Jeudi 8 octobre 2009
Comme je le pressentais dans le dernier article, je n'ai vraiment pas beaucoup de temps pour penser à mon blog ces derniers temps, et encore moins pour y écrire ... Voilà 4 semaines que j'ai repris le travail de professeur de collège, et il me semble que je commence tout juste à savoir où je vais et comment ... En plus, comme je suis nouveau dans l'établissement, j'ai droit au traitement spécial "nouvel arrivant" : pas de salle attribuée (alors que chaque collègue dispose de "sa" salle), trois niveaux d'enseignement (alors que toutes les autres, il n'y a que des femmes dans l'équipe de français, n'en ont que deux !), un horaire vraiment étrange, avec des semaines A à 22 heures, et des semaines B à 16 heures, à se demander si tout cela est bien légal ... M'enfin, je suis loin de me plaindre : "prof" est vraiment un boulot que j'adore, et j'ai juste besoin d'un peu plus de temps pour à nouveau l'apprécier pleinement, voilà tout !

Et la Hongrie dans tout ça ? me direz-vous... Eh bien j'ai l'immense chance d'en avoir un joli petit "bout" à la maison, en la personne de Ma Douce, qui m'a suivi dans mon retour hexagonal. Et son charmant accent d'Europe Centrale, avec "o" fermés et "r" roulés m'enchante toujours autant ! Elle est là quand je rentre, harassé, d'une série de cours où il m'a fallu batailler avec les phrases et les propositions, le schéma narratif et autres terminaisons des verbes du premier groupe. Elle m'attend avec des bons petits plats ... Et chaque ouiquenne nous allons marcher dans les collines autour de la ville, et nous sommes heureux de nous sentir vivants ...

Ceci dit, la tenue d'une maison, la lessive, le repassage, la cuisine, et même les recherches en histoire de l'art, ne suffisent plus à remplir la vie d'une jeune femme moderne "en disponibilité" et c'est pourquoi Ma Douce a décidé de tenir, à son tour, un blog sur ses découvertes, ses rencontres, les choses vues et ressenties lors de son séjour en France : chacun-e son tour ! Il sera écrit en hongrois, au moins dans les premiers temps, mais je sais que nombre de lecteurs du "Budablog" parlent cette langue et nous espérons qu'ils nous suivront lors de ce changement de point de vue !

Rendez-vous donc sur   http://vienne.over-blog.org  pour passer "de l'autre côté du miroir" !!!

Szia everybody !!!
Par Léo - Publié dans : communauté Ca et là - Communauté : Ca et là
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Mercredi 19 août 2009
Sziasztok !

J'ai longtemps hésité pour le titre de cet article. Pas si facile en effet de rendre compte d'une réalité telle que j'ai pu la voir et la ressentir lors d'une boucle Hongrie-Serbie-Croatie-Hongrie, en essayant d'être "vrai" sans être trop simpliste ...

Je vous plante le décor : nous étions à Baja, non loin de la frontière serbe donc, et j'ai dit à Ma Douce : "J'aimerais bien avoir quelques tampons supplémentaires sur mon passeport". Aussitôt dit, aussitôt fait, nous voilà partis vers le sud par une matinée dominicale et radieuse. Autour de nous une grande plaine bordée de bosquets et d'allure assez riche ...


Et puis, très vite, on est arrivés à la frontière avec la Serbie. Il a fallu insister un peu mais j'ai quand même réussi à obtenir un cachet d'entrée sur mon passeport ! Si le paysage est resté quasiment identique, l'ambiance n'était plus tout à fait la même : beaucoup de vieilles voitures, de nombreuses charrettes, des gens assez pauvrement vêtus et à l'expression relativement fermée ... Et puis les panneaux au bord de la route :

Trois écritures donc : en haut (donc en première position) le serbe cyrillique, au milieu le serbe "international", et en bas le hongrois reconnaissable à l'accent sur le "á". Souvenez-vous en effet que ces frontières n'ont pas un siècle d'existence, et que cette petite ville de Bezdan/Bezdán appartenait encore il y a peu à ce que certains appellent aujourd'hui la "Grande Hongrie". A ce sujet, très compliqué, je me permets (une fois n'est pas coutume) de vous renvoyer à l'analyse de M. Pierre Waline, qui a l'air de savoir de quoi il cause ...
http://www.causeur.fr/les-hongrois-n%E2%80%99ont-pas-digere-l%E2%80%99affront-de-trianon,955
Juste une phrase de citation pour vous donner une idée de la "problématique", comme on dit à l'Université ...
"Hier, Roumains, Slovaques et Serbes constituaient des minorités en Hongrie. Aujourd’hui, ce sont les Hongrois qui forment une minorité en Roumanie, Slovaquie, Serbie (et Ukraine)."
Ben oui, et pour moi, "franchouillard de base", ça reste quand même une sacrée énigme. Pour moi (comme pour beaucoup d'autres, j'imagine ?) les frontières c'est quelque chose de donné, qui ne se discute pas : on a les Pyrénées, les Alpes, le Rhin, et puis ... le reste ! C'est vu, c'est acquis, c'est digéré. Et même qu'à l'heure de l'Europe, on peut se permettre de les oublier un peu, ces frontières, et que peut-être, dans pas longtemps, on aura tous un beau passeport européen ? Alors, forcément, se battre férocement pour un bout de grande prairie, à l'aube du XXI ème siècle, ça semble un peu appartenir à un autre âge, non ? Et pourtant ...


Pourtant, voilà le mémorial qu'on trouve au centre de  Сомбор/Sombor/Zombor, charmante petite ville par ailleurs, avec de longues allées ombragées et des terrasses pleines de gens qui rient au soleil en prenant l'apéro du dimanche. Vous lisez bien les dates : 1990-1999, dix ans seulement que la guerre est finie ici, et cette mère serbe pleure sur ses enfants disparus ... âmes vaillantes, fleurs aux fusils, tombés pour défendre leur chère Serbie ...

Cependant, en continuant la promenade, ce sont des souvenirs d'un tout autre genre que l'on peut découvrir :


Fièrement dressés au fronton de ce bâtiment dont l'origine austro-hongroise ne laisse aucun doute, ailes déployées, que trouvons-nous, si ce n'est deux "turuls", oiseaux divins appartenant à la mythologie magyare et qui eurent Attila pour premier descendant ! A noter encore au centre du fronton une belle étoile dont le rouge a disparu ...
Et ce sera ainsi tout au long de cette boucle : d'un côté une même campagne parsemée de coopératives (anciennes ou modernes) et les mêmes vestiges d'un glorieux et impérial passé (plus ou moins bien entretenus selon la politique nationale) et de l'autre l'affirmation incessante, par la langue, les monuments, les traces encore fraîches d'une guerre récente, d'une identité serbe, une identité croate, une identité hongroise qu'il ne s'agit surtout pas de confondre ou de mélanger !

Entre Сомбор/Sombor/Zombor et la frontière croate, pas plus de 50 kilomètres que nous avons allègrement franchis dans notre petite auto ...



Au passage, un beau tampon sur mon passeport mais aussi ... un examen minutieux du coffre arrière ! On ne plaisante pas avec les visiteurs venant de Serbie ... surtout quand leur plaque minéralogique est hongroise ?

Sur la place centrale de Osijek/Eszék, jolie ville de Croatie allongée au bord de la Drave (qui rejoint le Danube un peu plus loin, à la frontière serbe) j'ai pris une photo qui m'a semblé symbolique :

"Only the laws of God and Nature are above the sovereign will of the people of Croatia"
GOD AND CROATS

Je pense que l'inscription se passe de tout commentaire ? Probablement une citation (inoubliable, j'en conviens) de l'homme statufié, probablement un des "pères de la nation" ...
Ce qui me paraît intéressant tout d'abord, c'est qu'elle soit rédigée en anglais, et pas en croate : par "modernisme" ? par volonté d'universaliser le message ? Quand on voit ce qui se passe en Slovaquie en ce moment, où une nouvelle loi impose, entre autres choses, d'ajouter aux monuments qui en sont dépourvus (et inutile de vous dire que du côté de la frontière hongroise ça ne manque pas !) la traduction exacte en langue nationale de toutes les inscriptions qui y figurent, et cela dans des caractères d'une grosseur au moins égale à celle des susdites inscriptions ...
Le décor ensuite : un arrière-plan fait de maisons néo-baroques du 19ème siècle, qu'on peut trouver aussi bien en Slovaquie qu'en Transylvanie ou à Budapest et Vienne.
Et enfin, les "marques", bien sûr ! Palmers, Triumph, NafNaf, etc ... Des marques comme on peut en voir en Serbie, en Croatie, en Hongrie, et un peu partout ailleurs dans le monde ... Et au dessus de tout ça, quoi ? Le logo d'une banque, du fric, de l'oseille, du pèze, bonhomme, c'est ça l'avenir !!! Alors, oui, Bon Dieu, si jamais il vous arrive d'exister, veuillez faire en sorte que les petits Croates, les petits Serbes, les petits Hongrois, et tous les petits autres parviennent à trouver leur voie, entre un glorieux passé et un futur de pacotille, sans avoir besoin de bousiller celle des autres, d'accord ?


Dans le soir qui tombait nous avons traversé la grande plaine. L'auriez-vous deviné ? Nous étions en Hongrie ...

Sziasztok !!!
Par Léo - Publié dans : communauté Ca et là - Communauté : Ca et là
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Jeudi 6 août 2009
Szia !

Voilà un moment qu'on voulait aller à Pécs, Ma Douce et moi. C'est là qu'elle a fait sa première année d'université, là qu'elle a connu la liberté, au sortir d'un lycée religieux assez strict, qu'elle a connu la magie du choix, entre tous ces enseignements, qu'elle a collectionnés, et tous ces beaux jeunes gens. C'étaient donc beaucoup de souvenirs pour elle et pour moi, à part tout ça, c'était la découverte d'une ville renommée.
On a donc loué une voiture (12 000 forints du vendredi soir au lundi matin, je peux donner l'adresse à ceux que ça intéresse ...) et on est partis vers 18 h le vendredi. La route est jolie dans le soir qui se couche, surtout à partir de Szekszárd (prononcer sex hard ...), on roule entre des collines habitées sur la droite et le Danube sur la gauche, ça fait un peu penser aux bords de Loire, et on est arrivés à Pécs quand la nuit tombait. On a garé la voiture (pas facile de trouver une place non-payante à Pécs !) et on a posé nos affaires dans une mignonne petite chambre louée par la fondation Kolping aux bonnes familles chrétiennes, d'après ce que j'ai compris. En tout cas il y avait un crucifix au-dessus du lit, et aussi une télé grand écran, et câblée avec ça !
Puis on est ressortis pour trouver de quoi se restaurer. Sur la place devant "l'hôtel" beaucoup de monde, beaucoup de jeunes personnes qui parlaient fort en marchant, en riant, en buvant, assis ou debout. En même temps la ville paraissait très tranquille : très peu de circulation, très peu de postes hurlant une resucée d'un tube des anciens temps, AUCUNE sirène d'ambulance, ni de pompiers, ni de police, ce qui est une vraie bénédiction pour quelqu'un qui habite Budapest !

Voilà le plan de Pécs : le trait brun que vous apercevez en haut (juste en dessous du boulevard jaune), et aussi un peu sur la gauche et en bas, figure les anciens remparts de la ville. Nous on logeait au bord de Szent István tér, la place mentionnée plus haut. On a pris en face la rue Apáca pour arriver, un peu plus loin, sur Széchenyi tér (du nom d'un grand homme malheureux dont j'espère avoir l'occasion de vous reparler), LA place centrale de Pécs. Sur des indications que la soeur de Ma Douce nous avait données, on a fini par trouver l'Afium, un restau en sous-sol dans Irgalmasok utcája. Un cadre sympa, certes, mais une bouffe passable, et un service un peu ... limité. Là aussi les gens, plus âgés, buvaient beaucoup et parlaient fort ...

Le lendemain, après un copieux petit déjeuner, nous sommes retournés à la place Széchenyi pour voir la Grande Mosquée. Il faut vous dire (ou vous rappeler ?) que Pécs a été une des villes hongroises les plus tôt conquises par les Turcs de Soliman le Magnifique :


Quand on regarde cette carte des principaux points d'occupation turque sur le territoire de la (Grande) Hongrie, on s'aperçoit qu'ils avaient de la stratégie quand même, ces barbaresques ! Ils ont foncé directement sur Buda et Pest en passant par Szeged (1541), puis ils ont élargi peu à peu leur domination : Tata, Esztergom, Székesfehérvár (1543) Visegrád, Nógrád, Hatvan (1544) tout en se ménageant un couloir le long du Danube : Pécs, Siklós (1543) Ozora (1544), peut-être pour garder un cordon ombilical avec la "mère-patrie" ? Après les occupations s'échelonnent entre 1551 et 1663, sur plus d'un siècle !

Mais revenons à la grande mosquée de Pecs ... qui n'en est plus une puisque, après la reconquête et la libération du "joug ottoman", elle redevint ce qu'elle était, c'est-à-dire une église ! Ce mélange des genres, à l'intérieur de l'édifice, ça donne ça :


avec la coupole caractéristique de l'art musulman, décorée de plein d'anges roses avec leurs deux ailes, tous plus chrétiens l'un que l'autre ! Au niveau du sol, ce n'est pas mal non plus :


Les "niches" musulmanes (ainsi que les suspensions ?) ont été conservées et même restaurées. On leur a "simplement" adjoint là un Christ en croix, ici une statue de saint ...

Après cela, comme à notre habitude, nous nous sommes promenés un peu au hasard, en suivant l'inspiration du moment. On est tombés assez vite sur le bâtiment où l'on prépare (fiévreusement ?) Pécs à son rôle de "capitale culturelle européenne" pour 2010, autant dire demain ! Beaucoup de rumeurs négatives courent sur la gestion des affaires à Pécs : détournement des subventions, corruption, blocages politiques, etc ... Que ce soit pour ce "capitalat" ou pour l'autoroute qui est censée être achevée à temps pour relier Budapest à Pécs, les Hongrois ne se privent pas de commenter sur un ton aigre-doux la désespérante lenteur de l'avancée des travaux. C'est vrai que la façade dudit bâtiment elle-même inspire un sentiment ... curieux :

Comme on dit, il n'y a rien de fait ...

Mais foin de ces questions politico-financières ! Après tout, nous n'étions pas là pour nous lamenter sur les difficultés internes de Pest, et sur les tribulations de ses gestionnaires ! Nous poursuivîmes donc notre chemin le coeur léger, glanant ici et là quelques fragments de beauté, comme beaucoup de villes hongroises peuvent en recéler ...

Et puis nous sommes arrivés sur une placette du centre ville et là, au milieu des touristes qui léchaient leurs glaces, nous sommes tombés en arrêt devant un spectacle assez étrange et inattendu ...


Des membres de "Falun Gong" étaient plongés dans une intense méditation, qui contrastait avec l'ambiance commerciale environnante. Je dois avouer que je ne suis pas allé voir les photos qui illustraient leurs revendications. Il fut une époque où je recevais (je me demande bien pourquoi) dans ma boîte mail des messages émanant de leur part et dont chacun contenait son lot d'atrocités bien senties. Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi on ne parle pas plus d'eux alors qu'on n'hésite pas à en faire des tonnes avec les Thibétains, les Ouïgours, ... Est-ce parce que c'est une "secte" ? parce que l'on considère qu'après tout ils l'ont bien cherché ? que s'ils veulent à tout prix être des martyrs, grand bien leur fasse ? Je ne sais ...

Mais baste de ces questions politico-métaphysiques, nous avons continué notre route sans sourciller ... Ma Douce, qui commence à connaître mon goût un peu pervers pour le szocreal m'a emmené dans un bistrot qu'elle fréquentait autrefois, aux temps lointains où elle ne me connaissait pas encore ...

où l'on retrouve "celui qui dit comment il faut faire" ...

Combien de bisous échangés sous ces fresques glorieuses ? combien de regards brûlants ? de rendez-vous donnés et reçus ? de frôlements furtifs sur les banquettes de moleskine ? Bien sûr que je ne lui ai pas demandé, vous me prenez pour qui ?
Nous sommes ensuite descendus tout au sud de la ville, jusqu'à Rákóczi út que nous avons longé un bon moment avant d'arriver à l'autre mosquée de Pécs. Celle-ci est en travaux et abrite un petit musée assez inintéressant à l'entrée duquel une grosse dame s'ennuie à mourir en écoutant de la musique vulgaire sur sa radio portative. Cela devrait-il être permis ? En tout cas cela se fait ...


A l'intérieur de l'édifice, on retrouve bien des traits similaires à ceux de la "Grande Mosquée" de la place centrale, mais dans un tout autre état, évidemment ...


Pour finir, un clin d'oeil : non loin de la mosquée, Ma Douce a pris la photo d'une tête de satyre qui sert de fontaine ... La voyez-vous ?


Sziasztok !!!
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Samedi 1 août 2009
Puisque :
- l'on ne peut pas toujours être "en disponibilité" ...
- l'on ne peut pas non plus éternellement survivre grâce à quelques leçons particulières, aussi agréables soient-elles, et elles le furent
- les quelques portes auxquelles j'ai frappé pour travailler de manière plus "sérieuse" sont demeurées muettes et closes
- j'aime le métier de professeur de français en collège, que j'ai hâte de reprendre
- Ma Douce a besoin de temps de son côté pour continuer ses recherches en Histoire de l'Art
- elle n'est pas opposée au fait de prendre à son tour un an de "disponibilité"
- elle se verrait bien tenir un blog sur la France et les Français, mais en hongrois cette fois

les dés en sont jetés : nous irons vivre quelque part dans l'Hexagone à partir du 1er septembre prochain !
Si je vous dis ça, chère lectrice, cher lecteur, c'est bien sûr par rapport à ce blog qui risque fort, étant donné la charge de travail d'un professeur de nos jours (si, si, il ne faut pas croire ...), de se trouver en sommeil, voire en catalepsie, dans un délai d'un mois à peu près. D'ici là, j'essaierai encore de publier un ou deux articles. Je voudrais bien, en particulier, vous faire part de ce qui, après un an de séjour (je suis arrivé ici le 20 août 2008), me rattache désormais à la Hongrie. Mais pour cela j'ai besoin d'un tantinet de réflexion ...

En attendant, sziasztok, et merci encore de votre fidélité !!!


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Lundi 27 juillet 2009
- Les Hongrois ont une façon un peu particulière de se saluer : ils se serrent vigoureusement la main, se regardent droit dans les yeux, et se présentent par leur nom puis leur prénom. Exemple, moi je dirais : "Debuda Léo vagyok (je suis)" Mais je ne sais pas encore dans quel ordre ça doit se faire : est-ce à moi de commencer ? dois-je attendre que l'autre le fasse ? Et après on peut rajouter "nagyon örülök", ce qui veut dire "je suis bien content".
- comme la Hongrie est un petit pays, il arrive souvent que des personnes qui se voient pour la première fois aient au moins une connaissance commune. On s'aperçoit que les Hongrois vivent dans un réseau de relations beaucoup plus serré que le nôtre, en France ...
- en hongrois, expliquer se dit "magyaráz", c'est-à-dire parler en bon hongrois. C'est un peu comme si, au lieu du verbe expliquer, on employait, je sais pas moi, "franciquer" par exemple.
- l'autre jour, je me suis dit que la démocratie hongroise n'était pas si éloignée de la démocratie malgache, qu'il m'a été donné d'observer pendant 5 ans. Dans les deux cas, il s'agit d'un modèle imposé (d'ailleurs il n'en existe plus d'autre n'est-ce pas ?) à des populations qui n'étaient pas prêtes pour le vivre : Madagascar avec l'indépendance, la Hongrie avec le "changement".  Bien sûr les situations et les histoires sont complètement différentes mais dans les 2 cas, on assiste à des effets identiques : un fossé énorme entre les riches et les pauvres, une lutte féroce pour s'emparer du pouvoir et de la richesse, sans aucun souci du bien public, la démocratie étant perçue avant tout comme l'opportunité offerte à chacun, s'il est assez dur et assez malin, de marcher sur la tête des autres en s'en mettant plein les poches ! Et le pire, c'est que c'est clair et accepté par chacun !
- en hongrois, le verbe "avoir" n'existe pas ! (Plutôt sympathique, me direz-vous ...) Vérifiez dans votre dictionnaire français-magyar favori, et vous trouverez avoir : Il a van . Mais "Van" veut dire "il est", "il existe". Pour dire "j'ai une maison", le Hongrois dit : "Egy hazam van" soit "une maison à moi existe". Je me demande si cela change quelque chose au "sentiment de propriété" ... cela implique-t-il une distanciation, ou au contraire une fusion possessive ?
- un matin, comme nous sortions pour aller travailler, nous fûmes étonnés de trouver au coin de la rue tout un tas d'ambulances, voitures de police, etc ... Ma Douce me dit qu'il y avait un mort allongé sur le trottoir, mais je ne le vis pas. Quand, mon cours fini, je repassai par là une heure et demie plus tard, le mort était toujours là, bien enveloppé dans un plastique noir d'où ses chaussures dépassaient, bien rangé au bord du trottoir. Les voitures clignotantes avaient disparu mais dans une entrée d'immeuble, deux flics à chapka rigolaient doucement ...
- en hongrois, les genres "féminin" ou "masculin" n'existent pas ! Bien sût il y a des mots pour dire "femme" (nő) ou pour désigner tout autre élément du sexe féminin, mais pour dire "il" ou "elle", c'est le même mot : ő (à prononcer comme des "oeufs" mais un peu allongé). Et le soleil n'est ni masculin, ni féminin, il est, tout simplement !
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Mardi 14 juillet 2009
Eh bien, voilà, on l'a fait, notre voyage en Transylvanie : 11 jours, environ 2000 kilomètres, quarante-deux églises à peu près, et un Grand Pèlerinage, des rencontres, des paysages, des coutumes, des sourires, de la pluie et du soleil, des nuages, des regards, des rivières et des montagnes, des aubes et des crépuscules, des châteaux, des statues, des monuments, des villes et des campagnes, des gens, des gens, des gens ... et des arbres ...



Bon d'accord, la carte n'est pas très lisible mais au moins elle vous donne une idée générale de notre parcours ! Quelques points de repère : dans le coin supérieur gauche, la ligne verte figure la frontière entre la Hongrie et la Roumanie ; le gros pâté orange pas très loin de là c'est Oradea / Nagyvárad ; l'autre pâté avant que la ligne ne descende vers le sud-est, c'est Cluj Napoca / Kolozsvár ; après ... il vous faudra une loupe ! A noter que l'échappée de la boucle vers le sud-ouest correspond au château de Bran / Törcsvár, et que celle vers le nord nous a menés au défilé de Bicazului / Békás-szoros ... Quant à la chaîne des Carpates, elle borde notre périple à l'est et au sud ...
Que vous dire d'autre, si ce n'est que ceci n'est pas une conclusion ! Car nous y retournerons, en Transylvanie, c'est sûr : non seulement il reste tant de choses que nous n'avons pas vues, mais c'est aussi un pays très attachant, un peu hors du temps, et même hors de l'espace d'une certaine manière, un peu comme une "bulle" hongroise au beau milieu de la Roumanie. Que vous dire d'autre, sinon allez-y vous aussi, vous ne le regretterez pas !!!

Viszontlátásra !


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Mercredi 8 juillet 2009
Et voilà ! Il est temps de songer au retour sur Budapest, retrouver la ville, la "civilisation", les sirènes, le métro ... On ne sait toujours pas si on le fera d'une seule traite, ou si cela nous prendra deux jours mais baste ! le tout est de s'y mettre, et nous nous y mettons.
Les adieux avec notre famille d'accueil se font sous la pluie et, une fois de plus, je bénis en mon for intérieur la dextérité mécanique de Ma Douce grâce à laquelle nous pouvons rouler en y voyant quelque chose. En effet, le temps est franchement maussade, gris, nuageux, et presque froid. Nous rencontrons même un peu de brouillard en traversant les Muntii Gurghiu / Görgényi-havasok par le col de Bucin / Bucsin à 1283 m :

Vraiment BEAUCOUP de monde sur la route, il est vrai que nous sommes le lundi de Pentecôte et que la reprise générale n'est que pour demain ... C'est drôle, il y a vraiment deux camps parmi les automobilistes : celui des Hongrois qui attendent sagement leur tour dans la queue-leu-leu, et celui des Roumains ... qui font à peu près n'importe quoi ! Je ne connais pas les statistiques roumaines en ce qui concerne les accidents de la route, mais j'ai rarement vu autant de gens doubler en plein virage, en pleine côte, sans aucune visibilité, et advienne que pourra ! Ou alors si, au Maroc peut-être, sur la route entre Rabat et Meknès, la fois où j'avais eu la (très) mauvaise idée de prendre un "grand taxi", comme on appelle les Mercedes là-bas, où peuvent s'entasser jusqu'à 8 passagers. Quand deux de ces véhicules lancés à fond se rencontrent au sommet d'une côte, je ne vous dis pas les dégâts, ça peut avoisiner les 18 morts (en comptant les chauffeurs, bien sûr) ! mais eux, au moins, ils ont l'excuse de la religion, le fameux "inch'allah" ! Pas les Roumains, euh, enfin, je ne crois pas ...


Comme je n'ai pas beaucoup de photos pour J11 (forcément on a passé 10 heures sur la route, dont la moitié dans des embouteillages) j'en profite pour vous mettre une belle image de Dacia ... Alors, vous la reconnaissez ? Ben oui, pardi, c'est ni plus ni moins la bonne vieille R12 de notre enfance (enfin, la vôtre en tout cas !) ... Si la production en Europe de l'ouest s'est arrêtée en 1980 (dixit Wikipedia), elle a été fabriquée en Roumanie jusqu'en ... 2004 ! Une caisse assez haute pour ne craindre ni trous ni bosses (pas comme la Ford Escort), une mécanique qui ne doit pas être bien compliquée et qu'un gars assez débrouillard doit pouvoir maîtriser assez rapidement : un véhicule parfaitement adapté à son environnement ! Tout comme la 4L à Madagascar, en quelque sorte, que j'ai eu la surprise de retrouver là-bas à des milliers d'exemplaires (en particulier sous forme de taxis) alors qu'elle avait pratiquement disparu de notre territoire national ...

Pendant que je bavarde, nous essayons de faire du chemin : la 13A, puis on oblique sur la 13 mais on décide de ne pas tenter la traversée de Targu Mures / Marosvásárhely qu'on verra à notre prochain voyage, tant pis ! On se retrouve donc bientôt sur la grand-route de Cluj / Kolozsvár, et là pas moyen d'éviter les traversées très laborieuses de Ludus / Marosludas et Turda / Torda. Je vous jure qu'il y a des jours où l'on regretterait presque d'être un voyageur ! Heureusement, certains s'arrangent pour nous distraire : un semi-remorque "jaune canari", pris d'une folle impatience, se met à griller toute la file en obligeant les voitures qui viennent en face à se jeter dans le bas-côté ! un Anglais, oublieux du flegme censé caractériser son peuple insulaire, se met à louvoyer dans tous les sens, à gauche, à droite, à grands coups rageurs d'accélérateur : réjouissant, n'est-il pas ? Quant à nous, nous arrêtons de temps à autre pour laisser passer une voiture venant d'une route adjacente, sur la droite ou sur la gauche : un capitaine de l'armée roumaine, au volant de sa Dacia Logan rouge flambant neuve, n'en est toujours pas revenu !

On retrouve la belle descente vers Cluj / Kolozsvár, qui formait une belle montée dans l'autre sens, il y a 10 jours ... puis c'est Oradea / Nagyvárad, à la sortie de laquelle nous revoyons le complexe industriel abandonné qui nous avait accueillis à notre arrivée ... et entre cette ville et la frontière s'étend à nouveau ce no man's land tout à fait louche, parsemé de minuscules boutiques surmontées de publicités tapageuses pour des assurances-maladie !!! Qu'est-ce qu'on peut bien y faire ? En tout cas, ce coin a l'air on ne peut plus propice à toutes sortes de trafics inavouables ...

Nous arrivons à la frontière vers 18h30, et pas moyen d'obtenir un tampon sur mon passeport, bordel ! Allons-nous continuer directement sur Budapest où nous pourrions arriver avant minuit ? Oui, mais cela voudrait dire reprendre le travail dès demain matin ... et puis je suis vraiment crevé après deux nuits où je n'ai pas très bien dormi ... alors Ma Douce, TRES gentiment, accepte de sacrifier une journée supplémentaire de congés, et on décide de passer la nuit à Debrecen, à l'endroit même d'où on est partis. Un coup de fil nous confirme que c'est libre, et on le prend ! La boucle de Transylvanie est bel et bien bouclée ...




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Lundi 6 juillet 2009
Nous étions donc le dimanche 31 mai ... Malgré la pluie, malgré la maladie et la fatigue, nous avions pu participer au pèlerinage de Simleu Ciuc / Csíksomlyó. Et maintenant, que faire ? Ma Douce avait prévu de reprendre le travail le mardi ... ou le mercredi ! Allions-nous nous précipiter sur la route, comme des milliers d'autres Hongrois contraints de retrouver la routine quotidienne dès le lundi matin ? En bons voyageurs que nous sommes, nous décidâmes de prendre une chose après l'autre, et de voir venir ...
C'est donc sans hâte que nous avons bu le café avec Géza, à qui nous avons fait des adieux pleins de reconnaissance pour sa gentillesse et son hospitalité. Sans précipitation aucune que nous avons changé les essuie-glaces de la Ford Escort, parce que la météo était pessimiste, et qu'il n'était pas question de rouler dans ces conditions-là. A cette occasion, j'eus une fois de plus la preuve de la suprématie de l'esprit pratique féminin puisque, passant outre les efforts désordonnés de deux représentants du sexe fort (en l'occurrence l'employé de la station-service et votre serviteur), Ma Douce, avec grâce, avec élégance, parvint à insérer les accessoires récalcitrants en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire ! En vérité je vous le dis, les mecs, ne voyagez jamais sans une nana ! Sans le moindre énervement que nous sommes parvenus enfin à quitter Miercurea Ciuc / Csíkszereda, dont plusieurs sorties étaient bouclées par la police sans qu'on comprenne bien pourquoi.

Pour reprendre le voyage là où on l'avait laissé, quoi de mieux que de visiter une mignonne petite église ? ce qui fut fait à Delnita / Csíkdelne ...


Comme le temps était plutôt beau et semblait vouloir se maintenir, on a décidé de poursuivre notre périple en Siculie en prenant la direction de Ghimes / Gyimes, au pays des Csángó. Le nom de ce peuple très particulier (dont le groupe le plus important vit en Moldavie, dans la province de Bucovine) viendrait du verbe hongrois "csángálni" qui signifie "errer, vagabonder". Ce ne sont pourtant pas des "cigány", loin de là, mais plus probablement une minorité magyarophone contrainte de se déplacer encore et encore au fil des siècles et des invasions ...
Sur la route nous avons dépassé des pèlerins qui rentraient chez eux :

la plupart à pied, mais certains à cheval, ou même en chariot !

La route s'élevait peu à peu dans les montagnes, et le paysage était superbe : petites vallées, rivières torrentueuses, villages ombragés de vieux conifères... Cependant nous ne pûmes aller bien loin : sans véritable explication des policiers nous arrêtèrent et nous ordonnèrent de nous garer sur le bas-côté. C'est en discutant avec d'autres que nous apprîmes la tenue d'un festival Csángó (un "opéra rock folklorique" si j'ai bien compris !) à  Ghimeş-Făget / Gyimesbükk qui s'honore par ailleurs d'être la dernière station de chemin de fer de la "Grande Hongrie". On a donc marché un peu "dans la beauté" ...

Les policiers nous avaient parlé d'un kilomètre à pied. Au bout de deux, on a commencé à se poser des questions. Renseignements pris auprès des passants, il fallait plutôt en compter quatre ou cinq ! Comme on n'avait pas envie d'y passer la journée on est retournés à la voiture et on a repris la route ... où on a croisé d'autres pèlerins !

l'homme sur la droite a mis son beau gilet "Csángo" ...

Nous sommes arrivés à Racu / Csíkrákos, où se trouve une église dont le clocher est couvert de peintures et de signes vraiment étranges, et qui donnent lieu à diverses théories et interprétations ...


Survivances d'un culte païen ? Croyances astrologiques, comme semblent l'indiquer les diverses roses des vents, lunes et même écrevisses ? En tout cas l'impression générale est de l'ordre du "primitif restauré", plutôt violent et au final assez laid, non ? Ben oui ... on n'est pas obligé de tout trouver joli non plus ...

Continuant notre passage en revue des différentes croyances et religions de Transylvanie, c'est par une église ... arménienne que nous avons continué à Gheorgeni / Gyergyószentmiklós. Je précise qu'il s'agit également de la ville natale de l'autre grand-père de Ma Douce, côté maternel, qui est lui aussi d'origine arménienne.


Après avoir revu l'endroit où se tenait la maison familiale (qui était toute en bois, et qui a brûlé dans les années 90), nous nous sommes à nouveau enfoncés dans les Carpathes, passant des cols, longeant des ravins et des vallées, pour arriver au Lacu Rosu / Gyilkostó au bord duquel, une fois de plus, nous avons pique-niqué. Un endroit très touristique, avec beaucoup de monde, des cars, des motos, des chiens, des enfants ... ce qui n'a pas empêché Ma Douce de s'essayer à la photo inspirée :

il y a des fois où je me demande si Elle n'est pas un peu mystique, cette Douce ...

Histoire de nous faire un vrai grand coup de Carpathes, nous avons même poussé un peu dans le défilé du Cheile Bicazului / Békás-szoros, dont le nom a un rapport avec les grenouilles, mais je me demande bien lequel ... Pics spectaculaires, gorges romantiques, vous l'avouerai-je ?, pour moi qui ai vécu huit ans à Grenoble et qui ai écumé les environs (Vercors, Chartreuse, Belledonne, j'en passe et des meilleurs ...) rien de vraiment nouveau, sauf qu'on était en plein coeur des Carpathes, évidemment ... Mais pour une Hongroise dont le sommet culminant avoisine les 1015 mètres ... alors j'ai consciencieusement pris des photos depuis la voiture ... dont très peu sont regardables, ne me demandez pas pourquoi !

Ensuite nous avons pris la route de Lazarea / Szárhegy pour y voir un joli château Renaissance dont une partie sert de résidence d'artistes.

c'est pourquoi on peut y voir dans le parc quelques sculptures ça et là ...

Un beau petit château, pas de doute, celui de Lazare qui donna son nom au village ... Malheureusement, nous y sommes arrivés juste au moment de la fermeture ... qui était aussi l'heure de chercher un logement. Ma Douce, en compagne prévoyante, avait quelques adresses de chambres d'hôtes : au premier coup de fil, l'affaire fut faite et dix minutes plus tard nous vîmes arriver une Dacia que nous n'eûmes plus qu'à suivre dans le dédale de rues boueuses et crevées de cratères remplis d'eau.
Nous avons été TRES bien accueillis par un couple de fermiers : jolie chambre à l'étage, bon repas précédé d'une pálinka "maison" que le propriétaire des lieux ne fut que trop heureux de partager avec nous. Il était tout fier d'ailleurs de parler quelques mots de français appris en recevant des compatriotes. Et très satisfait quand j'écrivis un petit paragraphe en "francia" dans le livre d'or de la maison ... A part nous la maison était pleine de familles hongroises ayant participé ensemble au Grand Pèlerinage, et leur repas du soir dut être bien arrosé si l'on en juge par les chansons braillées avec une justesse de plus en plus approximative au fur et à mesure que la soirée avançait ...
Pour nous (qui avions décliné l'invitation de nous joindre à ces agapes alcoolisées et nostalgiques), réfugiés sur le balcon tout en haut, nous regardions le soir tomber sur la vallée ... en pensant à la route du lendemain ...






Par Léo - Publié dans : communauté Ca et là - Communauté : Ca et là
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Jeudi 2 juillet 2009
C'était tout de même curieux, d'être hébergés dans cet atelier d'artiste, au milieu des plaques de cuivre et du matériel de soudure. Sans compter les travaux en cours ...


Vous aurez peut-être reconnu Saint Augustin, avec son grand livre sous le bras ? A ses côtés, plus difficile à identifier, sa maman, Sainte Monique, qui n'est encore qu'à l'état d'ébauche ! Cette commande de Géza est destinée à une  église de Miercurea Ciuc / Csíkszereda, mais il travaille beaucoup pour l'Eglise en général, un artiste "religieux" en somme, et qui ne doit pas manquer d'ouvrage étant donné le nombre de bâtiments ecclésiastiques dans la ville, et plus largement en Transylvanie et même en Hongrie !
Après le petit déjeuner, je suis sorti fumer une cigarette sur le perron de l'immeuble, où était installé le "coin fumeurs". C'est là que j'ai fait connaissance avec la voisine qui, manifestement, avait "beaucoup vécu". Nous nous sommes suffisamment entendus pour procéder à un échange : poison américain (le mien) contre poison russe de contrebande (le sien) ... de marque Red ! Je l'ai revue plusieurs fois avec plaisir ...

Ce qu'il faut dire aussi, car comment faire autrement ?, c'est que chaque année, le samedi précédant le dimanche de Pentecôte, Miercurea Ciuc / Csíkszereda constitue le lieu de rassemblement de centaines de milliers de pèlerins, venus pour y prier la Vierge Marie. Pour Ma Douce, croyante-pratiquante, nul doute qu'il s'agissait de l'apogée de notre voyage en Transylvanie ...
Elle était pourtant bien faible, et la météo bien dissuasive : cela ne nous a pas empêchés de faire, sous la pluie, les quelques kilomètres à pied entre l'atelier de Géza et Simleu Ciuc / Csíksomlyó, où une foule immense (250 000 personnes ?) se rassemblait peu à peu. Cela ne nous a pas empêchés de grimper jusqu'au pré où un autel immense avait été installé, et pourtant quelle grimpette dans l'herbe mouillée !


Pour reprendre un peu notre souffle (enfin le mien surtout  !) et parce que Ma Douce semblait au bord de s'évanouir, nous nous sommes octroyés une petite halte dans la chapelle que vous voyez en haut à gauche de la photo. Pas mal de gens y étaient assis, certains se levant pour aller frotter des mouchoirs, des linges sur les statues. Sur la rangée devant la nôtre une femme essayait de convaincre son mari d'en faire autant mais celui-ci, la tête rentrée dans les épaules, se contentait de bougonner sans bouger d'un poil ...

Quand nous sommes arrivés en haut de cette petite colline, nous nous sommes trouvés en surplomb du lieu de rassemblement, et la vue générale était assez impressionnante, il faut l'avouer :


Ils étaient venus de partout, de toute la Transylvanie, bien sûr, mais aussi de Hongrie (la veille, la route vers Miercurea Ciuc / Csíkszereda s'était peuplée peu à peu de plaques hongroises ...) et même d'au-delà les frontières, les montagnes et les océans ... L'ambiance générale était calme, sereine mais un brin morose, soit en raison des difficultés actuelles soit à cause du ciel gris et bas ... Quelques drapeaux d'Árpád, quelques casquettes noires signalant des membres de la "Garde", mais pas tant que cela. Des Tsiganes passaient dans la foule en essayant de vendre des branches feuillues évoquant le souvenir de la bataille de "Tolvajos tető" (1567) où les catholiques résistants avaient triomphé des troupes du prince János Zsigmond, qui voulait leur imposer le protestantisme.

Comme un parfait gentleman que je suis, j'ai ôté mon vêtement de pluie et je l'ai étalé par terre pour que Ma Douce puisse s'allonger dessus. S'en sont suivis plusieurs discours, interminables et ennuyeux ... surtout quand on ne connaît pas suffisamment le hongrois ! J'ai réussi à pêcher quelques mots par-ci par-là, "Dostoïevski" par exemple ... Tout était très bien organisé : les secours, les toilettes, et même la communion qui fut donnée après la messe par une escouade de prêtres aisément repérables grâce aux oriflammes blancs qui les précédaient ...

Il y avait même des chiottes fortifiées !

J'observais les gens mais je ne trouvais pas la ferveur à laquelle je m'étais attendu ... Chacun-e écoutait les sermons, concentré-e certes, mais sans rien laisser transparaître de la supposée émotion qui devait l'étreindre. Après tout, peut-être était-ce suffisant d'avoir fait ce chemin, et d'être ici, avec tous les autres ? Il est vrai que nous ne sommes pas restés jusqu'à la fin, au moment où la foule chante l'hymne national hongrois ...
Un moment émouvant pourtant fut la courte visite que nous avons faite à la chapelle de l'ermite ... qui ne devait plus savoir où donner de la tête !


Les gens y entrent en file indienne, longent le mur de droite en touchant dévotement chaque statue, puis s'agenouillent pour passer derrière l'autel où ils progressent un moment à genoux avant de ressortir par une autre petite porte et de longer à nouveau le mur de gauche jusqu'à la porte de la chapelle ; le tout sans coups de coudes ni bousculade, ce qui est tout de même assez rare pour des Hongrois !
La pluie ne nous a pas empêchés de faire les kilomètres du retour à pied, car comment faire autrement ? On aurait bien bu quelque chose de chaud mais évidemment les terrasses couvertes étaient bondées. On a donc courageusement regagné "notre" atelier où nous nous sommes empressés de mettre des vêtements secs !
Nous nous sommes rattrapés le soir en mangeant dans un bon petit restau ... où toutes les tables étaient occupées !

Par Léo - Publié dans : communauté Ca et là - Communauté : Ca et là
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Mercredi 1 juillet 2009
On aurait dû se méfier ... Une terrasse déserte, comme ça, en pleine ville, c'était bien pratique pour dîner en amoureux mais quand même ... Pourtant Ma Douce, qui n'était pas affamée, avait commandé une soupe simple, et tout ce qu'il y avait d'innocente ... Pour ma part je m'étais octroyé un solide ragoût à la Brasov / Brassó / Kronstadt arrosé d'une Ursus, la bière locale ... Le croiriez-vous ? C'est elle qui fut malade !
Après une nuit faite d'allers et de retours, elle parvint tout de même à se lever en souriant faiblement ... Dans un voyage un peu long, il est probable qu'il y ait inévitablement un jour comme celui-là, où le programme se fait modeste et doux en attendant de flamboyer à nouveau : eh bien, nous y étions, ce fut le huitième jour ...
On s'est traînés (enfin, elle surtout !) jusqu'à un salon de thé pour y prendre un solide petit déjeuner (enfin, moi surtout) et là, sur la place, je n'ai pas pu résister à l'appel du szocreál :

Quel peut bien être le sens de ce truc ? L'intrépide travailleur du futur s'opposant courageusement à l'affreux dinosaure du capitalisme préhistorique ? En tout cas, c'était vraiment très laid ...

Le temps lui-même était au diapason, et ce fut sous un ciel maussade que nous arrivâmes à Dalnic / Dálnok, village natal de Dózsa György, un de mes héros favoris. Mais peut-être ne le connaissez-vous pas ? En deux mots, ce fut lui qui prit la tête d'une grande révolte paysanne au début du16ème siècle. Pour prix de son échec, et pour narguer ses prétentions, il fut assis sur un trône en fer chauffé à blanc, avec une couronne chauffée à blanc sur la tête et un sceptre chauffé à blanc dans la main, jusqu'à ce que mort s'ensuive. Je me plais à imaginer qu'il ne desserra pas les dents ...


C'est drôle : les gens de Dalnic / Dálnok avaient tous l'air contents de nous voir, comme si ça leur faisait plaisir que "leur" héros ne soit pas complètement oublié. Pourtant il existe une station de métro (bien rétro, il est vrai) et deux places, quatre routes, et trois rues qui portent son nom à Budapest (sans parler de toutes celles qu'on trouve dans les villes et villages de Hongrie), et aussi une énorme statue de lui au pied du château mais peut-être en parla-t-on un peu trop dans les temps socialistes ? C'est sûr que comme exemple pour la jeunesse pionnière il devait se poser un peu là !
Nous avons même pénétré dans la petite église du village, en nous faufilant par l'entrée de derrière, celle qui donne sur la tribune où se tient l'orgue :

Emouvant de penser que le petit György a peut-être fait sa première communion dans cet endroit ...

A la sortie de Dalnic / Dálnok, nous avons à nouveau pris une passagère que nous avons déposée dans une petite ville. La route, qui s'enfonçait dans les montagnes, devenait de plus en plus pittoresque ("dramatique" me dit Ma Douce, qui n'est pas à un anglicisme près ...) et c'est dans un superbe décor alpestre que nous arrêtâmes quelques minutes à Băile Bálványos / Bálványosfürdő pour y remplir quelques bouteilles d'une eau presque aussi ferrugineuse qu'à Homoródfürdő...
Bien que la météo ne fît qu'empirer (et c'est à ce moment-là, je crois, que nous réalisâmes que nous ne pourrions guère rouler sous une pluie un peu forte avec des essuie-glaces aussi pourris !) un pique-nique était au programme. Que voulez-vous, quand on est en disponibilité on ne peut pas se permettre de manger au restaurant midi et soir ! Hé bien, malgré la météo, malgré l'état de Ma Douce, nous le fîmes, ce pique-nique au bord du lac Szent Anna, parce qu'on est comme ça, en Hongrie, ce qu'on dit on le fait !

franchement, je n'aurais pas aimé être à la place du gars qui s'occupait de la location des pédalos !

Rapidement tout de même, et en sautillant sur place pour nous réchauffer un peu ... Ce que je n'ai pas du tout apprécié dans cet épisode, c'est qu'avant de commencer la descente vers le lac (qui s'est formé au fond d'un cratère volcanique, comme la photo le laisse un peu deviner) il faut acquitter un péage, et pas des plus petits, pour emprunter une route complètement pourrie, avec des trous à faire pâlir d'envie la Plus Grosse Poule Faiseuse de Nids du Monde Entier ! Une escroquerie pure et simple, si vous voulez mon humble avis ...

Au retour du lac (virages ? froid ? fatigue ?) Ma Douce se sentait de plus en plus mal, alors on a abrégé ses souffrances en filant directement sur Miercurea Ciuc / Csíkszereda. Et là, comme un chaud rayon de soleil dans toute cette grisaille, l'accueil de Géza, un ami sculpteur-peintre qui accepte de nous héberger pour 2 nuits dans son atelier. On a dû se coucher vers 5 heures pour 14 heures de sommeil environ ...
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