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8 novembre 2008 6 08 /11 /novembre /2008 17:13
Jó estét kívánok !
(en effet, ici, il est 5 h et il fait déjà nuit)

Quand vous vivez quelque part vous ne pouvez pas, à un moment ou à un autre, ne pas rencontrer d'autres personnes expatriées comme vous. Ce fut le cas au Maroc et à Madagascar, la particularité étant que cela se faisait essentiellement "entre Français" (mais pas toujours, cf John, l'Américain rencontré à Diégo-Suarez, et puis Andrew et ses parents, bien sûr). Mais il s'agissait d'ex-colonies françaises, et le système de l'ex-colon était encore bien présent. Ici, c'est différent. Il y a un journal, le Journal des Français de Budapest, le "JFB" je pense, qui n'est pas mal du tout mais je n'ai pas du tout cherché à contacter le milieu français de Budapest. Je crois cependant qu'il y en a un. Adrian, le prof d'anglais à qui je donne des leçons de français, est marié à une Française. Et il m'a dit au début du cours qu'un de ses objectifs était de mieux se débrouiller dans les "partys" françaises ! J'ai simplement envoyé un CV à l'Institut Français, et un autre au Lycée, pour lesquels on ne m'a même pas accusé réception : ça ne m'a pas trop donné envie de continuer !
Non, ici les "expats" que je rencontre sont celles et ceux qui, comme moi, ont décidé de tenter l'ascension de l'Everest des langues : le hongrois ! Ah ! que n'ai-je pas entendu dire sur le hongrois et sur son extraordinaire difficulté ! Et par les Hongrois-e-s même parfois, qui n'en sont pas peu fier-e-s, je pense.  Il n'y a qu'à voir le respect, l'estime dans lesquels les écrivains hongrois sont tenus, et cela peut aller jusqu'à l'adulation, comme pour Pétöfi Sándor.
Nous, les téméraires, nous nous retrouvons chaque semaine, les lundis et  mercredis, de 10 h à 12 h 30 dans une des salles de la Hungarian Language School, dont vous avez déjà pu apprécier quelques photos extérieures dans "Mon école de hongrois". L'intérieur n'est pas mal non plus :


Les séances sont coupées par une pause à 11 h 30, pendant laquelle une gentille dame nous sert thé, café et petits gâteaux :


Mais pas moyen de prendre correctement la gentille dame en photo, étant donné qu'elle bouge tout le temps !
Pendant ce temps, dans la salle de cours ...c'est évidemment beaucoup plus calme !!!

Mais où sont donc passés nos Indiana Jones de la linguistique finno-ougrienne ? Ont-ils définitivement baissé les bras, plantant là cahiers et crayons, pour aller hurler leur frustration et leur désespoir à la sortie du métro Astoria ?
Que nenni, en voici quelques-un-e-s en train de reprendre des forces pour la deuxième partie du cours :
Bien sûr, on n'entend pas beaucoup de hongrois, à la pause ! Les Anglais-e-s parlent anglais entre eux, les Espagnol-e-s parlent l'espagnol, les Turc-que-s le turc, et moi le français, avec Saskia qui vient de Suisse francophone. D'ailleurs, voilà Saskia :


Très jolie, n'est-ce pas ? Et très sympa, en plus ! On a pas mal discuté de l'intégration en Hongrie, pas évidente d'après elle qui est là depuis 8 mois. Elle est dessinatrice en bâtiment et vit avec Tamás, un étudiant en Relations Internationales, mais leur projet est plutôt de repartir pour Berlin (où ils se sont connus ... dans un cours d'allemand !) et de vivre un moment là bas. J'ajoute que c'est une championne de ski de fond, et qu'elle a été sélectionnée pour l'équipe suisse des "joeunes" (comme elle dit) et qu'à mon avis il devait y avoir de la concurrence !
Parfois Saskia, qui est ma voisine de table (ce qui fait qu'elle n'arrête pas de copier sur moi quand on fait des exercices !), discute de l'autre côté avec Heidy :

Heidy, qui fume le cigare à la pause, est née en Allemagne juste après la guerre. Elle y a étudié la musique, aussi bien folk que d'église. Puis elle a émigré en Afrique du Sud en 1962, où elle est restée jusqu'en 1977, date à laquelle elle est revenue en Allemagne pour y travailler comme organiste. Elle a ainsi alterné les séjours puisqu'elle est retournée vivre à Johannesbourg en 1989 et elle y fut guide touristique. Maintenant elle vit à nouveau à Budapest après s'être remariée avec son 2ème mari, qui est hongrois. Elle s'est enfin décidée à apprendre la langue ...
Bien sûr, comme dans toute classe de langue qui se respecte, nous travaillons régulièrement en groupes de 2, 3 ou 4. Or donc, la 4ème mousquetaire avec qui il m'arrive de peiner, outre Saskia et Heidy, se nomme Amy :

Vous la voyez ici qui fait semblant de réfléchir pour la photo !
Je ne sais pas si c'est parce qu'Amy vient de Birmingham, en Angleterre, mais c'est la championne des retards ! Elle arrive toujours dix minutes après le début du cours, et se confond en "bocsánat, bocsánat" ce qui, vous l'aurez compris, signifie "excusez-moi, pardon, désolée ..." Elle est venue à Budapest pour y étudier pendant un mois, et elle y vit maintenant depuis plus d'un an en enseignant l'anglais. Elle est venue par curiosité, et l'amour d'un Hongrois l'y a faite rester ! Elle est très sympa, toujours prête à éclater de rire !
Dans la catégorie "retards", Amy est suivie de près par Svetlana :

Svetlana, comme son nom l'indique, est une Russe de St Petersbourg et elle adore le lait, la lecture, les longues balades et la photographie. C'est l'amour d'un escrimeur qui l'a amenée à Budapest. Elle aime également la vie, le patin à glace (normal !) et celui à roulettes, voyager, apprendre une langue (c'est probablement celle qui a le plus de facilité parmi nous), les dessins animés soviétiques, le cinéma mais, par dessus tout, La Vie ! Elle travaille pour des communautés d'accueil de voyageurs (CouchSurfing.com et HospitalityClub.org) et elle est végétarienne aussi. L'été dernier, elle a survécu à un campement improvisé quelque part dans une forêt de Crimée, et elle a trouvé ça super !
Je pense que l'on peut décerner la médaille de bronze des retardataires à Serap :Serap vient d'Antalya, en Turquie. Elle a commencé des études d'Administration publique à l'université d'Akdeniz mais elle les a interrompues pour venir travailler à Budapest comme "European Volunteer", un programme soutenu par la Commission Européenne. Elle travaille avec des jeunes femmes en difficulté et prépare pour elles des activités (stages, séminaires, et même camping) autour de thèmes de réflexion actuels (SIDA, relationnel, leadership, ...) Elle est très discrète mais très attentive, bien impliquée dans son apprentissage du hongrois.

Après les "retardataires", voyons les étudiants "à éclipses", c'est-à-dire celles et ceux qui viennent ... ou qui ne viennent pas, c'est selon ! Dans cette catégorie, la palme revient sans conteste à Angelos :Angelos est un Chypriote qui vient de Limassol, et il vit en Hongrie depuis 4 ans. Il suit des études de médecine à l'université Semmelweis. J'ai cru comprendre que la sélection pour entrer en fac de médecine était moins grande en Hongrie qu'ailleurs (un peu comme pour les études de kiné en Belgique, peut-être) et que par conséquent cela attirait pas mal d'étudiant-e-s europén-ne-s.

La médaille d'argent des "éclipses" sera décernée à Gökhan :

Gökhan, qui manifestement est en train de se demander à quoi ça sert d'apprendre une langue aussi compliquée que le hongrois, vient de Turquie, comme Serap. Comme elle également, il est "Volontaire Européen" mais lui s'occupe de garçons de 6 à 11 ans qui se sont réfugiés en Europe avec leurs parents. Ces garçons viennent d'un peu partout : Afrique, Moyen-Orient, Asie, ... Je pense que sa tâche essentielle est de leur redonner un peu de joie de vivre et de les laisser être des enfants ...

Sur la 3ème marche du podium "éclipses", nous trouvons Harlan :
Harlan est un Anglais d'origine écossaise. Il est venu vivre à Budapest pour un an avec sa femme Elmina, qui est hongroise et cuisinière, et sa belle-fille Laurien, qui a 16 ans. Il est écrivain et il réalise (écriture et mise en scène) des films vidéo. Il joue de la guitare et de la basse également, et cette année il a réalisé 2 CD : l'un avec son groupe en Angleterre (le groupe s'appelle "In Bob we trust", en révérence à Bob Dylan !), l'autre avec sa belle-fille en Hongrie. Il se déclare très heureux d'être à Budapest !
Avant de passer à la catégorie des "assidu-e-s" (dont je me glorifie de faire partie !) il convient probablement de parler de Mike :

Mike (qu'on appelle aussi Michka) est un jeune Londonien qui a rejoint le groupe un peu plus tard. Une grande partie de sa famille est hongroise. Il est donc venu à Budapest apprendre le hongrois pour mieux communiquer avec elle, mais aussi pour faire le lien entre cette partie et l'autre partie qui vit à Londres. Il y a également du "business" en jeu car, comme il le dit lui-même, "Hungary is a growing prospect of a future expanding market in multiple fields". Son projet, quand il retournera en Angleterre, est d'y étudier les Relations Internationales et la Politique.

Alors, voyons maintenant les "pur-e-s et dur-e-s", celles et ceux qui n'arrivent jamais en retard et qui sont toujours là. Précisons que Saskia et Heidy en font partie. Ils méritent tous une médaille d'or, comme Anna :
Anna, qui voudrait se faire oublier, comme le montre bien la photo, est une jeune Espagnole de Cadix et elle a également "des yeux de velours" ! Comme Angelos, elle est venue en Hongrie pour faire des études de médecine. Très discrète, sérieuse, travailleuse, je pense que dans le groupe c'est elle qui a fait les plus gros progrès en hongrois.
Avec un profil un peu similaire (discrétion + sérieux) mais dans un tout autre genre, nous trouvons Anh :

que tout le monde appelle The Anh, mais ce semble être une erreur d'après le petit papier qu'il m'a donné ! Anh a une passion dans la vie, ce sont les Echecs ! Il est déjà Maître International, avec un classement Elo de 2420, si ça dit quelque chose à quelqu'un. Il est venu à Budapest pour s'entraîner, améliorer son jeu et participer à des tournois. Il est d'une gentillesse et d'une douceur incroyables ! Tellement d'ailleurs que quelquefois on a bien du mal à entendre ce qu'il dit ! Lui aussi a fait d'énormes progrès, surtout dans la prononciation du hongrois avec laquelle il avait vraiment du mal au début.
Voilà, j'ai vérifié, je crois (j'espère !!!) que je n'ai oublié personne. Voilà notre petit groupe de 12, très cosmopolite, et dans lequel règne une bonne entente. Chacun-e a sa vie, sa personnalité, ses centres d'intérêt mais c'est resté un plaisir, après 16 cours de hongrois quand même, d'aller à la HLS et d'y retrouver les compagnons d'infortune !
Je n'aurai garde d'oublier nos professeures.
Il y a d'abord Idilko :qui fait l'andouille parce qu'elle n'aime pas les photos. On travaille avec elle depuis le début donc on commence à la connaître un peu. Mine de rien, elle dirige son cours d'une main ferme et évite que nous nous perdions en considérations superfétatoires ce qui, avec le hongrois, ne saurait manquer d'arriver. On apprend surtout un hongrois "de communication" et récemment j'ai épaté deux amis français qui faisaient une virée à Budapest en commandant, au café, deux thés (dont un au lait) et un café sans l'ombre d'une hésitation. Et même que le serveur n'a pas tiqué ! Mais bon, ne nous faisons pas d'illusions : pour vraiment apprendre le hongrois, il faudra quelques années !
Notre deuxième professeur est Bogi :
que nous voyons ici en train de guider Svetlana et Gökhan sur le sentier ardu du suffixe possessif de la 3ème personne. Nous ne travaillons avec elle que depuis assez peu de temps, et ses cours sont donnés en alternance avec ceux d'Idilko. Tout ce que je peux dire, c'est qu'avec elle, ça bouge beaucoup : on se lève, on va au tableau, on s'assoit, on se relève, il y a même une fois où il aurait fallu faire de la gymnastique ! A mon âge !

Personnellement, j'ai pris des cours jusqu'au mois de février mais dans la mesure où l'enseignement est un peu "à la carte", avec différentes formules, je ne sais pas ce que le groupe deviendra d'ici là. Certain-e-s, je crois, commencent à se poser des questions sur le fait de consacrer autant de temps à un apprentissage qui leur sera probablement de peu d'utilité par la suite ... s'ils ne restent pas en Hongrie ! heureusement, JE ne me pose pas ce genre de questions parce qu'avec Ma Douce, c'est vraiment du sérieux et on espère bien qu'on est partis pour faire un bon bout de chemin ensemble ...

Viszontlátásra !

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3 novembre 2008 1 03 /11 /novembre /2008 15:33
Jó napot kívánok !

Je sais qu'il est rarement considéré comme "de bon goût" de parler de la mort à des Français. A fortiori, peut-être, sur un "blog" comme celui-ci, faisant partie de la catégorie "voyages", censé adopter un ton léger, et enjoué ? Vous aurez sûrement déjà compris que je m'efforce d'avoir un regard autre que "touristique" dans le pays où je vis. Ce qui m'importe, en vivant au Maroc, à Madagascar, et maintenant en Hongrie (tiens ! c'est bizarre : Al Maghrib, Repoblika Malagasy, Magyarország. Que des pays commençant par Ma- ! Ce sera quoi, le prochain : Malte ou Madère ? Le Mali, ou le Malawi ? Il reste encore plein de possibilités ...) c'est observer, et essayer de comprendre, comment des gens vivant dans d'autres pays, d'autres cultures, s'occupent des grandes questions de la vie : l'amour, les enfants, et bien sûr, la mort.
Chez nous, en France, c'est l'oubli qui prévaut : on fait comme si la mort n'existait pas, comme si on devait "vivre immortels". Bien sûr, il vient un temps où même celui qui ne veut plus quitter plus ses Adidas sent que ça vient ... Le corps se met à rechigner, l'envie et le désir s'affaiblissent. Que faire alors ? D'abord et surtout, ne pas en parler ! Garder ça comme un secret honteux, en espérant jusqu'à l'ultime seconde que quelqu'un LA découvrira bien, cette fichue formule ! Et puis ... est-ce vraiment la peine d'en faire tout un plat ?
Je me souviens de mon premier enterrement à Madagascar. On était toute une équipe de coopérants et de collègues malgaches, entassés dans le Toyota 4x4, et on "faisait une descente" à Ambanja, petite ville de la côte Nord Ouest. On roulait dans une large avenue bordée de grands arbres quand on a vu, au loin, une foule qui occupait toute la route. On a donc été obligés de rouler au pas pendant un long moment, juste derrière ceux du dernier rang, et on a pu observer. Les gens chantaient, rigolaient, bref, avaient l'air carrément joyeux ! Et puis on a remarqué le manège d'un homme qui poussait un vélo sur lequel était juché un gros bidon en plastique. De temps en temps, il s'arrêtait près d'un-e participant-e, calait son vélo contre lui, et plongeait un verre dans le bidon, qu'il tendait ensuite à l'assoiffé-e. Nos collègues nous expliquèrent qu'il s'agissait bien là d'une fête parce que le mort avait eu une longue vie, et qu'il l'avait bien remplie. Les gens se saoulaient donc (avec le contenu du gros bidon), chantaient, dansaient. Il y avait même une tradition qui voulait qu'on se moque du mort, en lui adressant de grossières plaisanteries. En revanche, j'appris un peu plus tard qu'un des fils du responsable de l'éducation dans la province s'était tué dans un accident de voiture. Ses parents n'assistèrent pas à son enterrement parce qu'il n'était pas "naturel" que des parents enterrent leur enfant.
Et en Hongrie, alors ? Pour observer, et essayer de comprendre, je me suis rendu dans 2 cimetières : celui d'Óbuda dans l'après-midi du samedi 1er novembre, et dans celui de Farkasrét en fin de matinée du dimanche 2.
1ère évidence : il y a un monde fou dans les cimetières hongrois au jour dit de la Toussaint, et à son lendemain !


Que ce soit le samedi à Óbudai temetö


ou le dimanche à Farkasréti temetö !

La coutume semble vouloir que l'on amène des fleurs (des chrysanthèmes mais pas seulement) et des petites bougies. Symbolisme de ces dernières : vigilance du souvenir ? vie qui continue quand même ? On y vient en famille pour se remémorer des scènes communes, ou se les raconter, si on n'avait pas été là. Cela fait partie du lien entre les vivants, et avec les morts. Cela fait partie de l'éducation.

Je me souviens d'un tour que j'ai fait dans les cimetières de Grenoble, à la recherche d'une hypothétique grand-mère. C'était le jour de la Toussaint justement, et je me rappelle ces alignements de tombes déserts et silencieux, avec par ci par là une petite vieille habillée de noir. C'est à mon avis une grand erreur que de vouloir oublier la mort, et je suis persuadé que notre vie serait plus riche, plus intéressante, plus "vivante" si nous parvenions à y intégrer la réalité de la mort ... d'une façon qui reste encore à déterminer !

Ici, le recueillement semble général et "naturel", si l'on peut dire. L'ambiance n'est pas à la tristesse, mais semble plutôt teintée de sérieux et de méditation.


Aucune tombe, ou presque, n'est oubliée ...



Bien sûr, certaines sont plus choyées que d'autres ...


Mais ce que j'ai trouvé particulièrement intéressant, et touchant, c'est que dans chaque cimetière il y a un endroit central, commun, et destiné à recueillir le souvenir destiné à ceux dont la tombe est ailleurs ...

Que ce soit à Farkasrét le dimanche midi


ou le samedi, en fin d'après-midi, à Óbuda


Ainsi, puisque la même chose devait se produire dans tous les cimetières de Hongrie, l'on pouvait être presque certain que sûrement quelque part quelqu'un devait penser à chacune des tombes autour de nous qui n'avaient pas eu la chance de recevoir une visite !

Viszontlátásra !

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31 octobre 2008 5 31 /10 /octobre /2008 11:20
Jo nápot kivánok !

Aujourd'hui, j'ai pensé qu'un peu de poésie ne vous ferait pas de mal, j'espère que vous ne m'en voudrez pas !
J'ai donc choisi, dans le recueil que Ma Douce a spécialement concocté pour moi, un petit poème de Sándor Petőfi, qu'on appelle ici Petőfi Sándor ...

Befordúltam a konyhára ...

Befordúltam a konyhára,
Rágyújtottam a pipára ...
Azaz rágyújtottam volna,
Hogyha már nem égett volna.

A pipám javában égett,
Nem is mentem én a végett !
Azért mentem, mert megláttam,
Hogy odabenn szép leány van.

Tüzet rakott eszemadta,
Lobogott is, amint rakta ;
Jaj de hát még szeme párja,
Annak volt ám nagy a lángja !

Én beléptem, ő rám nézett,
Aligha meg nem igézett!
Égő pipám kialudott,
Alvó szívem meggyúladott.

Pas si facile, le hongrois, mmh ?
Heureusement, je vous offre la traduction !

Je me suis dirigé vers la cuisine ...

Je me suis dirigé vers la cuisine,
J'ai allumé ma pipe ...
Enfin je l'aurais allumé,
Si elle n'avait pas été déjà en train de brûler.

Ma pipe brûlait tout à fait bien,
D'ailleurs je n'y allais pas dans ce but-là !
J'y allais parce que j'avais vu
Que là-bas il y avait une jolie jeune fille.

Elle y a allumé le feu, celle à qui je pense,
Il a même bien flambé alors qu'elle l'allumait ;
Mais alors dans ses deux yeux aussi,
Il y avait une flamme vraiment grande !

Moi je suis entré, et elle m'a regardé,
Peu de chances qu'elle ne m'ait pas envoûté !
Ma pipe qui brûlait s'est éteinte,
Mon coeur éteint s'est enflammé.

Ce charmant petit poème date de 1843. Petöfi Sándor est né à Kiskörös en 1823, et mourut à la bataille de Segesvár en 1849. C'est véritablement un des héros nationaux hongrois, il fut un des chefs de file de la révolution de 1848 contre la domination autrichienne, et dans chaque ville, voire chaque village de Hongrie, il existe une rue portant son nom. Dans Budapest et sa banlieue, vous ne trouvez pas moins de 5 "places Petöfi", 9 "rues Petöfi", 4 "rues Petöfi Sándor", sans compter le pont sur le Danube qui porte son nom !
Pas mal pour un poète, non ?

Viszontlátásra !


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30 octobre 2008 4 30 /10 /octobre /2008 16:55
Jó napot kívánok !

Je ne sais pas si, comme moi, il vous est arrivé de brandir rageusement le poing en hurlant à pleins (et juvéniles) poumons les curieuses (mais enthousiasmantes) paroles de l'Internationale.
C'était le bon temps des certitudes : il y avait les bons d'un côté et de l'autre les méchants Américains qui massacraient, les ignobles, les pauvres petits Vietnamiens. Bien sûr, on entendait des dates, 56 par exemple, des mots, stalinien, abrégé en "stal", ce qui faisait comme un pléonasme, car comment dire "sale stal" ? Et puis on a vu : le printemps de Prague, auquel on n'a pas compris grand-chose sur le coup. Enfin, moi, en tout cas. Pas trop étonné au fond que les communistes puissent être méchants, eux aussi. Mais bon, c'était "entre eux" que ça se passait, derrière le Rideau, alors il valait peut-être mieux ne pas trop s'en mêler ... qu'est-ce qu'on pouvait y comprendre, de toutes façons ?
Bon, tout ça s'est cassé la figure en quelques années, et fini le Rêve du Grand Soir ... En Hongrie, c'est le 23 octobre 1989 que la IVème République a été proclamée, en remplacement de la république populaire instaurée en 1949.




Du coup, beaucoup de statues "socialistes" ont été ôtées de la vue (et des épaules) des Budapesti et se sont retrouvées entreposées dans un drôle d'endroit appelé Memento Park.
C'est un peu au sud de Budapest, et on y parvient par une route assez moche et parsemée de prostituées. Ma Douce, un peu gênée, m'a expliqué que ce devait être pour les camionneurs. On ne se connaissait pas encore très bien, à l'époque. C'était donc bien gentil à elle de me proposer cette visite, et moi j'avais sauté sur l'occasion, impatient de voir l'envers du décor, de découvrir comment un pays ex-socialiste traitait les effigies de l'ex-Grand Frère.



Nous fûmes dûment billettés par une dame permanentée, tout droit sortie des années soixante.
 Le ciel était bas, une agaçante boue de février collait aux talons ...


Juste à l'entrée, un spectacle étrange :
était-elle punie ? trop laide pour être montrée ? juste arrivée et pas encore déballée ? (ce qui était quand même le plus probable, mais cela voulait dire aussi que le travail était toujours en cours ...) Quoi qu'il en soit, ça commençait fort !
On était quasiment seuls dans le parc, c'était au mois de février, je crois. Un peu plus tard, un couple de jeunes Asiatiques nous a rejoints. Guère moyen, en voyant ces statues, de se représenter leur "importance", je veux dire leur poids dans la vie quotidienne des gens.  D'ailleurs Ma Douce me glisse à l'oreille que ce poids était devenu moindre pour elle et ecux de sa génération, qui n'avaient pas connu le communisme "dur" des années 50-60.
Pourtant, guère moyen non plus de ne pas s'amuser avec ...



Penser qu'il y avait eu des gens pour fabriquer des trucs comme ça, et ceux-là, et bien d'autres, y croyaient. En tout cas on faisait tout pour les persuader d'y croire, et cette statuaire participait de la propagande, destinée à convaincre tout en écrasant. D'où le gigantesque, le surdimensionné, pour bien montrer la puissance du socialisme triomphant :


Evidemment on a tout de suite envie de regarder l'entre-jambes, mais non il n'y a rien de spécial, à peine une bosse. Le géant est asexué, en quelque sorte ; c'est une abstraction, une idée incarnée dans le métal !


Et qu'est-ce que vous dites de la suivante ?


Lui, c'est "Osztapenko", nom imaginaire et figure mythique DU jeune soldat russe qui aurait été traitreusement assassiné alors qu'il revenait de négociations infructueuses (vous voyez son petit drapeau ?), ce qui montre bien la perfidie des nazis ! Cette statue était placée juste à l'entrée de Budapest, à l'endroit où finit l'autoroute arrivant de Vienne. C'était aussi un lieu de rendez-vous commode pour les habitants, surtout quand ils devaient prendre le train à Kelenföldi, gare toute proche de là. Ils se retrouvaient avant "à Osztapenko". Et devinez quoi ? Aujourd'hui il y a un MacDonald's à Osztapenko !!!

Mais n'allez pas croire que TOUTES les statues de "l'ère socialiste" aient disparu de Budapest ! Que nenni, la preuve :


J'ai trouvé celle-ci non loin de Arpad Híd (le pont Arpad, du nom de la 1ère dynastie hongroise), à la limite de la banlieue nord de Budapest. Mais je ne désespère pas d'en trouver d'autres, en particulier à Csepel, la "cité rouge", située sur une île au sud. A suivre donc ...

  Viszontlátásra !











 
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27 octobre 2008 1 27 /10 /octobre /2008 14:17
L'autre jour, Ma Douce avait beaucoup à faire. Elle poursuit ses recherches autour du travail de Lucien Hervé, un artiste d'origine hongroise qui fut, en particulier, le photographe "attitré" de Le Corbusier. D'ailleurs c'est un peu lui qui nous a permis de nous rencontrer puisque c'est au musée du Havre qui présentait une exposition sur les "villes nouvelles" (Le Havre, Brasilia, Chandigarh) comprenant nombre de ses clichés que cela se fit, le 2 août 2007, aux alentours de 16 h. Elle y accompagnait Judith, la veuve de Lucien Hervé, et j'y allais mû par mon goût pour la photo et l'architecture. Et voilà !
Bref, Ma Douce n'avait pas beaucoup de temps à me consacrer et comme il faisait beau, j'ai pris mon appareil et je suis parti faire un tour dans les collines de Buda. Je vous mets un petit plan pour que vous puissiez suivre :


Or donc, nous habitons en bas de la rue Varosmajor, tout près de Déli pályaudvar, où il y a aussi une station de métro : vous y êtes ? Pour monter dans les collines, j'ai pris à droite dans la rue Kék Golyó, autrement dit la rue de la "boule bleue". Juste avant l'hôpital, j'ai tourné à droite dans un petit chemin pour voir si Józsi était bien parti à Hambourg, comme Judith nous l'avait dit. Son dernier domicile (que nous avions découvert par hasard, lors d'une autre balade), c'était là :


et la vue qu'il avait de sa fenêtre, c'était ça :


avec la rue Kék Golyó tout au bout, vous y êtes ?
Donc, il n'était pas là. A Hambourg peut-être bien, quoiqu'il nous eût parlé de Rotterdam la dernière fois qu'on l'avait vu, au coin de la rue Kék Golyó et de la rue Városmajor justement. A en croire Judith, il avait le projet d'épouser une Allemande pour changer de nationalité ! Et aussi faire des enfants ...
En sortant, j'ai repris la rue à droite et, la vache, il faisait vraiment beau.


Au milieu de la rue à peu près, j'ai découvert une drôle de construction, verte, où c'était l'hiver. Comme un phalanstère, avec une cour intérieure plongée dans l'ombre, et au milieu un vieil arbre, humide et noir :


Je suis vite sorti de là pour retrouver le soleil. Au bout de la rue, j'ai pris à droite, toujours en montant, dans Istenhegyi út. "Út", ça veut dire boulevard, et "utca" (prononcer outsa), ça veut dire rue. "Hegy", ça veut dire montagne, et "Isten" ... dieu ? Alors ce serait la montagne de Dieu ? ou du dieu ? ou des dieux ? Ma Douce me dira ça ... (Elle m'a dit : c'est bien la montagne de Dieu)
Istenhegyi út, en tout cas c'est grand, ça roule beaucoup, vite, c'est plein de bagnoles garées sur les trottoirs, comme souvent à Budapest. La preuve :


Mais l'avez-vous reconnue, là, au milieu ? La Trabant, la mythique TRABANT, dont quelques jolis exemplaires circulent encore à Budapest, ou même à la campagne ! N'empêche, quand vous "tombez" derrière une Trabant sur une route nationale, je ne vous dis pas l'impatience. Pourtant j'ai bien envie de m'en payer une, des fois. Peut-être bien qu'elle ressemblera à ça, la voiture de l'avenir ?
J'ai quitté le boulevard aussitôt que j'ai pu, à droite encore, dans Ügyész utca : la rue de la "sinistre affaire" ?! à voir avec Ma Douce ...(en fait, c'est la rue du Procureur, ce qui n'est pas très étonnant dans la mesure où une espèce de "cité judiciaire" existait dans le quartier il n'y a pas si longtemps) Curieusement, alors que dans la foule les gens regardent de manière assez directe, l'usage semble être, lorsqu"on se croise dans une rue isolée, de ne pas se saluer, à peine de se regarder. C'était le vendredi du pont du 23 octobre, et on serait cru un dimanche ...


Plus je montais et plus j'avais de vue sur les collines environnantes, évidemment. Mais comme d'habitude dans ces circonstances, j'ai raté mes photos :


pas terrible, hein ? ben ouais, je sais ...
N'empêche, Budapest, enfin Buda en tout cas, me fait un peu penser à Rio, avec des "montagnes" au milieu de la ville, délimitant des quartiers bien définis. L'avantage ici, c'est qu'on peut facilement passer d'une colline à l'autre ; à Rio les frontières m'ont paru beaucoup plus étanches. (S'il y en a que ça fait réagir, qu'ils n'hésitent pas à le faire !) J'ai donc continué mon bonhomme de chemin dans Goldmark Károly utca, vous suivez ? J'y ai vu un joli mur 


Arrivé à la rue Csaba ( le nom d'un des fils d'Attila, mais on n'est pas complètement sûr qu'il ait vraiment existé) j'ai vu qu'à gauche elle se prolongeait par un escalier, tout en gardant son nom de rue. Ce n'est pas la première fois que je vois ça. Mais pensez que la rue Csaba va pratiquement jusqu'à Moszkva tér ! à l'autre station de métro, vous voyez ? Bref, j'ai monté l'escalier et en haut je me suis retrouvé un peu nulle part. Après avoir un peu hésité, je me suis décidé à monter sur la colline qui était pratiquement en face, et nous volià donc sur Kissvábhegy ! Le nom est intéressant. "Hegy", vous connaissez déjà, c'est montagne, (enfin montagne pour les Hongrois, hein, parce que quand vous venez des Alpes, évidemment ...). Kissváb, maintenant : "kis" (prononcer "quiche") ça veut dire petit. Et "sváb" ? Eh bien mais "Souabe" tout simplement ! Mais qui sont les Souabes, me direz-vous ? Je pourrais vous dire de prendre votre dictionnaire mais comme j'y suis, je vais prendre le mien, ce sera plus vite fait. Or donc il faut savoir que la Souabe (qui a donné son nom à ses habitants, n'est-ce pas ?) est le nom d'une province allemande méridionale, administrativement rattachée à la Bavière. Avec une histoire assez sanglante, d'après le dictionnaire ... Ce qu'il ne dit pas, c'est qu'à une époque, après la libération de la Hongrie du 'joug ottoman", donc au 18ème, certaines régions du pays étaient si dépeuplées qu'on fit appel à des colons souabes (mais aussi à d'autres nationalités ?) pour les revitaliser. Ils sont toujours là, très attachés à leurs traditions, leur culture, leur religion. La preuve : ils ont des représentants à la mairie du XIIème arrondissement, que nous arpentons présentement.

C'était vraiment la campagne, tranquille, calme ...
Je suis passé de l'autre côté de la colline et, au bout de Kissvábhegy utca (n'oubliez pas de prononcer "outsa"), j'ai rejoint la rue Álom, la rue du Rêve, d'après mon autre dictionnaire. Là j'ai eu la mauvaise idée de tourner à gauche dans la rue Pethényi, et je me suis vite retrouvé à nouveau dans Istenhegyi út, toujours aussi bruyant et peu intéressant, que j'ai donc quitté aussitôt pour entamer la longue rue Zsolna, rectiligne et pas très belle. Mais assez significative : d'un côté un alignement d'immeubles identiques et très moches, datant des années 70 (avec des balcons bordés d'un plexiglass qui fut orange, si vous voyez ce que je veux dire) et de l'autre une suite de résidences beaucoup plus modernes, mais toutes pareilles également. Malheureusement mon appareil ne pouvait pas prendre une photo assez large pour en rendre compte. Au coin de la rue Zsibói, j'ai trouvé ça :


ce qui représente une autre survivance du système communiste. Le magasin ABC était "anonyme" en quelque sorte, et on était censé y trouver tous les produits de base de la vie quotidienne (alimentation notamment), et de toutes façons, il n'y avait pas d'autre endroit où les trouver. Vous voyez que pour le pont du 23 octobre, ils n'hésitent pas à faire des efforts ! Vous voyez aussi que ça monte dur, dans les collines de Buda ...
Au bout de la rue Zsolna, je n'avais pas trop le choix, j'ai pris à gauche dans Istenhegyi lejtö, soit la "côte de la montagne de Dieu" ! Et en effet ça grimpait assez raide jusqu'à un escalier qui débouchait à nouveau sur Istenhegyi út. Juste avant de regagner le boulevard, j'ai remarqué ça :


ce qui m'a fait penser à un bouquin de Boris Vian, l'Arrache-coeur je pense, dans lequel un homme tente laborieusement de construire une arche pour emmener ses enfants ...
Comme on sort de la page de mon petit guide, je vous mets une photo de la page suivante :


Désolé, c'est un peu moins net ... Donc, au bout de Istenhegyi lejtö, on retrouve l'inévitable Istenhegyi út, OK ? Mais en même temps on longe la petite ligne (marquée en rouge sur la carte) du "chemin de fer" à crémaillère qui va de Széchenyi-hegy (Széchenyi est un grand nom de l'histoire hongroise contemporaine dont j'aurai bientôt l'occasion de vous reparler) à Városmajor, terminus visible sur le plan n°1.
Au bout d'un moment, j'ai fait une petite halte à la gare de Gyöngyvirág (essayer de prononcer quelque chose comme Djieundjvirag ; "virág", c'est la fleur et "gyöngy" la perle mais "gyöngyvirág" ... c'est le muguet ! ), vous la voyez ? J'ai pris quelques photos ...
et comme j'étais justement à un endroit où les deux voies se fondent en une seule, j'ai pu assister, médusé, au mouvement très-silencieux, et très-bien huilé, des rails qui se sont positionnés pour permettre à la rame descendante de trouver sa voie. J'ai donc attendu un peu pour voir à quoi il ressemblait, ce petit train, et je n'ai pas été déçu :
Vous voyez ? au passage, le chauffeur nous salue ... de manière réglementaire !
Après toutes ces émotions, j'ai eu comme un moment de flottement. J'étais là, sur Istenhegyi út, le jour commençait à baisser nettement et pour redescendre sur Városmajor, j'avais le choix entre le prochain petit train ou le bus, dont j'avais pu voir plusieurs arrêts sur Istenhegyi út ... Mais non, j'avais des fourmis dans les jambes, décidément, et j'ai traversé le boulevard pour prendre en face dans ... Adonisz utca, au nom tellement séduisant ! Juste au moment où le bus arrivait ...
Et franchement, grand bien m'en a pris. J'ai bientôt tourné à droite dans Gyöngyvirág utca (et donc on peut reprendre le plan n°1, allez, on se dépêche ...), que j'ai suivi jusqu'à Diana (très mythologique, le coin, décidément !) utca. Ensuite j'ai pris à gauche, dans le sens de la descente. Il y avait une vue superbe sur la ville, inphotographiable, malheureusement (ou heureusement, d'ailleurs ?).

Mais là, un peu plus loin, sur la droite, regardez ce que j'ai trouvé :


J'en suis resté baba ! Un véritable palais romain, enfin à mes yeux d'amateur en tout cas, car Ma Douce m'a expliqué qu'il s'agissait en fait d'une "villa" néo-classique du 19ème. Il n'empêche ! découvrir une bâtisse comme celle-là, perdue en pleins champs ou presque, et tournant lentement à la décrépitude ... c'est quand même un sacré choc esthétique, voire émotionnel !
Du coup, je ne me rappelle plus bien la fin de la balade. De toutes façons il faisait déjà bien nuit, et Ma Douce commençait à me manquer sérieusement. Toujours dans le sens de la descente, j'ai pris à gauche dans Óra út jusqu'à retrouver, dans Istenhegyi út, le bus 190 qui m'a ramené à Déli Pályaudvar, tout près de chez nous.
Viszontlátásra !
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23 octobre 2008 4 23 /10 /octobre /2008 17:01

De quoi je me souviens, de mon week end à Vienne ?


Je me souviens du bassin de nénuphars à l'entrée du centre commercial où se tenait une foire-exposition ... Je me souviens de la lumière sur ces nénuphars ...



Je me souviens du musée Léopold où j'ai passé plus de 3 heures : Klimt, Schiele, d'autres encore dont j'ai oublié les noms, évidemment ... Je me souviens de la lumière à la sortie du musée ...


Je me souviens d'avoir erré longuement dans les rues d'un certain quartier, à la recherche d'une introuvable "panzio" ... Le soir s'était mis à tomber ...


Je me souviens qu'au fond d'une petite rue ancienne, dans une très vieille maison, se tenait le local d'un mouvement d'extrême-droite, dont la façade était violemment maculée. Une jeune femme y était entrée, en portant de gros sacs de supermarché : était-elle d'extrême-droite elle aussi, ou avait-elle juste la malchance d'habiter là ?


Je me souviens du tramway de Vienne, dans lequel j'ai voyagé sans payer mon ticket. En fait j'avais un forfait transports mais Ma Douce m'a expliqué le lendemain qu'il n'était pas valable pour ce trajet-là. Ceci dit, ça avait l'air super-compliqué, de payer son ticket ! Il y avait un petit distributeur jaune, dans lequel il fallait mettre de petites pièces (apparemment) et tant pis pour ceux qui n'avaient pas de monnaie ! Deux jeunes voyoutes s'y sont essayées pendant dix bonnes minutes, avec les soubresauts du tramway en plus, je ne vous dis pas. Je crois que finalement elles ont laissé tomber, de toutes façons elles étaient arrivées ...



Décidément je me souviens de la lumière en sortant du musée : j'aimais, j'étais aimé, et tout me paraissait si doux ... Je me sentais fort et bienveillant, le pas plus sûr et plus léger, les épaules plus larges ... J'étais sûr qu'en ce moment-même, Ma Douce Amie pensait à moi ...



Je me souviens de la pluie de feuilles jaunes qui a accompagné mon départ, et ma lente remontée vers la gare. J'ai mangé une pizza pas très loin de l'hôtel où j'avais dormi. C'est là que je me suis aperçu que j'avais pas mal tourné en rond la veille ...




La question finale étant : de quoi je me souviendrais s'il n'y avait pas les photos ?


Viszontlátásra !

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17 octobre 2008 5 17 /10 /octobre /2008 17:51
J'aime les gares et leur poésie un peu triste ...


J'aime quand le train traverse les faubourgs des villes ; on voit alors des quartiers que l'on ne verrait pas autrement ...


J'aime les tags des bords de voie, leurs taches éclatantes sur tout ce gris environnant ...



J'aime les petites gares de campagne, celles où l'on s'arrête à peine, juste le temps d'imaginer ce que pourrait être la vie ici, loin de tout ...


On aurait un chien, quelques chats, des arbres fruitiers, et un ou deux beaux enfants ... si seulement j'avais un marteau !!! (plaisanterie réservée à ceux qui ont connu les tubes des années soixante) Ce serait le bonheur, chantait CloClo. Oui ... peut-être ...

J'aime quand on commence à se demander où on peut bien être, et si ce voyage finira jamais ...



J'aime quand on voit des gens au travail, et qu'on les regarde à travers la vitre, comme si on était des extra-terrestres, ou des entomologistes, ou bien des grands malades ... Ils bossent dur, ils s'agitent, mais nous, non, désolés, pour l'instant on n'appartient plus à ce monde, on VOYAGE ...


J'aime les inscriptions cabbalistiques, réservées aux seuls initiés du TRAIN ...



J'aime les consignes multi-langues, qui font qu'on peut se sentir vraiment un grand voyageur ...



J'aime les rencontres imprévues, un oeil qui brille, un sourire soudain ...


J'aime quand les gens se relâchent un peu, enfin, bien décidés à profiter de la parenthèse du train ...



J'aime les locomotives, et leurs airs de bonne bête industrieuse ...


J'aime la mémé qui fait ses mots croisés, sans s'occuper de personne ...



J'aime ces instants furtifs, entraperçus, volés ...



J'aime ces vastes plaines ... qu'on traverse à ... 30 km ... / ... h ...



J'aime ces monuments étranges, qu'on voit parfois au bord des voies ...



Ah ! si j'avais un marteau ...


J'aime les vieux wagons qui croient encore, dur comme fer, qu'un jour on reviendra les chercher ...


et qui essaient d'être les premiers, dans la file d'attente ...

Viszontlátásra !





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16 octobre 2008 4 16 /10 /octobre /2008 10:45
Jo napot kivánok !

Pour moi, fils de prolo, l'opéra appartenait à "l'autre monde", celui des riches, des nantis, de ceusses qui pètent dans la soie. Je n'y avais donc JAMAIS mis les pieds, même quand j'aurais pu, jamais ... jusqu'à hier soir, à l'opéra de Budapest !
1ère surprise, ce n'est pas siiii cher, l'opéra, enfin, à Budapest au moins. 3 000 forints la place, soit un peu plus de 10 euros. Bon, je sais, c'est un peu bête, ce que je dis : d'abord, il y a aussi des places beaucoup plus chères (10 000, et plus) et puis, il y a le niveau de vie, une place de cinéma ici coûte 800-1 000 forints, c'est-à-dire la moitié d'une place française. Mais quand même ...
2ème surprise, on n'a pas besoin d'être si "classieux" que ça pour aller à l'opéra, enfin, à Budapest en tout cas. Ma Douce a mis sa petite robe noire toute simple qui lui va si bien, et moi une chemise propre, et voilà ! Et effectivement, dans le public, j'ai pu constater qu'il n'y avait pas que des visons, des smokings et des rivières de diamants. En fait, je crois bien que je n'en ai pas vu du tout !
3ème surprise, on a le droit de prendre des photos à l'intérieur de l'opéra. Je ne m'en suis donc pas privé ! Comme on était un peu à la bourre pour rejoindre nos places (la séance commence à 7 heures), la 1ère, que j'ai prise en montant les escaliers 4 à 4, a donné ça :


Ah oui ! J'ai oublié de vous dire qu'on allait voir-écouter "Fidelio" de Beethoven ... heureusement que Ma Douce m'avait un peu expliqué l'histoire dans le métro qui nous amenait parce que c'est quand même vachement compliqué, un opéra, enfin, celui-là en tout cas. Fidelio, en fait, c'est une femme qui s'est déguisée en homme pour s'introduire dans la prison où son homme à elle est arbitrairement détenu par le directeur, qui en a gros sur la patate contre lui. Comme c'était chanté en allemand (évidemment) et surtitré en hongrois (bien sûr) je dois avouer que j'ai plus d'une fois laissé errer mon regard vers la salle, bien pleine, l'orchestre (qui jouait en direct !), et le plafond très-richement décoré :


N'empêche, c'est vraiment une découverte pour moi ! C'est assez "total", comme spectacle, un opéra : on voit et on entend un orchestre (avec un chef à cheveux blancs qui s'agite, tout bien comme il faut), on voit des acteurs, on entend des chanteurs, tout ça. Je sais que cela peut paraître banal, voire trivial, à certains (en particulier à ceux qui ont pondu, ou lu, des bouquins de 600 pages sur le sujet !) mais voilà, pour un novice, c'est une VRAIE surprise, ne vous en déplaise !
De temps en temps, je regardais l'orchestre, et en particulier les 4 cors, situés juste en face, au fond.


(là, c'est la pause entre les deux actes, et vous pouvez voir leurs 4 chaises vides à gauche contre le mur)

J'ai remarqué qu'il y en avait un qui jouait plus souvent que les autres, et j'ai d'abord pensé que c'était le chef des cors. Celui qui jouait un peu moins, je l'ai pris pour un sous-cor, et les 2 autres, qui ne jouaient presque jamais, en fait seulement quand tout le monde s'y mettait, pour des sous-sous-cors. Mais je ne suis pas sûr, peut-être qu'ils avaient chacun un cor différent et que cette partition-là les sollicitait inégalement ?
En tout cas, ça n'a pas l'air tellement gratifiant, le cor, comme instrument ! Non seulement vous jouez peu, voire très peu, mais dès que vous avez fait trois notes, vous êtes obligé de renverser votre instrument contre votre oreille pour écouter ce qu'il y a dedans, puis d'en démonter certains tuyaux pour les secouer devant vous d'un air faussement négligent ! Ma Douce m'a expliqué ensuite qu'ils devaient probablement cracher dedans quand ils soufflaient, et que c'était de la salive qu'ils tentaient d'évacuer de la sorte ! Mais c'est dégoûtant ! Ils devraient faire quelque chose pour ces foutus cors, je ne sais pas moi. Peut-être y enlever quelques coudes, pour que ça condense moins (c'est vrai, il y en a tellement, des coudes, qu'on dirait des alambics !), ou trouver un nouveau matériau ? Et quand vous pensez que ça dure depuis des siècles, comme ça !

La pause, donc, de vingt minutes environ. Le temps de se déplacer en masse vers le buffet (c'est l'occasion de dire que les Hongrois me semblent former un peuple très "bousculant" : quand il y a une foule, dans le métro ou ailleurs, c'est un peu "pousse-toi de là que je m'y mette", et comme ils, ou elles, sont plutôt solides, les Hongrois-e-s, vous voyez d'ici le problème ...)


, puis de se glisser vers la terrasse pour y fumer une cigarette ...



le temps d'attendre que Ma Douce revienne des toilettes ...


Nous nous réinstallâmes bientôt dans notre petite loge du deuxième étage, mais au deuxième rang seulement, parce que quand même, à 3 000 forints, il faut pas rêver ! Mais Ma Chère Douce, qui n'a pas les yeux dans sa poche, eut vite fait de remarquer que personne ne revenait au balcon de la loge à côté ! Cinq minutes plus tard, nous y étions, avec une vue complètement dégagée sur tout le spectacle !!!

Précisément LÀ, accoudés au balcon vide, au premier plan, à droite. Vous pouvez imaginer ça ???

Deuxième acte donc, auquel je n'ai pas compris beaucoup plus de choses qu'au premier. Le directeur de la prison n'était jamais content, il n'arrêtait pas de chanter comme si on lui avait marché sur le pied. Fidelio était "joué" par deux personnes : un jeune homme muet qui était son corps, et une femme habillée en rouge qui était sa voix. Et quelle voix !!! Cette femme était capable de se faire entendre même quand tout l'orchestre jouait à fond, et du Beethoven joué à fond, ce n'est pas rien quand même ! Dans l'ensemble c'était une mise en scène "moderne", avec des tas de figurants habillés de manières diverses et étonnantes : des fois on se serait cru à Abou Grahib ou Guantanamo (prisonniers avec des cagoules informes et rouges sur la tête), d'autres fois en pleine campagne électorale américaine (Christ avec coeur électrique clignotant sur la poitrine). Le directeur, à la fin, a été bien puni : il s'est fait embarquer par deux types tout droit sortis de "Men in black" !

Pour vous donner une petite idée de la chose :

Et puis voilà, c'était déjà fini !!! Au bout de 3 heures quand même, mais croyez-moi, je ne les ai pas vues passer !

On a jeté un dernier regard sur le grand escalier :


Le monsieur en noir, là, c'est lui qui faisait les entrées et les sorties, et il avait l'air vraiment super-gentil !

Viszontlátásra !



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10 octobre 2008 5 10 /10 /octobre /2008 11:40
- dans la rue, même à Budapest, les gens vous regardent souvent dans les yeux, et c'est BIEN !
- j'ai généralement le sentiment que les Budapesti cachent peu leurs sentiments : ils ont des visages "ouverts", sur lesquels on peut lire la sympathie ou la réprobation, plus rarement l'indifférence ;
- dans les rues, on dirait qu'il y a peu d'enfants ;
- dans les rues, on dirait que tout le monde est Blanc : j'ai bien vu quelques Noirs (peut-être 5 en presque 2 mois !), quelques Asiatiques (mais soit ils tiennent des boutiques soit ce sont plutôt des touristes je pense), mais aucun Arabe par exemple. Peut-être mon périmètre est-il encore trop restreint : il faudrait que j'aille jusqu'à Ferencvaros, dans le 9ème, qui semble être le "royaume" des tsiganes et que je trouve ce quartier chinois ;
- la "politique", ici, me semble très compliquée : tout ce que je crois avoir compris, pour l'instant, c'est que les gens de droite ont plutôt des idées de gauche, et que les gens de gauche défendent plutôt des idées de droite ! En tout cas, ça n'a pas l'air de marcher très fort, et tous ceux avec qui j'en ai parlé m'ont parlé de magouilles, de corruption, de politicarderies, etc ... ;
- les habitudes alimentaires des Hongrois sont assez différentes des nôtres : ils mangent un tas de trucs dont je n'avais jamais entendu parler, ou si je connaissais je ne savais pas que ça pouvait se manger ! Les pattes de poulet, par exemple, sont très prisées dans la soupe ! Mais surtout, surtout, ils mangent traditionnellement FROID pour le repas du soir !!! Ils étalent un tas de choses sur la table : saucisse, légumes, crus le plus souvent, fromages, crèmes en tous genres et de toutes les couleurs (ils ont l'air très forts pour les crèmes) et vas-y que je picore, que je me fais mes petits mélanges, et c'est ce qu'ils appellent "dîner" ! Mais, bon, j'ai trouvé la parade : j'essaie d'avoir toujours une banane à la fin du repas, au moins j'ai l'impression d'être un peu "lesté" !
- la monnaie hongroise est le "forint". Il est question que la Hongrie adopte l'euro, bien sûr, mais pas avant ... un certain temps ! Pour l'instant, un euro vaut environ 250 forints, et le SMIC hongrois est aux alentours de 100 000 forints, soit à peu près 400 euros. C'est vrai que la vie est un peu moins chère qu'en France (un paquet de Lucky vaut 610 forints, par exemple, soit 2 euros et demi, mais bon, ça ne nourrit pas son homme non plus ; un repas dans un restaurant correct coûte 2 à 3000 forints ; un ticket de métro vaut 250 forints ; mais le journal "Le Monde" en vaut 650 ! ; un gros pain vaut 400 forints, un café 250, un litre d'essence 300, etc ...) mais je crois que beaucoup de gens ont du mal à s'en sortir, et il n'est pas rare qu'ils cumulent 2, voire 3 "petits boulots" ;
- le nombre de SDF a l'air assez impressionnant. Par exemple dans le parc Varosmajor, pas loin de chez nous, ils squattent les bancs, les entrées d'église, etc ...


Ils n'ont pas l'air méchants, juste abrutis par l'alcool, le malheur, tout ça ... (La petite fille au 1er plan vient de se laver les mains à la fontaine, elle semble vivre dans la rue avec son papa ...) J'ai eu l'occasion d'en rencontrer un personnellement, qui vient (venait ?) régulièrement chercher quelque chose à manger chez Judith, notre voisine du 1er étage. Il s'appelle Józsi (diminutif de József) et il nous a aidés à débarrasser une cave pour pouvoir y mettre mes 2 malles. Il a travaillé plus de 15 ans aux chemins de fer nationaux, et au moment du "changement" (vers 1990) il a été viré. Maintenant il dort à la belle étoile, tout près de l'hôpital aux cancéreux, et il survit en donnant des coups de main à droite et à gauche. Son rêve c'est de partir en Angleterre pour travailler dans le bâtiment, et il prend des cours d'anglais gratuits donnés par des religieux américains. Il commence à le parler un peu ...

- sur beaucoup de façades de Budapest (pour ne pas dire toutes, si elles sont un peu importantes) vous allez trouver quelque chose comme ça :

ou comme ça :


ou encore carrément comme ça !


mais là, évidemment, on atteint des sommets !!!
Quel est le point commun entre ces 3 photos ? Regardez bien ... il s'agit de ces couples de tubes métalliques (multiples ou uniques, divergents ou parallèles) creux en leur sommet, et donc destinés à recevoir quelque chose, mais quoi ? Des fleurs ? Que nenni ! Ils datent du "beau temps" de la république socialiste, et abritaient, en leur sein desséché, DEUX drapeaux : celui de la Hongrie, bien sûr, ET celui de la "grande soeur" (ou du "grand frère", je ne sais plus) l'URSS !!! Un jour, il faudra que je vous parle du "Memento Park" ... rappelez-le moi !
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7 octobre 2008 2 07 /10 /octobre /2008 10:54
Jó napot kívánok !

Comme il faisait beau et que c'était dimanche, on a pris le tramway n°56 jusqu'à son terminus, Hüvösvölgy.
On est aussitôt montés à la gare du "train des enfants" pour voir les horaires. Le dernier partait 3 mn plus tard, mais on préférait marcher, alors on est repartis vers les collines ...


On a suivi des petits chemins longeant des maisons et des jardins d'un côté      ...



et des bois de l'autre ...


On a vu des chiens, et des gens, une poule, un chat, et on a ramassé des noix fraîches.
Puis on est  arrivés sur un grand plateau, dont une partie servait de piste d'envol pour les planeurs. Une machine "hors d'âge" les tractait avec un câble" et ils s'envolaient presque à la verticale au dessus de nous ...


Comme les voitures sur la route nous embêtaient un peu, on a coupé à travers la prairie, là où les gens s'amusaient avec des cerfs-volants ...


On cherchait une petite église du 13ème siècle, comme ça, pour savoir un peu où aller. On a beaucoup marché, dans la beauté ...


Finalement, on a trouvé la petite église, où une messe avait commencé.

Moi, je suis resté dehors, pour fumer une cigarette et profiter de la lumière du soir sur Hüvösvölgy ...


et pour murmurer à l'oreille de quelques chevaux qui paissaient par là ...


Viszontlátásra !

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