas ... Dans certains angles, certains volumes on retrouvait une autre patte que celle du Maître. L'explication était assez simple : le Pavillon a été achevé en 1967, soit 4 ans après la mort de l'architecte. Et il est tout à fait clair pour nous qu'il s'agit d'un lieu d'exhibition, destiné à présenter l'œuvre de Corbu plutôt qu'une œuvre de Corbu lui-même ... ce qui ne l'empêche pas d'être tout à fait intéressant à visiter !

Et voilà qu'il était temps d'aller vers le Liechtenstein, et Vaduz, sa capitale ! Cette fois c'était mon rêve à moi qui se concrétisait : depuis tout petit j'avais très envie de découvrir ce tout petit pays ! On a eu un peu de mal à le trouver d'ailleurs, vu qu'il n'est pas très bien indiqué (pour vivre heureux vivons cachés ?) mais tout de même on a passé un pont et hop ! on y était !

voyez comme je suis content !

Oui mais ... que dire du Liechtenstein ? Comme vous l'avez sûrement deviné nous y avons visité un autre musée, tout aussi hermétique que les autres ... De très grands espaces, d'interminables escaliers, et des jeux de lumière assez intéressants :

Mais à part ça ? C'est petit, certes, c'est propre, et les gens ont l'air assez cool, plutôt prospères ... Ah oui, c'est montagneux aussi, bordé par la Suisse d'un côté et par l'Autriche de l'autre ... Mais à part ça ?

une manière de nous dire d'affûter notre regard ?

Et nous sommes repartis pour dormir en Autriche, parce qu'il y avait encore beaucoup de kilomètres à faire pour atteindre la Hongrie ...

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30 août 2022 2 30 /08 /août /2022 14:08

Nous avons donc quitté Lausanne en douceur. C'est peut-être le maître-mot que nous retiendrons de notre passage en Suisse, "douceur", dans la conduite sur l'autoroute, dans les paysages, dans les sourires et les attitudes de gens, cela semble une constante et cela fait du bien !

Douceur de vivre au bord du beau lac Léman ...

Au bord du lac, nous retrouvons une disposition que nous connaissons déjà par ailleurs, au bord du lac Balaton en particulier, mais aussi au bord de celui de Constance, et peut-être au bord de tous les lacs du monde :

De bas en haut : le lac, la voie ferrée, la route, et enfin les coteaux ...

Le coteau lui-même est très joli, très propre, très soigné, très "suisse" en quelque sorte ...

Ah tiens, la voie ferrée est passée de l'autre côté !

Et puis, cela fait partie de mon rôle de copilote, j'ai signalé à ma pilote un panneau "Le Corbusier" : c'est tout juste si elle n'a pas pilé au milieu de la route ! De quoi s'agissait-il au juste ? Nous avons découvert la villa "Le Lac" posée au bord de l'eau et dont les formes ne laissaient guère de doutes quant à leur auteur :

Modeste, mais typique de Corbu ...

Comme la villa était fermée, nous en avons fait le tour comme nous avons pu, nous transformant en paparazzi de l'architecture moderniste :

"Douceur" disais-je en parlant de la Suisse. Certes, sauf pour ce qui concerne une chose : les prix ! Comme l'après-midi devenait soirée il était temps de nous mettre à la recherche d'un logement sur "booking.com", et nous avons vite compris que les hôtels suisses étaient bien au-dessus de nos moyens ! Que faire ? C'est dans ces circonstances que le voyageur doit se montrer ingénieux pour ne pas grever son budget : comme l'Allemagne n'était pas si loin au nord, nous avons donc décidé de passer la nuit là-bas, juste après le Rhin. C'est ainsi que nous avons dormi à Laufenburg :

En fait il y a deux Laufenburg : l'un en Suisse, l'autre en Allemagne qui est au fond de la photo ci-dessus. Nous avons dormi tout en haut d'un hôtel tout-à-fait charmant, avec un grand balcon donnant sur le Rhin. Nul doute qu'en Suisse, juste de l'autre côté du fleuve, la même chose nous aurait coûté "la peau des fesses" ! En plus, comme nous étions toujours le 1er août, pendant que nous dînions sur une terrasse côté allemand nous avons pu bénéficier des flons-flons de la fête nationale qui se déroulait en face ... Bien joué, non ?

Le réveil fut absolument romantique ...

 

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29 août 2022 1 29 /08 /août /2022 13:21

Après Ornans, après avoir acheté la fameuse vignette autoroutière à la frontière suisse, nous nous sommes dirigés vers Lausanne et le lac Léman.

Pourquoi Lausanne ? Ma Douce, qui est passionnée de photo et d'architecture, avait ouï dire qu'un nouveau musée venait d'y être inauguré, et qu'on en disait le plus grand bien ... Quant à moi, c'est un doux souvenir d'enfance que cela me rappelait : celui d'une vieille dame incroyablement laide, mais aussi très riche et très gentille ...

voici l'entrée du musée ...

et voici un de ses côtés ...

Et c'est une tendance que nous allons retrouver plusieurs fois au cours de notre voyage : le musée d'aujourd'hui semble devoir être un lieu clos sur lui-même, dans lequel la lumière naturelle n'entre qu'avec parcimonie. Cela se comprend puisqu'il s'agit de préserver les œuvres, surtout quand il s'agit de peintures ou de photographies. L'intérieur n'est pas moins étonnant :

 

Mais on s'y sent plutôt bien, surtout avec la chaleur qu'il fait au-dehors ! Une jeune fille à l'accueil nous apprend qu'aujourd'hui 1er août c'est la fête nationale helvétique et qu'en conséquence l'entrée de tous les musées est gratuite. Elle a un peu plus de mal à nous expliquer ce qui s'est passé lors de ce fameux "premier premier août", on finit par comprendre qu'à un moment du 13ème siècle c'est à cette date que 3 cantons se sont réunis, formant ainsi le début de la Confédération. Plutôt discrets sur le sujet, les Suisses : en cherchant bien on peut remarquer un drapeau par ci par là, mais rien à voir avec la marée tricolore que nous connaissons bien !

Comme le musée est situé tout près de la gare centrale, la 1ère expo est consacrée aux trains.

Ceci est une photo prise depuis une fenêtre du musée ... C'est ça qui est bien avec les Suisses : on n'a pas trop à se creuser la tête pour comprendre le pourquoi du comment ... Des trains dehors donc, mais aussi des trains dedans :

 

en photo

 

en vidéo

et même en sculpture rigolote !

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15 août 2022 1 15 /08 /août /2022 17:52

Cette fois, au diable l’avarice, nous avons décidé de transiter par la Suisse, ce qui veut dire acheter une vignette d’une quarantaine d’euros … valable pendant un an ! Ce n’est donc pas tant la somme qui fait peur que le fait de payer pour tous ces jours où la vignette ne nous sera d’aucune utilité … sauf pour le retour que, bien sûr, nous prévoyons de faire via la Suisse … Pas fous, ces Helvétiques !

Mais tout d’abord Besançon. Voilà une ville bien étrange : on arrive cerné de murailles et de redoutes en tous genres, probablement vaubanesques. Et la chaleur ne faisait rien pour alléger cette impression d’étouffement. Nous sommes allés droit au musée des Beaux-Arts, qui est assez remarquable. Imaginez la « coquille » d’un bâtiment classique du 18ème et, logé à l’intérieur, un assemblage d’espaces en béton brut, tout à fait ingénieusement disposés.

vous voyez ce que je veux dire ?

Cela autorise un parcours tout à fait surprenant, ponctué de découvertes et de recoins ...

 

 

Il y avait même un petit garçon qui s'était perdu ... mais heureusement la maman a été assez vite retrouvée !

Ensuite nous avons traversé la "vieille" ville de Besançon, malgré la chaleur intense, car nous avions appris qu'à l'autre bout il y avait une "Porte Noire" ! Bien sûr cela nous a rappelé la Porta Nigra de Trier, en Allemagne, que nous aimons beaucoup et nous avions hâte de faire la comparaison. C'est curieux, celle de Besançon, pourtant très belle et très antique, est à peine signalée ...

Bien sûr, rien à voir avec la "masse" de celle de Trier mais quand on s'approche un peu ...

Et encore un peu ...

Pas mal tout de même, non ? Maintenant pourquoi s'appelle-t-elle "nigra" alors qu'elle est toute blanche ? Mystère ...

Pour cette première journée nous avons prévu de dormir à Ornans, ville natale de Courbet. Et c'est vrai que c'est joli, Ornans, même s'il était bien difficile, en ce dimanche 31 juillet, d'y trouver quelque chose à manger ...

 

Village au fond de la vallée (air connu)

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17 juin 2022 5 17 /06 /juin /2022 10:34

Pour tenter de répondre à cette question énigmatique, je vais m'appuyer essentiellement sur les travaux de Balázs Ablonczy, ancien directeur de l'Institut Hongrois de Paris et historien, bien connu désormais, de la Hongrie au XXème siècle. Un livre de lui "Vers l'est, Magyar !" est paru aux éditions de l'EHESS en 2016, et il a donné plusieurs conférences sur le sujet ; j'ai eu la chance d'assister à l'une d'entre elles.

Comme l'indique le titre du livre d'Ablonczy, le touranisme a le regard tourné vers le levant : pourquoi ? Si l'on veut faire simple, on dira qu'il s'agit ici d'une recherche des origines, et que le "Touran", situé quelque part en Asie Centrale, serait le lieu d'où seraient venues les premières tribus magyares ...

J'ai déjà écrit sur la perception du temps chez les Hongrois, qui me paraît assez différente de celle des Français (voir par exemple l'article "Empilements et sédimentations") mais il est évident, quand on y réfléchit un peu, que celle de l'espace, étant donné la situation bien particulière de la Hongrie, ne peut que différer de la nôtre également.

En effet, la France se situe à l'extrémité occidentale de l'Europe, adossée à sa façade maritime : dans le pire des cas elle peut donc être conçue comme un cul-de-sac qu'il faudrait prémunir contre l'invasion des "barbares" venus de pays lointains. Regardez ce qui se passe à Calais et ailleurs, sur la côte qui fait face à l'Angleterre. Mais si l'on prend un peu de hauteur on réalise que ce pays occupe une position vraiment enviable et qu'il est suffisamment grand et fort pour "digérer" tous les barbares, d'où qu'ils viennent ...

Ce n'est pas le cas de la Hongrie, à qui le traité de Trianon de 1920 a laissé une place plutôt modeste et qui, située au beau milieu de l'Europe Centrale, semble bien inconfortable et ouverte à tous les vents ... Et puisque l'on parle de vents, savez-vous qu'en Hongrie il est pratiquement impossible de prévoir le temps en regardant la direction que suivent les nuages ? Chez nous c'est assez simple : l'ouest est mouillé, l'est est sec, le nord est froid, le sud est chaud. Et Ma Douce est toujours un peu surprise quand je lui dis : "Tiens, le vent souffle du sud-ouest, ça sent la pluie." Rien de tel là-bas, les nuages tournent, vont et viennent, et d'ailleurs je crois que les Hongrois ne se hasardent pas à chercher de réponse dans le ciel, mais se contentent plutôt du bulletin météo ...

Et les vents de l'Histoire, eux, ont éparpillé les Hongrois un peu partout dans les pays voisins : Slovénie, Croatie, Serbie, Roumanie, Ukraine, Slovaquie, Autriche ... ce ne sont pas les frontières qui manquent même si elles ont toutes ce côté poreux, subsistance de l'empire austro-hongrois ... Et pourtant la Hongrie m'apparaît quelquefois comme une île. D'ailleurs ne dit-on pas que le hongrois forme un "îlot linguistique" ? Oh c'est si difficile, le hongrois, si particulier, et les Hongrois en sont tellement fiers ...

Mais je m'aperçois que je m'égare ... Même si pour moi tout est lié : les sédiments, les nuages dans le ciel, le "Touran"...

Quelle drôle de position que celle de la Hongrie ! Si on regarde une carte de l'Europe centrale, on s'aperçoit que l'Autriche et la Hongrie en forment le cœur. Et pourtant après le dépècement de l'Empire leurs destins furent bien différents : est-ce à cause du cousinage germanique ? Tout bêtement parce que l'Autriche est bordée de montagnes qui la protègent ? Toujours est-il que cela n'a rien à voir avec la Hongrie, posée là comme un beau fromage qu'on a parcouru de long en large et dont on a plus que grignoté les bords. Après l'occupation de la monarchie autrichienne, après celles des nazis, des communistes, la Hongrie s'est retrouvée seule, obligée de se faire une place parmi les nations. Et quoi de mieux pour cela que de se trouver et de présenter des racines ? Il faut montrer que nous aussi on vient de loin, que nous aussi on a un passé glorieux et que surtout il nous est propre, que c'est bien le nôtre !

C'est, me semble-t-il, ce qui peut expliquer (du moins en partie) l'apparition et le succès (relatif) du touranisme. Car de quoi s'agit-il, en fait ? De choisir entre l'Ouest et l'Est, tout simplement. Ce fut le cas au moment de la monarchie austro-hongroise (la naissance du touranisme peut être datée de la première moitié du dix-neuvième siècle), après la première guerre mondiale (la "claque" du Trianon, orchestrée par les vainqueurs occidentaux, est encore ressentie par certains aujourd'hui) et encore après la seconde quand, après une occupation communiste de 40 ans et après le "changement" de 1990, libérée du "grand frère" complètement disqualifié, la Hongrie s'est tournée vers "l'Ouest". Ou peut-être est-ce l'Ouest qui s'est rué sur la Hongrie ? Toujours est-il qu'à en croire beaucoup de gens ce fut une vraie curée ...

L'économie de marché, dans laquelle TOUT peut se vendre et s'acheter, fut en effet l'objet d'une brève mais furieuse mêlée : démantèlement des services publics, subventions détournées, projets pharaoniques abandonnés une fois certaines poches bien remplies, chômage, prostitution, ... la liste n'est pas close, loin de là. Alors l'Ouest, un modèle à suivre ? Et ainsi devrait-on admettre sans discuter la parenté entre les langues finnoise et hongroise ? Pas question pourtant de retourner se blottir dans les bras de "l'Ours", de peur qu'il nous écrase ! Donc il reste un horizon lointain, celui des steppes d'Asie Centrale, qui ressemblent tellement à notre puszta. Celui du Touran ...

Voilà, je ne sais pas si je vous ai beaucoup éclairé sur le touranisme ... lisez le bouquin d'Ablonczy, lui est vraiment éclairant !

 

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8 juin 2022 3 08 /06 /juin /2022 14:55

Ainsi, ce n'est pas la Hongrie d'Orban, encore moins la Hongrie avec Orban, et l'emploi du "sous" dans le titre n'est évidemment pas dû au hasard ...

Un petit livre donc ... de 220 pages. C'est qu'il ne m'a pas tellement paru "petit" par sa taille, mais davantage par sa ... modestie ? Point de diatribes enflammées (comme on aurait pu le craindre en lisant le titre) mais un compte-rendu qui se veut honnête de ce qu'est la vie en Hongrie aujourd'hui. Certes les auteurs ne sont point "pro-Fidesz" et encore moins "pro-Orbán", mais cela ne les empêche pas de donner la parole et d'écouter celles et ceux qui se sentent bien en Hongrie, et qui se sentent bien d'être Hongrois(e)s.  

La construction du livre est assez simple et originale, on y trouve une petite vingtaine de textes signés de plusieurs auteurs : Corentin Léotard, Hélène Bienvenu, Joël Le Pavous, Daniel Psenny, Thomas Laffitte, Jehan Paumero. Ces textes nous parlent de lieux, d'époques et de paysages différents et le tout fonctionne donc un peu comme une "lanterne magique" dans laquelle on ferait défiler des images hautes en couleurs ...

Quelques exemples ?

"Un soir de septembre 2015, à la Gare de l'Est" (texte de Corentin Léotard) nous emmène à la rencontre des milliers de réfugiés qui se sont installés là en attendant un hypothétique passage vers l'ouest. Un moment où la Hongrie est devenue quasiment le centre du monde ... Afflux par le sud, la Serbie en particulier, blocage vers le nord, Angela Merkel demandant aux autorités hongroises de continuer à "faire du bon travail", l'engorgement est inévitable et ils sont des dizaines de milliers qui campent là, en attendant un transport vers l'Allemagne ... Finalement ce seront quatre cent mille personnes qui traverseront la Hongrie, de la frontière croate jusqu'à l'Autriche ... Avez-vous le film "La Lune de Jupiter" , de Kornél Mundruczó, sorti en 2017 ? 

"La nuit où Robika, 5 ans, a été assassiné" (texte d'Hélène Bienvenu et Corentin Léotard)nous fait découvrir Tatárszentgyörgy, bourgade de deux mille habitants au sud de Budapest. C'est là qu'ont sévi des racistes d'extrême-droite désireux de déclencher une guerre ethnique entre Roms et Hongrois. Ils s'en sont donc pris aux Roms, c'est plus facile, en espérant les pousser à l'exaspération. D'ailleurs il faut voir le film Csak a szél (Juste le vent) de Benedik Fliegauf, inspiré par ces événements sanglants. Un cocktail molotov lancé par une fenêtre, le feu, la fuite hors de la maison, les coups de feu trop faciles, deux morts, une blessée grave. Deux autres morts encore avant que le commando ne soit arrêté. Au procès de 2013, les assassins seront condamnés à la perpétuité.

Dans le chapitre suivant (texte d'Hélène Bienvenu et Joël Le Pavous) nous faisons connaissance avec Kübekháza, petit village collé aux frontières serbe et roumaine, au sud de la Grande Plaine. Son maire est présenté comme un "expert en appels d'offres européens". Il est aussi un critique acharné de la politique gouvernementale. Il faut dire que le village a été recouvert de barbelés côté serbe dès septembre 2015. C'est non loin de là que s'élève un monument baptisé Triplex Confinum pour marquer la séparation entre trois Etats qui, jusqu'au traité de Trianon de 1920, n'en formaient qu'un seul. Je suis passé par là, et j'en ai retiré un petit article intitulé : "Un même paysage, trois pays".

Plus loin encore, nous voilà à Piskó (texte de Corentin Léotard) où on a voté à 100% pour Orbán aux élections européennes de mai 2019. La maire appartient à Lungo Drom, la principale organisation politique rom en Hongrie. De toutes façons, nous dit Corentin Léotard, l'auteur de l'article, "les dix villages les plus pauvres de Hongrie ont en moyenne voté à 94 % pour le Fidesz. Comment expliquer cela ? Clientélisme bien sûr, mais pas seulement : le fait est que les plus misérables se sentent un peu moins méprisés qu'ils ne l'étaient au temps de socialistes. Grâce aux emplois communaux subventionnés (közmunka) la survie est plus facile et permet même de faire des projets pour l'avenir ...

Autre lieu, autre ambiance : c'est ensuite à Borsodbóta (texte de Joël Le Pavous) que nous rencontrons le "tout dernier édile communiste de Hongrie", réélu huit fois depuis la chute du régime soviétique. Non loin d'Ózd et de Miskolc, au nord-est de la Hongrie, cette région a été dévastée par la fermeture des mines et la disparition de la métallurgie. Mais là encore c'est grâce aux fonds structurels européens, et à l'habileté du maire pour les solliciter, que le village n'a pas complètement périclité.

Après un petit tour par Magyardombegyház, le "village du fromage" où les femmes se retroussent les manches (texte d'Hélène Bienvenu) non loin de la frontière roumaine, un texte de Daniel Psenny nous raconte l'histoire de Gaudiopolis, la "République des enfants". Cela se passe en 1944, dans Budapest occupée par les nazis. Dans les ruines de la ville errent des centaines d'orphelins et d'enfants perdus. Pour eux le pasteur Gábor Sztehlo va mettre en place un refuge qui prendra peu après ce beau nom. Là encore j'ai moi aussi écrit un article au sujet de cette expérience étonnante : http://budablog.over-blog.com/2020/11/gaudiopolis-la-republique-des-enfants.html 

Je ne reprendrai donc pas ici cette histoire magnifique, je vous la signale juste pour vous montrer la diversité des sujets abordés dans ce livre ...

Puis, grâce à Thomas Laffitte, nous faisons connaissance avec Katalin Sommer, une "survivante" de la guerre comme il en reste maintenant très peu. Petite fille juive, elle a échappé à une des fusillades des bords du Danube, perpétrées par les Croix-Fléchées, cette organisation paramilitaire qui s'est rendue coupable de nombreux massacres pendant la guerre. Quelle fut la responsabilité du gouvernement hongrois dans tout cela, et en particulier dans la Shoah, qui vit déporter plus de quatre cent mille Juifs en à peine quatre mois ? C'est une question qui reste sensible, et ce n'est pas l'attitude révisionniste actuelle, qui présente la Hongrie comme une innocente victime des méchants nazis, qui va permettre de la trancher ... Pour en revenir à Katalin, elle m'a plusieurs fois rappelé notre vieille amie Judit, dans sa détermination à vivre envers et contre tout ...

La question de la place des Juifs dans la Hongrie actuelle est abordée dans le texte suivant(de Corentin Léotard), axé sur les tensions au sein de la communauté juive, entre "néologues" et "orthodoxes". Une communauté estimée aujourd'hui à cent mille personnes, ce qui en fait la plus importante d'Europe Centrale. Des tensions donc, qui sont bien résumées dans une phrase de András Heisler, président du Mazsihisz, le mouvement néologue : "nous sommes des Hongrois de religion juive. Les Habad, eux, sont exclusivement juifs." Les Habad-Loubavitch, vous l'aurez deviné, ce sont les "orthodoxes" ! Mais où en est l'antisémitisme en Hongrie ? Pas si facile de répondre à cette question, en raison de signaux contradictoires ...

Savez-vous que les Turcs ont occupé la Hongrie pendant plus de cent cinquante ans ? Parmi les épisodes de cette période cruelle se situe le siège de Szigetvár, pendant lequel les deux mille cinq cents hommes du comte Zrínyi ont fait face aux cent mille hommes de Soliman le Magnifique(texte d'Hélène Bienvenu et Corentin Léotard). Là encore l'attitude du gouvernement hongrois peut étonner : déjà en 1994 un parc de l'amitié turco-hongroise a vu le jour et depuis les liens entre Budapest et Ankara n'ont fait que se renforcer. Il faut dire que certains Hongrois, toujours en quête des "origines" se tournent vers l'est, redonnant un élan de vigueur au "touranisme", pour lequel les Hongrois seraient des descendants d'Attila, contrairement à la théorie "finno-ougrienne".

Puis suivent un texte (de Daniel Psenny) sur le cinéma hongrois, si riche et si intéressant, un autre (de Corentin Léotard et Daniel Psenny) sur les photographes hongrois dans lequel on retrace en particulier l'histoire de Fortepan, un site contributif sur lequel chacun peut déposer des photos conservées dans les familles et qui est devenu une quasi-institution pour la société hongroise.

Puis quelques portraits : celui de Zoltán, dit "Zoli", rockeur au grand cœur, ayant fait les belles nuits de Pécs avec son groupe les "Psycho Mutants"(texte de Jehan Paumero) mais aussi celui de Katalin Novák, ministre de la Famille (texte de Corentin Léotard). Il est à noter que depuis le 10 mai, suite à la victoire du Fidesz aux élections législatives, elle est devenue la première femme Présidente de la République ... à 44 ans !

Voilà, même s'il reste quelques textes dont je n'ai pas parlé, j'espère que ce panorama vous aura suffisamment donné envie de vous procurer ce "petit" livre, très actuel, qui pourra vous donner une "petite" idée des contradictions qui traversent la société hongroise d'aujourd'hui, et que nous n'avons pas fini d'explorer ... heureusement ! Je rappelle ses coordonnées : "La Hongrie sous Orbán" sous la direction de Corentin Léotard aux Editions Plein Jour, 2022, 19 euros.

Szia everybody !

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