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17 septembre 2014 3 17 /09 /septembre /2014 20:55

Sziasztok !

 

Eh oui ! nous l'avons refait ! aller et retour entre France et Hongrie avec notre petite C3, qui a parcouru pas moins de 4376 kilomètres pour cela, mais il est vrai que nous avons fait quelques détours !!!Et Ma Douce a fait 1400 photos ...

 

Prenons les choses dans l'ordre : le voyage aller tout d'abord ... de Paris au lac Balaton ...

Jour 1 : Paris ---> Saint Dié des Vosges

Nous sommes d'abord allés à Paris pour chercher Judith, une vieille amie de 88 ans, que nous devions déposer dans un hôtel près d'Innsbruck. Le matin, nous prenons la route plein Est et notre premier arrêt est pour une curieuse petite ville, Vitry le François. Elle fait partie de ce qu'on peut appeler les "villes idéales", conçues entièrement d'après une idée, en l'occurrence celle de François 1er. Ceci explique la présence de la salamandre dans le blason de la ville, ainsi que sa devise : "Nutrisco et extinguo". Après une petite visite dans la "cathédrale" nous repartons vers Nancy où nous nous arrêtons plus longuement, en particulier sur la fameuse place Stanislas. Le temps s'est levé, le soleil est un peu chaud et nous laisse le temps d'admirer fontaines, grilles et balustres qui sont comme un avant-goût de tout le baroque qui nous attend...

 

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Une bien jolie place, c'est sûr ...


Mais un coup d'oeil ici et là nous fait découvrir que Nancy c'est aussi bien autre chose et que, probablement, nous y reviendrons pour compléter notre exploration de cette jolie ville. Nous continuons ensuite, toujours vers l'Est, jusqu'à Saint Dié des Vosges où nous avons réservé une chambre d'hôtel. Le soir, comme c'est mon anniversaire, j'ai droit à un restau sympa au bord de la Meurthe, avec cadeaux, gâteau et soufflement de bougie !

Jour 2 : Saint Dié des Vosges ---> Ravensburg (Allemagne)

Avant de repartir nous visitons Saint Dié, dont nous apprenons que c'est la patrie de Jules Ferry ! Nous allons au musée, très joli, puis à la cathédrale de grès rouge, dynamitée par les Allemands en 1944. Il faut aller voir l'église primitive romane qui se situe au fond, après avoir traversé un cloître gothique. En sortant nous découvrons un tilleul du 13ème siècle, miraculeux survivant de la folie des hommes ! Enfin, comme Judith et Ma Douce sont des groupies de Le Corbusier (auquel, à force, je commence à m'intéresser) nous faisons un détour par une usine de bonneterie qu'il a construite et qui fonctionne toujours : encore une miraculeuse survivante !

Nous traversons les Vosges par un tunnel de presque 8 kms de long mais à la sortie il nous est malheureusement impossible de visiter Sélestat, complètement bouclée pour cause de fête au village. Avec la météo qu'il fait, bon courage à nos amis Alsaciens ! Ensuite, c'est la frontière, presque indétectable, puis Freiburg puis la Forêt Noire (Schwarzwald) et ses pentes couvertes de sombres conifères. Nous arrivons à Donaueschingen où nous comptons bien nous émerveiller devant la source du Danube : une fois encore, la visite s'avère impossible à cause de travaux sur le site qui ont entraîné le bouclage de tout le périmètre !

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Cela commence à devenir frustrant !

 

Nous tournons donc nos roues vers le Bodensee (ou lac de Constance) et cette fois nous pouvons faire découvrir à Judith toute la splendeur baroque de l'église de Birnau que nous avons visitée l'été dernier. L'avantage avec le baroque, c'est qu'on peut difficilement s'en lasser étant donné tout ce qui nous est offert à voir !

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  Ah ... la magie de Birnau ... !


Pour finir cette journée nous aurions bien aimé visiter un peu Ravensburg, petite ville fortifiée qui a l'air bien intéressante, mais impossible de trouver un endroit où se garer dans la vieille ville et avec les cordes qui tombent, Judith qui est un peu fatiguée ... nous préférons nous replier dans nos appartements ... qui s'avèrent situés dans une ancienne brasserie reconvertie en auberge. Il y a là sept femmes mûres et bruyantes, qui mangent et boivent en riant. Nous essayons donc d'en faire autant mais je ne vous dis pas nos mines effarées devant les assiettes qu'on dépose devant nous ! C'est proprement pan-ta-gru-é-lique !!! Jamais vu une telle quantité de nourriture servie en une seule fois ! Nous faisons de notre mieux pour finir nos rations mais nous devons bientôt admettre que nous n'avons pas l'estomac assez allemand. N'importe, les gens de l'auberge sont gentils et desservent ... avec un léger sourire !

Jour 3 : Ravensburg ---> Seefeld (Autriche)

Comme nous avons pas mal de visites au programme, et un certain chemin à parcourir jusqu'à l'hôtel de Judith, nous commençons par rouler du mieux que nous pouvons sur une route nationale allemande. Je dis cela car ce n'est pas si facile d'avancer sur une RN en Allemagne ! Limitations de vitesse, trafic assez soutenu ... sans parler des camions qui se traînent, quelle que soit la situation, à 70 kms/h au maximum ! Pourquoi ? Qu'on ne me dise pas que nos cousins Germains ne sont pas capables de construire des moteurs moins poussifs ! Alors ? Une limitation spéciale ? Une prudence exagérée ? La différence, en tout cas, est flagrante avec les camions en France qui, eux, roulent sans sourciller à 90, voire plus ! Bref nous roulons tant bien que mal jusqu'à Wies, première étape de cette troisième journée. Là nous découvrons une splendide église perdue au milieu des champs, classée au patrimoine mondial de l'UNESCO (je sais, ça devient un peu banal, ce classement). Et c'est là que je découvre ... le rococo !

 

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é-pous-tou-flant, qu'on vous dit !!!

 

J'ai déjà parlé beaucoup du baroque dans des articles précédents (cf les deux articles d'août 2013), illustrés de somptueuses photos. Alors là ... comment dire ? Le "rococo" ce serait comme une étape ultime du baroque délirant avant qu'il ne se retourne vers un néo-classicisme de meilleur aloi. Mais pas seulement ! Parce que dans le rococo on va aussi vers une légèreté, une "joliesse" qui n'a plus la pesanteur tragique du "vrai" baroque, si vous voyez ce que je veux dire. Bref, quand on dit "rococo" on pense à quelque chose de pas très beau, de vieillot, d'un peu "cheap", mais quand on entre à Wies on est littéralement époustouflé !!!

 

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Dirait-on pas qu'elle triture une Stratocaster ?

 

Reprenant nos esprits, nous réintégrons notre modeste C3 et nous dirigeons vers les fameux châteaux de Louis II de Bavière, à savoir Hohenschwangau (assez moche vu d'en bas) et surtout Neuschwanstein, qui fait tellement penser à Walt Disney ! Nous ne les avons pas visités à vrai dire, prenant prétexte des difficultés de déplacement de Judith. Nous sommes sagement restés en bas, au bord du lac, en nous disant que ce serait fort bon d'y revenir en automne. Un monde, en effet ! Des centaines de touristes, et parmi eux des hordes d'Asiatiques, désolé je ne trouve pas d'autre mot pour les désigner ! J'ai même trouvé quelque part un magasin de souvenirs de luxe dont tout le personnel venait manifestement d'Extrême Orient ! Dépaysement garanti, je vous jure !

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Pas la peine de grimper là-haut : vous en avez plein les boutiques !

 


Nous reprenons donc assez vite le chemin de Seefeld en passant par Füssen (qui aurait sûrement mérité qu'on s'y arrête) et le col de Fernpass, ce qui représente notre première incursion dans les Alpes autrichiennes. Nous voulons ménager notre monture et nous faisons le détour par Imst et l'autoroute qui mène à Innsbruck mais pour arriver à Seefeld il nous faut quand même gravir une pente à 13 % ! Nous arrivons enfin dans ce drôle d'endroit où chaque maison, chaque bâtiment semble abriter soit un hôtel, soit une gasthouse, soit une pension. Après quelques recherches nous trouvons enfin celui de Judith, avec cinq étoiles et spa intégré. Nous y dinons le soir, dans une ambiance pas trop guindée, et regagnons ensuite notre chambre d'hôtes, bien plus modeste.

Jour 4 : Innsbruck

Avant de poursuivre notre route "en amoureux" (juste Ma Douce et moi) nous passons une journée avec Judith pour découvrir Innsbruck et ses environs. Il faut redescendre de Seefeld ... par une pente à 16 %, qu'il nous faudra remonter le soir ! Nous commençons notre exploration par le château d'Ambras, magnifique construction Renaissance de Ferdinand II, située à quelques kilomètres de la ville. Le bâtiment est vraiment très beau et il renferme tout un tas de choses superbes et intéressantes : collection d'armes, cabinet de curiosités, fresques et peintures murales, et même un cabinet de bain fonctionnant comme un hammam ! Ajoutez à cela un parc immense et très bien aménagé (avec cascade, sentiers, ...) et vous comprendrez que nous y passions une bonne moitié de la journée !

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alors ça ... heu ... c'est une grande salle toute, toute décorée de partout ...


Ensuite c'est la découverte d'Innsbruck, que je n'imaginais pas si belle : mausolée de Maximilien 1er, immense catafalque de marbre noir environné de 28 statues de bronze noir plus grandes que nature, impressionnant !

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and this is the mausolée ...

 

, maison au Toit d'Or, cathédrale (baroque, bien sûr !) avec une très fine madone de Cranach. Beaucoup de maisons médiévales ou baroques, on voit qu'Innsbruck fut très riche, et peut-être l'est-elle encore ? En tout cas les touristes japonais, chinois, coréens, que sais-je encore ? doivent bien alimenter ses caisses ... ce serait la moindre des choses ! Puis c'est la remontée vers Seefeld et un nouveau dîner cinq étoiles, avec un service très long et une nourriture presque insipide ... est-ce une politique générale de la restauration de luxe : plus on paie cher et moins ça a de goût, de peur de déplaire à un seul client ? Rien à voir avec la saine nourriture roborative de Ravensburg, en tout cas !

Jour 5 : Innsbruck ---> Liezen (Autriche)

Après avoir fait nos adieux à Judith nous prenons l'autoroute direction Salzburg. Volonté d'avancer vite, contrariée par une circulation en accordéon puis par de véritables embouteillages dès que nous approchons de la grand-ville. Nous décidons donc de nous évader de cette prison enfumée et de prendre des chemins de traverse. Et c'est tant mieux ! Nous nous retrouvons sur de hauts plateaux avec, au loin, le magnifique panorama des Alpes enneigées ! Après avoir traversé de mignons petits villages et une campagne verdoyante, nous arrivons au "pays des lacs" (Salzkammergut), très joli également mais beaucoup plus bondé : pas de doute, ici, le moindre mètre linéaire de rive lacustre doit rapporter ! Nous ne nous attardons pas et nous octroyons un petit détour par Bad Ischl, station thermale qui fut célèbre en son temps pour avoir servi de lieu de rencontre entre Sissi et François Joseph, son futur mari d'empereur. Petite ville sympathique mais un peu endormie sur ses lauriers, apparemment. Une brocante est en train d'être remballée et je m'arrête pour demander le prix d'une culotte tyrolienne en peau : 1000 euros ! Me suis-je mal exprimé ? S'est-on trompé dans les chiffres ? Je reste perplexe, même si la culotte est très belle ! Puis nouveau détour par Hallstadt, où les choses sont très mal organisées du point de vue stationnement. Dommage, d'après les guides c'est un haut-lieu de la préhistoire et un endroit très curieux, niché dans un creux de la montagne au bord d'un lac.

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Mais pour que Ma Douce puisse en prendre une toute petite photo nous ne trouvons pour nous garer qu'une place "handicapés" et il faut que je me tienne prêt à me contorsionner en bavant à la moindre question soupçonneuse ! Puis nouvelle déviation, non choisie celle là, qui nous oblige à grimper une côte gravillonneuse à 23 % en pleine forêt ! Brisés d'émotion, nous nous endormons à Liezen ...

Jour 6 : Liezen ---> Balaton (Hongrie)

Le matin, nous commençons par visiter le monastère d'Admont, à quelques kilomètres de Liezen. Un grand choc à nouveau en découvrant l'exceptionnelle bibliothèque !!! Des milliers d'ouvrages du sol au plafond, 1400 manuscrits, 530 incunables, des statues et des plafonds baroques, des décors "rococo", de quoi vous couper le souffle en tombant le cul par terre !!! D'autres belles salles également, avec des expos quelquefois modernes ..

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Ce mélange d'ancien et de contemporain nous allons le retrouver à Graz, dans d'autres dimensions : au coeur de la vieille ville, au milieu des riches habitations de la fin du 19ème on a érigé un musée hypermoderne, pour ne pas dire futuriste, qui tient du zeppelin et du hérisson, et cela va très bien ! De même, au milieu de la rivière non loin de là a été bâti un café tout en tubulures et structures métalliques et ça marche très bien aussi ! Bravo à Graz donc pour ces audaces réussies !!!

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Nous entrons en Hongrie par Szentgotthárd, où nous sommes accueillis en fanfare parce qu'on y fête l'anniversaire de je ne sais plus quelle bataille avec les Turcs. Dans la belle lumière du soleil déclinant nous retrouvons nos chères collines du Balaton, anciens volcans devenus collines et nous arrivons à la maison vers 19 heures, tout juste l'heure pour boire ma première Dreher !!! Elle est pas belle, la vie ? 

 

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on the road again ... (air bien connu) ...

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28 juin 2014 6 28 /06 /juin /2014 13:15

Szia szia !

 

J'espère que vous allez toutes et tous bien, depuis le temps ? Cette fois je voudrais juste écrire un petit article à propos d'un livre que je viens de finir et qui s'appelle : " Ce jour-là : 23 octobre 1956        Budapest "

Il a été écrit par Tibor Méray, et a paru chez Robert Laffont en 1966, soit seulement dix ans après les "événements" ...

 

Bon normalement le rapprochement Hongrie-1956 devrait vous dire quelque chose ... non ? C'est vrai que cela fait près de soixante ans et que les programmes d'Histoire sont traités si rapidement ... Alors un petit rappel pour celles et ceux qui ont beau chercher dans leur mémoire défaillante : le 23 octobre 1956 le peuple hongrois est entré en révolte contre l'occupation soviétique et le régime du parti unique et 13 jours plus tard, le 4 novembre, ce qui était devenu une révolution a été écrasé par les tanks de l'armée occupante .... ça y est ? 

 

Tout commence le 22 octobre par une réunion estudiantine qui regroupe 5000 personnes à l'Université : de revendications purement universitaires (tarif des transports, prix des manuels, ...) on passe assez vite à des demandes plus profondes, comme la longueur excessive des cours de marxisme, ou le désir d'étudier dans une langue autre que le russe. Puis, le soir, on parle de ce qui vient de se passer en Pologne : Gomulka, malgré l'encerclement de Varsovie par l'armée soviétique, a tenu bon et vient d'être élu premier secrétaire du Parti en affichant sa volonté de faire évoluer le pays vers une véritable démocratie. On parle aussi, bien sûr, du XXème congrès, qui a eu lieu huit mois plus tôt et au cours duquel Krouchtchev a révélé les crimes de Staline. Mais en Hongrie ? Malgré la récente éviction de Rákosi, rien ou si peu ... Alors il faut suivre l'exemple polonais, il faut faire revenir Imre Nagy, le Gomulka hongrois ! Il faut se souvenir de la révolution de 1848, et rédiger à nouveau "LES REVENDICATIONS DE LA NATION HONGROISE" !!!

 

Mais soudain je réalise que j'avais parlé d'un "petit article", et que je n'en suis même pas arrivé au commencement du début des "événements" ! Excusez-moi mais c'est si dur de résumer, d'aller vite quand chaque mot, chaque action, chaque minute de ces quelques journées comptent pour essayer de comprendre ! Il n'empêche, je vais faire un gros effort de (relative) brièveté, et pour les vraiment curieux, ils pourront toujours se reporter au livre de Méray ...qui est très bon !

 

Or donc, nous n'en sommes qu'au matin du 23 ... Toute la journée, "les Revendications" vont pleuvoir dru sur Budapest ! Elles tiennent en 14 points, et parmi eux : 4) "retrait de toutes les troupes soviétiques" (stationnées en Hongrie depuis 1947 pour "venir en aide à un pays ami") 9) "amnistie pour les condamnés politiques innocents" 12) "liberté totale d'opinion et de la presse" 14) "solidarité totale des uns envers les autres" (pp 55-56 du livre). Une analyse serrée des 14 points se trouve dans le livre de Méray aux pages 55 à 100. Le titre du chapitre ? "Anatomie d'une dictature" ...

 

Interdiction de manifester, mais manifestation, alors levée de l'interdiction ... la valse-hésitation commence ... elle durera jusqu'à la fin, hésitant sans cesse entre tolérance et répression, pour finir le 4 novembre par un brusque arrêt sur ce deuxième pas ...

 

Un 1er rendez-vous a lieu place Petöfi, poète national et âme de la révolution de 1848. Il est trois heures de l'après-midi et près de dix mille personnes sont là.

Le deuxième un peu plus tard devant la statue du général Bem, héros polonais venu prêter main forte aux Hongrois dans leur lutte contre les Habsbourg et le Tsar en 1848-1849.

Il est 17 heures et ils sont plusieurs dizaines de milliers. On découpe l'emblème soviétique qui figure au milieu du drapeau hongrois, on chante l'Internationale et la Marseillaise ...

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oh oh ... on dirait bien qu'il y avait quelque chose, là, au milieu ...


Comme on est devenu trop nombreux, on retraverse le Danube pour la grande place Kossuth Lajos, juste devant le Parlement. La foule réclame le retour de Nagy Imre et attend, en grossissant : il y a bientôt plus de deux cent mille personnes rassemblées. Et après diverses tergiversations (toujours la valse-hésitation des dirigeants qui savent de moins en moins sur quel pied danser, allant jusqu'à éteindre puis rallumer les lumières de la place !)) Nagy Imre peut enfin parler au balcon du Parlement ! Et là grosse déception : il commence son discours par Elvtársak ! c'est à dire "Camarades", appellation certes prudente (bien des oreilles sont à l'écoute) mais ô combien mal perçue en ce soir du 23 octobre ! Et puis il appelle au calme, à la discipline, à l'ordre, au retour chez soi, tranquille, il est encore temps de dîner ... Heureusement à la fin il entonne l'hymne national au lieu de l'Internationale, ce qui réchauffe un peu les coeurs. Et puis les gens quittent lentement la place, commencent à se regrouper autour des stations de tramways ... quand d'autres arrivent, criant des mots qu'on finit par comprendre : "on se bat à la Radio !!!"

Et c'est effectivement à la maison de la Radio que les premiers morts tombent, en ce soir du 23 octobre. Des gens y sont venus pour que les "14 points" soient diffusés sur les ondes nationales, d'autres y ont massé des troupes, et en particulier des AVO (abréviation de Államvédelmi Osztály, Section de la Défense d'État, la police politique), pour défendre cet endroit stratégique ; à 20 h, Gerö a prononcé un discours (retransmis à la radio, bien sûr !) dans lequel il assimile les manifestants à "des ennemis du peuple, des menteurs calomniant honteusement la glorieuse Union soviétique, des nationalistes essayant de semer le poison du chauvinisme", mais rien n'y fera, rien ne changera, notre parti continuera sa route vers une démocratie socialiste, circulez, y a rien à voir ! C'est évidemment ressenti comme une vraie provocation par tous ceux qui attendent depuis des années que les chefs du parti prennent un peu en compte la dureté de la vie quotidienne. Beaucoup d'ailleurs, et même une très grande majorité selon Méray, ne remettent pas en cause le socialisme en tant que tel mais ils veulent désormais, ici et maintenant, se libérer de "l'amitié" soviétique et reprendre en mains les rênes de leur propre pays.

Qui a tiré le premier ? D'où viennent les armes des assaillants ? Qui étaient-ils, ceux qui ont donné l'assaut de minuit jusqu'au matin ? S'agit-il d'une révolution populaire spontanée ou bien d'une contre-révolution "fascisante" minutieusement préparée, comme s'acharneront à le démontrer les responsables au pouvoir dans les années qui suivront ? Questions capitales auxquelles Méray consacre de longues analyses minutieuses (pp 148-164) que je ne reprendrai pas ici. A neuf heures du matin, les défenseurs, lâchés par le pouvoir, capitulent. Gerö a-t-il espéré un bain de sang justifiant l'intervention de l'armée soviétique ? "Messieurs, vous êtes libres !", voilà comment le chef des insurgés s'adresse à ceux qu'il vient de combattre ...

Mais pendant ce temps ... d'autres ne restent pas inactifs non plus ! Parmi les "14 points" l'un d'entre eux peut être réalisé sans tarder, c'est le numéro 13 : "Symbole de la tyrannie et du despotisme, la statue de Staline doit être ôtée sans délai." A 22 heures environ, il ne reste plus du colosse de bronze que ses deux bottes, posées sur un socle où on peut lire : "AU GRAND STALINE, LE PEUPLE HONGROIS RECONNAISSANT".

 

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mais l'inscription sur le socle semble avoir disparu !

 

Et Kassák Lajos, un des plus grands poètes vivants, écrit Le Dictateur, premier poème de ce 23 octobre qui se termine ainsi :              

                          Voici que se fend en deux le ciel noir

                          Voici que perce le germe

                          Du grain nouveau.

 

Et à deux heures du matin, un grand bruit de ferraille se fait entendre dans les rues de Budapest : les tanks russes commencent leur première intervention ...D'où viennent-ils ? Pas seulement de Hongrie où ils étaient stationnés, s'il faut en croire les enquêtes qui eurent lieu ensuite. Qui les a appelés ? Probablement personne en particulier, même si leur intervention a été envisagée avant même le début de la révolution. Après la Pologne, l'URSS ne pouvait sans doute pas (se) permettre de laisser un autre pays "ami" glisser vers un socialisme de moins en moins orthodoxe ... Mais du coup, la question hongroise devient internationale et va bientôt représenter un sujet important pour les médias occidentaux, comme pour l'Assemblée générale des Nations Unies.

Du 24 au 29 octobre, c'est la période des "six jours de Vide" où plus personne ne dirige vraiment, où la grève générale se poursuit, où le face à face entre insurgés et troupes soviétiques tourne quelquefois à l'affrontement, d'autres fois, plus rares, à la fraternisation. Au soir du 29 on annonce le début du retrait des troupes, qui ne saurait tarder, et à minuit le Conseil de Sécurité de l'ONU écarte la question hongroise pour donner la priorité au canal de Suez ...

Les 30 et 31 octobre, c'est presque l'euphorie : Nagy Imre proclame l'abolition du système du parti unique, le gouvernement soviétique admet le retrait éventuel de ses troupes ... pour bientôt ... Mais dans la nuit du 31 au 1er novembre, c'est un revirement complet qui s'opère, pour différentes raisons dont la moindre, selon Méray, n'est pas l'intervention du gouvernement chinois ! Et à nouveau des bruits circulent sur des mouvements de troupes à partir des frontières vers l'intérieur du pays. Pourtant la vie semble vouloir encore retrouver son cours normal, le travail ne va pas tarder à reprendre, des comités sont désignés, des lois nouvelles sont élaborées ... Le 1er novembre à midi, le président Eisenhower déclare "Un jour nouveau se lève en Europe orientale ..." A 18h Nagy Imre fait savoir à l'ambassadeur soviétique que la Hongrie dénonce le pacte de Varsovie, et proclame la neutralité du pays, en s'adressant aux Nations Unies pour la sauvegarder. Pourtant les bruits continuent de circuler ... et les négociations sur le retrait de se poursuivre ... Le 3 novembre à 21h45 les plus hauts responsables militaires hongrois sont reçus avec tous les honneurs par les généraux soviétiques du GQG, l'ambiance est presque chaleureuse ... Á la même heure, en raison de l'incertitude sur la situation réelle, le Conseil de Sécurité décide de remettre au lundi matin, 10h30, l'examen du problème hongrois ...

C'est donc le dimanche 4 novembre, un peu avant 3 heures du matin, que la population de Budapest est réveillée par "un pilonnement d'artillerie intense et ininterrompu" (page 311). Nagy Imre demande aux responsables militaires de rejoindre leurs postes mais l'appel reste sans réponse pour la simple et bonne raison que ceux-ci ont été enfermés dans la cave du GQG, avant leur transfert en territoire soviétique ! Des combats acharnés ont lieu partout, contre les chars T-X 34, les plus modernes de l'époque, dont les occupants sont le plus souvent des Kirghiz, ignorant même où ils se trouvent ! L'Occident proteste, des milliers de politiques, de savants, d'artistes, d'intellectuels ... Mon meilleur ami se souvient que son père écoutait la radio en pleurant ... Récemment encore, une voisine, rencontrée par hasard dans une fête de quartier, m'affirmait que, quoi qu'elle fût très jeune à l'époque (un zeste de coquetterie, sans doute !), elle avait toujours dans l'oreille le bruit du canon retransmis par les ondes ...

Le 14 novembre Eisenhower fait une nouvelle déclaration selon laquelle " les États-Unis n'ont jamais encouragé et n'encourageront pas les révoltes ouvertes de populations sans défense contre des forces supérieures " ! Pourtant, malgré le silence forcé de Nagy Imre et ses amis, réfugiés à l'ambassade yougoslave, malgré le couvre-feu, malgré les bombardements et les déportations en masse vers l'Ukraine, la résistance se poursuit et s'organise, en particulier au sein des Conseils Ouvriers. Ceux-ci seront dissous le 9 décembre et la plupart de leurs chefs arrêtés et condamnés à de lourdes peines.

Le nouveau chef de gouvernement, et pour longtemps, se nomme Kádár János (à qui Méray consacre plusieurs pages, 307-311, et qui, en effet, les "mérite" !) et il semble d'abord vouloir temporiser, s'affirmant (à l'oral puis par écrit) prêt à s'entendre avec Nagy Imre. Celui-ci n'a donc plus de véritable raison de rester dans son asile. Le 23 novembre, à 18h30, il quitte l'ambassade yougoslave accompagné de sa famille et de ses amis. Tous montent dans un autocar qui est déjà en marche pour les ramener chez eux lorsqu'un officier du M.V.D. saute à l'intérieur et le détourne vers le GQG soviétique où il disparaît. Ailleurs les arrestations se multiplient et les Pobiéda noires de la police politique sillonnent la ville, de nuit, pour ramasser de nouvelles victimes. Les premières pendaisons sont annoncées. Alors commence un exode massif : le 30 novembre le nombre de réfugiés dépasse les 100 000 en Autriche ; au mois de février ils sont encore 70 000, et encore autant dispersés un peu dans tous les pays, le nombre de 8 000 en France est avancé par Méray. Mais dès janvier 1957 les Soviétiques rétablissent un véritable "rideau de fer" rendant toute évasion impossible. Le 15 du mois, visite à Budapest de M. Tchou En-Laï, premier ministre chinois ; 4 jours plus tard, des milliers de personnes sont arrêtées au cours de la même nuit, la terreur s'installe ...

Dans la nuit du 16 au 17 juin la radio annonce la nouvelle de l'exécution de Nagy Imre et de quelques compagnons ...

L'Occident proteste ... Le silence et la peur sont rétablis ... La restauration est accomplie ...et pour longtemps !

 

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ROMPEZ !!!

 

Alors ? Pourquoi le besoin d'écrire cet article ? et de vous l'écrire à vous ? Je sais bien qu'a priori on ne lit pas un "blog de voyage" pour encaisser une leçon d'histoire ! Mais je sais aussi à quel point la Hongrie est mal connue et, peut-être, mal aimée. Moi-même, qui me considère la plupart du temps comme un "véritable" homme de gauche (pour les "non-véritables", suivez mon regard), j'ai parfois du mal à supporter l'anticommunisme presque viscéral qui s'exprime dans certains témoignages. Et j'essaie de le comprendre ... comme on cherche à comprendre une ombre sur un visage aimé ?

 

Sziasztok !!!

 

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22 février 2014 6 22 /02 /février /2014 10:13

Un tout petit "szia" ce matin ... il ne fait pas beau ... la statue d'Eugène Sue est toujours à la même place ... et il y a toujours 1400 kilomètres entre nous et la Hongrie ...

 

Oh je sais, il suffit d'un tout petit effort de mémoire pour s'y retrouver ... pour retourner à Vörösmarty, à Deák, à Ferenciek ... pour revoir les ami(e)s au bord du Balaton ...nous asseoir à nouveau à une terrasse au bord de la Sugovica, ou bien en face de la grande synagogue, avec ce bon József, et boire des bières (une Dreher pour moi, kérek szépen !) en discutant tant bien que mal Histoire et Politique, et à la fin compter les anneaux de mousse dans nos verres : 8 ou 9 pour moi, 3 ou 4 pour lui, qui a vraiment une descente de Hongrois ! ... goûter le coucher de soleil sur la puszta, en route vers le soir de Debrecen ... découvrir enfin le nouvel appartement de Hanga, perché tout là-haut sur les toits de l'ancien quartier juif ... prendre le tram ou le métro, descendre à Déli, et retrouver le petit nid de Városmajor ...monter des escaliers hongrois, frapper à des portes hongroises, entendre le bruit de clefs hongroises dans des serrures hongroises, dire "szia" ou "jó napot" et sourire, regarder par des fenêtres hongroises dans des rues hongroises où des Hongrois et des Hongroises se débrouillent comme ils peuvent avec la vie en Hongrie ...aller aux bains Lukács et lire Le Monde en trempant dans l'eau soufrée ...savourer l'odeur du Danube, qui n'est pas bleu lui non plus, loin de là ... glisser un oeil curieux dans la pénombre d'un sörözö ... arpenter les collines de Buda, et sentir les mollets durcir ... se promener au Normafa, se gorger du panorama sur la ville et puis manger une bonne soupe bien chaude ...parler politique avec certains, en sachant pertinemment que cela n'y changera rien, n'en pas parler avec d'autres, tout en n'en pensant pas moins, les uns et les autres ! ...

Szia Magyarország, szia, viszontlátásra !!!

 

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24 août 2013 6 24 /08 /août /2013 00:00

Bon ... quand on est partis, il faut bien revenir, pas vrai ?

Après trois semaines en Hongrie, dont une à Budapest et une autre au bord du lac Balaton, nous voilà à Baja un dimanche, et voilà qu'on annonce pour le lendemain, jour prévu de notre départ, une température record de 43 degrés ! Comme la climatisation de la voiture ne fonctionne pas et que nous avons un peu de temps jusqu'au 3 août, date à laquelle nous devons assister à un mariage en France, nous décidons de repousser notre retour d'une journée ... Nous profitons de ce lundi, effectivement très chaud, pour essayer de faire réparer la climatisation, en vain car un tuyau est cassé et que nous ne disposons pas du temps nécessaire pour faire venir la pièce de remplacement, et pour nous mettre d'accord avec l'amie qui nous accompagnera sur les grandes lignes de notre voyage : 4 jours et 3 nuits en passant par la Croatie et l'Italie du nord ...

Et le mardi nous partons pour un nouveau trajet de presque 2000 kilomètres ...

Avant de passer la frontière croate, nous nous arrêtons à Pécs que nous retrouvons avec plaisir ( voir l'article du 6 août ... 2009 ) d'autant qu'il y fait presque frais, après quelques orages de nuit qui ont fait nettement chuter la température. Je ne connais pas encore la cathédrale, et Ma Douce nous ( n'oubliez pas que cette fois nous sommes trois, et que l'amie vient pour la première fois en Hongrie) y emmène.

Après l'énorme portail en fer forgé, on pénètre dans un immense édifice tout décoré mais assez froid. Ce n'est qu'en s'approchant de l'entrée de la crypte que l'on découvre des choses vraiment particulières et intéressantes :

 

MG 4419 relief Pécs (2)

des bas-reliefs qui ont quelque chose d'assyrien, vous ne trouvez pas ?

 

Nous poursuivons notre balade dans la ville par la découverte de quelques vestiges romains et paléochrétiens ( ils sont nombreux à Pécs) et par un retour à la grande mosquée transformée en église :

MG 4429 mosquée-église Pécs

dans le coin inférieur droit, un mihrab, et au plafond une série d'anges : coexistence pacifique !

 

Après avoir acheté quelques fruits, nous reprenons la route vers le sud. Ma Douce veut nous faire découvrir un mémorial, érigé à Szigetvár en souvenir d'une grande bataille magyaro-turque qui eut lieu en 1566. L'endroit est fort mal indiqué mais grâce aux informations données par Beau-Papa, qui est un féru d'Histoire, nous le trouvons sans trop de peine au bord d'une route de campagne : 

MG 4433 monument Szigetvár

Les deux adversaires d'autrefois, Zrínyi Miklós et Soliman le Magnifique, accueillent côte à côte les rares visiteurs. Ils moururent tous deux en 1566 à Szigetvár, le premier lors d'une sortie héroïque à la tête des 300 hommes (sur 2500) qui lui restaient, le second de maladie dans sa tente. La légende veut que le corps de Soliman ait été attaché à son trône pour cacher sa mort à ses troupes jusqu'à la victoire finale.

Nous traversons ensuite la petite ville qui semble assez jolie. Curieusement, alors que le mémorial reste très discret, le nom de Zrínyi y est utilisé à toutes les sauces : volonté d'occulter la défaite pour ne plus retenir que la figure du héros national ?

Et puis c'est la frontière, avec la petite appréhension dont on n'arrive pas à se défaire, bien que la Croatie fasse elle aussi partie de l'Europe depuis peu. Mais la douanière est jeune et jolie, et elle consent même, en souriant, à rajouter un tampon souvenir sur mon passeport.

Direction Zagreb : c'est d'abord une petite route avec de nombreux villages où nous n'avançons guère. Beaucoup de nids de cigogne sur les poteaux électriques et aussi beaucoup de maisons en briques non crépies et qui, du coup, paraissent inachevées. Pourtant des gens y habitent, comme le montrent les rideaux aux fenêtres. Alors ? mode croate ? manque d'argent ? amour de la brique brute et sans apprêt ? Puis c'est l'autoroute jusqu'à la capitale ... 

Pour ce que nous en avons vu, on circule assez facilement dans Zagreb mais c'est plus difficile de s'en sortir avec les parcmètres si on n'a pas des kuna en petite monnaie ! Nous nous réfugions donc dans un parking souterrain où nous espérons pouvoir payer avec une carte bancaire ... Au cas où, je change 20 euros, qui me font 144 kunas ...

Au début, terrasses bondées, rues piétonnes, boutiques internationales, on pourrait se croire dans n'importe quelle grande ville européenne ... Ce n'est qu'un peu plus loin, après nous être cassé le nez sur la visite de la cathédrale qui était déjà fermée (du moins c'est ce qu'un prof d'histoire qui faisait office de gardien nous a affirmé), que nous avons un aperçu du charme spécifique de Zagreb :

MG 4441 rue Zagreb

 

MG 4450 façade Zagreb

  joli effet de reflet, n'est-il pas ?

 

Nous errons un moment dans toutes ces rues baroques et tranquilles, et nous finissons par déboucher sur un grand terre-plein d'où l'on peut découvrir une bonne partie de Zagreb. Il y a là un café ombragé où il ferait bon boire une bière bien fraîche mais ma suggestion ne rencontre guère de succès ... Je ravale donc ma soif, et nous redescendons vers la ville basse par un long escalier qui fait un peu penser à celui de Fourvière quand on redescend sur Lyon. Vous avez peut-être déjà remarqué qu'il est plus facile d'entrer dans une ville que d'en ressortir ? Comme s'il y avait une volonté de retenir le visiteur ... Eh bien, à Zagreb, pas du tout, et nous n'avons aucune peine à trouver la direction de l'autoroute qui nous emmène directement à la côte adriatique.Chemin faisant nous traversons une belle région montagneuse et assez sauvage. D'ailleurs Ma Douce croit avoir vu un ours sur le bord de la route ! En fait il ne s'agit que d'un panneau de bois censé indiquer la présence du féroce plantigrade ... Il est vrai qu'Elle était en train de conduire ...

Nous arrivons à Opatija en début de soirée, et nous sommes accueillis par un couple qui nous loue très professionnellement un appartement complet pour la nuit. Heureusement celui-ci ne donne pas sur la route qui surplombe la côte car la circulation y est assez infernale ! Pas si facile à traverser pour rejoindre la plage en contrebas ... que nous atteignons pourtant sans encombre à la nuit tombante ... et nous empruntons le Lungomare (n'oublions pas qu'Opatija fut également Abbazia, une ville italienne) à la recherche d'un restaurant bon et pas trop cher. D'après Wikipédia, cette promenade de "bord de mer", longue aujourd'hui de 15 kms, a été aménagée dès 1900. Il faut dire qu'Opatija eut son heure de gloire à la fin du 19ème siècle, devenant la villégiature des rois, des empereurs et des petits princes. Elle en a gardé de beaux restes, comme l'hôtel Kvarner ouvert en 1885, ou toutes ces luxueuses villas donnant sur l'Adriatique et qui jalonnent notre chemin.

MG 4458 villa Opatija

 

Après la chaleur de la journée, l'air semble doux et presque frais ... La mer sent bon et clapote doucement à nos pieds ... Un pêcheur installé sur une plate-forme rocheuse surveille ses cinq ou six cannes, tendues dans autant de directions ... Au loin, de l'autre côté de la baie, nous apercevons les lumières de Rijeka/Fiume que nous visiterons demain ...

MG 4456 soir Opatija

 

Un grand moment de paix, juste un peu troublé par nos estomacs qui crient famine ... Alors nous découvrons une mignonne petite crique, abritant quelques voiliers et presque autant de restaurants. L'endroit est bruyant, artificiel et un rapide coup d'oeil sur les cartes nous l'apprend, trop cher pour nos modestes bourses ... Heureusement nous trouvons un peu plus loin un estaminet tout à fait correct et davantage en rapport avec nos moyens dans lequel je commande avant toute chose une grande bière bien fraîche, ce qu'elle est bonne à boire enfin !!!

Le lendemain, après la baignade des "filles", nous reprenons le Lungomare dans l'autre sens, vers le centre d'Opatija où nous apprécions la fraîcheur du jardin botanique, la tonicité active d'un marché couvert et l'amoncellement coloré des villas de tous genres ...

L'arrivée à Rijeka est un peu glauque : grands immeubles défraîchis datant probablement de l'ère socialiste, port industriel avec ses voies ferrées et ses terrains on ne peut plus vagues, on a hâte de voir autre chose de la mythique Fiume ! Après nous être garés sur un immense parking sans une goutte d'ombre (bonjour le four !) nous partons à la découverte du centre ancien. Tout près d'une haute tour d'allure médiévale, nous avisons une église qui ne paie pas de mine, mais quand nous y entrons .... mazette ! quelle émotion !

 

MG 4525 rokoko Rijeka

Ma Douce hésite un peu : peut-on, ou pas, parler de "rococo" ?

 

Comme Ma Douce a emmené un guide (en hongrois) nous pouvons assez facilement repérer l'emplacement des divers monuments. Le seul problème est que ledit guide est ancien et que pratiquement tous les noms de rues ont changé : fini les boulevards Staline, les places Lénine et autres avenues du Socialisme Triomphant ! Place à autre chose, même si on ne sait pas trop quoi ...

Nous parvenons néanmoins à une esplanade où trône une grande église ronde, dédiée à Szent Vitus, Saint Guy, le patron de la ville. L'intérieur est plutôt de style néo-classique, avec quelques touches de baroque pourtant ...

MG 4531 baroque Rijeka

 

Nous redescendons ensuite vers la mer par de petites rues où se sent, ici et là, la présence de l'antiquité romaine ... Sur le Korzo, grande avenue élégante du centre ville, c'est plutôt le passé austro-hongrois qui se fait sentir. N'oublions pas que jusqu'en 1918, Fiume fut le seul port maritime de ce vaste empire ! Encore une Histoire très compliquée et parfois sanglante, pour cette ville-territoire faisant l'objet de féroces convoitises.

Nous réintégrons tant bien que mal notre autocuiseur à quatre roues, et prenons la direction de Trieste, c'est à dire de l'Italie. Ce ne fut pas toujours le cas, et ici encore l'Histoire fut bien mouvementée ! Vous n'avez qu'à taper "foibe", par exemple, pour faire une recherche sur internet et vous verrez bien ...D'ailleurs l'arrivée dans la ville n'est pas des plus tranquilles non plus puisqu'une voiture de police barre la route vers le centre. Ceci nous oblige à un long détour, fait principalement de voies aériennes, d'où nous survolons des zones industrielles et des banlieues. Une longue cheminée crache son poison tout près des immeubles d'habitation ...à la Seveso, en quelque sorte ...

Nous parvenons enfin sur le front de mer et c'est peut-être le plus étonnant à Trieste, la façon dont l'eau côtoie la ville, au même niveau, et semble toute prête à entrer dedans ! Nul doute que les jours de tempête tout cela doit se mélanger un peu ..

Au fond d'une immense place, autour de laquelle s'alignent les "palazzi", nous remarquons une étrange fontaine :

 

MG 4557 fontaine Trieste

vous ne rêvez pas ! ce monsieur est bien un Indien d'Amérique !

 

C'est la fameuse "fontaine des quatre continents", construite au milieu du 18ème siècle alors que Trieste appartenait encore à l'empire autrichien. Située face au port, sur la plus grande place de Trieste, elle est bien sûr destinée à montrer la puissance et l'universalité de la domination habsbourgienne ! Passant sous les arcades du fond de la place nous montons vers une basilique où nous sommes à peu près certains, d'après notre guide antique, de trouver "du" Baroque. Mais juste avant cela nous ne pouvons nous empêcher de visiter une jolie église romane située tout près :

MG 4566 fenêtre Trieste

jolie fenêtre romane en fine dentelle de pierre ...

 

La basilique, dite des Jésuites, date du 17ème et elle est en effet très baroque. Avant de sortir, je remarque dans le coin d'un autel de marbre la statue d'un ange souriant, voire coquin de par son déhanchement ...MG 4570 ange Trieste

pour moi maintenant, une grande partie du Baroque réside là !

 

Nous enfilons ensuite une série de ruelles étroites qui ont le grand mérite d'être ombragées. Si l'on en doutait encore, à force de traverser des frontières, il suffit de lever les yeux pour s'assurer que nous sommes bien en Italie :

MG 4584 rues Trieste

En nous disant qu'il serait bon de revenir ici et de rester un peu plus longtemps, nous retournons sans nous presser à la voiture, à côté de laquelle nous nous octroyons un bref casse-croûte. Ceci nous donne l'occasion de faire connaissance avec deux mendiants : le premier est noir de peau et je lui offre un oeuf dur qu'il regarde avec un air déçu mais qu'il finit par manger en s'éloignant, le second est une naine qui a droit à des biscuits, ce qui semble la satisfaire. Alors que nous quittons Trieste, les deux, postés sur le trottoir, nous font de gentils signes de la main ! Oui il serait bien doux de revenir un jour à Trieste ...

Mais en attendant il nous faut continuer, d'autant que nous avons réservé pour le soir une chambre à Padoue !

Notre prochaine étape se nomme Aquileia, ce qui est un beau nom. Ma Douce connaît déjà, y étant allé petite, mais elle tient absolument à nous faire voir ce joyau de l'art roman. A l'origine, avant JC, Aquileia était une cité latine très importante de par son port fluvial non loin de l'Adriatique. Elle devint donc une plaque tournante entre le bassin méditerranéen et les régions de l'intérieur, rhénane ou danubienne. Elle servit également de base pour l'évangélisation vers l'Est, ce qui lui valut, en retour, d'être rasée par Attila en 452 !

Aujourd'hui, c'est un peu perdu, Aquileia, et on a du mal à en trouver le chemin. Soit dit en passant, c'est régulièrement le cas quand on voyage en Italie. Chaque pays semble avoir sa propre logique de signalisation qu'il faudrait pouvoir comprendre sur-le-champ ! Heu ... en Italie on a encore des progrès à faire !

Il n'empêche que nous finissons par trouver un grand parking quasi désert, face à un très haut portail après lequel nous nous engageons sur un long chemin bordé de cyprès, et au bord duquel s'échelonnent des ruines romaines.  Même si un accès plus direct existe de l'autre côté du site, comme nous nous en apercevrons plus tard, c'est une bien douce entrée en matière pour aborder cette fameuse basilique ...

 

MG 4647 vue Aquileia

 

Comme souvent le bâtiment actuel est le résultat de diverses reconstructions sur plusieurs siècles, ici du IVème (pour le sol) au XVème (pour le plafond) ! De l'église originelle subsiste la plus grande mosaïque paléochrétienne au monde, puisqu'elle fait 760 m2 :MG 4598 basilique Aquileia

 

MG 4605 mosaique Aquileia

l'inscription de l'évêque Théodore permet de dater la mosaïque : début du IVème siècle !

 

Il ne faut pas non plus manquer de visiter la crypte qui se trouve tout au fond, derrière le maître autel.  Une fois passé le "barrage" de deux petites femmes babillantes qui vous font acquitter le droit d'entrée, quel étourdissement, quelle slendeur !!!

 

MG 4617 crypte Aquileia

heureusement, avec le droit d'entrée est fourni un guide lecture des fresques car il y a de quoi perdre la tête, non ?

 

La structure de la crypte date du IXème siècle alors que les fresques sont du XIIème. Outre les scènes quasi obligatoires ( Christ en majesté, Passion, ...) elles racontent principalement l'histoire d'Hermagoras, un évangélisateur local qui mourut en martyre après avoir réalisé plusieurs miracles, dont celui d'avoir converti son gardien de prison ... Elles sont parfois d'une étonnante modernité :

MG 4624 fresque Aquileia

une descente de croix du 12ème siècle : le croirait-on ???

 

Après toutes ces saines émotions mais aussi toute cette chaleur accumulée (n'oubliez pas que pendant ce temps, sur le parking, l'autocuiseur fonctionne à plein) les "filles" ressentent le besoin d'un petit bain et c'est pourquoi nous piquons droit au sud vers Grado, petite ville bâtie sur une île en ... 452, allez savoir pourquoi !

Un petit coin bien accueillant, ce Grado, plein de ponts et de canaux qui rendent la circulation un peu compliquée mais si pittoresque à la fois. D'ailleurs je ne sais pas s'il y a un rapport étymologique dans les noms mais cela me fait un peu penser au Grau du Roi ... Ainsi, pendant que ces dames piquent une tête je m'en vais boire une bière bien fraîche à la terrasse d'un petit bistrot d'où je peux apercevoir la voiture, on ne sait jamais ... Cela me donne l'occasion d'observer les us et coutumes locaux, ce dont je ne me prive pas ...

Quand ces dames reviennent, rafraîchies et souriantes, nous prenons la route de Padoue où nous arrivons tout de même un peu tard ... mais Fiume, Trieste, Aquileia : quelle journée !

 

Le lendemain, nous quittons notre rez-de-chaussée d'un pavillon de banlieue (les aléas du B&B ...) pas trop tard pour entreprendre la visite du centre de Padoue. Ici encore, près d'une porte de la ville (qui était entourée de remparts), nous trouvons un grand parking déjà écrasé de soleil, pour lequel nous ne saisissons pas immédiatement le mode de paiement. En fait, après mûre réflexion et avec l'aide d'une jeune gitane dont ce semble être le gagne-pain, nous comprenons que la plaque d'immatriculation de la voiture a été photographiée à l'entrée : ultra-moderne, le stationnement à Padoue !

En essayant autant que possible de rester à l'ombre (qui veut voyager loin ...) nous contournons une immense place parsemée de statues d'allure antique, le Prato della Valle. Ici et là, des vendeurs noirs ont étalé leur bimbeloterie ...

 

MG 4674 place Padoue

 

Nous atteignons rapidement un bâtiment d'allure massive, et même un peu rébarbative, qu'on aperçoit à gauche sur la photo ci-dessus, c'est la basilique Santa Giustina, une des plus grandes d'Europe. Nous y découvrons à nouveau quelques beaux échantillons de Baroque :

MG 4659 baroque Padoue

MG 4666 fillette Padoue

l'apprentissage du Baroque commence tôt !

Continuant notre tour de la place, nous nous engageons dans des rues heureusement bordées d'arcades, et tout à fait pittoresques. L'animation y est intense, et pas seulement touristique : Padoue est une ville très vivante ... du moins avant la grosse chaleur ! Notre but, bien sûr, est la basilique de Saint Antoine qui renferme le tombeau du Saint. Malheureusement, et c'est bien dommage, les photographies y sont rigoureusement prohibées, et des moines sont là, entre autres, pour veiller à faire respecter l'interdiction. Pour ce qui est de la chapelle renfermant la tombe, honnêtement, je n'ai jamais vu un tel délire décoratif ! Autel, sculptures, hauts-reliefs, tout y est incroyablement travaillé ! Une file de pélerins s'aligne d'un côté du tombeau, chacun attend son tour pour poser la main sur une plaque grise qui se trouve au dos de l'autel et y murmurer une prière, c'est assez impressionnant ... Faute d'images, une fois n'est pas coutume, je me permets d'indiquer un lien : www.basilicadelsanto.org

Et puis, comment quitter Padoue sans voir les fresques de Giotto ? Nous reprenons donc, après avoir versé notre obole à la petite gitane, notre véhicule qui a eu tout le temps d'autocuire et nous mettons à la recherche de la chapelle des Scrovegni ... Pas si facile, de circuler dans le centre de Padoue ! Nous avons une idée assez précise de la direction à prendre mais il nous faut louvoyer un grand moment en raison de la multiplicité des sens uniques et autres petits canaux ... Finalement nous parvenons à stationner, à l'ombre en plus, non loin de la place Eremitani. Mais pas si simple, d'entrer dans la chapelle ! D'abord c'est très mal indiqué, enfin pour nous en tout cas ! Et puis une fois que nous avons trouvé le chemin d'accès, on nous vend des billets, cher, avec lesquels nous ne savons pas tout de suite quoi faire. En effet, les visites sont hyper-organisées : elles ont lieu toutes les 30 minutes environ, et se décomposent en deux temps : 15 mn d'un film explicatif dans une salle climatisée, histoire de faire baisser la température des visiteurs, si j'ai bien compris (et effectivement, nous la sentons baisser ...) et 15 mn dans la chapelle même, ce qui est trop peu quand on découvre la richesse des fresques. Là encore, quel émerveillement, quelle splendeur, et quelle douceur aussi de pouvoir se perdre quelques minutes dans un univers si ancien, si beau, et si humain !!! Mais là non plus les photos ne sont pas autorisées (on s'en serait douté ...), ce qui est assez étonnant quand on voit le nombre de clichés, y compris de particuliers, sur internet ... cette fois je vous laisse faire votre moisson ... ;)

Mais le temps, qui s'est arrêté un moment dans la chapelle, passe pourtant ! Le troisième jour de notre voyage, prévu en quatre, est déjà bien entamé et nous avons à peine dépassé la mi-chemin de notre trajet ! Nous conservons néanmoins la volonté de nous arrêter à Vérone, étape romantique s'il en est, après nous être résolus d'entrée à sacrifier Venise ...

C'est certain, Vérone attire beaucoup de monde : une foule de touristes, autour des arènes, dans les rues, sur les places et, bien sûr, aux terrasses des innombrables bistrots ! Nous nous frayons un passage vers la maison de Juliette que nous atteignons en même temps que beaucoup d'autres, et il nous faut attendre un long moment pour pouvoir photographier le balcon vide, car des greluches prennent un malin plaisir à s'y faire tirer le portrait !

 

MG 4697 balcon Véronesi si je vous assure, ceci est le VRAI balcon de la VRAIE Juliette !

 

Nous échappant de la foule sentimentale, nous errons un moment dans les petites rues de la ville. Finalement, en dehors du circuit "obligatoire", elles sont assez tranquilles. Nous remarquons beaucoup de belles choses ici et là et comme à Trieste, comme à Padoue, nous nous disons que ce serait une bonne idée de revenir ici quelques jours pour se donner le temps d'une meilleure découverte ...

 

MG 4703 façade Vérone

sur une façade, un mélange assez surprenant de styles de tous âges !

 

Nous ressortons de la ville par une porte antique avec, croirez-vous, une seule idée : faire le plus de kilomètres possible avant la nuit ! Ah mais non ! ce serait trop simple ! Ces dames ont eu chaud, figurez-vous, et ces dames ont bien besoin d'un petit rafraîchissement, et comme le lac de Garde n'est pas loin ... Va pour le lac, donc, va pour la dolce vita et tutti quanti ... C'est très joli d'ailleurs, même si la plage que nous trouvons est un peu encombrée de ragazzi ... Quant à moi, selon une tradition qui commence à s'établir, je m'attable à une terrasse devant une bière bien fraîche ...

 

MG 4750 pont Lac de Gardedernière image de ce voyage retour : une belle carte postale du lac de Garde ...

 

La fin du voyage n'est plus qu'une longue suite de kilomètres pour lesquels nous nous relayons à la conduite. Nous parvenons à dormir le soir pas trop loin de Turin, dans un motel comme il en existe tant. Au petit déjeuner, je me fais piéger par la machine à café qui ne sert que des doubles expresso. Pour atteindre la quantité de café nécessaire, j'appuie sept fois sur le bouton, je bois donc l'équivalent de quatorze cafés italiens, ce qui n'est pas rien ! Je conduis dans la banlieue de Turin, et je m'aperçois que ni les limitations de vitesse ni les lignes blanches n'ont le même sens que chez nous. Puis ce sont les Alpes, avec une nausée persistante probablement due à l'overdose de café. Le tunnel du Fréjus semble fermé (?) et nous franchissons la frontière à Montgenèvre, ce qui nous amène droit (façon de parler !) sur Briançon et son fort ...

 

Recherche du Baroque 4755 vue Briançonde Belfort à l'aller à Briançon au retour : un voyage sous le signe de Vauban, finalement !

 

 

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7 août 2013 3 07 /08 /août /2013 17:48

Comme d'habitude désormais nous allons passer une bonne partie de nos vacances en Hongrie, mais une fois n'est pas coutume nous décidons d'y aller par la route ...

 

1ère étape : domicile - Belfort


Comme c'est encore la France et que nous avons au minimum 1600 kms à faire, nous ne prévoyons guère de nous arrêter avant de passer la frontière. Mais nous avons offert notre véhicule à une possibilité de covoiturage, alors nous passons par Bourges où nous rencontrons Aurélien, un jeune homme fort sympathique qui doit commencer dès le lendemain à diriger un camp de vacances près de Belfort. La route qui traverse le Morvan en passant par Autun est bien agréable et pas trop fréquentée. Néanmoins, pour arriver un peu plus vite à Belfort, nous choisissons de finir cette première étape par l'autoroute qui passe sous Dijon, ce qui nous amène au "Territoire" vers 18h. Après avoir un peu avancé Aurélien sur la route de son camp, nous retournons vers la ville où nous commençons par nous perdre en cherchant l'adresse du B&B que nous avons réservé par internet : ce n'est pourtant pas très grand, Belfort ! Mais, on ne sait pas pourquoi, on se retrouve complètement désorientés ! Finalement, après avoir un peu tourné ici et là, nous trouvons le grand portail vert que l'on nous a indiqué ... Nous sommes très gentiment accueillis par notre hôtesse, une petite femme un peu ronde, et d'origine marocaine. Son appartement est très vaste, fait de grands espaces situés dans les combles de l'immeuble. Elle s'est inscrite il y a peu sur le site de locations entre particuliers, et nous sommes seulement ses deuxièmes invités. Manifestement elle est ravie de nous recevoir, et de discuter un peu avec nous ; son mari, quoique gentil également, se montre beaucoup plus discret ...

Après une douche ô combien nécessaire, nous sortons pour visiter la vieille ville et manger un morceau.

Belfort est un lieu assez étonnant, pas de doute ! D'abord le centre ancien n'est qu'un immense chantier, comme dans tant d'autres villes aujourd'hui. Encore un tramway à l'horizon ? Que nenni, d'ailleurs ce serait peut-être disproportionné par rapport à la taille de l'agglomération ... Notre hôte nous expliquera plus tard qu'il s'agit d'un projet un peu "mégalo" des édiles locaux avec couloirs de bus et de taxis, voies piétonnières et tout le saint-frusquin et qu'en attendant que tout cela soit fini ( à la saint-glinglin ? ) il ne nous disait pas le binz pour circuler ! Et en effet, partout des barrières, clôtures et palissades sont à longer et à contourner ... Il n'empêche que Belfort conserve un charme particulier, avec ses places vides et ses nombreuses terrasses bondées, ses rues en pente et ses bâtisses de grès rose. Parmi elles, nous découvrons une maison d'arrêt d'oú s'échappe un flot de rap, à deux pas de l'Hôtel de Ville et de la cathédrale, ça devient plutôt rare, je crois ! Après ce petit tour apéritif, nous dégottons une auberge traditionnelle (quelque chose comme "le panier de la cigogne") à la terrasse de laquelle nous nous régalons d'une Flammekuche, mexicaine pour Ma Douce, qui aime les poivrons, vosgienne pour moi, qu'un munster n'a jamais fait reculer ... Puis un autre petit tour, digestif celui-là, nous amène sur les fameuses fortifications vaubanesques qui dominent et enserrent, protègent et écrasent le vieux Belfort. Quel vaste délire architectural !!! Quelle incroyable somme d'imagination et de travail pour en arriver là ! Et, bêtement peut-être, on ne peut s'empêcher d'imaginer la tête du troufion qu'on a amené là, au gré des époques et des conflits, et à qui l'on a dit : "Allez, mon p'tit gars, y a plus qu'à ... !" Et puis bien sûr, il y a "LE Lion", symbole banal de puissance et de gloire, et qui nous paraît tout de même relativement petit au milieu de cet empilement de glacis et de remparts ...

 

MG 3931 Belfort

Un petit avant-goût de tout le Baroque qui nous attend ...

 

 

2ème étape : Belfort-Kemten

 

C 'est dimanche matin, nous sommes à Belfort, il nous reste environ 1000 kms à faire en 3 jours. Même en comptant les inévitables détours, ça devrait le faire aisément … Oui mais voilà, Belfort a la chance ( ou le malheur ?) de n'être situé qu'à 30 kms de Ronchamp ! Et pour Ma Douce, historienne d'art et, pour des raisons qui seraient trop longues à expliquer ici, fan de Le Corbusier, PAS question de continuer la route sans me faire découvrir auparavant un chef-d'oeuvre de l'architecture contemporaine !!! Pour moi … même si je piaffe d'impatience à l'idée de chevaucher les grandes steppes de l'Allemagne centrale, je suis néanmoins curieux de connaître cette église improbable, et puis bien sûr ( les hommes mariés me comprendront … ) je ne voudrais pas que cette journée démarre sur une grosse frustration … Alors j'opine, j'exprime mon accord, voire mon enthousiasme, et nous y allons donc, une joie au coeur  partagée!

Jolie petite route d'ailleurs, qui sent bon la campagne vosgienne ( ou alsacienne ? ) Chemin faisant, nous parlons un peu de la Hongrie, et de cette nouvelle loi qui voudrait que quiconque hébergeant des amis, ne serait-ce que le temps d'une « buli » ( nom local de la « boum » ), leur fasse payer une espèce de taxe de séjour au bénéfice de la commune où est situé son accueillant domicile … Loi stupide et dangereuse, à mon humble avis : stupide car elle ne rapportera que des clopinettes par rapport à la dépense d'énergie nécessaire, mais surtout dangereuse car qui pourra réellement contrôler qu'il y a bien eu des invités et combien ? Des agents municipaux qui n'auront même pas de mandat pour pénétrer dans les maisons suspectes ? Beaucoup plus probablement cela se fera sur dénonciation de voisins n'ayant rien de mieux à faire que de surveiller les allées et venues derrière leurs rideaux … Espérons qu'on n'en arrivera pas là ...car nous serions d'un coup revenus à des années bien sombres, durant lesquelles chacun devait se méfier de son ombre ...

Mais bientôt nous repérons LA merveille, juchée sur une colline au milieu de vertes frondaisons … Comme il est encore tôt nous trouvons à nous garer sans problème et après avoir payé ( un peu cher, si je me souviens bien …) nous commençons l'ascension du monticule sur lequel l'église est perchée. Et très vite je m'aperçois qu'encore une fois Ma Douce a eu raison d'insister, et qu'encore une fois j'ai eu raison d'opiner ! Pourtant, personnellement … Corbu, j'ai parfois un peu de mal … certes il a eu des idées géniales, comme la Cité Radieuse de Marseille par exemple mais bon il y a d'autres fois où ces grandes surfaces de béton brut ont quelque chose de rebutant, presque hostile, comme au couvent de La Tourette à côté de Lyon … Eh bien ici, pas du tout ! A Ronchamp il y a  un soin du détail, un usage des proportions qui en font quelque chose de très humain ! Bien sûr on y retrouve de grands volumes de béton mais grâce à une quasi-pénombre, renforcée par quelques entrées de lumière indirecte, l'intérieur dégage une impression de « mystère familier », comme si l'on était à la fois chez soi ET chez Quelqu'un d'Autre …

 

Quand on sait que Corbu n'était pas croyant, cela pose quelques questions et cela me rappelle un livre que je suis en train de lire, « L'esprit de l'athéisme » de Comte-Sponville, où l'on retrouve cette interrogation essentielle : « l'âme » est-elle réservée à ceux qui croient ? L'extérieur également est tout à fait particulier : on y voit une sophistication des volumes, une recherche presque organique dans les courbes qui tranchent avec les bons vieux parallépipèdes habituels … D'ailleurs certains puristes se sont empressés de dire que ce n'était pas du « vrai Corbu » !

MG 3986 Ronchamp

l'image la plus connue de Ronchamp : je l'avais même en timbre quand j'étais petit !


Un dernier détail avant de reprendre vraiment la route : non loin de l'église se trouve un monument pyramidal érigé en souvenir de ceux qui sont « morts pour la paix », ce qui est une jolie formule, je trouve. Eh bien devant ce monument, ou bien carrément assis dessus, se trouvait un groupe d'Allemands assez vieux pour avoir peut-être pas participé, mais au moins avoir vécu lors de la dernière guerre. Et ils discutaient, ils rigolaient sans se soucier de l'endroit où ils étaient (enfin, j'espère !). Eh bien, moi qui suis né seulement sept ans après la fin de ladite guerre, ça m'a gêné …. c'est con, hein ?

 

 

Après avoir retraversé Belfort et ses fortifications, nous passons la frontière à côté de Bâle, et c'est comme un saut dans l'inconnu ! En tant que copilote, ma position préférée, je suis un peu angoissé par le fait que nous n'avons à notre disposition qu'un guide des routes européennes assez général, loin de la précision du guide français que nous utilisons pour nos trajets hexagonaux. En fait cela se passe très bien, grâce aux nombreuses indications qui jalonnent le chemin. Nous avons fait le choix de ne pas passer par les autoroutes, même si elles sont gratuites : comme elles suivent principalement des axes nord-sud et que nous allons plein est, cela nous ferait de trop grands détours et puis nous sommes bien là pour nous balader, n'est-il pas ? Et en effet nous nous baladons … on pourrait même dire que nous avons l'impression de nous traîner quelquefois, tellement se multiplient les limitations de vitesse ! Ce n'est pas difficile : avant chaque intersection la vitesse autorisée n'excède pas 70 kms/h … et après aussi ! Ajoutez à cela les nombreux villages qu'il nous faut traverser, à 50, comme il se doit, les tracteurs qui semblent s'ingénier à former derrière eux la file de voitures la plus longue possible ( peut-être qu'il existe une espèce de palmarès local ?) et vous aurez une idée du rythme de notre progression … D'ailleurs je surprends Ma Douce à froncer ses jolis sourcils : regrette-t-elle le temps passé à Ronchamp ? Telle que je la connais, cela m'étonnerait beaucoup ! Enfin … cela nous laisse largement de quoi apprécier la campagne environnante, qui est fort douce, fort propre et fort jolie, et de nous étonner de deux choses : la profusion des panneaux solaires sur les toits des maisons ( on se dit que s'il y avait encore des toilettes au fond du jardin, ils auraient eux aussi droit à leur couverture écolo !) ainsi que le nombre impressionnant de pistes cyclables sur lesquelles, en plus, il y a des vélos ! Des petits, des gros, des costauds, des familles et des solitaires, tout un monde juché sur deux roues, dûment équipé et casqué, ach ! on peut dire qu'on a de la graine à prendre du côté de nos amis teutons !

Et puis …. et puis …. voilà que de l'eau pointe le bout de son nez à travers les arbres …. beaucoup d'eau … de plus en plus d'eau …. jusqu'à former un grand lac, qui est celui de Constance ! Ah, le lac de Constance ! Ce joli nom ne vous a-t-il jamais fait rêver ? Moi j'imaginais une belle dame à la longue tresse blonde, à l'air un peu sévère, qui attendait au bord du lac le retour de son preux chevalier parti guerroyer au delà de l'horizon … On espère une route qui longe vraiment le lac mais c'est rarement le cas, ce qui n'est pas idiot, on va voir pourquoi. En effet, attirés par une grande église colorée, nous décidons de nous arrêter pour la voir de plus près. Son entrée principale donne au sud, sur une grande terrasse qui offre un panorama superbe sur le lac. Nous y entrons et là, waah! Bienvenue au pays du Baroque !!!

MG 4003 Birnau

Dorures, volutes, trompe-l'oeil, tout y est, et en quantité !!! J'essaie alors de me rappeler une leçon de Ma Douce : on ne peut rien comprendre au baroque si on fait abstraction du contexte dans lequel il est apparu, le protestantisme est né depuis un moment déjà et il attire de plus en plus de fidèles dans les temples, qui sont des lieux dépouillés et un peu rugueux, en adéquation avec une foi qui se veut plus simple et plus authentique. Il s'agit donc de montrer que le catholicisme est plus riche, plus puissant, plus séducteur aussi, d'où la débauche d'ors, de couleurs, de statues dansantes qui signent le baroque. Franchement, je préfère le style roman ! Mais on ne peut s'empêcher d'être stupéfait par cet étalage de luxe et de savoir-faire destinés, au fond, à attirer le « client » … ou à le conforter dans son choix de la « bonne » religion ! Quant à Ma Douce, élevée dans un pays d'Europe Centrale où ce style est beaucoup plus présent qu'en France, elle y paraît bien plus sensible que moi … C'est pourquoi elle s'attarde tandis que je sors, un peu étouffant, pour jouir de la vue sur le lac. C'est alors que je réalise l'intelligence avec laquelle les différents éléments du paysage sont disposés. Derrière moi, au delà de l'église, la grand-route par laquelle nous sommes venus et sa file ininterrompue de véhicules ; devant moi, à l'aplomb de la terrasse, une petite voie de chemin de fer puis quelques vignobles eux-mêmes longés par une toute petite route, autant dire un chemin, qui dessert les maisons situées juste au bord du lac. Cela vous paraît banal ? Eh bien allez faire un tour au bord du Balaton, vous verrez la différence ! Là l'organisation est presque inverse : le lac, quelques marais ou terrains arborés, le chemin de fer, la grand-route et les maisons, croyez-moi, ça change tout pour ceux qui habitent dedans ! Auprès de moi, un couple très âgé discute très gentiment, il lui remet son collier avec des gestes tendres, c'est fondant ! Ma Douce réapparait, avec une bougie où est inscrit le nom de l'église : Birnau, mais elle n'a pas trouvé d'endroit où la faire brûler ! On n'est pas loin de l'arnaque, là !

Nous reprenons notre route plus ou moins le long du lac ( cf explications précédentes) : Fridrichshafen par exemple qui a dû être un port important … pour finalement nous engager, presque au bout, dans la presqu'île de Lindau dont on dit le plus grand bien. Nous préférons nous garer à l'extérieur des remparts qui encerclent la ville, dont le passé a été riche et tumultueux si l'on en juge par certains bâtiments :

                                                                                                       MG 4008 Lindau

MG 4005 Lindau

à gauche l'ancien, à droite le nouvel hôtel de ville                                 la façade de l'ancien, côté port


Nous poursuivons notre promenade jusqu'au port dont l'entrée sur le lac est assez sévèrement gardée : lion pensif d'un côté, tour de l'autre. Montagnes au loin, lac scintillant, mignonne petite ville aux airs médiévaux, touristes : la ressemblance avec Annecy est frappante ! Nous finissons la journée à la terrasse d'un des nombreux bistrots : café glacé pour Ma Douce qui conduit ( que voulez-vous ? Elle aime ça !), bonne grosse bière bien fraîche pour moi, qui ne conduis pas …

Et nous reprenons la route vers l'est, avec le soleil dans le dos : une lumière magnifique inonde le paysage tout entier … Ici et là nous repérons des Gasthauses, plus charmantes les unes que les autres, et nous continuons à rouler, en nous disant que nous n'aurons pas de mal à trouver un abri pour la nuit. Erreur ! Nous n'avons pas pris garde au fait que nous quittons une région touristique riche en offres d'hébergement, et que cette possibilité va aller décroissant au fur et à mesure que nous nous en éloignons … Résultat : nous arrivons à Kempten à la nuit tombante et nous nous cassons le nez sur deux hôtels sympas mais complets avant d'échouer dans un 3ème, « moderne », moche et relativement cher ! Le soir, un peu avant 23h, nous dînons de plats typiques dans une typique auberge (bavaroise?), servis par une dame plantureuse, bien typique elle aussi !

 

3ème étape : Kempten-Melk

 

Bien sûr, le « gros morceau » de ce 3ème jour, ce sera Salzburg ! Ma Douce, qui connaît déjà ( comme tant d'autres lieux ), veut absolument me faire découvrir la patrie de Mozart ! Mais avant cela elle veut faire un détour par Murnau, où elle espère trouver la tombe de Kandinski. Pourquoi pas ? Il est encore tôt, rien ne nous presse et la route qui va vers le sud est assez plaisante dans la relative fraîcheur du matin. Murau également est une jolie petite ville, très bien entretenue. Pendant que Ma Douce va se renseigner à l'office du tourisme, je bois un café à une terrasse. Cela me donne l'occasion de côtoyer un vieux monsieur très digne et très bien habillé qui est sorti pour fumer une cigarette. Je sens que nous aimerions bien nous parler mais ce n'est ni le lieu ni le moment, nous sommes bien d'accord là-dessus. Nous nous contentons donc de nous regarder franchement et avec bienveillance. Je rejoins Ma Douce qui est un peu dépitée : nous sommes lundi et tous les musées sont fermés ! De plus la tombe de Kandinski ne s'est jamais trouvée à Murnau, contrairement à celle de sa femme, qui y est née ! Pas grave, Ma Douce, pas grave ; de mon côté je me souviendrai de ce vieux monsieur …

L'arrivée dans Salzburg est assez décevante : nous traversons une longue banlieue grise, presque poussiéreuse qui, allez savoir pourquoi, me rappelle certaines rues délaissées du downtown de Los Angeles ! Et puis nous arrivons à la Altstadt (vieille ville) et là c'est bien différent : un vrai petit bijou dans son écrin …

 MG 4016 Salzburg Mirabell


Après quelques difficultés à comprendre le système de stationnement, nous nous garons près de la gare parce que c'est moins cher et que ce n'est pas si loin du centre. Au premier coin de rue nous croisons les lunettes noires d'un shériff de parking, assez obèse et parfaitement inexpressif : sûr qu'on n'a pas intérêt à dépasser la durée autorisée !

Nous marchons donc alertement dans de grandes avenues surchauffées et plus nous avançons plus les touristes se font nombreux. Nous atteignons un grand jardin public aux arbres vénérables, le Mirabell, et de là un autre parc, plus ouvragé, dans lequel nous découvrons un labyrinthe végétal entourant un théâtre de verdure … Puis nous empruntons une tonnelle ( de l'ombre, par pitié !) qui nous amène non loin d'une belle maison où le grand Wolfgang a vécu. D'ailleurs Mozart est à peu près partout, lui qui, si je me souviens bien, ne portait pas spécialement les Salzbourgeois dans son coeur ! Pour dire il sert de marque de fabrique à une spécialité fameuse : des boules de pâte d'amande enrobées de chocolat. Pauvre Amadeus ! J'espère que sa tombe est assez grande pour qu'il s'y retourne à son aise … Après avoir traversé la rivière, nous atteignons SA maison natale, qui dégorge de touristes comme il se doit. Il y a également pas mal de mendiants dans les rues, assez basanés, et nous nous interrogeons sur leur provenance et leur multiplicité : « simple » attrait pour des portefeuilles étrangers supposément bien garnis ? signe d'une population marginalisée, dans une société autrichienne à deux (ou plus) vitesses ? Bien entendu nous n'aurons pas de réponse …

Nous poursuivons notre visite en pénétrant dans un énorme bâtiment religieux (mon royaume pour un peu d'ombre !) où nous découvrons un nouveau style de baroque, tout blanc celui-là, mais tout aussi ouvragé : des plafonds et des parois d'un stuc à couper le souffle qui fourmille de groupes ailés, de volutes nuageuses, et de visions d'un paradis onctueusement crémeux … Plus près de nous, certaines statues sont presque comiques à force de vouloir toucher les coeurs, tel ce Saint Sébastien parfaitement éphébique qui semble se réjouir plus que souffrir des jolies flèches perçant son joli corps, tels ces saints grandeur nature qui paraissent participer de concert à une rave échevelée … Le baroque c'est quelque chose quand même !!!

MG 4032 Salzburg


De retour dans la fournaise nous arpentons quelques rues pavées, quelques places aveuglantes : sur l'une d'elles, un peu excentrée, une statue du grand W.A., en lourd bronze vert-de-grisant, nous paraît bien incongrue et bien peu en rapport avec la légèreté ironique de ce fameux musicien … Il a sûrement fallu lui rendre hommage, à un moment ou à un autre ...

Et nous quittons Salzbourg au bout de deux heures, délai de stationnement oblige !

Le projet suivant de Ma Douce est de me faire découvrir la Wachau, région particulière et éminemment baroque, qui s'étend le long d'une courbe du Danube un peu au nord-ouest de Vienne. Après un trajet ouest-est parfaitement horizontal, nous obliquons donc vers le nord en direction de Melk, que nous atteignons en début de soirée. Comme chat échaudé craint l'eau froide et qu'un homme averti en vaut au moins deux, nous commençons par faire la tournée des hôtels, qui sont nombreux. Mais devant les « kein frei zimmer » qui se succèdent, une inquiétude nous gagne … Heureusement nous finissons par dégotter, en plein centre du quartier ancien de surcroît, une chambrette coquette et proprette qui nous semble tout à fait convenable. Après un dîner un peu moyen, mais on avait un peu la flemme de chercher ailleurs, nous nous octroyons une petite balade dans les rues de Melk … Pas de doute, on est toujours au pays du baroque ! Non seulement l'immense monastère qui domine la ville en témoigne, mais aussi une multitude de détails architecturaux ou décoratifs : portes et fenêtres, forme des toits, ornements des façades, etc …

 

MG 4060 Melk

 

4ème étape : Melk-Budapest

   

Nous voici arrivés déjà au dernier jour de notre voyage … Nous avons décidé de longer le Danube par sa rive nord, ou gauche si vous préférez, et nous le traversons donc à la sortie de Melk. Ah ! Le Danube ! on vous parle de sa couleur ( d'ailleurs je ne l'ai jamais vu bleu ) mais c'est de son odeur qu'il faudrait parler ! Douce et un peu amère, presque salée parfois, ce qui est bien curieux pour un fleuve qui a encore quelques milliers de kms à parcourir avant de voir la mer ! Odeur qui émeut Ma Douce comme le ferait celle d'un sein maternel … ou d'une petite main d'enfant …

C'est avec enthousiasme que nous suivons ses flots tranquilles, incessamment parcourus par de longs bateaux de croisière, autrichiens pour la plupart mais aussi un roumain et un français ! Cela me fait bien plaisir que le fleuve soit autant utilisé, même si ce n'est qu'à des fins de tourisme. Peut-être réaliserons-nous un jour enfin qu'il s'agit là d'un moyen de transport particulièrement écologique ? Bien plus en tout cas que ces files de poids lourds qui encombrent les autoroutes …

Nous nous arrêtons de temps à autre, histoire de humer le fleuve, puis sur le coup d'une inspiration subite nous décidons de partir à la découverte de l'église Maria Laach, et de sa Vierge Aux Six Doigts : hyper baroque, non ? La matinée est encore fraîche sous les ombrages de la forêt que nous traversons par une petite route sinueuse et solitaire. A l'arrivée il faut avouer que l'église n'a rien d'impressionnant : toute simple, toute nue, bref une comme il en existe tant … Heureusement c'est tout autre chose quand on pénètre à l'intérieur : tombeau monumental, décorations éminemment colorées, avec une nette tendance au macabre, et enfin le rétable de l'autel, carrément magnifique !!! A force d'explications, je comprends qu'il y a plusieurs baroques se différenciant par quelques nuances : plus ou moins de rococo, touche ou louche de classicisme, je me rends compte que je suis encore loin de posséder le genre ! Et il y a effectivement de quoi se fourvoyer, surtout quand les différentes époques sont présentes dans un même lieu, voire sur une même oeuvre. Ainsi de cette Vierge Aux Six Doigts, dont la peinture est nettement gothique alors que le cadre est farouchement baroque ...

MG 4095 Maria Laach


Le départ de Maria Laach est un peu plus difficile que l'arrivée. Nous réalisons qu'en fait ce village est comme un carrefour dans la montagne et que les cinq ou six directions qui en repartent ne sont identifiées que par des panneaux jaunes destinés aux randonneurs ! Il nous faut donc les déchiffrer assez longuement pour trouver la route qui nous ramène enfin au bord du Danube …

Willendorf, ça doit vous dire quelque chose ? Willendorf, et sa Vénus aux gros seins et aux grosses fesses, comme une espèce de bibendum préhistorique ? Et en effet Elle, ou plutôt sa reproduction, nous attend au bout d'un petit chemin à l'écart du village, pointant vers la vallée ses mamelles de pierre. Elle a quelque chose de touchant, cette statue, avec ses mains posées sur ses formes généreuses : comme un mélange de séduction bien féminine et de sérénité quasi intemporelle … Avant de quitter le village nous achetons un kilog de tout petits abricots, des « marillen », à une gentille grand-mère et son petit-fils qui est tout content de parler un peu français, ils sont moins gros que des balles de ping-pong mais ils sont excellents !

Un bel ensemble de bâtiments anciens attire à nouveau notre attention un peu plus loin : une porte est ouverte dans ce qui ressemble à un donjon tronqué et le passage débouche sur un ancien cimetière entouré d'une église et d'un édifice bizarrement couronné. L'accès à l'intérieur de l'église est fermé par une grille mais un système vidéo permet, moyennant deux euros, de regarder sur écran un des deux films explicatifs sur les bâtiments et leur histoire, ce que nous faisons donc … Avant de quitter Sankt Michael, puisque tel est le nom du lieu, nous jetons un coup d'oeil par le trou ménagé dans la porte en bois de l'autre édifice et là, surprise ! Il pourrait s'agir d'un ossuaire où crânes et fémurs sont soigneusement rangés … sur un autel ? Un des crânes, en bas et à gauche, est particulièrement remarquable car il porte au sommet un trou tout à fait rond : trace d'une trépanation ancienne ? d'une exécution raffinée ? Ici encore le mystère reste entier …

MG 4118 Sankt Michael


Un peu plus loin nous nous arrêtons pour un pique-nique au bord du fleuve : les longs bateaux vont et viennent, se croisant parfois de si près qu'on ne peut s'empêcher de penser à un drame fluvial. D'ailleurs Ma Douce garde son appareil photo à portée de la main …

Heureusement, en lieu et place de catastrophe, nous suivons l'avancée paisible d'un bac qui fait traverser le fleuve, avec une lenteur quasi helvétique, à un groupe de cyclistes en randonnée …

Notre voyage touche à sa fin, et une certaine langueur nous étreint … mais peut-on ne jamais s'arrêter ? Peut-on n'être de nulle part, c'est à dire de partout ? Dans quelques heures nous serons à Budapest, et ce seront les retrouvailles avec la famille, les amis … et ce sera bien tout de même de les revoir !!!

En attendant il nous reste quelques hauts lieux du Baroque à découvrir, et d'abord Dürnstein, petite ville fortifiée au bord du Danube. Après avoir pénétré dans l'enceinte par un escalier presque dérobé, nous suivons une longue et chaude rue bordée de boutiques qui proposent aux nombreux touristes les spécialités régionales : confitures, liqueurs, eaux de vie, tout ici est à base d'abricot ! En dehors de cela l'artisanat habituel, sans véritable originalité … Nous trouvons refuge, et un peu de fraîcheur, dans l'église pour laquelle nous nous sommes arrêtés : profusion d'angelots et de dorures, statues dansantes, stuc savamment travaillé, pas de doute, nous nageons en plein dedans ! Mais le plus surprenant est que nous sommes complètement SEULS dans ce joyau du baroque, alors que les boutiques sont pleines !

MG 4139 Dürnstein

 

Et en tant qu'enseignant cela me fait grandement réfléchir à ma responsabilité quant à la nécessaire éducation à l'art, et surtout aux moyens d'éveiller la curiosité des enfants envers les chefs d'oeuvre des différentes époques, en espérant que celle-ci ne s'évaporera pas complètement avec le temps qui passe … Seuls encore sur la magnifique terrasse toute bleue qui surplombe le fleuve, et même dans le musée installé dans une aile du bâtiment et qui est pourtant complètement gratuit ! Misère de misère …

MG 4150 Dürnstein


Krems sera notre dernière halte avant de rejoindre l'autoroute que nous suivrons, après avoir contourné Vienne, jusqu'à Budapest. Là encore, jolie petite ville fortifiée, aux rues pavées et surchauffées, terrasses bondées, et belle église baroque déserte où les statues ne dansent plus que pour elles-mêmes … Conclusion : il y a du boulot, et pas seulement en Autriche ! Est-ce la chaleur ? la fatigue ? la proximité de la terre natale ? Ma Douce semble un peu nerveuse et déçue par Krems, et elle ne prend que très peu de photos. Mais pour moi qui aime beaucoup les chevaux, elle pense pourtant à prendre celle-ci, très baroque également !

 

MG 4162 Krems

 

Quatre jours et deux mille kilomètres plus tard, je m'aperçois que beaucoup de mes préjugés contre le Baroque sont tombés. Pas de doute, il faut savoir dépasser cette sensation d'étouffement qui vous saisit à l'entrée, surmonter ce choc scandalisé devant tant de luxe étalé, comprendre les raisons de ce déferlement ornemental,  prendre le temps d'en admirer chaque détail et chaque recoin, vous laisser toucher par cette naive ( mais rusée ) volonté de séduire … voilà tout le prix à payer si vous voulez qu'enfin le Baroque entre dans votre vie !!!

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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 14:06

SAN FRANCISCO

 

Lundi 29 octobre 2012

 

Ce matin on s’est réveillés un peu plus tard, vers 4 heures ... Pas de doute, on rattrape peu à peu le décalage horaire !

Après le petit déj’, on a pris le bus n°1 sur California street jusqu’à Van Nesse boulevard, puis le n°47 jusqu’au City Hall. En fait il s’agit d’une grande cité administrative (Civic center), composée de grands immeubles assez froids et sans beaucoup d’intérêt. Sur les grandes esplanades, quelques « homeless » vaquent tranquillement à leurs petites occupations ...

A pied on a remonté Market street jusqu’à Union square, où on a trouvé LA boutique Levi’s. On y trouve tous les exemplaires historiques de la marque, et aussi des modèles modernes qui sont à vendre ... un peu cher ! 74 $ pour un 501, hors taxes (omniprésentes aux US), ça ne vaut pas le coup de s’encombrer pour le retour ! Puis on jette un oeil rapide sur le MOMA (Modern Museum of Arts) de SF : il s’agit d’un bâtiment assez lourd, qui ne nous retient pas longtemps.

De rue en rue, l’impression se fait plus vive d’être « en Amérique » : les voies ne sont pas très larges, et cette étroitesse relative est renforcée par la multitude de gratte-ciel plantés dans tous les sens, de toutes tailles et de toutes dimensions. D’ailleurs aucun de ces immeubles ne porte d’annonce publicitaire superflue, pas comme à Moskva Tér, par exemple !

Nous parvenons au quartier de Yerba Buena (ce qui, je l’avoue, me donne quelques idées ...), espace moderne mais tranquille, assez sympa avec une ambiance familiale et bon enfant. On découvre là un mémorial dédié à Martin Luther King et à la bataille pour les droits civiques, modeste, presque humble, assez touchant ...

Il nous faut prendre à nouveau le bus, pour lequel nous n’avons toujours pas compris le système des billets : normalement ceux-ci sont valables 90 minutes, mais on s’aperçoit que la validité des nôtres dure jusqu’à 2.30 pm, soit 2 bonnes heures de plus que prévu ! Erreur du chauffeur ? billets prolongés à  cause de nos bonnes têtes ? on ne saura jamais le fin mot de l’histoire ... En attendant on se trompe d’arrêt, ou de ligne, et nous devons marcher encore pour atteindre la baie. Comme nous sommes affamés, nous décidons de pique-niquer sur le pier n°3, qui convient à notre besoin d’une pause. Bizarrement, l’océan sent très peu, en tout cas pour moi, habitué à la forte odeur de vase qui signale la Manche, et si ce n’était le décor environnant, on pourrait se croire au bord du lac Léman ! Nous admirons les jeux de la brume qui s’en va et revient parmi les gratte-ciel du bord de mer. C’est le phénomène météorologique le plus typique de SF, et nous en reparlerons un peu plus loin ...

En attendant le soleil s’installe durablement et nous reprenons nos pérégrinations, en suivant la baie tout d’abord puis en prenant vers l’intérieur en remontant Vallejo street, et quand on parle de « monter » ici, ce n’est pas un vain mot ! Je ne sais pas quel pourcentage peuvent atteindre certaines côtes, mais le fait est que ça tire sérieusement dans les mollets ! Finalement, éreintés, nous atteignons le Trieste Café, où un ami Hongrois avait ses habitudes quand il vivait ici. Effectivement c’est un endroit bien sympa, « à l’européenne », dans lequel je peux enfin boire un « espresso » plus vrai que nature ! Un peu d’énergie pour monter encore jusqu’à Coit Tower, qui n’est pas ce que vous croyez (en aurions-nous eu la force ?) mais qui porte simplement le nom de sa donatrice, Miss Coit, eh oui, c’est comme ça ! Et là, à l’intérieur de la tour, on est tombés en arrêt, stupéfaits par la beauté des fresques qui couvrent tous les murs du premier niveau. Les lecteurs attentifs de ce blog ne manqueront pas, j’espère, de faire le rapprochement avec celles de Dunaujváros, auxquelles elles ressemblent vraiment beaucoup ! Penser que dans les années 30, aux Etats-Unis, la même utopie socialiste donnait naissance à des oeuvres presque similaires à celles qui verraient le jour 20 ans plus tard dans la république socialiste de Hongrie, il y a de quoi rester bouche bée, non ? Une fois sortis de la tour, nous admirons le panorama superbe sur la baie ... avec la brume qui s’amoncelle au loin ...

Nous redescendons par Napier Lane, que nous mettons un moment à trouver : escaliers et passerelles en bois, végétation luxuriante, maisons joliment « personnalisées », une atmosphère somme toute assez « bobo », et j’essaie de me rappeler des noms de lieux dans les « Chroniques de San Francisco », série de livres qui avait remporté un tel succès dans les années 80, ou 90, et qui paraissait si « exotiques », mais je n’y arrive pas ...

Nous retrouvons le bord de l’eau et là, mus par une impulsion subite, nous décidons de monter dans un bateau en partance pour une petite croisière dans la baie ! Après tout, qui sait si nous reviendrons jamais à Frisco ? Alors autant faire le plein de sensations, pas vrai ? Peut-être qu’on aurait dû se méfier en voyant les sourires mi-goguenards, mi-bienveillants, des marins qui nous faisaient embarquer ... Au bout d’un quart d’heure de navigation, nous avons vu s’avancer vers nous un mur de brume dans lequel il a bien fallu entrer, et il y avait un vent là-dedans, il y faisait un froid !!! Bravement, avec quelques autres hurluberlus, nous sommes restés sur le pont d’un bout à l’autre de la croisière alors que tous les autres s’entassaient morosement sur les sièges à l’intérieur. Nous avons atteint le Golden Gate, à peine visible, mais dont la corne de brume était très audible, et nous sommes revenus par un Alcatraz fantômatique, sinistre à souhait ; il faut bien avouer que cela donnait un certain cachet à la balade ...

Nous avons continué par Fisherman’s Wharf, le fameux pier 39, qui ressemble fort à un piège à touristes, une pompe à dollars. Il n’y a guère que les phoques entassés sur une large plateforme de bois qui ne se font pas payer ... étrange que personne n’ait encore pensé à installer une caisse dans les environs, vu la foule qu’ils attirent !

Malgré les crampes qui guettaient, nous sommes à nouveau montés, sur Russian Hill cette fois, pour trouver l’extrémité de Lombard street, qui est aussi la seule route en lacets de toute la ville. Elle est toute mignonne, cette rue, toute fleurie, et les voitures qui la descendent font penser à des modèles réduits, comme s’ils roulaient sur un circuit miniature !

La nuit arrivait assez vite, nous sommes rentrés en bus, nous avons mangé ... et nous sommes allés dans un cinéma d’art et essai pas très loin, où nous avons vu « Simon and the oaks » un film suédois sur la montée du nazisme. On devait être 4 ou 5 spectateurs ...

Voilà, jeunes gens, tout ce qu’on peut faire, voir, découvrir, monter, descendre en une seule journée à San Francisco, il suffit de le vouloir ... mais très fort alors !

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25 décembre 2012 2 25 /12 /décembre /2012 12:50

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MG 8172 Las Vegas

 

Je ne sais pas si vous en avez déjà fait l'expérience, mais dix bonnes heures d'avion, c'est long ! Surtout quand vous êtes assis à côté d'une espèce d'Australien (?) qui ne desserre pas les dents de tout le voyage, et qui semble n'attendre que l'occasion de vous sauter dessus ... Enfin, bref, après une course continuelle pour rester dans le soleil, que nous perdons peu à peu pour arriver à la nuit tombée, nous voilà à Vegas, enfin à l'aéroport où nous devons encore attendre, longtemps, pour enregistrer notre arrivée sur le Territoire des Etats-Unis (fanfare !!!). On craignait le pire, d'après ce qu'on avait lu ou entendu : douaniers tâtillons et brutaux, interrogatoires à n'en plus finir, regards suspicieux et moues désapprobatrices, voire franchement répulsives ... eh bien, pas du tout ! On a eu affaire à un homme très sympa, qui adorait la France (comme 99,99 % des Américains que nous avons rencontrés), qui a blagué avec nous et nous a conseillé d'aller faire un petit tour aux machines à sous !!!

British Airways nous avait donc réservé une chambre d'hôtel dans un lodge, petit déjeuner compris. Encore fallait-il le trouver, ce qui ne fut pas si simple. Après quelques kilomètres à tirer les bagages (qui nous avaient miraculeusement suivis) deci-delà dans le GRAND aéroport de Las Vegas, à les tirer dans un sens et puis dans l'autre sur le trottoir d'embarquement des navettes (et là encore, un grand merci à la très gentille dame qui nous a quasiment maternés jusqu'à l'arrivée du fourgon de l'hôtel !) on a enfin pris la direction de la ville, qui est comme une oasis de néon au milieu du désert. Hôtel un peu bizarre, motel plutôt, réception un peu glauque mais au bout du compte une grande chambre très correcte et sur-équipée : frigo, cafetière électrique, fer à repasser, presque comme un appartement meublé ... Et là, que faisons-nous alors qu'il est dix heures du soir, soit sept heures du matin chez nous ? Alors que nous sommes donc en voyage depuis vingt-quatre heures, sans avoir fermé l'oeil, ou si peu ? Que pouvons-nous faire d'autre que d'aller découvrir le "Strip", qui est le grand boulevard de Las Vegas, le long duquel s'alignent, se côtoient, s'entrechoquent les réalisations les plus délirantes de plusieurs générations de bâtisseurs allumés ? Alors nous y allons ... Drôle d'effet, un peu comme des zombies débarquant sur la planète Mars ... Mais une ambiance générale plutôt sympa, avec des gens qui sourient et rient, qui ont l'air à l'aise et heureux d'être là ... Une seule exception : plus on remonte vers le nord du strip et plus l'on voit le long du trottoir des gens au regard dur, qui font claquer sèchement des paquets de petites cartes dans leurs mains. Au début je pensais que c'était en rapport avec le jeu (tickets gratuits pour appâter le gogo ?) mais on s'est aperçu assez vite qu'en fait il s'agissait de petites cartes pornos portant des numéros de téléphone ... D'ailleurs, dans le tiroir de la table de nuit, au motel, j'avais trouvé une espèce d'annuaire du genre, à la place de la Bible à laquelle je m'attendais ... On a donc fait demi-tour assez vite vers le sud, et on a regagné notre motel, avec les mirettes qui papillotaient encore au rythme des néons ...

MG 8185 Las Vegas

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25 décembre 2012 2 25 /12 /décembre /2012 12:36

Bonjour à tous !!!

J'espère qu'il n'y aura pas trop d'esprits chagrins pour déplorer la présence de quelques articles consacrés à la Californie dans ce "Budablog". A ceux-là je répondrai trois choses : d'abord que j'y suis allé en compagnie de Ma Douce qui, comme chacun le sait maintenant, est Hongroise ; ensuite que nous nous y sommes rendus sur l'insistance d'amis Hongrois qui nous ont gentiment accueillis dans leur belle maison de Pasadena ; enfin que j'avais envie de vous faire partager notre belle aventure californienne, et qui pourrait s'en plaindre, sinon de vils envieux ?

Or donc, décidés à fuir la météo proprement catastrophique de notre nouveau lieu de résidence et à profiter des quelques jours supplémentaires de vacances royalement accordés par notre nouveau ministre de l'Education Nationale, nous prîmes nos billets pour la Californie ... Cela faisait longtemps que P. et M., les amis sus-mentionnés, nous y invitaient et que Ma Douce m'en parlait, avec un petit sourire au coin des yeux. Mais bon, si vous avez un peu appris à me connaitre, vous devez bien vous douter que les "States", empire du Kapitalisme et de la Konsommation, ce n'est pas trop ma tasse de thé ! Mais bon encore, c'était bientôt l'anniversaire de Ma Douce et puis, entre nous, j'étais quand même assez curieux de voir à quoi ça pouvait ressembler, ce royaume du mal absolu ...

 

Au début tout se passa bien : malgré la grève nous pûmes prendre un TGV jusqu'à Paris, et même y trouver des places assises ! Le soir, devant le Trocadero, j'ai remis les clés de notre appartement à un couple de jeunes gens qui allaient y passer une nuit durant notre absence. C'est d'ailleurs ainsi que nous avons trouvé à nous loger à San Francisco d'une manière abordable : un habitant qui s'absentait quelques jours nous laissait son logis à disposition pendant qu'il n'était pas là ... moyennant quelques dollars, évidemment ! Mais rien à voir avec les tarifs des hôtels que nous avions explorés sur le Net ! Avec, en plus, des avis de clients plutôt moyens ... sauf à viser une chambre à 200 § (plus les taxes) et encore ! Or donc, je vous le dis, si vous voulez loger pas trop cher quelque part dans le monde, allez faire un tour sur ce genre de site, ça vaut le coup ...

Le lendemain, lever aux aurores direction Orly, pour prendre notre British Airways vers Frisco, via Heathrow, near London. Métro, navette, attente, enregistrement, portique de sécurité, attente, embarquement et nous voilà, deux bonnes heures plus tard, dans l'avion. Et c'est là que ça commence à se compliquer ... Au bout de vingt minutes, le pilote nous apprend, en anglais, qu'on ne pourra pas décoller avant une heure à cause des conditions météo sur Heathrow ! Or, justement, nous avions une heure de correspondance pour notre avion vers San Francisco ... Le seul conseil que nous avons obtenu c'est de nous rendre dès notre arrivée au "customer service" pour voir ce qu'on pouvait faire ...

Ben, le "customer service" à Heathrow, vous ne pouvez pas le rater, c'est là qu'il y a le plus de monde ! Une queue, mes amis, je ne vous dis que ça !!! On s'est donc mis sagement dans la file d'attente qui serpentait, comme de juste, jusqu'à une série de guichets dont la plupart étaient abandonnés ... La pause de midi, sûrement ... D'ailleurs, ce qui est remarquable chez les Anglais, c'est leur sens très aigu des classes sociales : pour la 1ère classe, où une vingtaine de personnes étaient concernées, il y avait 4 employé(e)s qui s'activaient diligemment ; pour la seconde, le tout-venant dont nous faisions partie, qui regroupait à vue de nez trois cents personnes, il y avait 3 guichets ouverts sur la dizaine qui formaient le comptoir ! Presque trois heures nous avons attendu !Trois heures debout, à piétiner et à échanger quelques mots ici et là, au hasard des méandres, avec des inconnu(e)s partageant la même galère : un couple de Belges revenant du Québec, un Français qui allait à Miami, tout cela très gentiment, très patiemment, à croire qu'ils diffusent des produits calmants dans la ventilation de l'aéroport ! Et puis, enfin, nous arrivons à un guichet où nous sommes accueillis par un monsieur manifestement pakistanais et très british ... La première chose qu'il nous dit, c'est que c'est bien dommage qu'on arrive seulement maintenant parce que pendant qu'on attendait un autre avion pour San Francisco est parti ... Mais comment on aurait pu le savoir, coincés qu'on était dans la file d'attente ? Il a cherché, longtemps, et tout ce qu'il a trouvé c'est un avion pour Las Vegas avec une correspondance pour San Francisco le lendemain. OK pour Vegas, donc, avec une nuit d'hôtel aux frais de British Airways ...Mais avant de partir, une question (que je n'ai pas posée) me trotte dans la tête : autant que nous avons pu en juger, les conditions météo n'étaient pas si mauvaises à Heathrow, alors ... au fond ... quelle est la VRAIE raison de tout cela ???

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10 avril 2012 2 10 /04 /avril /2012 16:39

Ma Douce est très croyante, je crois vous l'avoir déjà dit. Et comme l'Amour ne recule devant aucun sacrifice, devant aucune expérience nouvelle, j'ai accepté de l'accompagner pour deux jours de retraite dans un monastère bénédictin.

Nous sommes arrivés là le vendredi soir vers 18h30, après avoir emprunté une route très étroite et toute en lacets. En effet le monastère a été bâti au bord d'un plateau rocheux qui surplombe la vallée d'un fleuve dont je tairai le nom. Bien sûr, l'endroit est magnifique ...

 

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Nous avons été accueillis par le Père Hôtelier qui nous a montré les chambres. En effet, Pauline, une amie qui est prof dans le privé, devait arriver plus tard avec une collègue et trois élèves. Pour notre part, nous nous sommes vu attribuer la chambre appelée "L'annonciation", ce qui, bien sûr, a ravi Ma Douce ! Le P.H. nous explique un peu les règles : pour les hommes repas au réfectoire avec les moines, pour les femmes dans une pièce spéciale, en dehors de la clôture monastique. Quand je lui dis que je n'assisterai pas à la prière de Laudes, à 7 h  du matin, et que j'aimerais bien prendre le petit déjeuner avec les femmes, il tique un peu et il y a comme un moment de flottement. Finalement il me dit que je suis libre, et qu'il espère seulement qu'il n'y aura pas trop d'hommes pour faire comme moi.

Et puis très vite, à 18h55, je quitte Ma Douce pour franchir le portail du monastère (j'ai un peu le sentiment du petit garçon qui part en colonie de vacances !) et c'est mon premier repas avec les moines. Avant d'entrer dans le réfectoire, comme nous sommes nouveaux, l'Abbé vient nous laver les mains. Je dis "nous" parce qu'il y a un autre nouveau, le pauvre, il a la moitié de la figure toute tordue, un AVC ? un accident de la route ? un incendie ? Il devait pourtant avoir une belle tête avant cela ...

 

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Le P.H. m'assigne une place au milieu d'une table de huit hôtes, placée au centre de la salle : il y a des moines devant, derrière, et ,du côté opposé à l'entrée, l'Abbé qui mange tout seul en surveillant tout le monde. Je suis placé face à un type que je crois reconnaître : un ancien marginal d'Uzès, peut-être ? Mais bien sûr je me garde bien de lui poser la moindre question, d'autant que nous sommes astreints à un silence total. Tout au long du repas, un moine fait la lecture en prenant grand soin de rester complètement inexpressif : une première partie est consacrée à quelques martyres (du jour ?) puis ce sont des pages sur l'amour et l'amitié. De temps en temps il s'arrête, l'air étonné, et semble guetter les réactions de l'assistance. Mais chacun est concentré sur ce qu'il fait, manger ou servir. En observant tout un chacun je ne peux pas m'empêcher de penser au "Nom de la rose" : il y a là un très vieux moine presque aveugle et qui semble guetter tout le monde de ses petits yeux méchants, des moines jeunes et Noirs pétant de santé et de vigueur, et les défauts et qualités de chaque moine semblent visiblement inscrits sur son visage. En comparaison combien nous, les hôtes, paraissons fermés, voire énigmatiques ! A part moi, que des hommes seuls d'ailleurs : pourquoi sont-ils là ? qu'y cherchent-ils ? l'homme à la figure abimée, par exemple : est-ce la consolation ? une nouvelle raison de vivre ?monastere2012-9988.jpg

Après le repas, nous nous baladons jusqu'au muret qui surplombe la vallée : rumeur de l'autoroute en contrebas, du monde qui s'agite en tous sens sans avancer d'un pouce. Plus tard, dans la salle commune, on discute un peu avec un type à tête de Breton qui nous assène trois certitudes à la seconde, les yeux écarquillés de foi ... Plus tard encore, vers 23 heures, arrivée de Pauline et de son groupe à qui on montre leurs chambres.

Réveillé à 5 h par les cloches de Vigiles, puis à 6h 45 par la sonnette intérieure qui appelle pour Laudes. C'est drôle, c'est exactement la même que dans certains ferries, ou dans certains avions quand le pilote veut parler à l'équipage !

Comme demandé et accordé je prends le petit déjeuner avec les femmes ; que le P.H. soit rassuré, je suis bien le seul homme ! Après nous partons pour une grande marche sur le plateau. Nous longeons des à pics vertigineux, il y a beaucoup de grands arbres morts : incendie ? vieillesse ? maladie ? insectes ? Nous découvrons le vieux village qui a donné son nom au monastère, à moins que ce ne soit le contraire : c'est un ensemble de ruines perchées, et dûment fortifiées. Elles semblent restaurées par endroits : dans quel but ? En bas le "jeune" village qui a conservé le même nom semble un lotissement construit en haut d'une colline.

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  J'assiste à la courte prière de Sexte, un peu avant midi. Un peu comme au réfectoire, les moines sont alignés en deux rangées parallèles qui se font face, de chaque côté de l'église. Ils chantent un psaume où quelqu'un demande à Dieu de châtier (et pas qu'un peu !) ses ennemis, et cela ne me paraît pas très chrétien ... Ma Douce m'expliquera plus tard qu'il s'agit d'un texte de l'Ancien Testament, d'avant Jésus Christ, où le Dieu était aussi un Dieu vengeur ...

Pendant le déjeuner, nous écoutons cette fois'un texte de Charles Péguy, dans lequel il oppose "modernisme" et lâcheté d'une part, et liberté et courage de l'autre, ce qui ne me paraît pas complètement idiot. Je surprends plusieurs regards significatifs entre moines (qui lit, qui servent, qui mangent) et même avec l'Abbé. Nous avons droit également à une très bonne paella, mais toujours pas une once de picrate pour l'arroser !

En prenant le café dehors, le P.H. nous informe qu'il y a au monastère un "postulant" hongrois qui est arrivé là après un parcours assez ... compliqué. Ma Douce, qui ne s'attendait pas à la possibilité de parler sa douce langue natale, saute sur l'occasion et demande si elle pourrait le rencontrer. Avec toutes ces prières, cela paraît assez compliqué mais un rendez-vous est plus ou moins pris pour le lendemain et nous nous échappons pour une grande promenade dans la région. Il fait très chaud, presque 30°, et les résineux nous envoient par moments des bouffées bien méditerranéennes ! Nous visitons un très joli village, perché sur la colline voisine, et dont les rues sont mystérieusement parsemées de lettres. Une belle librairie également, dont la vitrine regorge de livres bien intéressants ! Nous roulons dans la lumière, dans le bleu du ciel, dans la douceur de l'air, dans la beauté du monde ...

 

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Pour ne pas avoir l'air de simples touristes, nous décidons néanmoins de rentrer au monastère pour le repas de19h ... qui s'avère de plus en plus frugal ! L'assiette de soupe, UNE pomme de terre cuite à l'eau, et de la compote de fruits !!! Probable que le temps du carême n'est pas la meilleure période pour tenter ce genre d'expérience ... Mais vous savez quoi ? La veille je m'étais couché en ayant un peu faim, et j'avais trouvé que ce n'était pas si désagréable !

Avant de dormir je suis sorti pour fumer une dernière cigarette. Je rêvassais dans le silence, les yeux perdus dans l'horizon ... quand une lumière verte a traversé le ciel, assez bas, et s'est éteinte au bout de son trajet !!! Le lendemain on a fait une recherche sur Smartphone avec un ingénieur de La Défense (le quartier, pas le ministère !) qui était venu faire un break : eh bien les étoiles filantes vertes ça existe, et ça contient du cuivre ! En plus j'ai eu le réflexe de faire un voeu, je ne vous dis pas comme j'étais content !

 

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Le lendemain, c'était dimanche et pas n'importe lequel, celui des Rameaux. Pour les mécréants, je rappellerai que ce jour-là commémore l'entrée triomphale de Jésus dans Jérusalem, au milieu de palmes agitées par une foule en délire. Jésus super-star ce jour là ! Le pauvre, s'il avait su ce qui l'attendait moins d'une semaine plus tard ... Enfin, il y en a qui disent qu'il le savait ... Bref, une petite foule est montée au monastère pour l'occasion, et les moines ont revêtu leurs plus beaux habits pour la procession. Chaque fidèle a pris une ou deux branches d'olivier, et nous sommes tous entrés dans l'église qui s'est retrouvée presque pleine. Ce fut long car il a fallu écouter, debout, le récit entier de la Passion du Christ lu à trois voix ... la Passion ... la souffrance, quoi ...

Après la messe, juste le temps de fumer une cigarette avant la prière de Sexte et le repas, car si les prières n'étaient pas obligatoires, elles étaient quand même fortement conseillées dans la mesure où le trajet se fait directement de l'église au réfectoire ! Le déjeuner du dimanche fut enfin "monastique" : charcuterie, volaille aux morilles et gratin dauphinois, gâteau aux pommes, et même du vin rouge sur les tables, un peu lourd et bien parfumé ! J'ai remarqué que ma place à table avait été changée. En effet, pour s'asseoir il faut d'abord chercher son rond de serviette dans lequel est coincé, entre rond et serviette, un papier où on a marqué son nom. Et depuis deux repas j'avais été mis en bout de table, côté Abbé. Peut-être était-ce un honneur, un signe d'intérêt ? En tout cas, à chaque fois que je me tournais vers lui, je me rendais compte qu'il m'observait ... La lecture cette fois ne fut pas donnée par le même moine, que j'avais trouvé sympathique et rigolo, avec son air étonné. Pour ce dernier repas, ce fut le moine "serveur" qui changea de rôle, et qui commença par s'avaler un bon demi-verre de picrate, histoire de s'éclaircir la gorge peut-être ? J'ai enfin compris le titre du livre qui servait régulièrement de support pour ces lectures : "Vous êtes comme des dieux" de Mgr Michel Dubost. Certains passages ont l'air bien intéressants, mais je dois bien avouer que d'autres m'ont paru assez indigestes, surtout quand ils sont alliés avec une volaille aux morilles !

Au moment du café, c'est enfin la rencontre avec le "postulant" hongrois, qui vit là depuis trois ans. Crâne rasé, yeux d'acier, c'est vrai qu'il a davantage l'air d'un mercenaire que d'un religieux mais enfin il a l'air bien poli et je m'éloigne pour le laisser discuter à son aise avec Ma Douce ... D'ailleurs cela ne dure pas si longtemps car il y a l'office de 14h qu'il ne peut pas se permettre de rater ! J'ai remarqué également qu'un autre jeune rencontré sur place, canadien celui-là, semble désireux lui aussi de se faire admettre dans la communauté : il aide à servir au réfectoire, il donne le bras au vieux moine aveugle. Quand je lui ai demandé s'il vivait là, il m'a répondu que le fait d'aider lui permettait de payer son séjour moins cher, et donc de rester plus longtemps ... Qui sait ? Peut-être qu'en ces temps de crise économique, le repli monastique peut sembler une solution pour certains ? A moins qu'il ne s'agisse d'une vraie crise spirituelle ?

Et puis voici venu le temps des adieux, après le chèque remis au P.H. : on donne ce qu'on peut, mais un prix est précisé à titre indicatif : 35 euros par jour et par personne. Franchement, malgré le confort assez sommaire et malgré La patate bouillie du deuxième soir, ça vaut vraiment le coup ! Je ne le referais pas chaque mois, mais pourquoi pas de temps en temps, pour souffler un peu, prendre le temps d'une croisière "au grand large", d'un voyage "hors du monde" ...

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un moine super-gentil sort les branches d'olivier devant le monastère ...

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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 19:17

Hé oui ! quand on a fait le choix de se marier à une Douce hongroise, il y a des petits voyages qui s'avèrent inévitables ...

Ainsi donc prîmes-nous l’avion le 21 décembre pour la Hongrie, où nous devions passer un Noël familial. Après un voyage dans notre toute nouvelle voiture un peu stressant (un bouchon sur l’autoroute nous a fait prendre le train au vol à Bellegarde, vu qu’on ne pouvait pas voyager à l’étranger, donc en Suisse, car on n’avait pas reçu la nouvelle carte grise de notre véhicule récemment acheté ; et puis le vol d’Easy Jet était archi-plein, à tel point qu’il a fallu qu’on donne nos bagages à main pour qu’ils soient mis en soute ; et qu’il a fallu attendre que tout le monde soit descendu de l’avion pour récupérer nos cartes d’embarquement nécessaires, soi-disant, pour récupérer nos bagages à main, mais en fait, pas du tout, ils ont défilé sur le tapis comme les autres) quel bonheur d’atterrir encore une fois à Budapest, où le bon József, papa de Ma Douce, nous attendait !

Il ne faisait pas trop froid, aux alentours de zéro, mais à 16h30 il faisait déjà nuit sur la longue route qui mène de l’aéroport à la ville … Et puis on est arrivés à Astoria, Deák tér, et comme c’était bientôt Noël, on est allés faire un tour au marché de Noël, sur la place Vörösmarty, et on a bu un vin chaud. Sur le chemin qui nous menait chez József, un Hare Krishna a réussi à m’extorquer 500 forints en échange d’un livre sur le « Kingdom of Wiseness » ou quelque chose comme ça … En arrivant, on a découvert la grande merveille : l’immeuble était maintenant équipé de plusieurs ascenseurs extérieurs, vitrés, et qui, ma foi, ne juraient pas trop avec l’ensemble des bâtiments. Bien pratique pour József et ses packs d’eau minérale, et pour nous aussi qui arrivons toujours chargés comme des mulets !

Après la pálinka traditionnelle de bienvenue, on s’est mis à table et là on a vu que notre hôte avait vraiment mis les petits plats dans les grands ! On a mangé un délicieux ragoût de bœuf, un peu relevé d’ « erös paprika » qui équivaut à du piment. Et on a bu « the best wine in the world » comme a dit József, ce qui, bien que ce vin fût hongrois, m’a paru quand même un peu exagéré …

Le lendemain, jeudi 22, peut-être à cause du vin hongrois, on s'est octroyé une première grasse matinée ... et puis, c'étaient les vacances, après tout ! Mais comme à chaque fois qu'on est à Budapest, Ma Douce avait mille et une choses à faire. Je me suis donc retrouvé seul assez vite, à Ferenciek tere, où j'ai pris quelques photos (pas très réussies) en attendant le bus n°178 ... 

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  no comment, n'est-ce pas ?

 

Je suis allé jusqu'au terminus, à Naphegy ( "la colline du soleil"), où on s'était donné rendez-vous. On devait y retrouver le frère de Ma Douce, qui est journaliste à la télé, et à qui on prêtait notre appartement en France pendant quelques jours de ces vacances. Il y avait donc un certain nombre de détails à régler : comment récupérer la voiture à Bellegarde, comment aller chercher la nouvelle carte grise à la poste avec la procuration, comment laisser le véhicule à l'aéroport de Genève pour notre retour, comment ne pas faire peur à la voisine du dessous, etc ...Devant le bâtiment de la télé, point de grévistes de la faim tels qu'on en avait vu à la télé française mais peut-être qu'ils étaient devant un autre bâtiment, je n'ai pas bien compris.Il faut vous dire que, comme dans de nombreux secteurs de la société hongroise, on assiste en ce moment à un dégraissage féroce des effectifset que tout un chacun se retrouve, plus ou moins, sur un siège éjectable. J'ai entendu parler de gens qui quittaient le bureau le vendredi, et qui apprenaient le lundi qu'ils étaient licenciés, sans autre forme de procès ! Tout ceci évidemment alourdit un tantinet l'atmosphère, d'autant que des soupçons de "partialité politique" pèsent sur les choix qui sont effectués : en clair, si on est "FIDESZ" (le parti du 1er ministre Viktor Orbán) on aurait moins de chances de perdre son emploi ...

 

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Après avoir mangé à la cantine (excellente par ailleurs) et réglé tous ces détails, nous voilà en route pour l'Institut Français pour lequel Ma Douce devait participer à un colloque un peu plus tard. Nous en avons profité pour visiter l'expo d'Illés, un ami photographe qui, si nous avons bien compris, avait mis en scène la recherche de son militaire de père ... Puis retour à Vörösmarty pour "faire" quelques boutiques du marché de Noël, avec la surprise de "tomber" sur un stand consacré à la Camargue et à ses beaux chevaux blancs ! Nous avons également retrouvé József, avec qui nous avons bu une Guiness dans un tout nouveau pub irlandais. Ensuite il nous a prêté sa voiture pour qu'on puisse aller dîner chez des cousins dans une banlieue assez lointaine. Sur la route arrêt chez Auchan ... pour acheter des produits typiquement hongrois à ramener en France : kolbász (saucisse), túró (fromage blanc), etc ... ! Et enfin le dîner chez les cousins et leurs 3 enfants, tous très sympas. Ils avaient dressé une grande table, à la hongroise, c'est-à-dire pleine de choses diverses et variées, chacun picorant à sa convenance. On a eu droit, en particulier, à de la très bonne charcuterie de "mangalica", un cochon local que je vous recommande chaudement !

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A un moment je suis sorti fumer sur la terrasse et le cousin, comme à son habitude, m'a gentiment accompagné malgré le froid. C'est généralement dans ces moments-là que nous discutons "entre hommes" et, bien sûr, la politique n'a pas tardé à venir sur le tapis. En effet, ayant vécu plusieurs années à l'étranger, j'ai déjà pu constater l'écart, parfois énorme, entre ce qui peut être rapporté d'un pays dans les médias et la réalité de ce qui est vécu par les gens dudit pays. J'étais donc curieux de savoir comment un Hongrois honnête, de bonne volonté, avec des principes moraux et humanistes forts, pouvait vivre ce qu'on nous présente systématiquement comme une dérive autocratique, voire un début de dictature "orbanesque".¹ Nul doute qu'il faille remettre les choses en perspective : les Hongrois, comme les autres "frères", ont subi pendant 40 ans la dictature communiste. Pendant tout ce temps ils se sont forgé une image de l'ouest presque paradisiaque, en tout cas bien fantasmée. Et avec le "changement" des années 90, avec l'invasion des investisseurs fondant sur la grande braderie (par les socialistes en particulier !) des richesses nationales, cette image s'est effondrée, la liberté dont ils avaient tant rêvé devenant essentiellement celle de faire rendre gorge au plus faible et sur ce terrain-là ils n'étaient pas les mieux préparés ! Bref, ce qu'il faut comprendre c'est que tant la politique d'Orbán que les manifestations destinées à le soutenir sont avant tout "nationales", et qu'elles signifient plus que tout le rejet d'une autre forme de colonisation, financière celle-là, par le FMI, la Banque Européenne et ses consoeurs de tout poil. Un exemple, tenez : beaucoup de Hongrois se sont endettés pour acheter leur appartement. Je crois qu'ils ont un des pourcentages les plus élevés de propriétaires. Le problème c'est que les banques, principalement allemandes et autrichiennes, peu confiantes dans la stabilité du forint (et bien décidées à ne rien faire pour qu'il en soit autrement, on comprend aisément pourquoi), ont indexé ces emprunts sur des monnaies "fortes", majoritairement l'euro ou le franc suisse. Mais bien sûr les mensualités de remboursement ont fluctué à la même vitesse que le forint par rapport à ces monnaies ! Ainsi Ma Douce, qui remboursait son appartement avec des mensualités de 40 000 forints au moment de son achat, devait-elle en acquitter 70 000 par mois cinq ans plus tard ! Entretemps le franc suisse était passé de 140 à 260 forints ... Et quand vous saurez que le salaire net moyen est aux alentours de 130 000 forints, vous aurez vite compris toute l'acuité du problème ! Or, qu'a fait ce terrible M. Orbán ? Il s'est tourné vers les banques et leur a imposé l'accord suivant : les Hongrois pourront rembourser de manière anticipée la totalité de leur emprunt à un taux ramené à 180 forints pour un franc suisse, par exemple. Eh bien croyez-moi, pour beaucoup de Hongrois (dont Ma Douce) ce fut une sacrée bonne nouvelle !!! Evidemment on peut toujours dénoncer une mesure qui ne profite qu'aux  riches, ou du moins à ceux qui ont les moyens de ce remboursement, mais est-ce que cela en fait pour autant une mesure "injuste" ? Peut-être bien que certains banquiers l'ont pensé après tout ...

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La fin de la discussion avec le cousin fut un peu plus inquiétante. Il pensait que les Hongrois n'étaient pas encore complètement mûrs pour la démocratie (mais si on cherche bien : quel peuple l'est vraiment ?) et que donc dans cette situation difficile ce qu'il leur fallait c'était un homme fort, capable de maintenir le cap contre vents et marées. Bon ... si on va par là, les situations difficiles et les hommes forts, ce n'est pas ce qui manque dans l'Histoire, pas vrai ?

 

¹ Pour ceux que ces questions de politique intérieure hongroise intéressent, je signale le bon article paru dans le Télérama n° 3242 (semaine du 3 au 9 mars) et dans lequel le journaliste, N. Delesalle, a le courage et l'honnêteté de reconnaître que la situation est bien plus compliquée qu'elle ne le semble ...

 

Le lendemain, nouvelle grasse matinée ... le mangalica peut-être ? Comme Ma Douce devait s'occuper de ce fameux remboursement, je me suis retrouvé seul encore une fois et comme j'avais très froid, et un peu faim, j'ai mangé une soupe au goulas délicieuse dans un petit restau sur mon chemin. Après, le bus 105 jusque chez mon "beauf" qu'on devait accompagner à l'aéroport avec sa copine, en échange de quoi on disposerait de sa voiture et de son appartement pour le reste de notre séjour. Au retour on est passés voir une copine qui a fait un bébé "toute seule", enfin pas tout à fait, mais elle vit avec lui et l'élève sans le papa. Ils semblent très heureux tous les deux dans leur petit appartement ...C'est au moment de monter dans la voiture que je me suis aperçu que je n'avais plus mon portable, damned ! On a cherché un peu partout fiévreusement mais il a bien fallu se rendre à l'évidence, je l'avais perdu, probablement dans le bus 105 ... Alors on a profité d'une visite chez une autre copine, qui a des responsabilités au ministère des affaires sociales ainsi qu'un très bon whisky, pour téléphoner à la BKV, la compagnie de bus de Budapest. Malheureusement point de nouvelles du portable égaré ... Il a donc fallu téléphoner d'urgence à Bouygues pour bloquer la carte SIM, au cas où l'appareil serait tombé dans des mains indélicates ... Et puis retour chez József pour prendre la voiture direction Baja où nous sommes arrivés vers 23 heures ...

 

Nous voici donc samedi 24 décembre, jour du réveillon. J'ai très mal dormi, je me réveille malade et je serai "entre deux eaux" toute la journée ... Je ne me rappelle plus la matinée, juste que j'ai jeté un coup d'oeil rapide sur le blog et que j'ai trouvé que c'était bien dur d'arriver à 25 000 pages vues ! L'après-midi j'ai un peu dormi pendant que ces dames (Ma Douce, sa soeur et sa mère) décoraient le sapin de Noël. En effet, en Hongrie, c'est seulement la veille de Noël que cela se fait. Elles n'ont pas manqué non plus d'ajouter au pied du sapin, outre les cadeaux, les pousses de blé traditionnelles, symbole de renouveau et de fertilité pour l'année à venir :

 

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vous le voyez bien, le blé, là, au milieu ?

 

Après ça ressemble beaucoup à la France : on a mis ses plus beaux habits et on s'offre les cadeaux en buvant l'apéro. On passe un coup de fil aux parents qui ne sont pas là pour leur souhaiter un joyeux réveillon. Une différence quand même, en tout cas pour moi : on a chanté quelques cantiques, en regardant le sapin droit dans les yeux. 

Puis on s'est mis à table autour d'une carpe "à la Rácz", un plat vraiment typique de cette occasion ! Inutile, je pense, de vous dire que belle-maman est une fine cuisinière, jugez-en plutôt :

 

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et c'est aussi bon que beau : il faut juste faire attention aux arêtes !

 

Pour en finir avec ce 24 décembre, la maman et la soeur sont sorties pour assister à un concert dans lequel une amie un peu excentrique jouait du violoncelle, avant de participer à la messe de Noël. Ma Douce a eu la gentillesse de rester avec moi, pour m'assister dans cet état un peu pitoyable ...

 

Mais le lendemain, après une bonne nuit de sommeil, ça allait beaucoup mieux ! Et comme il faisait un beau soleil, bien froid et bien sec, on en a profité pour aller faire une promenade au bord de la Sugovica, la petite rivière qui se jette dans le Danube à hauteur de Baja.On a rencontré d'autres amis avec lesquels on a parlé un peu en échangeant des bons voeux, on a évoqué l'enfance de Ma Douce au bord de l'eau, l'été, quand les jours semblent n'avoir pas de fin ...

 

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deux mois plus tard, la rivière était toute gelée ...

 

On est revenus lentement, en s'arrêtant dans des églises. On a vu que là aussi, au pied des statues, sur les autels, un peu partout, on trouvait les mêmes petits pots remplis de blé en herbe. On a admiré des crèches aussi, bien sûr, mais la plus surprenante était celle qui avait été installée dehors, à l'entrée de l'église qui se situe non loin de l'appartement de belle-maman :

 

IMG_8750.JPG Dans cet enclos somptueux devait, si j'ai bien compris, se tenir une crèche vivante, avec un vrai homme, une vraie femme, un vrai boeuf et un âne véritable. J'ai en effet aperçu l'homme, la femme et le baudet mais je crois qu'ils n'ont pas pu résister au froid malgré le soutien des nombreux passants qui s'arrêtaient pour leur parler un petit moment. En revanche pas trace de boeuf ou d'un vrai bébé ! Dernière précision : sur le petit papier blanc épinglé à gauche de la poutre maîtresse il est clairement indiqué que l'endroit est surveillé par une caméra de sécurité, alors gare aux voleurs de paille, qu'ils passent leur chemin !!!

 

Et puis ce fut à nouveau l'heure de manger ... Cette fois nous eûmes droit à un autre plat, non moins traditionnel : de la dinde farcie aux pommes et aux pruneaux, illustration :

 

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avec une bonne purée en accompagnement, bien sûr !

 

Dans l'après-midi nous eûmes la visite d'une famille d'amis, le père très élégant, la fille animée qui vivait et travaillait en Angleterre, le fils handicapé qui se remettait lentement d'un deuxième accident vasculaire cérébral. Ils étaient tous étonnamment grands ! Et il y avait le père du monsieur aussi, qui mangeait sans rien dire, assis au bout de la table. A un moment il a relevé la tête, m'a regardé bien en face et a dit : "La guerrrre dans le Norrrrd c'était trrrrès durrr !"  J'ai ainsi appris qu'il avait été fait prisonnier pendant la seconde guerre mondiale et qu'il avait envoyé travailler dans les mines quelque part du côté d'Arrrras ! Pour finir la journée nous avons rendu une visite à József et nous lui avons fait des cadeaux ...

 

Le 26 décembre est également un jour férié en Hongrie. Traditionnellement, c'est le jour réservé pour aller voir les amis ou de la famille un peu plus éloignée, ce que nous n'avons pas manqué de faire. Mais avant de partir, nous avons mangé un bon chou farci, histoire de supporter le froid ! La preuve :

 

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c'est sûr qu'en Hongrie il vaut mieux avoir un bon coup de fourchette !

 

Les cousins que nous avons visités en premier étaient vraiment adorables : il y avait là le frère, la soeur et leurs époux respectifs, plus la (grand)maman hyper-dynamique plus les enfants des uns et des autres, plus un chien un peu fou mais très gentil aussi. Une fois que nous avons été tous réunis dans le salon, une des filles s'est mise à chanter, et c'était très beau, on aurait cru voir un paysage de Transylvanie par un beau jour de printemps. Après on s'est tous assis autour de la table de la cuisine, on a bu de la palinka très forte et très bonne, on a mangé des gâteaux et on a regardé des photos en discutant en anglais. On s'est quittés enchantés d'avoir fait connaissance ...

Après cela je me suis éclipsé un moment parce que j'avais pris rendez-vous avec József. En effet nous avons pris l'habitude de nous retrouver "entre hommes" (encore une fois !) pour boire une bonne bière. De la Dreher pour moi, de préférence ...

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József et moi nous éloignant dans la nuit de Baja ...

 

Quand nous sommes à Budapest, c'est généralement dans son bistrot préféré, juste en face de la grande synagogue. Ici, à Baja, nous nous sommes attablés dans une espèce de pub (avec tables en chêne massif de deux doigts d'épaisseur) au bord de la Sugovica. Et bien sûr, nous avons parlé ... politique ! József est plutôt d'une droite traditionnelle, cela ne fait aucun doute, mais ce que j'aime, c'est qu'on peut discuter ensemble sans que personne ne s'énerve. Il m'a donc redit tout ce qu'il reprochait aux socialistes, je lui ai redit ma croyance dans le rôle de l'Etat pour assurer un peu plus de justice et d'équité entre les citoyens. Finalement on a bien rigolé en évoquant le bruit qui courait d'une nouvelle loi qui taxerait les propriétaires de chiens, sauf ceux de race hongroise !

Ensuite j'ai rejoint les femmes pour une deuxième visite, chez des amis de la famille, qui a commencé un peu comme la première : après notre installation au salon, la jeune fille de la maison s'est levée et a chanté en notre honneur ! D'autant mieux qu'elle suit les cours d'une école d'art à Budapest, et qu'elle ambitionne de devenir comédienne professionnelle. Nous avons donc eu droit, un peu plus tard, à la vidéo du spectacle de fin d'année sur laquelle les élèves montrent tous leurs talents en danse, chant et comédie. Bien sûr les parents n'étaient pas peu fiers ! D'ailleurs ils sont en quelque sorte "de la partie" eux aussi, lui dirigeant (avec quelques difficultés semble-t-il) l'école de musique et elle dirigeant une chorale ayant remporté un tas de distinctions dont tout un mur est tapissé. Bref, une famille d'artistes bien sympas, même si l'atmosphère était un peu plus guindée que chez les cousins, enfin c'est ce qu'il m'a semblé ...

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...


Je ne me rappelle plus grand-chose du mardi 27 si ce n'est une lecture forcenée de "David Golder" d'Irène Nemirovski, dans une vieille édition que j'avais dénichée dans une brocante au bord du Rhône. Pourquoi forcenée ? Parce que j'avais décidé de l'offrir à belle-maman avant de partir, pour qu'elle puisse améliorer son français en le lisant. Drôle de livre d'ailleurs, à la coloration assez nettement antisémite, et d'autant plus drôle qu'une recherche internet m'a appris que l'auteure elle-même était juive. Mais il est vrai qu'on lui a reproché d'avoir tout essayé pour le faire oublier ...Bon, j'espère que belle-maman ne m'en aura pas trop voulu de mon cadeau !

Nous sommes rentrés à Budapest le mercredi 28, et notre gros boulot a été de "faire les banques" pour régler cette fameuse histoire d'emprunt avant l'expiration du délai, le 31 du mois. J'ai donc accompagné Ma Douce avec des gros paquets de forints dans les poches de ma veste, c'est drôle, j'avais l'impression d'être une espèce de coffre-fort ambulant ! Pour décompresser un peu, nous nous sommes réfugiés dans l'appartement du (beau) frère où je me suis jeté dans une autre lecture : "La mort est mon métier" de Robert Merle. Franchement impressionnant !Où on réalise que l'auteur des "Bienveillantes" n'a finalement pas inventé grand-chose ... Le soir nous sommes allés manger chez des amis qui habitent à une vingtaine de kilomètres, dans une somptueuse villa. Il faut dire qu'ils sont très riches, quoique de gauche, et qu'ils en ont profité pour prendre une année sabbatique et aller vivre à Santa Monica, une banlieue chic de Los Angeles. Ils nous ont montré leur album de photos où j'ai trouvé qu'ils paraissaient bien seuls ... Après avoir bu quelques excellentes (bien sûr !) bouteilles, il nous fallait bien rentrer ... Il fut question un moment d'appeler un "chauffeur" pour qu'il nous ramène. Mais, passablement échaudé par tout ce luxe, j'ai refusé tout net ! Malgré la "tolérance zéro" en vigueur en Hongrie, j'ai pris le volant (pour la première fois depuis quelques années) et au volant de la vieille voiture du (beau) frère, sans freins, et avec presque pas de lumière, je nous ai ramenés sains et saufs à nos pénates provisoires : quel con quand j'y pense !

Le jeudi 29, grasse matinée obligatoire ... Vers midi nous sommes allés visiter une exposition consacrée à Yona Friedman, un architecte d'origine hongroise dont Ma Douce m'avait fait découvrir l'existence et l'oeuvre à la Biennale de Lyon. C'est pour dire ! Très intéressant, très visionnaire, et tout à fait "raccord" avec les préoccupations actuelles concernant l'urbanisme et l'occupation de notre chère petite planète.

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Des habitats comme suspendus : dingue, non ?

 

Au retour, Ma Douce, qui avait des rendez-vous avec un vieil ethnologue et avec une fille de sculpteur, m'a laissé à Kossuth tér, devant le Parlement, pour que je découvre une très belle expo de photos sur les Noëls traditionnels hongrois organisé par sa soeur, c'est à dire ma belle-soeur ! Et en effet c'était très beau et très intéressant ... Il y avait sur la place une cinquantaine de grands panneaux où figuraient des reproductions d'anciennes photos, les plus anciennes datant de la fin du 19ème !

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Ils ne vous rappellent rien, ceux-là ? Quoi ? vous n'avez pas encore lu l'article sur les Busos ?

 

Et puis la nuit est tombée, il était temps de boucler la boucle ... Nous nous sommes donc retrouvés, Ma Douce, József et moi, sur la place Vörösmarty où nous avons bu un dernier vin chaud ... et peut-être même deux ! 

Nous avons quitté encore une fois la Hongrie le vendredi 30. Nous nous sommes croisés avec le (beau) frère et sa copine à l'aéroport "Ferenc Liszt" : leur avion s'est posé sur le tarmac alors que nous étions déjà dans le bus qui nous conduisait au nôtre ... qui s'est avéré être le même ! Echange bref par le portable : l'appart ? OK ... la voiture ? pas de problème, vous la trouverez à la place n°58, 3ème sous-sol du parking 1B ... vous allez bien ? super c'était génial on a pu visiter plein de trucs, et vous ? oh oui c'était bien, on a bien mangé, bien bu, et on a vu plein de gens pour ce Noël hongrois en famille, à bientôt ! à bientôt, portez-vous bien ! oui, vous aussi, bisous, szia, szia ! sziasztok, hello ...

Hello ...

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